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Une expédition au cœur
de la maternité
A l'occasion de la fête des mères (Mai 2007)
Que de débats sur la maternité! Que de débats sur
les mères! Que de débats sur les femmes tout simplement !
En cette période de réjouissance, il est raisonnable
de rendre un hommage aux mères, de louer les efforts qu’elles
fournissent quotidiennement. En effet, la fête des Mères est l’occasion
de rendre un hommage bien mérité aux mères. Il est important de louer
les efforts de ces femmes qui luttent durant des mois pour donner la
vie. Mais… louer les mères comment ? Faut-il se laisser enivrer par
l’euphorie de ces instants magiques et oublier complètement certaines «
mésaventures » qui ternissent la maternité ?
Bien entendu, il faut se laisser envelopper par ces moments de bonheur
et entonner à l’unisson le chant de la reconnaissance des efforts de ces
mères. Dans un monde où les efforts sont rarement reconnus, entonnons ce
chant pour reconnaître les prouesses de ces femmes qui soulignons le
accomplissent un travail remarquable. Et le terme travail à une place
importante dans la vie des mères. Il a une signification plurielle et
revient de diverses manières dans la vie de toutes les femmes qui
franchissent le fleuve de la maternité… La maternité,
c’est tout un lot de soucis quotidien. Il ne s’agit pas simplement du
mot travail employé comme terme médical pour préciser que l’accouchement
est proche. Le travail revient aussi lorsqu’il faut s’occuper des
enfants. D’innombrables débats soulignent la reconnaissance du travail
des mères au foyer qui doivent prendre soin des enfants et de la famille
à temps plein…. Et celles qui occupent des emplois sont également
confrontées à des exigences pour réussir convenablement à concilier les
nombreuses obligations. D’ailleurs, la conciliation travail-famille fait
couler beaucoup d’encre. Que dire du travail spécifique de l’éducation
qu’elles doivent transmettre?
L’heure est à la reconnaissance pour la fête des mères, entrons dans la
liesse…
Cependant, la maternité ne commence pas à la réjouissance d’entendre son
enfant pousser son premier cri à la naissance pour marquer son entrée
dans ce monde. La naissance n’est en réalité que l’aboutissement d’un
long processus. La maternité ce n’est pas seulement la joie de voir son
enfant célébrer la Fête des Mères en offrant des cadeaux. La maternité,
c’est tout un processus. Toute une incertitude…
Précisons l’existence de nombreuses disparités sur la question de la
maternité. Les disparités sont aussi nombreuses que celles sur les
droits des femmes. On sait que toutes les régions du monde ne sont pas
au même diapason. Rien ne se ressemble. Tout est différent. Même si
toutes les femmes ressentent la même joie et le même soulagement
d’arriver au terme de cette aventure. J’allais dire au début. Au fait,
le début ou la fin ? En réalité, la naissance de l’enfant est un
processus qui commence à la conception, en passant par l’accouchement et
qui se poursuit jusqu’aux responsabilités multiples allant de
l’éducation au bien-être de l’enfant. C’est tout un long processus
finalement.
L’histoire de la fête des Mères D’où vient la
fête des Mères et pourquoi cette initiative? On retrouve des traces de
fêtes célébrant les femmes depuis la Grèce antique. Cependant, la fête
des Mères telle qu’elle se présente aujourd’hui est née aux États-Unis
et a été fêtée pour la première fois en 1914. Il convient également de
souligner que plusieurs origines sont attribuées à cette fête selon les
régions. D’ailleurs, même la date n’est pas toujours la même. Cette
année par exemple au Canada c’est le 13 mai que le « tapis rouge » a été
déroulé pour les mères alors que pour la France c’est le 3 Juin.
Mais au-delà de ces différences, il faut simplement retenir que les
mères sont à l’honneur une journée dans l’année. À l’occasion de cette
fête, plusieurs questions me viennent à l’esprit. Le rôle de mère est-il
une menace pour l’épanouissement de la femme ? Quelle est la
contribution d’une mère et son rôle dans l’éducation des enfants ? La
maternité est une période transitoire qui apporte des changements
radicaux dans la vie des femmes. Peut-on concilier les droits des
femmes, particulièrement l’émancipation avec le rôle de mère ?
