Femmes, sciences et technologie : le grand gâchis africain
L’Afrique veut entrer dans la révolution de l’intelligence artificielle, construire ses propres industries numériques, maîtriser ses données et réduire sa dépendance technologique. Mais peut-elle réellement y parvenir en laissant s’évaporer une partie considérable de son capital scientifique féminin ? De l’école au laboratoire, puis de l’entreprise aux conseils d’administration et aux fonds d’investissement, les femmes disparaissent progressivement de la chaîne technologique africaine. Plus qu’une question d’égalité entre les sexes, cette évaporation est devenue une question de développement et de souveraineté.
Les 3 et 4 septembre 2026, Nairobi accueillait la deuxième édition du Women in STEM Africa Summit, organisée par Women in Technology and Innovation Africa (WITIA). Chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, universitaires et responsables politiques y ont une nouvelle fois posé un diagnostic désormais largement connu : les femmes restent insuffisamment représentées dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques, les fameuses disciplines STEM.
Le sommet a notamment insisté sur les difficultés qui apparaissent dès l’éducation, mais aussi sur le financement insuffisant des innovatrices et entrepreneures africaines.
Le constat n’est pas nouveau. Ce qui devrait en revanche interpeller davantage est le paradoxe qui l’accompagne.
Car contrairement à une idée répandue, l’Afrique ne manque pas nécessairement de femmes capables de réussir dans les sciences. Dans certains pays et certaines universités, elles sont même nombreuses à obtenir des diplômes scientifiques.
Le véritable problème apparaît ensuite. Elles disparaissent… Progressivement.
Entre l’école et l’université. Entre le diplôme et le premier emploi. Entre le premier emploi et les responsabilités. Entre la création d’une entreprise et l’accès au capital.
C’est cette mécanique que l’Afrique doit désormais regarder en face.
Le paradoxe africain
Une étude récente de McKinsey sur les femmes dans les métiers technologiques africains avance un chiffre spectaculaire : 47 % des diplômés STEM des universités africaines étudiées seraient des femmes, contre 42 % en Europe et 39 % en Amérique du Nord.
Mais leur représentation chute ensuite brutalement : les femmes n’occuperaient plus que 23 à 30 % des emplois technologiques, moins de 12 % des fonctions dirigeantes et seulement environ 10 % des postes de CEO dans les startups technologiques africaines. Dans le développement logiciel, leur part serait d’environ 8 %.
À première vue, l’Afrique semblerait donc remarquablement performante dans la formation scientifique des femmes avant de les perdre au moment de transformer le diplôme en carrière.
Le chiffre de 47 % nécessite toutefois une importante précaution méthodologique.
McKinsey reprend ici des données UNESCO-Times Higher Education issues d’universités ayant participé volontairement à une collecte portant sur l’Objectif de développement durable n°5. Seulement 49 établissements africains étaient représentés dans cet échantillon. Il serait donc imprudent d’en conclure que près d’un diplômé STEM africain sur deux est une femme sur l’ensemble du continent.
Les statistiques pays par pays de la Banque mondiale montrent une réalité beaucoup plus contrastée.
Parmi les dernières données disponibles, les femmes représentent par exemple 51,1 % des diplômés STEM en Algérie, 40,6 % au Botswana et 35,1 % au Burkina Faso, mais seulement 29,9 % au Bénin, 24,6 % au Cameroun, 20,8 % en République du Congo et 17,3 % au Tchad.
L’UNESCO résume cette hétérogénéité autrement : dans la majorité des pays africains, moins d’un diplômé STEM sur trois est une femme.
La question n’est donc pas de savoir si « les Africaines aiment les sciences ».
Elle est de comprendre pourquoi certains systèmes réussissent à attirer et conserver les filles dans les sciences alors que d’autres les en éloignent presque systématiquement.
La première bataille se joue bien avant l’université
On présente souvent l’orientation scientifique comme une décision prise à 16 ou 18 ans. Elle commence probablement beaucoup plus tôt.
Dans de nombreuses familles africaines, les filles continuent à supporter une part disproportionnée du travail domestique : cuisine, nettoyage, soins aux enfants, accompagnement des personnes âgées, collecte du bois ou de l’eau.
Cela peut paraître éloigné de la question scientifique.
Cela ne l’est pas.
Chaque heure consacrée quotidiennement à une obligation domestique est potentiellement une heure de moins pour lire, étudier, expérimenter, utiliser un ordinateur ou simplement développer sa curiosité.
