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De
l'inégalité des traces humaines...
Le sommet du G8 vient de prendre fin. Il a consacré une fois de plus,
une mesure pour aider l’Afrique à s’en sortir. De tous les continents,
c’est le continent qui ne décolle toujours pas malgré les initiatives de
l’ONU, du FMI, de la Banque Moniale (Programme d’Ajustement Structurel,
Nouvel Ordre Économique International (1974), Fonds Commun…) de l’UE
(convention UE-ACP, convention de Lomé, accords de Cotonou…).
L’organisateur des concerts pour la lutte contre la famine en Afrique,
le LIVE 8, a dit qu’il ne savait pas que la famine pouvait encore sévir
en Afrique après les concerts organisés contre la famine en Afrique et
les mesures qui sont prises tous les jours par l’Occident.
En effet, les bailleurs de fonds désespèrent de plus en plus de ce
continent où l’aide au développement est très souvent détourné. Pourquoi
la manne recueillie après les concerts géants de 1986-1987 (LIVE AID)
n’a t-elle pas permis au continent de s’en sortir ? Pourquoi
restons-nous le continent des calamités naturelles comme les épidémies,
la famine alors que l’Inde, la Chine, ont pu sortir de cette situation
en en faisant un vieux souvenir ? Israël, dans les années 50, arrivait
difficilement à nourrir sa population installée dans un désert
rocailleux et aride. A force de travail, ce désert est aujourd’hui
ruisselant de lait et de miel. La pauvreté de l’Afrique est–elle une
fatalité ? Les misères du continent sont-elles toujours causées par
l’Occident ? L’Afrique a-t-elle un destin de pauvreté ? Pour répondre à
ces interrogations, des écrits tels que « L’Afrique noire est mal
partie[2] », « Noire silence », « Négrologie », … ont été écrites dans
le but de réveiller un peu l’africain de sa permanente léthargie afin de
lui permettre comme l’apôtre Paul, de « mener le bon combat ».
Quel est ce combat ? Pourquoi ne s’en sort-il toujours pas ? Serait-ce
la faute du blanc ? De la colonisation, de l’esclavage… ? De
l’ajustement structurel ?
L’argent ne fait pas le bonheur….des pauvres
Aux lendemains des indépendances, de grandes mesures d’aide au
développement de l’Afrique ont été prises. C’était alors la période des
prêts non remboursables, des prêts à très faible taux d’intérêt, etc.
Des regroupements de nations pauvres ont été encouragés ainsi que des
programmes de développement afin de sortir l’Afrique de son
sous-développement. Certains pays ont été perçus comme émergents avant
de replonger pour des décennies d’instabilité. Les Nations Unies ont été
en permanence au secours de nos pays pauvres, les projets de
développement, pour être financés, ont toujours fait appel aux pays
développés qui n’ont jamais traîné les pas. Mais, l’Afrique ne s’en sort
toujours pas.
En effet, le combat qui a été mené, fut celui de l’argent. L’on est
alors parti du postulat selon lequel c’est l’argent qui a permis le
développement de l’Occident donc, avec beaucoup d’argents et d’hommes
riches, nos pays s’en sortiront. Le constat est que toutes ces mesures
n’ont même pas permis au continent de s’autosuffire alimentairement.
Dans les années 60, la Côte d’Ivoire démarrait avec plus de chance que
les 4 dragons de l’Asie (Corée du Sud, Hong Kong, Taiwan et Singapour)
et aussi plus que les actuels pays émergents que sont le Brésil (dont on
se souvient encore des grands bidonvilles), le Mexique, l’Argentine,
l’Afrique du Sud et l’ex-Yougoslavie. Mais aujourd’hui, ces pays sont
industrialisés, ces pays avancent. La pauvreté n’est donc pas une
fatalité !
La question ici est de savoir si nous nous ouvrons franchement vers le
développement où si nous continuons à valser entre un irrationalisme
inconséquent et un fatalisme moyenâgeux. Qui d’autre viendra nous
contraindre au travail si ce n’est notre motivation propre, motivation
toujours suscitée par un élément extérieur, un déclic.
Car, les explications que nous donnons souvent afin d’expliquer notre
pauvreté sont multiples.
L’esclavage et la colonisation
L’esclavage et la colonisation auraient été, pour certains, la clé de
cette situation. Mais, les pays dont nous parlions plus haut sont passés
par une colonisation, ont été réduits à la servitude (cas de l’Afrique
du Sud, de l’Inde), ont connu des guerres (l’Inde, la Corée…), des
dictateurs (Tito en Yougoslavie), des intempéries, des partitions (la
Yougoslavie, l’Inde avec, à l’indépendance en 1947, 565 états princiers
et aussi sa séparation d’avec le Pakistan)….
