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Médecins africains en Europe : combien sont-ils et pourquoi quittent-ils l’Afrique ?

Afrology | Société - Fuite des cerveaux

La présence de médecins africains dans les systèmes de santé européens ne cesse d’augmenter. Face au vieillissement de la population et à la pénurie de personnel médical, de nombreux pays européens recrutent désormais activement des praticiens formés à l’étranger.

Mais derrière cette réalité se cache un phénomène plus complexe : la migration croissante de médecins africains vers l’Europe. Combien sont-ils réellement ? Pourquoi partent-ils ? Et quelles sont les implications pour l’Afrique et pour la diaspora ?

Une présence importante dans les systèmes de santé européens

Il est difficile de connaître le nombre exact de médecins africains en Europe, car les statistiques distinguent généralement les médecins formés à l’étranger plutôt que leur origine géographique.

Cependant, plusieurs indicateurs permettent de mesurer l’ampleur du phénomène.

France

La France est l’un des principaux pays d’accueil.

  • En 2023, 29 238 médecins exerçant en France étaient diplômés hors Union européenne, soit environ 7 % de l’ensemble des médecins. ([The Independent][1])
  • Une proportion importante de ces praticiens provient d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.

Dans certains hôpitaux publics, ces médecins sont devenus indispensables pour maintenir l’activité de nombreux services.

Royaume-Uni

Le Royaume-Uni est probablement  la première destination européenne pour les médecins africains.

  • Le système de santé britannique (NHS) emploie des milliers de médecins venus du Nigeria, du Ghana, d’Afrique du Sud ou encore du Soudan.
  • Des études indiquent que plus de 55 000 médecins africains travaillent aujourd’hui dans les pays du Nord global, dont une part importante au Royaume-Uni. ([Business Insider Africa][2])

Le NHS dépend largement du recrutement international pour compenser les pénuries de personnel.

Allemagne

L’Allemagne fait également appel à de nombreux médecins formés à l’étranger.

  • Le pays recrute activement des médecins étrangers pour répondre à un manque croissant de praticiens, notamment dans les zones rurales et certains hôpitaux régionaux.
  • L’Allemagne figure parmi les principales destinations pour les médecins africains en Europe. ([Business Insider Africa][2])

Belgique

En Belgique aussi, les médecins formés à l’étranger jouent un rôle non négligeable dans le système hospitalier.

  • Les hôpitaux belges accueillent de nombreux praticiens originaires d’Afrique francophone, notamment du Maroc, d’Algérie, de Tunisie ou du Congo.
  • Cette présence est particulièrement visible dans certaines spécialités hospitalières et dans les services en tension.

Une dépendance croissante de l’Europe aux médecins étrangers

Cette dynamique ne concerne pas seulement les médecins africains. Elle s’inscrit dans une tendance plus large.

Selon l’Organisation mondiale de la santé :

  • le nombre de médecins formés à l’étranger travaillant en Europe a fortement augmenté au cours de la dernière décennie. ([Immigrant Times][3])
  • dans certains pays européens, plus de 40 % des médecins sont formés à l’étranger. ([Immigrant Times][3])

Cette dépendance reflète une réalité démographique : les systèmes de santé européens manquent de personnel et doivent recruter à l’international.

Pourquoi les médecins africains partent-ils ?

Plusieurs facteurs expliquent cette migration.

1. Les conditions de travail

Dans certains pays africains :

  • manque d’équipements
  • infrastructures insuffisantes
  • surcharge des hôpitaux

Ces contraintes rendent parfois difficile l’exercice de la médecine.

2. Les perspectives de carrière

L’Europe offre souvent :

  • davantage de possibilités de spécialisation
  • un accès plus large à la recherche médicale
  • des conditions de formation continue plus développées.

3. Les écarts de rémunération

Les écarts de rémunération entre l’Afrique et l’Europe constituent l’un des moteurs les plus puissants de la migration des médecins africains. Dans de nombreux pays africains, les salaires restent faibles au regard du niveau de qualification, de la charge de travail, du manque de moyens techniques et des responsabilités assumées au quotidien.

