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Femmes migrantes : vers
un espoir?
Publié le 6 septembre 2006, le rapport annuel du Fonds des Nations
Unies pour la population (FNUAP) sur l'état de la population mondiale
tire la sonnette d’alarme sur le sort des femmes migrantes. En effet, ce
rapport lance un appel aux gouvernements pour une meilleure protection
des droits de ces dernières. Intitulé "Vers l’espoir : les femmes et la
migration internationale’’, ce document important dans l’histoire de la
migration a été publié peu de temps avant le ‘’Dialogue de haut niveau
sur la migration internationale et le développement. Précisons que
les 14 et 15 septembre au siège de l’ONU à New York, les pays du monde
entier se réunissaient pour parler de la migration. Rappelons que les
migrants disposent déjà d’un "instrument" indispensable qui est la
Convention sur la protection des travailleurs migrants Qu’en est-il
exactement?
Un instrument indispensable pour les migrants Adoptée par la
résolution par 45/158 de l'Assemblée générale des Nations Unies le 18
décembre 1990, la Convention internationale sur la protection des droits
de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille a été
ratifiée par plus de 34 pays. Il convient de souligner que cette
convention est le ‘’principal instrument’’ de promotion des droits des
migrants. Le préambule précise : "Tenant compte des principes
consacrés par les instruments de base des Nations Unies relatifs aux
droits de l'homme, en particulier la Déclaration universelle des droits
de l'homme, le Pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils
et politiques, la Convention internationale sur l'élimination de toutes
les formes de discrimination raciale, la Convention sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et la
Convention relative aux droits de l'enfant". [1]
Bien évidemment, les migrants font face à de nombreuses difficultés pour
intégrer le marché du travail. Par ailleurs, ils ne bénéficient pas
toujours d’une protection adéquate. Il n’est pas superflu de rappeler
que ces derniers travaillent parfois dans des conditions pénibles pour
des salaires insignifiants. Des voix s’élèvent pour dénoncer le manque
de respect des principes de base des droits humains.
D’ailleurs, un article de la Convention stipule que les états doivent
s’impliquer davantage. Ils ont la responsabilité suivante : ...de
fournir des renseignements et une aide appropriés aux travailleurs
migrants et aux membres de leur famille pour ce qui est des
autorisations, des formalités requises et des démarches nécessaires pour
leur départ, leur voyage, leur arrivée, leur séjour, leurs activités
rémunérées, leur sortie et leur retour, et en ce qui concerne les
conditions de travail et de vie dans l'État d'emploi ainsi que les lois
et règlements en matière douanière, monétaire, fiscale et autres.
[2]
Il va sans dire que les travailleurs migrants subissent beaucoup de
préjudices. L’ignorance des conditions de vie dans la société d’accueil
ne facilite pas les choses, au contraire. Ils vivent dans une précarité
déconcertante. Ils sont également vulnérables et victimes de toutes
sortes de maux.
Selon l’article 82 de la convention : "Il ne peut être renoncé aux
droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille prévus
dans la présente Convention. Il n'est pas permis d'exercer une forme
quelconque de pression sur les travailleurs migrants et les membres de
leur famille pour qu'ils renoncent à l'un quelconque de ces droits ou
s'abstiennent de l'exercer. Il n'est pas possible de déroger par contrat
aux droits reconnus dans la présente Convention. Les États parties
prennent des mesures appropriées pour assurer que ces principes soient
respectés". [3]
Les migrations sont vieilles comme le monde. Cependant, on constate une
différence au niveau des raisons de ces mouvements des populations. De
plus en plus, le flux migratoire ne cesse de s’accroître. Plusieurs
raisons sont à l’origine de ces déplacements. Les guerres, les
instabilités politiques sont en grande partie responsables des
déplacements des populations. Comment ignorer un tel phénomène?