Cette fête est, on ne le dira jamais assez, une occasion de souligner
les efforts de ces femmes et de rendre un hommage bien mérité à toutes
les mères, aux futures mères, aux filles aussi, et à toutes les femmes
finalement. Comme le souligne un rapport du Fonds des Nations Unies pour
l'enfance (UNICEF) sur la situation des femmes et des enfants dans le
monde en 2007, les droits des femmes et des filles sont intimement liés.
Rappelons qu’ en 1870 Julia Ward Howe, une écrivaine féministe
américaine lançait un appel aux femmes pour la fête des Mères. Elle
demandait aux femmes de s’engager pour la paix. Il s’agissait d’une
opposition à la guerre, un hymne à la paix, en somme.
Finalement, la journée nationale de la fête des Mères a été décrétée par
le président Woodrow Wilson le 14 mai 1914. De ce fait, le sort des
mères concerne toutes les femmes. Les problèmes des mères font partie
intégrante du combat des femmes.
Une malédiction ? Plusieurs courants de pensée
revendiquent détenir la vérité sur la question de la maternité. Certains
soutiennent que Dieu aurait décidé de « punir » les femmes en infligeant
une souffrance à l’accouchement. D’autres affirment qu’il faut suivre
l’évolution de la science et aider les femmes en allégeant la souffrance
lors de l’accouchement. D’autres encore insistent que les douleurs qui
viennent avec l’accouchement sont nécessaires et s’avèrent être une
étape indispensable et obligatoire que doit absolument vivre et «
endurer » une femme pour souligner le passage de l’état de fille à celui
de mère. Une espèce d’initiation pour mériter la « fonction »…
Les langues se délient sur ce sujet. Bien entendu, comme pour tous les
sujets, il y a les conservateurs, ceux qui prétendent parler au nom de
Dieu, ceux qui s’octroient à tort ou à raison tous les droits. Ceux qui
« séquestrent » la vérité… Mais qui au juste dispose «
réellement » du droit de juger ses semblables ? Qui doit se substituer à
Dieu pour juger les autres ? Qui peut « s’approprier » de ce droit que
Dieu garde jalousement pour lui ? Qui est blanc comme neige pour scruter
et trouver le mal partout et chercher des poux sur un crâne nu ? Dieu
lui-même n’interdit-il pas de juger les autres ? En définitive, qui
respecte Dieu, qui ne le respecte pas ?
Dieu est amour et s’oppose à la méchanceté, la convoitise, l’envie, la
calomnie, tous ces maux qui minent notre monde. Dieu écoute tout le
monde. Pourquoi ne pas lui laisser la responsabilité de juger, de punir,
de bénir, de maudire, d’élever, de rabaisser ? Donnons à César ce qui
lui revient. Laissons donc à Dieu le soin de juger...
Par ailleurs, il paraît que c’est Dieu qui donne la connaissance. Si les
scientifiques ont réussi à faire des découvertes pour aider les femmes
dans une épreuve aussi cruciale que l’accouchement, une épreuve pendant
laquelle tout peut basculer et qui est un risque pour la vie, il faut
simplement laisser faire les choses. Les critiques les plus acerbes
réussiront-elles à faire ignorer l’existence de ces pratiques calmantes
lors de l’accouchement? Qui peut réussir à enrayer des cerveaux humains
ce qu’ils savent déjà sans laisser apparaître au grand jour un esprit
destructif ? Qui peut réussir à faire oublier ces découvertes? Ce qui
est fait est fait, n’est-ce pas ?
Y a-t-il un baromètre pour jauger la douleur des
femmes et abonder dans le sens de la thèse qui soutient que la douleur
est nécessaire pour devenir une mère au vrai sens du terme ? À propos de
douleur ou de souffrance, l’accouchement n’est que la partie visible de
l’iceberg. La future mère passe par plusieurs épreuves depuis le début
de la grossesse. D’ailleurs, l’accouchement ne vient pas boucler la
boucle ! Il y a aussi ce qui vient après… Comment parler de maternité et
passer outre la question de l’éducation des enfants ? Les mères doivent
toujours répondre à l’appel : pour changer les couches, faire des
câlins, sillonner les couloirs des hôpitaux pour les vaccinations, les
maladies, elles ont du pain sur la planche. Pour ce qui est des
maladies, elles finissent même par devenir des « médecins » par la force
des choses et au fil de l’expérience comme le montre une célèbre
publicité canadienne sur un remède pour la grippe. Dans la publicité, ce
remède est non seulement conseillé par les pédiatres et les pharmaciens,
mais aussi par « docteure maman ». Comme quoi, les mères finissent par
développer des qualités avec le temps. Une reconnaissance du rôle des
mères.