Toutefois, comme le navire, toujours au dessus de la mer[3], ces peuples
ont pu s’en sortir, ont pu se mettre au travail.
Ils avaient leur culture propre, ils avaient certainement pu puiser dans
un idéal national, dans une volonté ferme de se développer malgré tout.
Les événements de Novembre 2004 nous ont montré notre capacité de
mobilisation. Pourquoi ne pas par exemple mener une même campagne,
maintenant que la guerre est finie, pour la propreté de nos villes en
dénonçant celui qui n’utiliserait pas de poubelle pour se débarrasser
des ordures. Le mois qui suivrait, ce sera un autre objectif (le
raquette, par exemple) et ainsi de suite. Aucune disposition logistique
particulière n’aura à être prise pour cette mobilisation. Il ne faut que
la volonté de lutter. Si nous nous levons comme un seul homme[4] nous
déplacerons des montagnes.
Pour revenir à l’esclavage, il faudra noter que du peuple vendeur
d’esclaves aux captifs travaillant dans des champs de coton, de canne à
sucre… le plus affecté ne pourrait être que ce dernier. L’esclavage peut
être un justificatif, mais ne nous appuyons pas sur lui. Il date
d’ailleurs de plus d’un siècle. Et combien de temps nous faut-il pour
sortir du traumatisme de la vente de nos frères ? Eux, les vendus se
sont mis au travail. Nous autres restons encore à jouer plutôt le jeu du
bourreau plus affecté que le torturé.
L’Inde a connu est connaît encore une situation plus malheureuse. Les
castes avec les parias (les intouchables) réduits à l’état de
sous-hommes. Mais cela n’a pas empêché l’Inde d’être aujourd’hui un pays
essentiel, des parias étant devenus ministres, grands commerçants, etc.
Sachons aussi que la majorité de ces pays n’a été indépendante que dans
la même période que la Côte d’Ivoire : le 4 juillet 1947 pour l’Inde, le
16 septembre 1963 pour Singapour…
La colonisation ne saurait alors être un facteur déterminant dans
l’explication de nos misères. Comme nous l’avons vu plus haut, nous
n’avons pas été les seuls colonisés. Le Japon a été humilié, l’Allemagne
en 1945 n’avait presque plus de monnaie, Berlin était divisé entre les
vainqueurs. Mais, aujourd’hui, l’Allemagne est la première industrie
mondiale et le Japon, la seconde puissance. L’Inde en 1877, quand on
proclamait l’Empire Indien, comptait 624 états. Nous nous souvenons
encore du sort de la Yougoslavie. Alors, la division, la diversité
ethnique, la colonisation ne devrait pas expliquer la misère actuelle.
Il ne faut donc plus à la jeunesse, servir ces leçons de fatalité. Le
vrai combat, à notre humble avis, serait le combat du travail. Celui du
travail pour ne plus subir le présent, le passé. Ce passé flou, ce
présent lourd et ce futur qui s’annonce fou si nous continuons de rêver
et d’oublier qu’1+1=2. Si nos ancêtres nous avaient légué de grands
souvenirs, si nous avions pu marcher tout fièrement dans leurs sillons,
nous serions peut-être à un autre niveau de développement aujourd’hui.
Mais, l’autre interrogation est de savoir si réellement, les traces
laissées par nos ascendants nous intéressent vraiment ?
La rupture de la chaîne
Il se raconte que le premier forgeron, venait du ciel. Il descendait
chaque fois d’une corde afin de venir sur terre fabriquer des houes, des
dabas, des machettes pour les vendre au marché. Mais, un jour, un
chasseur le surprit, descendant du ciel. Après ces travaux, quand le
forgeron parti au marché pour la vente de ses outils, le chasseur
s’arrangea pour rompre cette chaîne. Plus alors de possibilité pour le
forgeron de repartir au ciel d’où il était venu et d’où il tirait sa
science.
