Du 17 juin au 8 juillet 2026, les Galeries Lafayette Paris Haussmann accueillent la seconde édition du pop-up « Africa Now », au 3ᵉ étage du bâtiment Coupole. Pour Afrology, Zalikha s’est glissée ce samedi 20 juin dans les allées de ce rendez-vous où la mode africaine ne vient plus seulement “s’exposer” en Europe : elle vient se vendre, se raconter, se positionner et revendiquer sa place dans l’économie mondiale du style.
Entre artisanat, luxe contemporain, héritages culturels et stratégies de marché, « Africa Now » pose une question essentielle : l’Afrique est-elle encore un simple réservoir d’inspiration ou devient-elle enfin une puissance créative assumée ?
Paris, capitale d’un nouveau regard sur la création africaine
Il y a des lieux où les symboles comptent autant que les vitrines. Les Galeries Lafayette Paris Haussmann en font partie. Au cœur de Paris, sous l’imaginaire prestigieux de la Coupole, la seconde édition du pop-up « Africa Now » installe la création africaine dans un espace de visibilité rare : celui du grand magasin, du commerce international, du tourisme, de la mode premium et du regard occidental.
Pour Zalikha, venue en visite pour Afrology, l’expérience commence par un contraste. D’un côté, le décor parisien, ses codes, ses lumières, son sens du merchandising. De l’autre, des pièces qui portent le souvenir des matières, des gestes, des territoires, des femmes artisanes, des ateliers africains, des tissus, des symboles et des savoir-faire transmis.
Mais « Africa Now » n’est pas une vitrine folklorique. C’est précisément ce qui frappe. Les créateurs présents ne cherchent pas seulement à montrer “l’Afrique”. Ils cherchent à prouver que l’Afrique sait concevoir, structurer, produire, raconter et vendre.
Ici, le wax, le kente, le bazin, le tapa, le raphia, le cuir, le bois, le laiton, l’os, les coupes tailleur et les silhouettes contemporaines ne sont pas des accessoires identitaires. Ils deviennent des langages de création.
Une Afrique qui ne veut plus être une tendance passagère
Pendant longtemps, la mode africaine a été regardée de loin, souvent réduite à l’exotisme des couleurs, aux imprimés “ethniques” ou à l’inspiration vague de grandes maisons occidentales. « Africa Now » propose autre chose : une scène où les créateurs africains sont nommés, situés, sélectionnés, commercialisés et mis en relation avec un public international.
L’édition 2026 élargit son offre : prêt-à-porter, sacs, bijoux, accessoires, pièces premium, capsules exclusives. L’événement est porté par un ensemble de partenaires : Canex, le salon Tranoï, Adama Paris, Studio Ka et Africa Fashion Up.
Ce montage dit déjà quelque chose. La mode africaine ne se développe pas seulement par le talent individuel. Elle a besoin de plateformes, de circuits de distribution, de salons, de relais médiatiques, de programmes d’accompagnement et de lieux de vente capables de lui donner une chance réelle sur les marchés internationaux.
La créativité existe. La question est désormais celle de l’accès.
Dans les allées, Zalikha observe une génération de créateurs stratèges
Le parcours du pop-up révèle une génération de designers qui ne se contentent pas de célébrer l’héritage. Ils le recomposent.
Late For Work, porté par le créateur marocain Youssef Drissi, travaille un vestiaire professionnel féminin structuré. Son approche est intéressante parce qu’elle déplace les codes : le bureau, le costume, la silhouette active et l’élégance fonctionnelle deviennent des terrains d’expression africaine. Le créateur, déjà présent lors de la première édition, semble avoir trouvé dans ce format un pont efficace entre visibilité et ventes.
Judy Sanderson, griffe fondée en 2020, déploie une esthétique traversée par plusieurs influences : africaines, européennes et asiatiques. Cette hybridation correspond bien à l’époque. La mode africaine contemporaine n’est pas enfermée dans une géographie figée. Elle circule, absorbe, transforme, répond à des marchés multiples.
We Are Nbo, basé à Nairobi, donne une autre profondeur au projet. Ses bijoux, créés à partir de matériaux recyclés et upcyclés comme le laiton, le bois ou l’os, s’inscrivent dans une démarche où l’objet n’est pas seulement esthétique. Il porte aussi une question sociale : qui fabrique, dans quelles conditions, avec quelles matières, au bénéfice de quelles communautés ?
Vanhu Vamwe, marque de maroquinerie fondée par Simba Nyawiri et Pam Samasuwo-Nyawiri, incarne l’une des réussites les plus fortes de cette dynamique. Le projet associe artisanat, rigueur de marché et impact social. C’est exactement là que la mode africaine peut se distinguer : non pas seulement par son style, mais par sa capacité à relier création, communauté et économie locale.