Le Dialogue sur les migrants : Une révolution? Les migrations
continuent de soulever des débats. Les avis sont partagés. Quoi qu’il en
soit deux tendances se dessinent : Bien entendu, le côté négatif des
migrations est toujours à l’ordre du jour. Cependant, on jette désormais
un regard particulier sur la contribution significative des migrants. On
observe un lien indissociable entre migration et développement. La
nouvelle présidente de l’Assemblée générale Sheikha Haya Rashed Al
Khalifa affirmait : "Le lien entre migration et développement n'est
pas nouveau. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est la célérité de la
mobilité mondiale. La réduction des barrières pour les marchandises,
capitaux et services à travers le monde touche directement les
mouvements de personnes "[4]
Effectivement, les travailleurs migrants ont besoin d’une
‘’protection’’. Plusieurs études soulignent les difficultés de ces
derniers. Que peut-on retenir de positif dans les migrations? Le
secrétaire générale de l’ONU, Monsieur Koffi Annan précisait : "Avec
des transferts de fonds qui, d'après les estimations, auraient atteint
les 167 milliards de dollars en 2005, les migrants originaires des pays
en développement envoient à leur famille des sommes d'argent dont le
total dépasse celui de l'ensemble de l'aide internationale" [5]
On constate que de nouveaux faits s’associent à la question de migrants.
Des problèmes nécessitant une intervention imminente se posent avec
acuité. Qu’en est-il exactement des femmes? Quelle est la situation des
femmes migrantes? Il va sans dire que plusieurs autres phénomènes
interviennent pendant ces déplacements. Certaines catégories sont plus
fragiles et vulnérables. Plusieurs études montrent la vulnérabilité des
femmes et des enfants.
Féminisation de la migration? Depuis quelques années, des
changements particuliers se sont effectués au niveau des déplacements
des populations. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à partir.
Bien que le sujet n’occupait pas une place importante jusqu’à tout
récemment, le nombre de femmes migrantes est de plus en plus croissant.
Le rapport sur les femmes migrantes souligne que : Longtemps, le
problème des femmes migrantes a occupé une place très modeste sur
l'agenda international. Aujourd'hui, le monde a une occasion unique de
remédier à cet oubli : pour la première fois, des représentants de pays
du monde entier assisteront à une session de l'Assemblée générale des
Nations Unies consacrée expressément à la migration. Le Dialogue de haut
niveau sur la migration internationale et le développement, 2006, offre
une occasion cruciale de faire en sorte que les voix des femmes
migrantes soient entendues. La reconnaissance explicite des droits
humains des femmes et la nécessité d'instaurer l'égalité entre les sexes
sont une condition préalable fondamentale de toute politique saine,
équitable et efficace qui vise à gérer la migration en évitant tout
désordre ou manque d'humanité [6]
Il convient d’accorder plus de place à la question des femmes migrantes.
Des recherches illustrent la grande contribution de ces femmes qui ont
transformé le visage des migrations. Néanmoins, le parcours migratoire
est toujours jalonné de nombreux obstacles.
Aujourd'hui, les femmes représentent près de la moitié des migrants
internationaux dans le monde entier : il y a 95 millions de migrantes.
Cependant, malgré leurs contributions à la réduction de la pauvreté et à
des économies en situation fort difficile, la communauté internationale
n'a commencé que récemment à saisir l'importance de tout ce que les
femmes migrantes ont à offrir. Et les responsables n'ont reconnu que
récemment les défis et risques particuliers que les femmes affrontent
quand elles s'aventurent en de nouveaux pays. [7]
La question des femmes migrantes commence à occuper une place importante
sur la scène internationale. Des études relèvent d’ailleurs du
renversement de tendance au niveau des raisons de départ des femmes. Le
rapprochement familial qui était une raison non négligeable dans le
passé ne l’est plus aujourd’hui. La féminisation de la migration lève le
voile sur les autres raisons qui poussent les femmes à se mouvoir.
