Les sectes au Togo
Un drame social et humanitaire...
Les sectes sont de véritables forteresses en Afrique noire. Leur
progression fulgurante inquiète la population et les autorités. Selon
diverses sources, l'Afrique au sud du Sahara compterait en 2004
plus de deux mille nouvelles religions. Les premiers responsables de ce
désastre sont les missionnaires chrétiens et les autorités politiques...
Les violences traduisent la cohabitation difficile entre les
religions traditionnelles et les nouvelles sectes pseudo-religieuses, de plus
en plus nombreuses en Afrique noire. Au Togo la situation ne fait
qu'empirer, on en a dénombré plus de quatre cents, uniquement à Lomé. Pour
attirer le plus grand nombre de fidèles, les responsables de ces
nouvelles religions promettent réussites sociale et financière, ainsi
que le salut éternel.
Leur progression fulgurante inquiète les autorités civiles. "Allez,
multipliez-vous!", "Ministère de la foi agissante",
"Christianisme céleste", "Église de Koffi" ou
encore "Force d'intervention rapide de Dieu" (de loin mon
appellation préférée), sont quelques-unes de ces
Églises et sectes au Togo.
Définition de la secte [1]
Pour l'UNADFI, une secte dans son acceptation contemporaine, est une
structure qui, sous couvert d'une proposition attractive de croissance
personnelle, d'évolution spirituelle, ou de transformation de la
société, porte atteinte aux libertés et droits de l'être humain, en
faisant usage de manipulations mentales qui asservissent progressivement
l'individu, afin de le soumettre au modèle défini par le ou les
dirigeants. La secte se définit également par des comportements qui
mettent en péril l'équilibre social.
Selon la MILS (rapport 1999), une secte est une association de structure
totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le
comportement porte atteinte aux droits de l’homme et à l’équilibre
social.
Jean-Pierre Jougla, juriste, membre de l’UNADFI, élabore une réflexion
sur la secte en tant que structure anti-démocratique. La secte peut
alors être perçue comme une structure dogmatique de soumission fermée
sur elle-même (soumission méthodique imposée ou volontaire à un chef
présent ou virtuel), dans laquelle l’individu perd sa dimension de
personne et de citoyen, et régresse vers une dépendance psychologique,
intellectuelle, émotionnelle et parfois physique, à une autorité absolue
non contrôlée qui cumule à la fois le pouvoir législatif, exécutif et
judiciaire, dans la perspective ouverte ou cachée d’une fragmentation
des États de droit, en un réseau hégémonique de groupuscules
totalitaires de type étatique.
Pour Max BOUDERLIQUE-[2], la définition des groupes sectaires
totalitaires renvoie clairement aux fonctionnements psychiques primaires
basés sur la seule recherche de similitude (conformité au modèle défini
arbitrairement par le gourou). De tels groupes sont à l’opposé de tout
système démocratique. Ils sont la négation de la liberté d’opinion et de
pensée, comme la liberté de choisir soi-même ce que l’on veut être. Le
refus de tout questionnement est en soi régressif. Ces systèmes sont
manichéens et divisent le monde en deux, les étrangers, ennemis déclarés
ou potentiels, et les semblables qui ne le sont jamais assez et font
partie du groupe: les frères et soeurs. Ces systèmes sont le mépris même
des droits de l’homme et de toute possibilité de tolérance
Échec des églises traditionnelles
Le phénomène s'est développé à cause du marasme socio-économique,
consécutif à la crise politique que traverse le Togo depuis le début des
années 90. Plusieurs observateurs sur place à Lomé ont estimé que la
multiplication des Églises et sectes au Togo est devenue une "affaire
commerciale qui marche bien". L'évêque de Dapaong, Mgr Anyilunda,
explique la prolifération des sectes par le fait "qu'elles arrivent
d'Amérique avec des moyens financiers importants. En face, l'action de
l'Église catholique en faveur de la population et du développement est,
elle, désintéressée".
Le dynamisme des groupes de prière et des communautés nouvelles arrive à
prévenir en partie la montée des sectes, comme en témoigne l'évêque de
Kara, Mgr Sambar-Talkena : "L'expérience pastorale montre que, dans des
paroisses où des groupes de prières et du Renouveau charismatique bien
formés et assistés par des prêtres avisés sont à l'œuvre, ils
constituent un barrage à la naissance et au développement des sectes
tout comme les chrétiens solidement formés, spirituellement bien armés,
moralement convaincus et convaincants." Une telle démagogie fait
sourire, lorsqu'on connaît le combat violent et inégal mené par les
églises chrétiennes contre des croyances traditionnelles fortes souvent
qualifiées de démoniaques, polythéistes, animistes.
L'église s'attaque au problème avec un certain retard, trop occupée à
collaborer pour dépouiller les traditions africaines. C'est le lieu de
s'interroger sur le succès fulgurant de ces messages dans les foyers
africains. Nous pensons pour notre part que l'église chrétienne a
préparé le terrain pour ces sectes. Consciemment ou non, les premiers
missionnaires ont bâclé le travail d'évangélisation; le clergé
occidental, premier responsable, envoyait sur le terrain les rebus de la
société. Leurs enseignements médiocres basés sur des traductions
approximatives et jamais recorrigées de la Bible, ont donné lieu à une
certaine insatisfaction. Les sectes ont alors beaucoup de facilité à
démonter le système mis en place pour imposer une nouvelle vision, plus
proche des attentes des populations locales. Elles tiennent des discours
simples, proches des préoccupations, et répondent aux phantasmes et
attentes d'un peuple qui souffre.