Comment ne pas penser à ces mères qui souffrent de voir leurs enfants
enrôler dans des milices pour devenir des soldats ? Les mères de ces
enfants vivent des drames. Rien de plus douloureux que de voir le fruit
de ses entrailles dans cette métamorphose démoniaque et meurtrière qui
ne fait l’honneur d’aucune mère. Rien de plus triste que de voir tous
ses efforts, tous ses projets être balayés du revers de la main par des
gens qui n’ont contribué d’aucune manière pour faire arriver à ce
résultat.
S’il est un vœu que l’on devrait faire en cette journée, c’est celui de
souhaiter aux mères de ne plus jamais faire des enfants pour peupler des
champs de bataille. Elles ne devraient plus vivre cette atrocité. Plus
une seule mère ne devrait verser de larmes pour cette raison. Elles
pleurent à travers le monde parce que leurs enfants sont enrôlés dans
des milices. Aucune mère ne devrait plus vivre cela. Puisse le ciel
exaucer ce vœu !
Loin de soutenir telle thèse plutôt que telle autre, il serait idéal de
laisser aux personnes concernées le droit de décider. Que la future mère
décide elle-même de la manière dont son accouchement se fera. Elle peut
décider qu’il se passe à la maison, comme c’est le cas dans certains
pays occidentaux qui veulent donner une autre image de l’accouchement.
Elle peut décider qu’il se fasse à l’hôpital. Elle peut décider
d’accoucher par césarienne. Oui, cette option devient un choix. Pas
évidemment dans toutes les régions du monde. Le mot césarienne
traumatise encore pour certaines femmes à cause de la défaillance du
matériel dans les maternités. Par compte, la césarienne est une routine
qui n’inquiète pas pour les femmes qui bénéficient du privilège donner
la vie dans de bonnes conditions. Même s’il faut souligner que dans le
domaine de l’accouchement, on ne peut pas parler d’acquis. Les femmes
peuvent laisser la vie même si les maternités possèdent le nec plus
ultra de la technologie.
Définitivement, il nous parait important de le souligner, c’est la vie
de la femme qui est en jeu. La femme devrait donc décider du déroulement
des choses pour réaliser son projet. Décider sans pression. Faire fi des
calomnies et des médisances. Poursuivre son petit bonhomme de chemin.
Un autre vœu pour les mères est celui de l’amélioration des conditions
dans les maternités. Les guerres qui éclatent entraînent une cohorte de
maux. Le délabrement dans les hôpitaux fait plusieurs victimes. Dans les
maternités, des femmes qui auraient pu vivre le bonheur de la maternité
perdent la vie. La réduction de la mortalité maternelle retient
l’attention de nombreux organismes. Plusieurs pays adhèrent à cette
lutte pour réduire la mortalité maternelle.
Pause sur la maternité Le Fond des Nations
Unies pour la population évoqué la question de la maternité. En effet,
le Fonds des Nations Unies pour la population dresse un bilan de la
mortalité maternelle depuis 1998. Fait intéressant à noter, l’ampleur du
phénomène et le grand intérêt pour la question justifie la mise à jour
chaque année de cette publication intitulée « Accoucher en de bonnes
mains ». Il est important de s’arrêter sur le drame de la mortalité
maternelle. Une pause importante. Comme le souligne si bien ce rapport :
« Il est de plus en plus admis que la protection de la mère est une
condition sous-jacente impérative au développement social et économique.
L’inclusion de la réduction de la mortalité maternelle comme Objectif 5
du Millénaire pour le développement atteste de l’engagement de la
communauté internationale sur cette question. Cependant, si les moyens
d’éviter ce drame sont de mieux en mieux connus, la mortalité et la
morbidité maternelles restent un problème très préoccupant dans
pratiquement tout le monde en développement. » (1)
La maternité est une question des plus préoccupantes dans les problèmes
rencontrés par les femmes. La maternité n’est pas une question banale.
