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L’Afrique centrale absente de la liste des 100 meilleures universités du
continent
Sur la liste des 100 meilleurs établissements universitaires que
vient de publier le site www.20mai.net, on constate une absence notoire
des universités de l’Afrique centrale. Une situation qui devrait
interpeller les gouvernants ainsi que les décideurs du monde éducatif de
la région dans la mesure où l’université contribue énormément au
développement d’un pays par l’intermédiaire de la recherche au niveau
des sciences humaines et exactes. Une remarque pertinente sur ce
classement : la grande présence des universités anglophones qui pourrait
être synonyme de suprématie du système éducatif anglo-saxonne sur celui
des Francophones.
Une université se respecte par la notoriété de ses enseignants et la
pertinence de ses travaux de recherche. Mais dans certains pays où sont
passées la mauvaise gouvernance sur fond de népotisme et les guerres
interethniques, l’université a vu ses cadres aller exercer sous d’autres
cieux. Dans les universités de l’Afrique centrale où les professeurs
titulaires se comptent sur le bout des doigts, et où les travaux de
recherche sont en général sous la direction des maîtres-assistants et
vacataires, on ne peut pas être étonné de leur classement médiocre sur
l’échiquier continental. A l’École normale supérieure de Brazzaville où
j’ai exercé, la majorité des départements compte plus de vacataires que
d’enseignants titulaires. Et l’on remarque aussi que certains
enseignements ne sont pas confiés à leurs spécialistes.
Les conditions de travail dans les universités de l’Afrique centrale
Les universités du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la République
centrafricaine et du Tchad ont vu le jour après la disparition de la
FESAC (Fondation de l’enseignement supérieure en Afrique centrale) mise
en œuvre par l’Unesco pour la formation des enseignants du secondaire de
la région. Après plusieurs décennies, ces universités restent en général
marginalisées dans les programmes de développement socioculturels
élaborés par les gouvernements qui se sont succédé dans cette région.
Des pays comme le Gabon et le Cameroun devraient profiter de leur
quiétude sociale pour revaloriser leurs universités par rapport aux
autres qui ont été secoués par des guerres civiles. Mal rémunérés et
travaillant dans des conditions aléatoires, les enseignants de ces pays
ont eu du mal à s’extérioriser. Les bibliothèques universitaires sont
absentes et ne sont pas mises à jour quand elles existent comme au
Congo-Brazzaville. Être bien suivi dans ses travaux de recherche pour
les étudiants devient une sinécure car leurs professeurs sont souvent
partagés entre les classes et les bureaux de certains politiques dont
ils sont des conseillers. Dans ces pays où les enseignants ne sont pas
généralement bien payés quand on voit le travail qu’ils fournissent
ainsi que leur cursus universitaire, l’on constate le départ de certains
d’entre eux vers d’autres horizons plus rémunérateurs.
L’enquête faite au niveau des compétences de la
diaspora de l’Afrique centrale révèle qu’il y a des universitaires bien
formés et capables d’aller rehausser le niveau de formation dans leur
pays. Mais se posent les conditions de travail avec des salaires qui ne
permettraient pas de mener à bien leurs enseignements et recherches.
Dans ces pays, on a parfois des hommes qui n’ont que le niveau du
secondaire mais qui gagnent mieux leur vie que des universitaires parce
qu’acteurs politiques au pouvoir. Et cette situation n’encourage pas
certaines compétences de rentrer à Ndjaména, Brazzaville, Bangui ou
Libreville où ils seront plus nécessiteux que dans les pays du Nord où
certains se sont donnés à des petits métiers qui leur donnent le minimum
vital malgré la "mise au placard" de leurs diplômes.
Revaloriser l’université en Afrique centrale
Aucune université de l’Afrique centrale sur la liste des cent meilleures
du continent et cela devrait interpeller nos décideurs politiques car
ils doivent comprendre que l’éducation est l’une des conditions
fondamentales pour le développement d’un pays en dehors de la santé. Et
apparaît chez nos politiques un élan égoïste quand ils préfèrent envoyer
leurs enfants aller étudier dans les pays du Nord et où ils vont aussi
se faire soigner au moindre mal. Les pays d’Afrique centrale ont des
richesses énormes qui devraient leur permettre de reconsidérer leur
système éducatif en revalorisant la condition enseignante. Que de
compétences de l’Afrique centrale devenues Français, Britanniques,
Canadiens et Américains qui voudraient participer au développement de
leur pays ! Mais malheureusement ils sont incompris par les dirigeants
de leur pays qui ont souvent lié le tribalisme à leur vision monarchique
dans la direction de l’État.
Les universités d’Afrique centrale, une catastrophe humanitaire quand on
se réfère à la place qu’elles occupent sur le classement continental par
rapport à celles de l’Afrique de l’Ouest. Et quand on se rappelle les
quelques années post-indépendances quand les étudiants de ces pays
venaient se former dans des universités de l’Afrique centrale comme le
Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville qui s’est transformé en
Université de Brazzaville depuis 1972. Et ces établissements de
l’Afrique centrale sont maintenant classés loin derrière l’université
Cheik Anta Diop (Sénégal) et l’université de Ouagadougou (Burkina Faso)
qui occupent respectivement les 14è et 37è places. A quand les richesses
de l’Afrique centrale devront-elles servir grandement à la formation des
cadres ainsi qu’à leur prise en charge décente et non à l’achat des
armes et la corruption des acteurs politiques qui ne font qu’aggraver
les malheurs des Africains de cette sous-région? Si l’Afrique centrale
néglige ses universités, elle va droit au mur : triste réalité d’une
région riche qui mériterait mieux que ça de ses politiques.
24 octobre 2008
Noël KODIA.
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Noël Kodia
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