Les données du Kenya, pays hôte du sommet de Nairobi, sont particulièrement parlantes. Selon l’enquête nationale sur l’emploi du temps de 2022 reprise par ONU Femmes, les Kenyanes consacrent en moyenne 4 heures et 38 minutes par jour aux soins et travaux domestiques non rémunérés, contre 1 heure et 1 minute pour les hommes. Cela représenterait, sur une année, l’équivalent de 196 journées de travail à temps plein.
Ce chiffre permet de regarder autrement la question des femmes et des sciences.
Une politique STEM ne peut pas uniquement consister à distribuer des ordinateurs aux filles.
L’eau courante peut être une politique éducative.
L’électricité peut être une politique scientifique.
Les transports scolaires peuvent être une politique technologique.
Une crèche peut être une politique de recherche.
Lorsqu’une adolescente doit consacrer deux heures à aller chercher de l’eau, elle ne dispose évidemment pas du même temps qu’une adolescente pouvant rentrer de l’école et travailler sur son ordinateur.
La technologie ne se construit pas dans le vide.
Elle repose d’abord sur des infrastructures sociales.
Avant l’intelligence artificielle, il faut encore accéder à Internet
La fracture apparaît également dans l’accès au numérique lui-même. En 2024, selon l’Union internationale des télécommunications, 31 % seulement des femmes africaines utilisaient Internet contre 43 % des hommes.
La situation s’améliore : en 2019, seules 21 % des Africaines étaient connectées. Mais le continent reste l’une des régions du monde où la fracture numérique entre les sexes demeure la plus importante.
Cette différence est loin d’être anecdotique.
Aujourd’hui, apprendre Python, accéder à une formation en intelligence artificielle, suivre un cours du MIT, consulter GitHub, découvrir une bourse universitaire, publier une recherche, lancer une startup ou entrer en contact avec des investisseurs suppose généralement trois choses :
un terminal, une connexion et des compétences numériques.
Or l’UNESCO révèle une autre fracture spectaculaire : en Afrique subsaharienne, pour 100 hommes possédant des compétences de base sur un tableur, seules 40 à 44 femmes possèdent les mêmes compétences.
Le problème devient donc cumulatif.
La fille dispose parfois de moins de temps.
Elle peut avoir moins accès au smartphone familial.
Elle peut disposer de moins de données mobiles.
Elle maîtrise moins certains outils numériques.
Puis on s’étonne, quelques années plus tard, de trouver davantage d’hommes dans l’informatique.
Le diplôme ne suffit pas
Mais l’un des éléments les plus intéressants du problème apparaît précisément lorsque la jeune femme réussit malgré tout.
Elle obtient son diplôme.
Elle devient biologiste, ingénieure, chercheuse, informaticienne ou spécialiste de cybersécurité.
Et pourtant, une nouvelle sélection commence.
L’Union africaine elle-même reconnaît le problème dans sa Science, Technology and Innovation Strategy for Africa 2034 – STISA 2034.
La stratégie constate qu’environ 30 % seulement des chercheurs africains sont des femmes et souligne qu’elles sont moins bien rémunérées, publient moins et progressent moins loin dans leur carrière que leurs collègues masculins.
L’Union africaine parle explicitement d’une perte intellectuelle considérable pour la société.
L’UNESCO estime pour sa part à environ 31,5 % la proportion de femmes parmi les chercheurs d’Afrique subsaharienne.
Il faut donc poser une question dérangeante :
où passent toutes celles qui avaient réussi ?
De la scientifique à la mère : le retour de la contrainte
Le témoignage de la microbiologiste kényane Becky Aloo est à cet égard presque symbolique.
Sa carrière scientifique s’est poursuivie alors qu’elle avait déjà des enfants. Mais les responsabilités familiales ont retardé son doctorat, obtenu à 38 ans.
Et autour d’elle revenait régulièrement une question révélatrice : « Qui s’occupe de tes enfants ? »
Une question infiniment plus rarement adressée à un chercheur masculin.
L’histoire de Becky Aloo illustre un phénomène beaucoup plus large.
La petite fille à laquelle on demande d’aider sa mère devient parfois la scientifique à laquelle on continue implicitement de demander de choisir entre laboratoire et famille.
La contrainte change de forme.
Elle ne disparaît pas.
Pour cette raison, le débat sur les femmes et la technologie ne peut être dissocié de celui de l’économie du care, c’est-à-dire des soins aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes dépendantes et du travail domestique.
Le Maroc vient d’ailleurs de franchir une étape significative. Le 16 juillet 2026, il est devenu le premier pays de la région arabe et le deuxième pays africain à adopter une stratégie nationale consacrée à l’économie et au travail du soin, avec l’appui de l’Organisation internationale du travail et d’ONU Femmes.
L’idée est importante.