C’est une question de vie. Il faut donner aux femmes l’occasion de
donner la vie en toute sécurité. Toutefois, la publication du Fonds des
Nations Unies pour la population précise que :
« Les disparités au niveau des risques obstétricaux encourus par les
femmes au cours de leur vie sont énormes. En Afrique subsaharienne, le
risque cumulé de décès des suites de la maternité ou de l’accouchement
au cours d’une vie peut être de 1 sur 16, entre 1 sur 4000… » (2)
Les chiffres sont éloquents. Les chiffres démontrent à suffisance
l’importance de s’atteler sur les causes de ces décès pour réduire la
mortalité maternelle. Il ne s’agit pas de vaines revendications. Il est
plus que temps de s’en préoccuper. Comment ne pas s’arrêter sur ces vies
qui s’envolent pour donner la vie ? Selon le rapport du fond des Nations
Unies pour la population :
« Environ 529,000 femmes sont mortes des complications liées à
l’accouchement et à la grossesse en 2000. L’Asie et l’Afrique se
partagent, pratiquement à égalité, 95% de ces décès. Viennent ensuite
l’Amérique latine et les Caraïbes avec 4% (22,000), puis les régions les
plus développées du monde avec moins de 1% (2,500). » (3)
La maternité soulève plusieurs autres problèmes. Elle est liée entre
autres au phénomène des couples sans enfants en Afrique. On ne saurait
ignorer cette question qui fait le malheur de plusieurs femmes et de
plusieurs familles. Autant l’accouchement entraîne des problèmes, autant
les femmes qui ne peuvent vivre cette expérience se retrouvent dans des
problèmes. Les unes et les autres sont logées à la même enseigne.
Malheureusement, l’absence d’enfants dans un couple est un drame pour la
femme particulièrement. On affirme qu’elle est responsable de cette
situation. Des affirmations gratuites. Aucun examen médical. Comment
peut-on s’en prendre ainsi à la femme alors que seul un avis médical
peut poser un tel diagnostique ? Déjà que ceux qui ont le droit de le
faire s’entourent de toutes les précautions avant d’arriver à une
décision. Ce n’est qu’après avoir fait subir des examens au couple que
les médecins posent un tel diagnotic. Le couple. Pas seulement la femme.
Les deux puisqu’il faut la « participation » des deux pour arriver à une
grossesse… Et dire que dans plusieurs cas, les femmes
ne sont responsables de rien ! Pourtant, elles portent cette
responsabilité. Un peu comme les futures mères portent les enfants.
Elles portent la responsabilité de ce « désastre ». Cet autre drame fait
des malheurs et afflige des innocentes.
Et comme si ce n’était pas assez, même celles qui ont des enfants ne
sont pas pour autant « heureuses ». Elles n’ont pas toujours la paix
pour ainsi dire. Le sexe de l’enfant également suscite des débats. Il y
a encore des polémiques à ce sujet même si la science a démontré que la
mère n’est pas responsable du sexe de l’enfant. Des femmes subissent
encore des injustices parce qu’elles ne donnent pas la vie. Mais, les
femmes qui ont des filles aussi ne sont pas pour autant heureuses.
D’ailleurs dans certaines régions du monde, les filles étaient
sacrifiées dès la naissance. De nombreux organismes luttent encore à ce
jour pour éviter cette sélection sur la base du sexe. Il parait qu’il y
a encore de la résistance et que la tradition peut se perpétuer. La
vigilance est donc de mise.
En conclusion La fête des mères est le symbole
de la lutte des femmes. C’est l’occasion de rendre hommage à la bravoure
des mères. C’est un plaisir de rendre un honneur aux mères à l’occasion
de la Fête des Mères. Il faut marquer une pause pour chanter à l’unisson
pour ces toutes mères. Avoir des pensées positives pour elles. Elles le
méritent ! Elles passent par la conception, l’accouchement, l’éducation,
c’est un véritable parcours du combattant.
Bonne fête à toutes les mères! Bonne fête aux filles d’aujourd’hui qui
seront les mères de demain. Bonne fête à toutes les femmes! Faisons en
sorte que les femmes donnent la vie en toute sécurité.
22 mai 2007
Ghislaine Nelly Huguette Sathoud
Notes :
(1) Fond des Nations-Unies pour la Population : Accoucher dans de bonne
mains, p11
(2) Idem
(3) Idem
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Ghislaine Sathoud
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