À l’inverse, les systèmes de santé européens offrent souvent des rémunérations nettement plus élevées, une meilleure sécurité contractuelle, des perspectives de spécialisation, un environnement de travail plus équipé et une reconnaissance professionnelle plus structurée. Pour beaucoup de médecins, partir n’est donc pas seulement un choix économique : c’est aussi une recherche de stabilité, de dignité professionnelle et de meilleures conditions d’exercice. Mais cette attractivité européenne a un coût pour les pays africains, qui investissent dans la formation de praticiens dont une partie finit par renforcer les systèmes de santé du Nord, alors même que les besoins médicaux restent immenses sur le continent.

4. Les politiques de recrutement européennes

Les politiques de recrutement européennes jouent également un rôle déterminant dans l’exode des médecins africains. Face au vieillissement de leur population, à la pression croissante sur les hôpitaux et à la pénurie de praticiens dans certaines spécialités ou régions, plusieurs pays européens ont progressivement ouvert leurs systèmes de santé au recrutement international. Cette stratégie permet de combler rapidement les manques de personnel, mais elle crée aussi une dynamique d’aspiration des compétences médicales formées ailleurs, notamment en Afrique.

Pour les médecins concernés, ces dispositifs représentent une opportunité professionnelle réelle : accès à de meilleurs revenus, à des équipements plus performants, à la formation continue et à une carrière plus sécurisée. Mais pour les pays africains, ils posent une question de justice et de souveraineté sanitaire : comment construire des systèmes de santé solides lorsque les professionnels les mieux formés sont attirés par des pays déjà mieux dotés ?

En 2023, 60 % des nouveaux médecins entrant sur le marché du travail européen avaient été formés à l’étranger. ([euronews][4])

Une fuite des cerveaux pour l’Afrique ?

Pour de nombreux spécialistes, la migration des médecins africains vers l’Europe s’apparente à une véritable fuite des cerveaux. Lorsque ces professionnels quittent durablement leur pays d’origine, les systèmes de santé africains perdent une ressource rare, stratégique et difficile à remplacer. Cette situation est d’autant plus préoccupante que, dans plusieurs pays du continent, le nombre de médecins par habitant reste très inférieur aux standards internationaux.

Former un médecin représente un investissement considérable pour un pays :

  • Formation universitaire longue;
  • encadrement hospitalier;
  • des infrastructures de formation;
  • financement public.

Lorsque ces professionnels s’installent durablement à l’étranger, les systèmes de santé africains peuvent se retrouver fragilisés. Le départ massif ou régulier de praticiens qualifiés fragilise donc l’accès aux soins, accentue les inégalités territoriales et aggrave la pression sur les personnels de santé restés sur place. La question n’est pas de nier le droit des médecins à chercher de meilleures conditions de vie et de travail, mais de mesurer le coût collectif de cette migration pour des systèmes de santé déjà confrontés à des besoins immenses.

Le rôle potentiel de la diaspora médicale

Cependant, cette migration ne signifie pas nécessairement une perte définitive.

La diaspora médicale africaine peut aussi jouer un rôle positif :

  • missions médicales temporaires
  • programmes de formation
  • transfert de compétences
  • coopération hospitalière
  • investissements dans des structures de santé.

Les médecins africains installés en Europe peuvent devenir des ponts entre les systèmes de santé africains et européens.

Un enjeu stratégique pour la diaspora

La présence de milliers de médecins africains en Europe rappelle aussi que la diaspora constitue un capital humain considérable, encore trop peu mobilisé dans les stratégies de développement sanitaire du continent. Ces professionnels disposent d’une expertise médicale, scientifique, technique et organisationnelle acquise dans des systèmes de santé souvent mieux dotés. Ils peuvent contribuer autrement que par un retour définitif : missions ponctuelles, formation à distance, partenariats hospitaliers, encadrement de jeunes médecins, transfert de compétences, appui à la recherche ou participation à des projets de télémédecine.

L’enjeu n’est donc pas seulement de dénoncer la fuite des cerveaux, mais de transformer cette mobilité en circulation des compétences. Pour cela, les États africains, les universités, les hôpitaux et les réseaux de diaspora doivent bâtir des mécanismes durables de coopération, afin que l’expérience acquise en Europe puisse aussi servir les systèmes de santé africains.

Pour des réseaux professionnels comme Afronex, l’enjeu est clair :

  • connecter ces talents
  • encourager la coopération médicale
  • favoriser les projets entre l’Europe et l’Afrique.

La question n’est plus seulement celle de la migration des médecins africains.