Le discours sur la propriété: tabou dans la religion catholique où
l'on prônait plutôt la pauvreté, l'argent est revalorisé par certaines
sectes qui font la part belle au riche. Difficile en effet de dire à un
clochard, un sans abris, que le royaume des cieux est ouvert aux
pauvres, aux orphelins et aux enfants; quelle maigre consolation. Le
message des sectes brille ici par son pragmatisme pascalien: un tiens
vaut mieux que deux tu l'auras.
Discours sur le projet humain: l'église chrétienne dit que l'homme
n'est qu'une pâle copie de Dieu, puni pour avoir tenté d'atteindre la
perfection. Certaines sectes avancent que l'homme est un projet à
achever; la perfection est possible à travers la prière et
l'introspection. L'élévation se fait au travers de la prière dans des
langues nouvelles, la fornication (reprochée à Adam), l'auto
flagellation qui rapprochent de plus en plus de la divinité et du
pouvoir. La chair est si faible...
Le phénomène des secte est en marche depuis la
colonisation. Les années 90 n'ont fait que dévoiler un système longtemps
étouffé par la dictature.
Quelques données chiffrées
Il est très difficile de connaître le nombre exact des sectes et à
fortiori le nombre de leurs adeptes. Plusieurs obstacles se dressent
pour mesurer quantitativement ce phénomène :
-
Une grande mobilité : des créations de groupes se font tous les jours et
d’autres disparaissent, d’autres encore se reconstituent sous de nouvelles
appellations.
-
Une difficulté à repérer le moment où un groupe non sectaire jusqu’ici peut
dériver et devenir une secte. Souvent nous sommes informés de l’existence de
sectes lors de plaintes ou de scandales, et il est certain qu’en France, des
sectes demeurent encore inconnues.
-
Une difficulté de dénombrer les diverses succursales ou associations
gravitant autour d’une secte.
-
Une difficulté à évaluer le nombre des membres, parce qu’il n’est pas aisé
de distinguer l’usager de prestations proposées par une secte : cours, stages,
…, d’un adepte, mais aussi, du fait que les sectes elles même "ne pas sont
toujours en mesure de quantifier avec précision le nombre de leurs adhérents’’,
comme le relève le rapport Gest/Guyard [3].
Les chiffres français officiellement retenus sont ceux produits par
les renseignements généraux lors de plusieurs enquêtes, et publiés dans
deux rapports officiels :
-
116 groupes ou associations,
-
500 000 personnes directement ou indirectement touchées, -
172 sectes mères
et une nébuleuse d’au moins 800 satellites, -
les nombreux groupes se réclamant du Nouvel Age n’ont pas été
retenus car ils se situent encore aux ‘"franges sectaires" :
160 000 membres réguliers ou occasionnels environ, ainsi que 100 000
sympathisants.
Ces chiffres demeurent toutefois des indications abstraites, car ils
recouvrent des réalités très diverses quant à la structure et
l’organisation de ces groupes. Certains ne rassemblent que quelques
dizaines d’adeptes, d’autres sont des multinationales.
Actions des pouvoirs publics
Trop occupée à exploiter une population complètement désarmée,
l'autorité publique semble apprécier cette nouvelle occupation de ses
victimes. Elle laisse faire, hypocrite, justifiant le phénomène par
l'apparition de la démocratie, le fameux "vent de l'est".
Pour lutter efficacement contre cette infiltration, plusieurs
recommandations sont pourtant d'application dans les États occidentaux.
Parmi les mesures avancées, on retiendra :
-
l'aménagement du statut des associations à partir d'un certain montant
dissuasif, impliquant un examen des comptes, l'obligation de rapport sur la
fiscalité de ces groupes, -
l'élaboration d'une circulaire sur la séparation de
l'Église et de l'État, -
l'interdiction d'un quelconque culte aux frais de
l'État.
Dans les sociétés rurales en Afrique de l'Ouest, les chefs
traditionnels et les rois étaient les gardiens de la tradition et des
croyances; avec la dictature, des fonctionnaires ont été portés sur les
trônes pour transmettre à la population les messages du "guide éclairé",
la tradition est alors instrumentalisée, vidée. Les événements récents
au Togo, avec le passage à tabac, par les militaires du RPT, du chef
traditionnel de la ville d'Aneho, sont autant de signes des succès de
l'église, de la colonisation et du pouvoir militaire contemporain. Un
prêtre a plus de pouvoir qu'un chef de village...
Contre l'inaction complice des autorités politiques, nous pensons
qu'il faut redonner au chef traditionnel (première autorité religieuse)
toutes ses lettres de noblesse. Voir l'exemple Bamiléké au Cameroun [Lire].
Gustav Ahadji
UNADFI: Union Nationale des Associations de Défense des
Familles et de l'Individu (France)
MILS: Mission Interministérielle de Lutte contre les sectes
(France)
RPT: Rassemblement du Peuple Togolais (Parti de la dictature
togolaise)
1. Unadfi:
http://www.unadfi.com/sectes/chiffres.htm
2. Philosophe et psychologue, in "Les groupes sectaires totalitaires
: Les méthodes d’endoctrinement", Chronique Sociale, 1998, p. 37.
3. Source:
http://www.unadfi.com/action_etat/textes_pouvoirs/gest_guyard.htm
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 Lire aussi:
Les dieux sont
tombés sur la tête

Le roi Bamiléké
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