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Stabilité socio-politique et économie du tourisme : le Maroc, leader africain selon l’OCDE

Zalikha Kemba Par Zalikha Kemba
4 juillet 2026
dans PRESSE
Reading Time: 8 mins read
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Stabilité socio-politique et économie du tourisme : le Maroc, leader africain selon l’OCDE
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Le Maroc confirme son ascension parmi les grandes destinations touristiques du continent africain. Selon les données publiées dans l’édition 2026 des Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE, le Royaume a accueilli 19,8 millions de touristes internationaux en 2025, en hausse de 14 % par rapport à 2024. Cette performance place le Maroc au premier rang africain en matière d’arrivées touristiques internationales et confirme la montée en puissance d’un modèle où le tourisme n’est plus seulement une vitrine culturelle, mais un pilier économique, diplomatique et stratégique.

Derrière les chiffres, une réalité s’impose : le tourisme n’est jamais seulement une affaire de paysages, de médinas, de plages, de désert ou d’hôtels. Il est d’abord une économie de la confiance. Il mesure la capacité d’un pays à rassurer, accueillir, connecter, protéger, investir et projeter une image stable dans un monde traversé par les tensions géopolitiques, les crises économiques, les incertitudes sécuritaires et les recompositions des flux de voyageurs.

Le tourisme, miroir de la stabilité

Dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient, la hausse des coûts du transport, les inquiétudes sécuritaires et les perturbations des chaînes de mobilité, les destinations touristiques ne sont plus évaluées uniquement sur leur beauté ou leur patrimoine. Elles le sont aussi sur leur capacité à garantir une expérience prévisible, fluide et sécurisée.

C’est précisément sur ce terrain que le Maroc marque des points. Sa réussite touristique ne s’explique pas uniquement par l’attractivité de Marrakech, Fès, Rabat, Tanger, Essaouira, Agadir ou du Sahara. Elle repose aussi sur un capital immatériel décisif : la stabilité institutionnelle, la continuité des politiques publiques, la qualité de l’accueil, la connectivité aérienne, la fourniture, la qualité et la stabilité des télécom, la montée en gamme des infrastructures et la cohérence du récit national porté à l’international.

Dans plusieurs pays africains, le potentiel touristique est immense. Les paysages sont puissants, les cultures riches, les patrimoines profonds, les jeunesses créatives. Pourtant, ce potentiel reste souvent sous-exploité faute de stabilité, de gouvernance, de sécurité perçue, d’investissements structurants et de continuité stratégique. Le cas marocain rappelle une leçon essentielle : le tourisme prospère là où l’État organise la confiance.

Une performance économique majeure

Le tourisme est devenu l’un des piliers de l’économie marocaine. En 2024, il a directement contribué à hauteur de 116,2 milliards de dirhams à l’économie nationale, soit 7,3 % du PIB. En 2025, le secteur a représenté 894 000 emplois directs, soit 92 000 emplois de plus qu’en 2022. Les recettes touristiques ont atteint 138,1 milliards de dirhams à la fin de 2025, contre 114,5 milliards en 2024, soit une progression annuelle de 21 %.

Ces chiffres ne traduisent pas seulement une reprise post-pandémie. Ils indiquent une transformation plus profonde : le Maroc est en train de faire du tourisme une industrie organisée, territorialisée et connectée aux autres secteurs de l’économie. L’hôtellerie, l’artisanat, le transport, la restauration, la culture, l’événementiel, l’immobilier touristique, la formation professionnelle et les services numériques sont entraînés par cette dynamique.

Le tourisme devient ainsi un multiplicateur économique. Il ne se limite pas aux grandes chaînes hôtelières ou aux circuits classiques. Il peut irriguer les territoires, soutenir les petites entreprises, valoriser les savoir-faire locaux et créer des opportunités pour les jeunes, les femmes, les artisans et les entrepreneurs.