Il ne s’agit plus de considérer la garde des enfants ou l’accompagnement des personnes dépendantes comme une affaire privée réglée essentiellement par les femmes.
Il s’agit de reconnaître qu’il s’agit également d’une infrastructure économique.
Ce changement de perspective pourrait avoir des conséquences considérables sur la carrière des Africaines.
Le plafond de verre africain
Pour celles qui entrent dans l’entreprise technologique, un autre filtre intervient. Les femmes deviennent progressivement moins nombreuses au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. McKinsey observe moins de 12 % de femmes dans les postes de leadership technologique africains.
Les explications sont multiples.
Les réseaux professionnels restent souvent masculins.
Les mécanismes de promotion favorisent ceux qui disposent de davantage de disponibilité.
Les interruptions de carrière liées à la maternité peuvent ralentir les parcours.
Certains environnements professionnels demeurent ouvertement ou subtilement hostiles.
Et les modèles féminins restent relativement peu visibles.
Le mentorat, souvent proposé comme solution, est utile.
Mais il serait dangereux d’en faire la réponse principale.
Dire aux femmes qu’elles doivent avoir davantage confiance en elles revient parfois à transformer un problème institutionnel en défaut individuel.
Si une organisation recrute 50 % de femmes mais n’en conserve que 10 % dans ses directions, la question centrale n’est probablement pas la confiance des candidates.
Elle est : que se passe-t-il dans cette organisation entre l’embauche et la direction ?
Puis vient le mur du financement
Celles qui décident de créer leur propre entreprise découvrent un nouvel obstacle : le capital.
En 2024, selon les données reprises par McKinsey, les startups technologiques africaines dirigées par des femmes n’auraient reçu que 21 millions de dollars, soit environ 1 % des financements, tandis que les entreprises fondées par des hommes auraient capté quelque 2,1 milliards de dollars.
Les données 2025 de Partech montrent une amélioration, mais aussi l’ampleur du chemin restant.
Sur les startups africaines ayant levé des capitaux en equity, 90 comptaient au moins une fondatrice, représentant 19 % des opérations. Elles ont levé 254 millions de dollars, soit environ 10 % des financements equity.
Ce montant était en hausse de 60 % par rapport à 2024.
Mais les fondateurs masculins levaient encore en moyenne 8,5 fois plus de capital.
Surtout, aucune startup dirigée par une femme n’a obtenu de financement de type Growth-stage en 2025.
Les chiffres McKinsey et Partech ne sont pas directement comparables : leurs définitions de « women-led » et « female-founded » diffèrent.
Mais leur message converge.
Plus les montants deviennent importants, plus les femmes disparaissent.
Cela pose une autre question.
Le continent parle énormément d’entrepreneuriat féminin.
Mais veut-il réellement créer des femmes propriétaires de technologies, de plateformes numériques, d’entreprises d’intelligence artificielle et de brevets ?
Ou souhaite-t-il principalement financer des microentreprises ?
La nuance est fondamentale.
Il existe une différence considérable entre financer une activité de subsistance et financer la prochaine entreprise technologique africaine capable de valoir un milliard de dollars.
Quand l’inégalité devient une question de souveraineté
C’est ici que le problème dépasse largement la question de l’égalité entre femmes et hommes.
L’Afrique veut rattraper son retard dans les domaines qui détermineront une partie de la puissance économique mondiale des prochaines décennies :
- intelligence artificielle,
- cybersécurité,
- biotechnologies,
- robotique,
- technologies agricoles,
- énergies renouvelables,
- semi-conducteurs,
- science des données,
- informatique quantique.
L’Union africaine a adopté en juillet 2025 sa stratégie STISA 2034, destinée précisément à renforcer les capacités scientifiques et technologiques du continent.
Elle avait déjà adopté en 2024 une Stratégie continentale sur l’intelligence artificielle, qui présente l’IA comme un actif stratégique capable de contribuer à l’Agenda 2063, de stimuler de nouvelles industries et de générer des emplois à haute valeur ajoutée.
La stratégie mentionne explicitement la possibilité de créer de nouvelles entreprises et opportunités économiques pour les femmes et les jeunes.
Mais une stratégie d’intelligence artificielle ne vaut que par les personnes capables de la mettre en œuvre.
On ne construit pas une industrie numérique avec des déclarations.
Il faut des mathématiciens, des ingénieurs, des développeurs, des chercheurs, des spécialistes des données, des entrepreneurs, des investisseurs capables de comprendre la technologie. Or l’Afrique souffre déjà d’un déficit considérable de capital scientifique.
Peut-elle réellement se permettre de sous-utiliser la moitié de son réservoir humain potentiel ?