À propos de la féminisation des migrations, Gloria Fontes, du Programme
international des migrations (MIGRANT) de l'Organisation internationale
du travail (OIT) déclarait : "La féminisation de la migration
signifie principalement que plus de femmes migrent seules alors qu'avant
elles auraient accompagné leurs époux ou elles les auraient rejoints
plus tard. Depuis le début des années 1980, la tendance s'est modifiée.
Dans certains secteurs des pays de destination, les femmes sont très
demandées et donc, elles sont poussées à partir à l'étranger pour
trouver un emploi. Il est assez difficile de se rendre compte de
l'ampleur de cette tendance si vous ne considérez que les ventilations
en pourcentage fournies par la Division de la population des Nations
Unies. Par exemple, dans les années 60, les femmes représentaient 46 %
des migrants alors qu'en 2000, ce chiffre atteignait à peine 48,8 %. Ces
chiffres ne reflètent donc pas ce changement significatif que constitue
la migration des femmes seules". [8]
En effet, les femmes et les filles représentent la moitié des migrants
internationaux "soit 95 sur 191 millions". Plusieurs raisons
expliquent cette féminisation des migrations. Les causes attribuables à
la migration de travail des femmes sont multiples.
Femmes migrantes : Victimes? Un autre fait non moins important
à souligner est que la féminisation des migrations entraîne une kyrielle
de problèmes. Pour parler de la problématique femmes migrantes, il est
indispensable de jeter un regard sur les conditions de vie de celles-ci.
En fait, les femmes migrantes subissent une double discrimination, on ne
le dira jamais assez. Elles subissent de la discrimination comme toutes
les femmes. Mais en plus, elles subissent de la discrimination parce
qu’elles viennent d’ailleurs. Virginie Poyetton soulignait : "Si les
femmes sont prioritairement victimes de discriminations sociales, les
immigrées le sont doublement. D'abord parce qu'elles sont femmes,
ensuite du fait de leur statut de migrantes. Au niveau mondial, la
migration est aujourd'hui constituée pour moitié de femmes. En Suisse,
depuis 1990, le nombre de femmes migrantes a augmenté de 28%, contre 17%
pour les hommes. Or la nouvelle Loi sur les étrangers (LEtr), qui sera
discuté du 3 au 7 mai au Conseil national, renforce les discriminations
à l'égard des femmes non-européennes. Mais ces discriminations sont
insidieuses. Aucune disposition ne favorise un sexe au détriment de
l'autre, mais certains articles excluent majoritairement les femmes".
[9]
Soulignons que pour les migrantes domestiques par exemple, on constate
plusieurs violations des droits. Elles sont victimes d’abus physiques et
sexuels, de séquestration, de non-paiement de leurs salaires, de
privation de nourriture et de soins médicaux. Ces femmes ont également
des heures de travail longues sans journée de repos. Certaines
recherches soulignent que les migrantes domestiques vivent dans des
conditions proche de l’esclavage. Human Rights Watch a publié le 27
juillet 2006 un nouveau rapport intitulé "Passés sous silence : abus
contre les travailleurs domestiques partout dans le monde". Ce
rapport est le résultat d’une recherche menée depuis 2001 sur le abus
contre les femmes et les enfants domestiques. Ils sont originaires ou
travailleurs des pays suivants : Salvador, du Guatemala, d’Indonésie, de
Malaisie, du Maroc, des Philippines, d’Arabie Saoudite, de Singapour, du
Sri Lanka, du Togo, des Emirats Arabes Unis et des Etats-Unis.
Selon Nisha Varia de la division Droits des femmes de Human Rights Watch
Au lieu de garantir aux travailleurs domestiques la possibilité de
travailler dans la dignité, sans être confrontées à la violence, les
gouvernements leur ont systématiquement refusé le bénéfice des
principales règles de protection du travail dont jouissent d’autres
catégories de travailleurs. Les migrants et les enfants sont
particulièrement exposés aux risques d’abus [10]
On comprend bien l’urgence d’accorder plus d’importance aux migrantes et
aux phénomènes nouveaux associés à la féminisation des migrations. Il
faut accorder plus de protection à ces femmes qui s’engagent souvent
dans des aventures sans savoir ce qui les attend réellement de l’autre
côté.