Cette aventure nous rappelle celle de l’africain d’aujourd’hui qui ne
trouve toujours pas autour de lui, les éléments de motivation pour aller
à l’assaut de la montagne du développement. Que lui ont laissé ses
ancêtres ? Dans quelle culture puise t-il sa force ? Edouard Herriot
disait que la culture, c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié. Ceci
pour dire que la culture, c’est ce qu’on n’oublie pas. C’est ce qui nous
colle à la peau. Quelle culture nous reste t-il ? Avons-nous une réelle
volonté de préserver quelque chose ? Car, nous n’avons réellement pu
préserver nos ressources que grâce à l’Occident qui y puise encore
quelques ressources. Combien sont les africains qui s’inspire d’un
masque ? Mettre un masque dans son salon signifie même parfois, faire le
blanc, faire le malin. Si l’Occident n’était fasciné par nos
représentations théâtrales et danses, qui irait voir ces représentations
dans des centres de loisirs inexistants ou inaccessibles ?
La chaîne a été rompue. Nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-même.
Notre égoïsme, notre cupidité et notre exagération dans le basculement
de toutes sciences dans l’ésotérisme nous ont empêché de léguer
certaines sciences aux générations. Quelques traces existent encore,
mais parfois, nous les effaçons sans que personne ne lève le petit
doigt. Ce n’est pas la faute à l’Occident si nous arrivons au monde sans
Tour Eiffel autour de nous pour nous motiver, pour nous servir de repère
psychologique ; si nous naissons sans grande invention de référence… et
quand des ouvrages de référence tels que la Pyramide du Plateau, les
tours administratives, nous sont légués, nous les détruisons n’ayant
peut-être pas la culture de la restauration, de la préservation. C’est
cette absence de culture qui nous amènera, dans 25 années[5], à offrir
aux générations à venir un Abidjan sans lagune, une ville où
l’expression Perle des Lagunes n’aura plus qu’une connotation légendaire
comme le substantif Dragon.
En effet, venir au monde et voir ce que les ascendants ont pu faire,
motive. Nous sommes toujours motivés par des faits fantastiques qui nous
permettent de nous dire que si les aînés y sont arrivés, nous y
arriverons aussi. Il nous faut un idéal commun, un combat commun qui
nous permettra, sans contrainte, de travailler ; de travailler pour la
réalisation d’un projet commun[6].
Si les ponts de lianes de l’Ouest du pays sont assez médiatisés, si les
merveilles de notre culture et les succès des jeunes ivoiriens sont
valorisés, les ivoiriens se mettront résolument au travail. Car, les
rares traces qui ont été laissées ont été si mal entretenues qu’on est à
se demandé si la symbolique qu’elles représentent est connue de tous. Le
musée, le lieu par excellence de conservation et parfois, de
restauration de notre passé, de notre culture, est ce que nous
connaissons même s’il a rapidement pu échapper au sort de la
Bibliothèque Nationale autre haut lieu de la culture.
En somme, il nous faudra savoir que nous sommes dans un contexte où
l’histoire n’attend pas plus de trois ans pour se faire. C’est pourquoi,
tous les actes que nous posons aujourd’hui, rentrent dans l’histoire.
Faisons alors, de gros efforts afin de léguer à l’histoire des traces
dans lesquels les générations marcheront. Quelles traces laisserons-nous
à nos descendants si nos moindres productions que sont les livres, les
rapports d’ateliers de concertation sur le développement de nos régions,
les thèses… ne sont jamais correctement archivés. Car, le sort de nos
monuments est connu. Tant que nous ne prendrons au sérieux ces actions
qui paraissent mineures, nous ne mèneront que de faux combats. Sans
tirer un seul coup de feu, les dragons d’Asie s’en sont sortis. Être
intelligent, c’est être dynamique et le dynamisme c’est la faculté, pour
un être, de pouvoir s’adapter et évoluer dans toutes les situations
possibles. Joseph Arthur Gobineau avait-il raison ?
Pensons grand, nous deviendrons grand.
Desforges ADEDIHA
desforges@amphithea.com
L’auteur est le promoteur du projet SANKOFA de numérisation des
rapports, thèses et mémoires issus du système éducatif ivoirien et de
valorisation des ressources humaines de Côte d’Ivoire. Site web:
http://www.amphithea.com/
[1] Titre inspiré de l’œuvre raciste de Arthur
Gobineau De l’inégalité des races humaines .1853-1855.
[2] René Dumont
[3] De l’ancienne devise la ville d’Abidjan : MARI SEMPER ALTIOR
[4] Pour paraphraser l’expression à la mode quand il faudra mobiliser
les jeunes patriotes
[5] Période équivalant à une génération, selon les historiens.
[6] Ce projet était peut-être le concept d’ivoirité très vite galvaudé
et dénaturé.
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Desforges Adediha
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