Crime d'État : Semira Adamu est morte Bruxelles (22 septembre 1998, 23h46)
CRIME D'ETAT !
Sémira Adamu tuée à l'âge de vingt ans
SEMIRA ADAMU est morte mardi 22 septembre 1998 vers 21 heures à la clinique St-Luc à Bruxelles. Elle était dans le coma depuis plusieurs heures suite à une tentative d'expulsion musclée réalisée par la gendarmerie belge sur l'ordre de l'Office des Etrangers. Elle avait vingt ans... Elle s'était enfuie du Nigéria parce que l'on tentait de lui faire épouser de force un sexagénaire dont elle aurait été la quatrième femme. Elle s'était réfugiée à diverses reprises au Togo, puis le 25 mars 1998, avec l'aide d'amis, elle arrive en Belgique. L'accès au territoire lui est aussitôt refusé. Tout ce qu'elle a connu de la Belgique se limite à l'aéroport et à un centre fermé pour "étrangers illégaux", le 127 bis de Steenokkerzeel. C'était la sixième fois que les autorités belges tentaient de l'expulser. La raison de ce refus d'accès au territoire... la Convention de Genève ne prévoit rien pour les cas de maltraitance des femmes !
Environ 6.000 personnes se sont rendus à la cérémonie en mémoire de Sémira qui a eu lieu à la cathédrale Saint-Gudule à Bruxelles samedi 26 septembre 1998 à 11h. Faute de place, près de 2.000 participants sont restés dehors, en écoutant la retransmission sur des haut-parleurs.
SEMIRA ADAMU EST MORTE A BRUXELLES
DES SUITES D'UNE TENTATIVE MUSCLEE D'EXPULSION
PAR LA GENDARMERIE...
Semira Adamu est morte ce soir vers 21 heures à la clinique St-Luc. Elle était dans le coma depuis plusieurs heures suite à une tentative d'expulsion musclée réalisée par la gendarmerie sur l'ordre de l'Office des Etrangers.
Semira Adamu avait vingt ans... Elle s'était enfuie du Nigéria parce que l'on tentait de lui faire épouser de force un sexagénaire dont elle aurait été la quatrième femme. Elle s'était réfugiée à diverses reprises au Togo mais à chaque fois elle avait été retrouvée et ramenée au pays. Le 25 mars, avec l'aide d'amis, elle arrive en Belgique. L'accès au territoire lui est aussitôt refusé. Tout ce qu'elle a connu de ce pays se limite à l'aéroport et à un centre fermé pour "étrangers illégaux", le 127 bis de Steenokkerzeel. La raison de ce refus d'accès au territoire... la Convention de Genève ne prévoit rien pour les cas de maltraitance des femmes !
Des questions sur la mort de Semira Adamu (23 septembre 1998, 18h26)
Collectif Contre les Expulsions, Communiqué de presse du 23-09-98 :
Sémira Adamu est morte mardi soir
Semira Adamu a cessé de vivre ce mardi soir aux environs de 21h. Elle était en coma profond depuis 11h suite à une héemorragie cérébrale déeclenchée lorsque les gendarmes tentaient pour la sixième fois de l'expulser...
Sa mort appelle bon nombre de questions...
Avant l'embarcation dans l'avion :
- Que s'est-il passé entre le moment où elle a été réveillée au centre 127bis et le moment où elle a été transférée à bord de l'avion :
- A-t-elle recu des coups, des menaces,...?
- A-t-elle (comme cela se pratique parfois) été obligée d'ingurgiter des médicaments? Ceux-ci étaient-ils contre-indiqués dans son cas?
- Au bureau des pilotes : lorsque Semira nous a expliqué les menaces qui pesaient sur elle (lundi), nous avons immédiatement envoyé un fax au pilote du vol pour Lomé. Ce fax expliquait les violences qui risquait de se passer sur son vol et lui demandant de ne pas embarquer Semira. Que s'est-il passé avec ce fax ? A-t-il seulement été transmis au pilote? A-t-il été intercepté par un supérieur ? Sinon, pourquoi n'a-t-il pas étée pris en considération ?
Dans l'avion:
- Que s'est-il réellement passé dans l'avion ?
- Semira était en excellente santé et assez "forte moralement" pour résister à son expulsion. Le parquet a confirmé l'usage d'un cousin mais que s'est-il réellement passé dans l'avion ?
- Un arrêt cardiaque et une hémorragie cérébrale ne surviennent pas naturellement à 20 ans sans y avoir une cause provoquée...
- Quant à la vidéo filmée par les gendarmes, ne soyons pas dupes. Le caméraman a pu filmer ce qu'il voulait. La subjectivité d'une bande vidéo ne nous semble en aucun cas satisfaisante.