Adama Paris, mémoire vivante et passerelle continentale
Impossible de traverser « Africa Now » sans s’arrêter sur Adama Paris. Adama Amanda Ndiaye, née à Kinshasa, fait partie de ces figures qui ont construit des ponts avant que l’Afrique ne devienne “tendance”. Fondatrice de la Dakar Fashion Week, créatrice de Fashion Africa Channel en 2014, elle a contribué à installer la mode africaine dans une narration plus ambitieuse : celle d’une industrie culturelle continentale.
Sa présence au pop-up, avec une capsule exclusive, a valeur de passage de témoin. Elle rappelle que les créateurs africains d’aujourd’hui ne surgissent pas de nulle part. Ils s’inscrivent dans un travail de fond mené depuis des années par des stylistes, productrices, mannequins, entrepreneures, journalistes, plateformes et passeurs culturels.
Autour d’elle, la sélection met en lumière plusieurs démarches fortes.
Sisters of Afrika, portée par Hélène Daba Diouf et Jeanne Diouf, s’inscrit dans une volonté claire : valoriser l’héritage culturel sénégalais, moderniser les techniques traditionnelles et soutenir l’émancipation des femmes.
Christie Brown, marque de la créatrice ghanéenne Aisha Ayensu, incarne une vision premium et internationale de la mode africaine. Sa relecture des tissus traditionnels, notamment le wax et le kente, montre que l’ancrage culturel peut parfaitement dialoguer avec les exigences du luxe contemporain.
Et puis il y a Ibrahim Fernandez…
Le choix de Zalikha : Ibrahim Fernandez, le tailleur d’un imaginaire ivoirien
Au détour des pièces présentées, Zalikha s’arrête. Son choix est clair : Ibrahim Fernandez.
Designer autodidacte ivoirien, il développe un vestiaire premium où les tissus traditionnels, notamment le wax et le bazin, rencontrent le tailoring contemporain. Mais ce qui retient particulièrement l’attention d’Afrology, c’est sa capacité à transformer le vêtement en récit national.
Son travail autour de la tenue officielle des Éléphants en est un exemple fort. Confectionnée autour du tapa, des symboles du patrimoine ivoirien et de l’emblème national, cette tenue dépasse le simple cadre du sport. Elle devient une déclaration culturelle.
Les Éléphants ne sont pas seulement une équipe. Ils sont une image collective. Ils portent un pays, une mémoire, un imaginaire, une fierté. En travaillant une tenue officielle à partir d’éléments patrimoniaux, Ibrahim Fernandez rappelle que l’élégance nationale ne se résume pas au drapeau. Elle peut se construire dans la matière, le motif, la coupe et le symbole.
Pour Zalikha, ce choix est plus qu’un coup de cœur esthétique. C’est un geste éditorial.
Parce qu’il montre ce que la mode africaine peut réussir lorsqu’elle assume trois dimensions à la fois : la beauté, l’identité et l’usage. Le vêtement ne parle pas seulement à une élite de la mode. Il parle au supporter, au citoyen, à la diaspora, à l’enfant qui regarde son équipe nationale, à la femme qui reconnaît un tissu, à l’artisan qui voit son savoir-faire valorisé.
Ibrahim Fernandez ne fait pas seulement des vêtements. Il travaille une grammaire visuelle de la Côte d’Ivoire contemporaine.
Clin d’œil Afrology : spot sur un créateur qui relie patrimoine et modernité
Le clin d’œil de Zalikha va donc à ce créateur ivoirien qui comprend une chose essentielle : l’Afrique ne doit pas choisir entre tradition et modernité. Elle doit les faire dialoguer avec exigence.
Dans une époque où beaucoup de marques mondiales s’approprient les codes africains sans toujours reconnaître leurs sources, le travail d’Ibrahim Fernandez rappelle l’importance de la maîtrise narrative. Qui raconte le patrimoine ? Qui le transforme ? Qui en tire la valeur ? Qui signe ? Qui vend ? Qui bénéficie ?
C’est là que la mode devient politique.
Un tissu comme le tapa n’est pas une simple texture. C’est un héritage. Un emblème national n’est pas un simple motif graphique. C’est une responsabilité. Une tenue officielle n’est pas seulement une pièce de communication. C’est une image du pays.
En ce sens, Ibrahim Fernandez appartient à cette génération de créateurs africains qui ne veulent plus seulement être invités dans les vitrines occidentales. Ils veulent y entrer avec leur nom, leur histoire, leur exigence et leur souveraineté esthétique.
Studio Ka, Africa Fashion Up et les nouvelles passerelles
La sélection Africa Fashion Up x Studio Ka apporte une autre dimension au pop-up. Fondée par Valérie Ka, mannequin franco-ivoirienne devenue entrepreneure et directrice artistique, Studio Ka agit comme une marque vitrine et comme une passerelle pour des talents africains à accompagner, structurer et internationaliser.
