DOSSIER ÉCONOMIE & ENVIRONNEMENT | AFROLOGY
Après l’appel de Brice Oligui Nguema aux pays occidentaux, Afrology plaide pour une fiscalité verte africaine sur les importations polluantes. Une rupture nécessaire avec la dépendance, les compensations incertaines et les vieux réflexes néocoloniaux.
« Une puissance économique ne se contente pas de réclamer de l’argent. Elle crée les règles, fixe les normes, prélève l’impôt et utilise son marché pour défendre ses intérêts. » — Afrology
« Il faut qu’on nous paye, parce que c’est vous qui polluez. »
Dans un entretien accordé au journal français Le Figaro, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a appelé les pays occidentaux à accroître leur contribution financière à la préservation des forêts tropicales africaines. Son raisonnement est simple : les puissances industrialisées ont largement contribué au dérèglement climatique, tandis que des pays comme le Gabon supportent le coût de la conservation d’écosystèmes dont les bénéfices profitent à toute la planète. [TV5MONDE Information]
Sur le principe, le président gabonais a raison. Le Gabon est couvert de forêts sur près de 88 % de son territoire. Ses forêts absorberaient environ 140 millions de tonnes de CO₂ par an, pour un taux de déforestation historiquement faible. Le pays constitue ainsi un puits net de carbone et fournit gratuitement à la planète un service climatique considérable. [Banque mondiale]
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques reconnaît d’ailleurs le principe des « responsabilités communes mais différenciées ». Les pays développés ont l’obligation de soutenir financièrement les pays en développement dans leurs politiques climatiques. [UNFCCC]
La demande gabonaise est donc légitime. Mais est-elle suffisante ?
Le problème n’est pas de réclamer justice, mais de ne savoir faire que cela
Depuis les indépendances, une partie importante de la diplomatie économique africaine repose sur une grammaire devenue presque immuable :
- demander une aide sur un thème à la mode ;
- négocier un fonds ;
- solliciter un allègement de dette ;
- réclamer une compensation ;
- attendre un décaissement ;
- organiser des cérémonies fastueuses pour remercier le partenaire lorsque l’argent arrive ;
- organiser une conférence sur le thème évoqué, gonfler les chiffres pour de jolis rapports et attendre le financement suivant…
Cette méthode produit parfois des résultats. Le Gabon a notamment signé avec l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale un accord de paiement fondé sur les résultats, d’un montant annoncé de 150 millions de dollars, afin de récompenser la réduction des émissions et la préservation de son couvert forestier. [Central African Forest Initiative (CAFI)]
Mais un financement international négocié, conditionné, audité et versé selon le calendrier d’un bailleur ne constitue pas une souveraineté économique. Il reste une ressource extérieure, dépendante de priorités étrangères, de procédures internationales et de rapports de force que les États africains maîtrisent peu.
L’Afrique semble ainsi enfermée dans une contradiction.
Elle affirme que ses forêts sont indispensables au monde, mais elle attend que ce même monde veuille bien déterminer leur prix. Elle affirme que ses ressources sont stratégiques, mais elle laisse d’autres puissances organiser les marchés qui les valorisent. Elle affirme vouloir rompre avec la dépendance, mais continue de formuler ses politiques autour de ce que les partenaires pourraient lui accorder.
La véritable rupture ne consiste pourtant pas à obtenir une aide plus importante. Elle consiste à ne plus bâtir l’économie africaine autour de l’aide.
Les puissances capitalistes ne demandent pas : elles imposent
L’Union européenne ne s’est pas contentée de demander aux producteurs étrangers de réduire leurs émissions.
Elle a instauré son Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, le CBAM. Entré dans son régime définitif le 1er janvier 2026, ce dispositif soumet progressivement certaines importations à un coût carbone correspondant à celui supporté par les producteurs européens. [Taxation and Customs Union]
Concrètement, lorsqu’un produit couvert par le mécanisme entre sur le marché européen, son importateur doit acquérir des certificats liés aux émissions incorporées dans sa fabrication. Le prix de ces certificats est indexé sur celui du marché européen du carbone. (Taxation and Customs Union)
L’Europe appelle cela une politique climatique.
Ses partenaires peuvent aussi y voir une politique industrielle et commerciale.
Les deux lectures ne sont pas incompatibles. En renchérissant certaines importations, l’Union européenne protège ses objectifs climatiques, limite les délocalisations industrielles et pousse les producteurs étrangers à s’adapter à ses propres normes.
Voilà la logique du capitalisme contemporain : celui qui contrôle un marché suffisamment important peut en fixer les conditions d’accès.
Les normes deviennent des instruments de puissance.