Un problème économique avant d’être un problème moral
C’est probablement là que le débat doit changer.
La participation des femmes aux sciences est souvent présentée comme une politique sociale.
Elle devrait également être regardée comme une politique industrielle.
Chaque ingénieure qui abandonne sa carrière faute de structures de garde constitue une compétence perdue.
Chaque chercheuse qui quitte un laboratoire faute de possibilités de progression représente un investissement éducatif sous-utilisé.
Chaque entrepreneure technologique qui n’obtient pas de financement constitue potentiellement une innovation qui n’existera jamais.
Chaque jeune fille capable de devenir ingénieure mais orientée prématurément vers une autre filière représente une perte invisible.
Additionnées à l’échelle d’un continent de plus de 1,5 milliard d’habitants, ces pertes deviennent gigantesques.
Le sexisme coûte cher.
Et si les femmes ne participent pas à la conception de l’IA ?
La question comporte également une dimension politique.
Les technologies ne sont jamais totalement neutres.
Les personnes qui construisent les systèmes choisissent les problèmes à résoudre, les données utilisées, les critères d’évaluation et les priorités.
Si les équipes africaines qui développent demain des logiciels de santé, des outils bancaires, des systèmes d’identification biométrique, des applications agricoles ou des intelligences artificielles sont presque exclusivement masculines, une partie de l’expérience sociale risque de rester sous-représentée.
La souveraineté numérique africaine ne consiste donc pas uniquement à disposer de centres de données africains.
Elle suppose également de répondre à cette question :
qui construit la technologie africaine ?
Et pour qui ?
L’Afrique peut s’appuyer sur ses modèles
Le paradoxe est d’autant plus regrettable que les exemples existent.
Le sommet de Nairobi vient lui-même d’en fournir un.
La startup Provision Sight Africa, fondée par Victoria Mwaura, a remporté le premier prix de l’Investor Pitch Arena organisé pendant le Women in STEM Africa Summit 2026.
L’entreprise développe une technologie utilisant l’intelligence artificielle pour aider les personnes malvoyantes à se déplacer de manière plus autonome. Elle a reçu à cette occasion 500 000 shillings kényans de capital d’amorçage.
L’exemple est intéressant.
Une femme africaine.
De l’intelligence artificielle.
Une innovation développée pour résoudre un problème africain.
Une entreprise.
C’est exactement la chaîne qu’il faut multiplier.
Il faut cesser de traiter uniquement les symptômes
Les programmes encourageant les filles à coder sont utiles.
Les bourses sont utiles.
Les concours sont utiles.
Les modèles féminins sont utiles.
Les forums comme celui de Nairobi sont utiles.
Mais ils ne suffiront pas.
Le problème est systémique.
Il faut donc agir simultanément sur plusieurs niveaux.
1. Commencer dès le primaire
Les politiques STEM doivent commencer bien avant l’université : sciences expérimentales, mathématiques, programmation, robotique, clubs scientifiques.
Les écoles rurales doivent être prioritaires.
2. Mesurer toute la chaîne
Combien de filles aiment les sciences à 12 ans ?
Combien les choisissent au secondaire ?
Combien entrent à l’université ?
Combien obtiennent leur diplôme ?
Combien travaillent réellement dans leur domaine cinq ans plus tard ?
Combien deviennent professeures, directrices de laboratoire, CTO ou CEO ?
Sans données longitudinales, les gouvernements continueront à célébrer les inscriptions sans voir les abandons.
3. Réduire la fracture numérique
Accès à Internet, ordinateurs, smartphones, compétences numériques et électricité doivent devenir des composantes centrales des politiques d’égalité éducative.
4. Libérer du temps
L’accès à l’eau, aux transports, à l’électricité, aux cantines scolaires et aux infrastructures de garde contribue directement à réduire la « taxe temporelle » supportée par les filles et les femmes.
5. Relier universités et entreprises
Le diplôme ne doit plus constituer le dernier maillon de la politique publique.
Stages, apprentissage, premier emploi, programmes de retour après maternité et formation continue doivent être intégrés à la stratégie.
6. Passer du mentorat au sponsoring
Un mentor conseille.
Un sponsor ouvre une porte.
Les femmes doivent également entrer dans les réseaux où se prennent les décisions de recrutement, de financement et de promotion.
7. Financer les femmes là où se construit réellement la puissance technologique
Deep tech – IA – Cybersécurité – Biotechnologies – Énergie – Technologies climatiques – Fintech – Industrie.
Ce sont également dans ces secteurs que doivent apparaître des fonds africains capables de financer des entreprises fondées et dirigées par des femmes.