Et les africaines?
Les migrantes africaines également sont de plus en plus nombreuses.
Elles partent pour plusieurs raisons. Mais, on constate un réel besoin
de se prendre en charge. Les chiffres illustrent que l’Afrique n’est pas
à l’abri de la féminisation des migrations.
En 2005, 47 % des 17 millions de migrants africains étaient des femmes -
contre 43 % en 1960, cette augmentation étant particulièrement marquée
dans les sous-régions de l'Afrique de l'Est et de l'Ouest. Si la plupart
des femmes africaines se déplacent dans les limites de la région,
certaines vont aussi en Amérique du Nord et en Europe. Pour en donner un
exemple, au Cap-Vert, les femmes représentent 85 % des migrants vers
l'Italie. Les possibilités d'emploi en France ont attiré un nombre
croissant de femmes instruites des zones urbaines du Sénégal. Les
infirmières se déplacent également - celles du Nigéria vers l'Arabie
saoudite, celles du Ghana, de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe vers le
Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni. [11]
Quoi qu’il en soit, les femmes africaines participent au développement
même si cette grande implication n’est pas reconnue convenablement.
Pour Monique Durant : "Les femmes africaines portent leur continent
sur les épaules comme sur leur tête l'eau pour étancher la soif. Et
malgré le vent de pessimisme et de découragement qui souffle sur le
monde à propos de l'Afrique, les femmes africaines, vaille que vaille,
continuent leur chemin. Elles créent toutes sortes d'associations : ce
sont elles que l'on retrouve souvent au coeur des comités pour l'accès à
l'eau, à l'électricité, à l'éducation pour tous, aux soins de santé.
Dans les quartiers, les villages, les régions, elles mettent de l'avant
des expériences citoyennes inédites. Et cela, partout sur le continent".
[12]
D’ailleurs, les africaines ne baissent pas les bras et portent fièrement
les couleurs du continent où qu’elles se trouvent. Elles font des
efforts pour contribuer au développement. Elles s’impliquent même pour
la paix en Afrique. Quelles seront les conséquences de la féminisation
des migrations en Afrique? Le moins que l’on puisse dire est la paix est
un élément primordial pour la stabilité du continent.
Un avenir prometteur pour les migrantes? Longtemps restée sous
silence, la problématique des femmes migrantes est désormais au cœur de
nombreux débats. L’implication de la communauté internationale est
certainement un espoir pour améliorer le sort de ces dernières.
Toutefois, entre la grande mobilisation, les conventions et la mise en
pratique des recommandations, le fossé est grand. Il est encore trop tôt
pour crier victoire. La désillusion arrive parfois vite…
Finalement, les femmes migrantes sont-elles réellement sur la route
de l’espoir? .
Par Ghislaine Nelly Huguette Sathoud
Note :
[1] www.ohchr.org/french/law/cmw.htm
[2] Idem
[3] Idem
[4] www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=12934&Cr=migrations&Cr1=assembl%E9e
[5] Idem
[6] www.unfpa.org
[7] Idem
[8] Barbara Kwateng : Migrations : « de plus en plus de femmes migrent
seules » www.icftu.org/
[9] VIRGINIE POYETTON Les futures migrantes seront davantage
discriminées
www.lecourrier.ch/ 08 Mars 2004
[10] femmesdelafrancophonie.org/2006/07/post.html
[11] Ibidem
[12] Monique Durand, Femmes africaines (1) - Un continent sur les
épaules, Le Devoir du 8 au 13 août 2006
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Ghislaine Sathoud
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