Les certifications deviennent des barrières économiques.
La fiscalité devient une politique industrielle.
L’environnement devient un levier commercial.
Pendant que l’Europe construit des mécanismes contraignants, nombre de dirigeants africains continuent d’organiser des sommets pour réclamer une meilleure générosité internationale.
Pourquoi l’Afrique ne taxerait-elle pas, elle aussi, les importations polluantes ?
La question mérite désormais d’être posée clairement.
Pourquoi les pays africains ne mettraient-ils pas en place une contribution environnementale sur certaines marchandises importées à forte empreinte écologique ?
Dans un débat privé en 2009 avec un ministre des affaires étrangères (toujours en fonction), nous évoquions la question des voitures interdites de circulation en Europe. Nous citions le cas de la Belgique qui impose une taxe dite de recyclage sur chaque véhicule neuf au moment de l’achat. Pourquoi ces automobiles, devenant des ancêtres et fortement polluantes exportées vers l’Afrique ne financeraient-elles pas la transition des transports et des déchets africains ?
Pourquoi les produits suremballés, les plastiques non recyclables, les équipements électroniques à faible durée de vie, les biens de luxe fortement carbonés ou certains matériaux particulièrement polluants entreraient-ils sur le continent sans contribuer à la réparation environnementale ?
Pourquoi l’Afrique accepterait-elle d’être simultanément :
- un marché pour les produits étrangers ;
- une destination pour les véhicules vieillissants ;
- un débouché pour des équipements bientôt obsolètes ;
- un réceptacle de déchets difficiles à traiter ;
- ET une victime particulièrement exposée au changement climatique ?
Il ne s’agit pas de fermer le continent au commerce. Il s’agit de comprendre que le commerce international n’est jamais totalement neutre. Chaque grande puissance utilise ses droits de douane, sa réglementation, ses normes sanitaires, sa commande publique et sa politique fiscale pour défendre sa production, ses emplois et ses intérêts stratégiques.
L’Afrique devrait pouvoir en faire autant.
Ne pas taxer « l’Occident », mais taxer l’empreinte écologique
Une fiscalité conçue exclusivement contre les produits occidentaux serait cependant davantage un slogan politique qu’une politique économique sérieuse.
D’abord, parce que les importations africaines ne proviennent plus uniquement d’Europe ou d’Amérique du Nord. La Chine, l’Inde, la Turquie, les pays du Golfe et plusieurs économies émergentes occupent désormais une place majeure dans les échanges du continent.
Ensuite, parce qu’une taxe fondée sur l’origine géographique pourrait entrer en contradiction avec certains engagements commerciaux internationaux et exposer les États africains à des contestations ou à des représailles.
Enfin, parce qu’un produit fabriqué en Europe n’est pas automatiquement plus polluant qu’un produit équivalent fabriqué ailleurs.
La fiscalité verte africaine devrait donc viser non pas une nationalité, mais une empreinte.
Elle pourrait s’appuyer sur plusieurs critères :
- les émissions de carbone liées à la production ;
- la recyclabilité du produit ;
- la durée de vie prévisible ;
- la présence de composants toxiques ;
- les coûts futurs de traitement des déchets ;
- le niveau de pollution du transport ;
- l’existence ou non d’une filière locale plus durable.
Une telle politique serait plus cohérente, plus défendable et plus efficace qu’une simple taxe punitive dirigée contre « l’Occident ».
Une Contribution africaine de responsabilité écologique
Afrology propose l’ouverture d’un débat continental autour d’une Contribution africaine de responsabilité écologique, appliquée progressivement aux importations les plus dommageables pour l’environnement.
Cette contribution pourrait commencer par un nombre limité de catégories.
1. Les véhicules anciens fortement émetteurs
Plusieurs États africains importent massivement des véhicules d’occasion. Une taxation progressive, calculée selon l’âge, les émissions et l’état du véhicule, permettrait de décourager les importations les plus polluantes sans interdire l’accès à la mobilité.
Les recettes pourraient financer :
- le renouvellement des transports publics ;
- l’électrification des bus ;
- des contrôles techniques modernes ;
- des primes à la mise hors circulation des véhicules les plus anciens.
Le marché offre pourtant aux États africains une assiette fiscale considérable. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’Afrique a absorbé près de 5,6 millions de véhicules légers d’occasion entre 2015 et 2018. Selon les chiffres officiels (minimalistes), entre un million et 1,4 million de véhicules d’occasion entrent chaque année en Afrique ; l’Afrique de l’Ouest pourrait en concentrer plusieurs centaines de milliers, avec certaines estimations proches de 900 000 unités.