- Notons aussi, la contradiction flagrante entre la déclaration du porte parole du substitut du procureur du Roi qui dit en substance : "La procedure normale dans l'avion est de placer un coussin pour étouffer (...) On fait cela tout le temps et le président de la Sabena qui se plait à répéter (...) je peux vous assurer que notre personnel de sécurité respecte scrupuleusement les règles en matières de droits de l'homme (...) Toute forme de résistance doit être comdamnée".
- Pourquoi le pilote a-t-il accepté de prendre à son bord une personne menottée alors que les règlements en matières de sécurité dans un avion l'interdisent ?
A l'hôpital :
Plusieurs faits troublants se sont passés à l'hôpital.
- Pourquoi est-ce que les médecins ont absolument voulu qu'une personne la voie et témoigne qu'elle n'avait pas subi de violences ?
- Un examen visuel du corps ne permet pas formellement de déceler les éléments permettant d'expliquer l'arrêt cardiaque et de l'hemmoragie interne.
- Pourquoi est-ce que les medecins dans leur conférence de presse ont-ils tellement insisté sur le côté normal d'un arrêt cardiaque et d'une hemmoragie interne chez une personne de 20 ans ?
- Pourquoi n'ont-ils pas fait état des traces de menottes sur ses poignets ?
- Pourquoi une telle volonté de faire croire à un accident alors que les résultats des examens ne sont pas encore connus ?
- Pourquoi une telle appréhension à ce qu'une autopsie ainsi qu'une contre-expertise aient lieu ?
A toutes ces questions, nous voulons des réponses. Et pour ce, il est nécessaire que l'affaire ne soit pas étoufféee au profit d'une version couvrant les exactions des gendarmes à bord de l'avion envers Semira. Nous tenons à tout connaître de cette expulsion qui finit par un coma et par la mort.
C'est pourquoi nous tenons à récolter des témoignages des passagers, à entamer une contre-expertise et une autopsie indépendante, et ce, pour faire la lumière sur ce qui s'est passé.
Nous sommes ici non pas face à un dérapage, mais, face à une pratique quotidienne honteuse et qui, dans le cas de Semira, se révèle être une conséquence facheuse des menaces proférées à son égard depuis le début de son arrivée en Belgique. Ceci appele donc un procès où il sera permis aux coupables de cet "assasinat" d'être jugés. A tous les niveaux de responsabilités. Les responsabilités sont pour nous à chercher dans le chef des exécutants (les gendarmes), ceux qui y ont collaborés (la Sabena), et surtout les décideurs (le ministre de l'Intérieur et Office des Etrangers) de cette politique de terreur.
La fin tragique de Semira balaie tous les doutes que certains pouvaient encore éemettre sur l'inhumanité d'une politique d'expulsion.
Appel des sans-papiers de France (23 septembre 1998)
Communiqué des collectifs de sans-papiers d'Ile de France :
Quand l'Etat assassine
C'est avec stupéfaction que nous avons appris aujourd'hui la mort de mademoiselle Sémira Adamo, de nationalité nigériane, suite à des mauvais traitements infligés par des policiers belges chargés de l'expulser. Elle était âgée de 20 ans, et avait demandé l'asile en Belgique par crainte d'être victime de pratiques rétrogrades en cours dans son pays (mariage forcé).
Après avoir rejeté sa demande, l'administration belge a essayé à six reprises de l'expulser. Sémira Adamo est morte aujourd'hui, victime de cet acharnement insensé et criminel. C'est inacceptable ! : une jeune fille de 20 ans, harcelée, terrorisée, poursuivie par la police belge, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Ce qui vient de se passer en Belgique peut se passer à chaque instant en France, en Allemagne et dans tous les pays de la forteresse Europe, où les lois répressives anti-immigrés sont en train d'être harmonisées, où des pratiques inqualifiables se banalisent. Des hommes, des femmes, des enfants sont harcelés, traqués comme des bêtes, expulsés, dans une indifférence quasi générale. Devra-t-on attendre qu'il y ait des dizaines de morts pour réagir ? En France, le cas du sans-papier sri-lankais mort en 1991 suite à une expulsion trop musclée est toujours en cours d'instruction.
Si on en arrive aujourd'hui à ce qu'une étrangère soit assassinée dans de telles conditions, c'est que de multiples exactions sont commises quotidiennement par les policiers dans les commissariats, les centres de rétention, les zones de transit et jusque dans les avions. Sous prétexte d'appliquer une politique de fermeté, de fermeture des frontières, tous les abus sont permis dans la police et dans les administrations.
Nous protestons avec la dernière énergie contre ces politiques, qui ne peuvent que générer et encourager des pratiques barbares. Nous dénonçons également les compagnies aériennes qui se font les complices de ces politiques en acceptant de transporter les sans-papiers expulsés dans de telles conditions. La politique de fermeture des frontières est incompatible avec le respect des droits de l'homme.
Réagissons tous ensemble avant qu'il ne soit trop tard.
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Source
Voir aussi :
Son épopée
Audition Vande Lanotte
Jugement des gendarmes
Ses dernières minutes
Revue de presse
Réactions
Amnesty International
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