Eric Raisina, créateur malgache formé à l’école Duperré et à l’Institut Français de la Mode, a collaboré avec Yves Saint Laurent et Christian Lacroix. Son travail sur les matières naturelles, comme la fourrure de soie et la dentelle de raphia, illustre une autre voie : celle d’un luxe matière, patient, tactile, enraciné.
Kwiyiah Style, marque ivoirienne de Lucie Gomba, développe une mode féminine qui mêle influences africaines et lignes contemporaines. Talua, de son côté, explore la maroquinerie, le prêt-à-porter et les accessoires dans une approche de luxe contemporain.
Ces présences montrent que la mode africaine n’est pas un bloc homogène. Elle est plurielle. Elle vient de Dakar, Nairobi, Abidjan, Accra, Antananarivo, Harare, Kinshasa, Paris. Elle parle plusieurs langues, traverse plusieurs marchés, emprunte plusieurs routes. Elle est locale, diasporique, continentale et mondiale.
Mode africaine : la reconnaissance ne suffit plus
La présence de créateurs africains aux Galeries Lafayette est importante. Mais la reconnaissance symbolique ne suffit plus.
La vraie bataille est économique.
Il faut des chaînes de production solides, des ateliers mieux financés, des artisans mieux rémunérés, des plateformes de vente africaines, des circuits logistiques fiables, une protection des marques, des formations, des écoles, des investisseurs, des acheteurs, des médias spécialisés et des politiques publiques capables de considérer la mode comme une industrie.
Car la mode africaine est souvent célébrée pour son énergie, mais trop rarement soutenue comme secteur économique stratégique.
Chaque sac, chaque bijou, chaque vêtement, chaque capsule peut créer de l’emploi, valoriser des matières, structurer des ateliers, renforcer des communautés, donner de la visibilité à des villes, faire vivre des récits et générer de la valeur.
La mode n’est pas un supplément culturel. C’est une économie.
Du pop-up à l’exposition : Paris regarde l’Afrique contemporaine
La séquence parisienne est d’autant plus intéressante que l’exposition itinérante « Africa Fashion » est également présentée au musée du Quai Branly jusqu’au 26 juillet 2026. Entre musée et grand magasin, entre patrimoine et marché, entre exposition et vente, Paris semble regarder la mode africaine avec un intérêt renouvelé.
Mais Afrology pose la question : regarder suffit-il ?
Le véritable enjeu est de savoir si ces plateformes permettront aux créateurs africains de consolider leurs marques, d’accéder à de nouveaux marchés, de maîtriser leur image et de rapatrier une partie de la valeur vers les ateliers et les communautés d’origine.
La reconnaissance occidentale peut être utile. Elle ne doit pas devenir le seul certificat de légitimité. L’Afrique n’a pas besoin d’être validée pour exister. Elle a besoin de moyens pour grandir.
Conclusion : Africa Now, mais l’Afrique par elle-même
En quittant les Galeries Lafayette, Zalikha retient une impression forte : « Africa Now » n’est pas seulement un pop-up. C’est un miroir. Il montre une Afrique créative, ambitieuse, mobile, exigeante, capable de parler au monde sans renoncer à ses racines.
Mais ce miroir pose aussi une responsabilité: Si la mode africaine veut peser, elle devra construire ses propres circuits, ses propres institutions, ses propres marchés, ses propres médias et ses propres plateformes. Les grands magasins européens peuvent ouvrir des portes. Ils ne doivent pas devenir les seuls lieux de consécration.
Le choix de Zalikha pour Ibrahim Fernandez résume bien cette tension féconde : partir du patrimoine, regarder le monde, habiller le présent, raconter une nation.
À Paris, la mode africaine n’est plus seulement une inspiration. Elle devient une proposition.
Et peut-être même une puissance. Mais, hors de ses conférences fastueuses sur la souveraineté et le panafricanisme, que fait l’Afrique pour ses talents?
Zalikha K.
avec La Rédaction – Afrology
Le clin d’oeil de Zalikha – Ibrahim Fernandez
Ibrahim Fernandez : l’élégance ivoirienne comme récit national
Zalikha retient le travail d’Ibrahim Fernandez pour sa capacité à relier le tailoring contemporain aux symboles profonds de la Côte d’Ivoire. Avec la tenue officielle des Éléphants, confectionnée autour du tapa, du patrimoine ivoirien et de l’emblème national, le créateur montre que la mode peut devenir un langage collectif.
Son travail ne se contente pas de décorer l’identité. Il la structure, la modernise et la rend visible sur la scène internationale.
Clin d’œil Afrology : quand un vêtement porte un pays, le créateur devient plus qu’un styliste. Il devient passeur de mémoire [Son shop: https://ibrahimfernandez.shop/].
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