2. Les plastiques et emballages non recyclables
Les produits importés dans des emballages impossibles ou coûteux à recycler devraient supporter une éco-contribution couvrant une partie de leur traitement futur.
Le fabricant ou l’importateur doit participer au coût environnemental du produit qu’il introduit sur le marché africain.
L’Afrique importe aujourd’hui de l’ordre de 16 millions de tonnes de plastiques et de produits associés par an, mais aucune statistique continentale fiable ne permet encore d’identifier précisément la part constituée d’emballages non recyclables. Une étude de la Banque mondiale consacrée aux 17 pays côtiers d’Afrique de l’Ouest et centrale estime que la consommation régionale de plastique atteignait 7,9 millions de tonnes en 2021. À rythme inchangé, elle pourrait atteindre environ 12 millions de tonnes en 2026.
Une fiscalité sérieuse ne devrait pas viser indistinctement tous les produits emballés. Elle pourrait être concentrée sur :
- les emballages multicouches difficiles ou impossibles à recycler ;
- les films plastiques et suremballages non essentiels ;
- les plastiques à usage unique pour lesquels une alternative existe ;
- les produits importés sans dispositif de reprise ou de recyclage ;
- les emballages contenant des substances préoccupantes ;
- les plastiques ne comportant aucune part de matière recyclée.
La CNUCED considère précisément que les plastiques à usage unique utilisés dans les emballages peuvent faire l’objet de taxes ciblées, de restrictions commerciales ou d’interdictions lorsque des alternatives durables existent.
3. Les équipements électroniques à faible durée de vie
Téléphones, ordinateurs, batteries, appareils électroménagers et panneaux solaires en fin de cycle génèrent des déchets complexes.
Une contribution appliquée à l’entrée pourrait financer des centres africains de collecte, de réparation, de reconditionnement et de recyclage. En 2022, environ 5,5 millions de tonnes d’équipements électriques et électroniques ont été mises sur les marchés africains. La même année, le continent a généré 3,55 millions de tonnes de déchets électroniques, dont seulement 0,7 % ont été documentés comme formellement collectés et recyclés.
À titre d’ordre de grandeur, une taxe environnementale moyenne appliquée aux 5,5 millions de tonnes d’équipements mis sur les marchés africains en 2022 pourrait représenter :
- à 20 € par tonne : environ 110 millions d’euros ;
- à 50 € par tonne : environ 275 millions d’euros.
Ces chiffres ne constituent pas une prévision de recettes. La quantité mise sur le marché comprend des équipements locaux et importés, tandis que les appareils essentiels, durables ou destinés à l’industrialisation pourraient bénéficier d’exemptions.
Le Ghana dispose déjà d’un mécanisme d’éco-prélèvement appliqué aux producteurs et importateurs d’équipements électriques et électroniques. La contribution est collectée par l’administration fiscale et doit financer les infrastructures de collecte et de traitement des déchets électroniques.
Le Nigeria a également mis en place un système de responsabilité élargie des producteurs. Les entreprises concernées doivent contribuer au financement de la collecte, du recyclage, de la recherche et de la sensibilisation, même si le niveau réel d’application de ces mécanismes reste difficile à évaluer.
Ces expériences pourraient servir de base à une approche harmonisée entre les pays ouest-africains.
4. Les produits de luxe à forte empreinte carbone
Jets privés, grosses cylindrées, yachts, matériaux décoratifs très énergivores ou produits de consommation superflus importés par les catégories les plus aisées pourraient être mis à contribution sans pénaliser les populations pauvres. Le principal obstacle n’est pas l’absence de marchandises taxables. C’est l’absence d’une classification africaine commune du luxe carboné.
Il n’existe pas encore de statistique consolidée pour l’ensemble de l’Afrique ou de la CEDEAO, car les douanes ne définissent pas le luxe comme une catégorie unique. Elles permettent cependant d’identifier les grosses cylindrées, les SUV lourds, les aéronefs privés et les yachts. L’Agence internationale de l’énergie estime que les SUV ont émis environ un milliard de tonnes de CO₂ dans le monde en 2023 et qu’ils consomment en moyenne 20 % de pétrole de plus qu’une voiture intermédiaire.
Au Nigeria, les importations déclarées d’hélicoptères légers ont atteint environ 38,17 millions de dollars en 2024. Une contribution environnementale fondée sur le poids, la puissance, les émissions, la valeur et l’usage privé pourrait financer les transports collectifs, la qualité de l’air, la protection des forêts et l’adaptation climatique. Les équipements médicaux, industriels, de secours ou d’utilité publique devraient naturellement être exonérés.