La feuille de route 2023-2026 : une stratégie plutôt qu’un hasard

La performance marocaine n’est pas le fruit d’une simple conjoncture favorable. Elle s’inscrit dans la feuille de route touristique 2023-2026, qui vise à renforcer la contribution du secteur à l’économie nationale, à moderniser l’offre et à améliorer l’expérience du visiteur.

Cette stratégie repose sur une logique claire : passer d’un tourisme de destination à une véritable industrie touristique. Elle met l’accent sur l’investissement, l’amélioration de l’hébergement, la diversification de l’offre, la formation des compétences, la digitalisation, la qualité de service et l’adaptation régionale des politiques publiques.

Le Maroc a même dépassé avec un an d’avance l’objectif initial de 17,5 millions de touristes internationaux en 2026, en atteignant 19,8 millions dès 2025. Ce dépassement est significatif. Il montre que la stratégie marocaine a rencontré une demande internationale forte, mais aussi que l’écosystème touristique national a su absorber cette croissance.

La stabilité comme infrastructure invisible

La grande leçon du cas marocain est peut-être celle-ci : la stabilité socio-politique est une infrastructure économique. Elle n’apparaît pas toujours dans les brochures touristiques, mais elle conditionne les choix des voyageurs, des compagnies aériennes, des investisseurs, des assureurs, des organisateurs d’événements et des tour-opérateurs.

Un touriste ne choisit pas seulement un pays. Il choisit une promesse de sécurité, de fluidité et de confiance. Un investisseur touristique ne finance pas seulement un hôtel ou un resort. Il investit dans un environnement politique, administratif, foncier, fiscal, sécuritaire et commercial. Une compagnie aérienne n’ouvre pas seulement une ligne. Elle mise sur une trajectoire de demande, une stabilité opérationnelle et une perspective de rentabilité.

Dans ce sens, le tourisme est un révélateur de gouvernance. Il met à nu les forces et les fragilités d’un pays : qualité des infrastructures, sécurité, hygiène, mobilité, formation, gestion urbaine, relation entre État et secteur privé, image internationale, politique de visa, capacité à gérer les crises et à protéger les visiteurs comme les populations locales.

Maroc, Égypte, Afrique du Sud : trois modèles africains

Le leadership marocain doit toutefois être analysé avec précision. L’Égypte demeure une puissance touristique majeure, portée par un patrimoine mondial exceptionnel, une stratégie nationale ambitieuse et un objectif de 30 millions d’arrivées internationales à l’horizon 2031. En 2024, elle a enregistré 15,8 millions d’arrivées internationales, dépassant son niveau d’avant-pandémie.

L’Afrique du Sud, de son côté, conserve un modèle touristique puissant, fondé sur la nature, les grands espaces, la culture, le tourisme d’affaires et le tourisme domestique. Mais elle restait encore, en 2024, sous son niveau de 2019 en matière d’arrivées internationales, avec 8,9 millions de visiteurs internationaux.

Le Maroc se distingue aujourd’hui par une combinaison rare : proximité européenne, stabilité perçue, diversité culturelle, connectivité aérienne, patrimoine urbain, tourisme balnéaire, désert, événementiel, infrastructures et stratégie publique cohérente. Cette combinaison lui permet de devenir une référence africaine, non seulement en nombre de visiteurs, mais aussi en capacité d’organisation du secteur.

Le risque d’un tourisme à deux vitesses

Toute réussite touristique comporte cependant ses fragilités. L’augmentation rapide des flux peut provoquer des tensions si elle n’est pas maîtrisée : pression immobilière, saturation de certaines villes, hausse des prix, emploi saisonnier précaire, déséquilibres régionaux, pression sur les ressources en eau, folklorisation des cultures locales ou marginalisation des populations dans les zones les plus touristiques.

Le leadership marocain devra donc se mesurer non seulement au nombre de visiteurs, mais à la qualité de la valeur créée. Un tourisme réellement transformateur doit bénéficier aux territoires, renforcer les compétences locales, soutenir les petites entreprises, préserver les patrimoines, protéger l’environnement et améliorer la vie des communautés d’accueil.