8. Utiliser les marchés publics
Les États africains dépensent chaque année des milliards dans les technologies.
Une partie de ces marchés pourrait être utilisée pour créer un véritable tissu d’entreprises technologiques locales incluant davantage de femmes parmi les propriétaires, dirigeants et ingénieurs.
Créer un indice africain Femmes–Sciences–Technologies
Afrology propose d’aller plus loin.
Pourquoi l’Union africaine ne publierait-elle pas chaque année un African Women in Science & Technology Index ?
Chaque pays serait évalué sur quelques indicateurs simples :
- proportion de filles en filières scientifiques ;
- diplômées STEM ;
- chercheuses ;
- ingénieures ;
- professionnelles du numérique ;
- dirigeantes technologiques ;
- fondatrices de startups ;
- part du capital-risque reçue ;
- accès féminin à Internet ;
- écart salarial ;
- représentation dans les institutions scientifiques nationales.
Un tel classement permettrait de mesurer les progrès.
Mais surtout de nommer les retards.
Les gouvernements pourraient alors difficilement se contenter de discours.
La responsabilité ne repose pas seulement sur les femmes
Il faut enfin sortir d’une approche qui demande perpétuellement aux femmes d’être plus fortes, plus confiantes, plus résilientes ou plus courageuses.
La résilience est admirable.
Mais un système qui exige en permanence davantage de résilience d’une catégorie de citoyens est peut-être surtout un système mal conçu.
Les femmes africaines n’ont pas seulement besoin qu’on leur dise :
« osez ».
Elles ont besoin que les sociétés africaines construisent les conditions dans lesquelles leur ambition peut réellement se transformer en carrière, en entreprise, en recherche, en brevet et en pouvoir économique.
Le véritable enjeu : ne plus gaspiller nos intelligences
Le débat sur les femmes dans les sciences est souvent présenté en termes de justice.
Il l’est évidemment.
Mais pour l’Afrique, il est désormais beaucoup plus que cela.
Il concerne sa capacité à produire du savoir.
À créer de la technologie.
À maîtriser l’intelligence artificielle.
À développer ses propres entreprises.
À résoudre ses propres problèmes.
À devenir enfin productrice plutôt que simple consommatrice des innovations conçues ailleurs.
Un continent qui accuse déjà un retard scientifique et technologique considérable ne peut raisonnablement continuer à gaspiller une partie de ses meilleures intelligences.
Le problème de l’Afrique n’est peut-être pas seulement qu’elle forme trop peu de scientifiques.
C’est aussi qu’elle ne sait pas toujours conserver celles qu’elle a formées.
La question posée par le sommet de Nairobi devrait donc interpeller bien au-delà des mouvements féministes ou des ministères chargés du Genre.
Elle concerne les ministères de l’Éducation.
Les ministères de l’Industrie.
Les ministères du Numérique.
Les universités.
Les investisseurs.
Les entreprises.
Et finalement les chefs d’État.
Parce que la question n’est plus seulement :
comment donner davantage de place aux femmes dans les technologies ?
La véritable question est désormais :
avec quelles intelligences l’Afrique compte-t-elle construire sa souveraineté technologique si elle continue à laisser la moitié de son potentiel sur le bord du chemin ?
Zalikha avec La Rédaction – Afrology
Sources et références
McKinsey & Company, Closing the loop: The quest for gender parity in African tech – données sur les diplômées STEM, l’emploi technologique, le leadership et le financement des startups.
UNESCO, How girls shape tech on their own terms in Tanzania, avril 2025 – données sur la représentation féminine dans les STEM en Afrique et les compétences numériques.
UNESCO, Closing the digital divide for women and girls in Africa through education, 2025.
Banque mondiale – Gender Data Portal, Female share of graduates from STEM programmes – données comparatives par pays.
Union internationale des télécommunications, The State of Broadband in Africa 2025 et Facts and Figures 2024 – fracture numérique hommes-femmes.
Union africaine, Science, Technology and Innovation Strategy for Africa – STISA 2034, 2025.
Union africaine, Continental Artificial Intelligence Strategy, 2024.
UNESCO, données sur les chercheuses en Afrique subsaharienne, 2024-2025.
ONU Femmes, Kenya advances toward a National Care Policy, données de l’enquête Kenya Time Use Survey.
Organisation internationale du travail / ONU Femmes, Morocco leads the way with its national strategy for the care economy, 16 juillet 2026.
Partech, 2025 Africa Tech Venture Capital Report – financement des startups comptant des fondatrices.
Women in Technology and Innovation Africa / médias kényans, Women in STEM Africa Summit 2026, Nairobi, 3–4 septembre 2026.