5. Certains matériaux industriels fortement carbonés
À terme, une coordination continentale permettrait d’envisager un véritable ajustement carbone africain pour les secteurs dans lesquels une production locale plus propre peut être développée.
Les matériaux industriels fortement carbonés constituent l’une des principales assiettes fiscales que les États africains pourraient mobiliser. En 2023, le Ghana a importé environ 527,5 millions de dollars de fer et d’acier, le Sénégal 331,9 millions et le Nigeria 272 millions. À cela s’ajoutent 239 millions de dollars d’aluminium importés par le Nigeria, 81,9 millions par le Ghana, ainsi que plusieurs centaines de millions de dollars d’engrais et de ciment. Pour ces seules catégories et ces trois pays, l’assiette documentée approche déjà 1,93 milliard de dollars.
Une contribution carbone progressive, calculée en fonction des émissions incorporées, pourrait financer la modernisation des cimenteries, le recyclage de l’acier et de l’aluminium, l’énergie industrielle renouvelable et la production d’engrais à faibles émissions. Il ne s’agirait pas de pénaliser les infrastructures africaines, mais d’utiliser le marché régional pour favoriser les matériaux les moins polluants et soutenir l’industrie locale.
Un immense marché qui refuse encore de se penser comme une puissance
La Zone de libre-échange continentale africaine ambitionne de constituer un marché unique rassemblant les 55 États de l’Union africaine, environ 1,3 milliard d’habitants et un produit intérieur brut combiné proche de 3 400 milliards de dollars. [au-afcfta.org]
Un tel marché devrait être capable de négocier. Il faudrait, pour cela, pouvoir définir ensemble des normes. Il faudrait être capables d’imposer des règles d’accès. Ce marché devrait ainsi pouvoir orienter les investissements étrangers.
Mais tant que chaque État tentera d’agir seul, les fournisseurs mondiaux pourront contourner les politiques nationales, déplacer leurs flux vers un pays voisin et opposer les gouvernements les uns aux autres.
Une fiscalité environnementale africaine ne peut donc être pleinement efficace que si elle est coordonnée à l’échelle :
- des communautés économiques régionales ;
- des unions douanières existantes ;
- puis de la ZLECAf.
L’objectif ne serait pas d’imposer immédiatement une taxe uniforme à tout le continent. Il serait de construire progressivement une méthodologie commune, des catégories harmonisées, un système de traçabilité et des règles transparentes d’affectation des recettes.
Taxer sans appauvrir davantage les populations
Une taxe verte mal conçue pourrait se retourner contre les citoyens africains. Elle pourrait augmenter le prix des produits essentiels. Elle pourrait renchérir les équipements nécessaires à l’industrialisation. Elle pourrait alimenter l’inflation. Elle pourrait devenir une nouvelle rente captée par les administrations ou détournée de son objectif environnemental.
La prudence est donc indispensable.
Les médicaments, les équipements médicaux, les biens alimentaires essentiels, les machines industrielles stratégiques, les technologies propres et certains intrants agricoles devraient bénéficier d’exemptions ou de régimes adaptés.
Les produits fabriqués localement ne devraient pas non plus être systématiquement protégés s’ils sont eux-mêmes fortement polluants. Une politique verte crédible doit améliorer les pratiques africaines autant qu’elle réglemente les importations.
Surtout, les recettes ne devraient pas disparaître dans les budgets généraux.
Elles devraient être versées dans des fonds climatiques nationaux ou régionaux :
- audités publiquement ;
- suivis par les parlements ;
- contrôlés par des institutions indépendantes ;
- assortis d’indicateurs de résultats ;
- accessibles aux collectivités locales et aux populations directement concernées.
Une taxe verte sans transparence ne serait qu’un impôt supplémentaire.
Une taxe verte avec une affectation claire peut devenir un instrument de transformation.
La justice climatique ne dispense pas de gouverner
Il serait injuste d’exiger que l’Afrique finance seule son adaptation climatique.
Le besoin de financements internationaux reste immense. Le Programme des Nations unies pour l’environnement estime que les besoins annuels d’adaptation des pays en développement pourraient dépasser 310 milliards de dollars d’ici à 2035, tandis que les financements disponibles restent très insuffisants. [UNEP – UN Environment Programme]
Les pays industrialisés doivent donc respecter leurs engagements.
Mais cette responsabilité historique ne saurait devenir un alibi pour l’inaction fiscale, réglementaire et stratégique des gouvernements africains.
Un État responsable doit mobiliser toutes les ressources disponibles :
- financements climatiques internationaux ;
- fiscalité intérieure ;
- lutte contre l’évasion fiscale ;
- redevances extractives ;
- marchés du carbone ;
- obligations vertes ;
- commande publique ;
- contributions écologiques aux frontières.