La véritable question est désormais :

comment transformer cette diaspora médicale en moteur de développement pour l’Afrique et pour l’Europe.

📊 Chiffres clés de la diaspora médicale africaine

  • Plus de 55.000 médecins africains travaillent aujourd’hui dans les pays à revenu élevé (Europe, États-Unis, Canada et Australie).

  • Environ 29.000 médecins exerçant en France sont diplômés hors Union européenne, soit près de 7 % des médecins du pays. Une proportion importante provient d’Afrique.

  • Au Royaume-Uni, le NHS emploie des milliers de médecins originaires d’Afrique, notamment du Nigeria, du Ghana et d’Afrique du Sud.

  • En Allemagne, le nombre de médecins formés à l’étranger dépasse 60.000, dont une part croissante venant d’Afrique.

  • En Belgique, les médecins diplômés à l’étranger représentent environ 10 % des médecins actifs, avec une présence notable de praticiens originaires d’Afrique du Nord et d’Afrique centrale.

  • Dans certains pays africains, on compte moins d’un médecin pour 5.000 habitants, alors qu’en Europe ce ratio peut être 10 fois plus élevé.

Conclusion

La migration des médecins africains vers l’Europe ne peut être réduite à un simple choix individuel. Elle révèle à la fois les fragilités des systèmes de santé africains, l’attractivité des modèles européens et l’absence de stratégies suffisamment fortes pour retenir, valoriser et mobiliser les compétences médicales du continent. Accuser les médecins de partir serait injuste : beaucoup quittent leur pays parce qu’ils y trouvent trop peu de reconnaissance, de moyens, de perspectives et de sécurité professionnelle. Mais ignorer les conséquences de ces départs serait tout aussi dangereux, car chaque médecin formé puis durablement installé ailleurs représente une perte pour des populations qui manquent déjà d’accès aux soins.

La réponse doit donc être stratégique. Les États africains doivent investir davantage dans les conditions de travail, la rémunération, les équipements hospitaliers, la formation spécialisée et les perspectives de carrière. Les pays européens, de leur côté, doivent adopter des politiques de recrutement plus éthiques, qui ne fragilisent pas davantage les systèmes de santé déjà sous tension. Des accords de coopération peuvent prévoir des mécanismes de compensation, de formation partagée, de retour temporaire ou de transfert de compétences. Enfin, la diaspora médicale africaine doit être considérée comme un partenaire structurant : elle peut contribuer à la recherche, à la télémédecine, à l’encadrement des jeunes praticiens, aux missions hospitalières et à la modernisation des systèmes de santé africains.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer l’Afrique et l’Europe, ni de fermer les frontières professionnelles, mais de passer d’une fuite des cerveaux subie à une circulation organisée des compétences. Pour cela, l’Afrique doit bâtir une véritable politique de souveraineté sanitaire, capable de former, retenir, protéger et connecter ses médecins, où qu’ils exercent.

 

Bruxelles, le 11 mars 2026
La rédaction

 


Sources

  1. Organisation mondiale de la santé (OMS) – Rapport sur la dépendance de l’Europe aux professionnels de santé formés à l’étranger.

  2. OCDE – Health at a Glance 2023
    Analyse de la migration internationale des médecins et infirmiers et évolution de la part de médecins formés à l’étranger en Europe.

  3. Eurostat – Healthcare Personnel Statistics
    Statistiques européennes sur le nombre de médecins et l’évolution des personnels médicaux dans l’Union européenne.

  4. Africa Europe Foundation – Health Workforce in Africa and Europe
    Comparaison des ressources médicales entre l’Afrique et l’Europe et analyse des écarts de densité de médecins.

  5. Business Insider Africa – Migration des médecins africains
    Étude indiquant que plus de 55 000 médecins africains travaillent dans les pays du Nord global, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France et en Allemagne.

  6. Immigrant Times – Foreign Doctors in Europe
    Analyse du rôle croissant des médecins formés à l’étranger dans les systèmes de santé européens.

  7. Statista / OCDE – Foreign-trained doctors in Europe
    Données comparatives sur la part de médecins formés à l’étranger dans plusieurs pays européens.


Cet article s’appuie sur des données provenant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’OCDE, d’Eurostat et de plusieurs études sur la migration internationale des professionnels de santé.