La question n’est donc plus seulement : combien de touristes viennent au Maroc ?

Les bonnes questions sont : quelle part de cette richesse reste dans les territoires ? Quels emplois sont créés ? Quelles compétences sont transmises ? Quelles régions en bénéficient ? Quel équilibre est trouvé entre attractivité internationale et justice sociale locale ?

Une leçon pour l’Afrique

L’expérience marocaine offre une leçon stratégique au continent : le tourisme africain ne peut pas être pensé comme une rente naturelle. Il doit être gouverné comme une industrie de souveraineté douce.

  • Souveraineté douce, parce que le tourisme façonne l’image d’un pays.
  • Souveraineté douce, parce qu’il attire des devises.
  • Souveraineté douce, parce qu’il valorise le patrimoine.
  • Souveraineté douce, parce qu’il transforme la culture en puissance économique.
  • Souveraineté douce, parce qu’il relie les territoires, les diasporas, les investisseurs et les imaginaires.

Mais cette souveraineté suppose une condition préalable : des États capables de planifier, de protéger, de coordonner et de garantir la confiance. Le Maroc avance parce qu’il articule stratégie, stabilité, infrastructures, formation, investissement, promotion internationale et gouvernance territoriale. D’autres pays africains disposent d’un potentiel immense, mais ce potentiel restera vulnérable tant qu’il ne sera pas adossé à une vision politique stable et à une exécution administrative crédible.

Conclusion : le tourisme comme baromètre de puissance

Le classement du Maroc comme nouveau leader africain du tourisme n’est pas seulement une victoire sectorielle. C’est un signal politique et économique. Il montre que la puissance touristique appartient de moins en moins aux pays qui possèdent seulement les plus beaux paysages ou les patrimoines les plus spectaculaires. Elle appartient à ceux qui savent transformer ces atouts en confiance, en expérience, en investissement, en emplois et en récit national.

Le Maroc confirme aujourd’hui qu’un tourisme performant repose sur une équation exigeante : stabilité, stratégie, infrastructures, qualité de service, sécurité, formation et projection internationale.

Pour l’Afrique, la leçon est claire : le tourisme peut devenir l’un des grands moteurs de transformation du continent. Mais il ne prospère durablement que là où la stabilité socio-politique cesse d’être un slogan pour devenir une politique publique, une discipline institutionnelle et un pacte de confiance avec les citoyens comme avec le monde.

Z.K.
avec la rédaction d’Afrology

04 Juillet 2026


Références

  1. OCDE, OECD Tourism Trends and Policies 2026, profil Maroc : données sur les arrivées touristiques, la contribution directe au PIB, l’emploi, les recettes touristiques et la feuille de route touristique 2023-2026. (TravelDailyNews Greece & Cyprus)
  2. Ministère marocain du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Chiffres clés 2025 : 19,8 millions de visiteurs, hausse de 14 %, recettes touristiques de 138 milliards de dirhams et progression des nuitées. (Ministère du Tourisme)
  3. OCDE, page de lancement des Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2026 : contexte international, incertitudes géopolitiques, résilience du secteur et besoin de politiques touristiques plus durables, coordonnées et compétitives. (OECD)
  4. OCDE, OECD Tourism Trends and Policies 2026, profil Égypte : stratégie touristique 2025-2031, objectif de 30 millions d’arrivées internationales et données sur les arrivées 2024. (TravelDailyNews Greece & Cyprus)
  5. OCDE, OECD Tourism Trends and Policies 2026, profil Afrique du Sud : contribution du tourisme au PIB, emplois directs, arrivées internationales et enjeux de reprise post-2019. (TravelDailyNews Greece & Cyprus)
Tags: afriqueAfrique du Sudéconomieegyptemarococdepolitiquetourismetouristique
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