Demander aux pollueurs historiques de payer est légitime.
Attendre qu’ils veuillent bien payer est dangereux.
Le véritable héritage néocolonial : penser que l’argent doit toujours venir d’ailleurs
Le néocolonialisme ne se manifeste pas uniquement par la présence d’une ancienne puissance coloniale, par une base militaire ou par une entreprise étrangère.
Il peut aussi survivre dans les réflexes intellectuels des élites africaines.
Dans l’idée que le développement doit nécessairement être financé par un partenaire extérieur.
Dans la conviction que l’expertise doit toujours être importée.
Dans l’habitude de présenter chaque projet à un bailleur avant de le présenter aux citoyens.
Dans la tendance à confondre diplomatie économique et recherche permanente de financements.
Dans l’incapacité à considérer le marché africain comme un actif stratégique.
Tant que les dirigeants africains ne verront dans leurs pays que des bénéficiaires potentiels de l’aide, les autres puissances continueront à les traiter comme tels.
La position d’Afrology : passer de la plainte à la puissance
La déclaration de Brice Oligui Nguema a le mérite de rappeler une vérité : les forêts africaines fournissent au monde un service qui doit être rémunéré. Mais elle reste le cri impuissant d’un enfant à son père; l’Afrique ne peut plus limiter son ambition à convaincre les puissances étrangères de devenir plus généreuses.
Il y’en a marre de ces évidences répétées; l’Afrique doit réclamer ce qui lui est dû tout en construisant ses propres leviers.
Elle doit négocier des paiements climatiques, mais aussi créer ses marchés du carbone.
Elle doit demander la justice internationale, mais aussi réformer sa fiscalité.
Elle doit protéger ses forêts, mais également valoriser économiquement les services qu’elles rendent.
Elle doit attirer les investissements, mais imposer des règles aux entreprises qui veulent accéder à son marché.
Elle doit participer aux négociations mondiales, mais surtout apprendre à fixer ses propres conditions.
La souveraineté ne consiste pas à remplacer un bailleur occidental par un bailleur chinois, russe, turc ou du Golfe.
Elle consiste à ne plus organiser son avenir autour de la volonté d’un bailleur.
Afrology appelle donc l’Union africaine, la ZLECAf, les communautés économiques régionales, les administrations fiscales et les banques centrales africaines à engager une réflexion commune sur une fiscalité écologique continentale.
Cette réflexion devrait déboucher sur :
- une classification africaine des importations selon leur empreinte environnementale ;
- une éco-contribution prioritaire sur les produits polluants non essentiels ;
- un mécanisme régional de taxation des véhicules anciens et des déchets importés ;
- des exemptions protégeant les produits essentiels et les équipements industriels stratégiques ;
- des fonds climatiques transparents alimentés par ces recettes ;
- une préférence environnementale dans les marchés publics africains ;
- une position commune face aux mécanismes climatiques imposés par les autres puissances.
L’Afrique n’a pas seulement besoin que le monde reconnaisse la valeur de ses forêts. Elle doit apprendre à transformer cette valeur en pouvoir économique, fiscal et diplomatique.
Le continent ne peut plus se contenter de dire :
« Vous avez pollué, payez-nous. »
Il doit aussi être capable d’affirmer :
« Vous souhaitez accéder à notre marché, exploiter nos ressources ou vendre vos produits à nos populations : voici désormais nos règles. »
C’est ainsi que raisonnent les puissances. Il est grand temps que l’Afrique en devienne une. Mais pour cela, il faudrait commencer à respecter soi-même ses propres règles. La France et l’Europe, hypocrites, continuent à accompagner les dirigeants africains dans cette logique rétrograde de l’aide, pour mieux les tenir.
Ablam Ahadji
avec la rédaction d’Afrology
Sources et références
- Entretien de Brice Clotaire Oligui Nguema au Figaro, repris par TV5MONDE, juillet 2026. (TV5MONDE Information)
- Banque mondiale, Gabon Economic Update — Designing Fiscal Policies for Sustainable Forestry. (Banque mondiale)
- Central African Forest Initiative, présentation du partenariat avec le Gabon. (Central African Forest Initiative (CAFI))
- Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, principes et financement climatique. (UNFCCC)
- Commission européenne, documentation officielle sur le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. (Taxation and Customs Union)
- Secrétariat de la ZLECAf, présentation du marché continental africain. (au-afcfta.org)
- Programme des Nations unies pour l’environnement, Adaptation Gap Report 2025. (UNEP – UN Environment Programme)




