|
Quand maladie rime avec
exclusion
pour en finir avec la marginalisation des femmes
On sait que des certaines traditions ne donnent pas une grande marge de
manoeuvre aux femmes pour permettre à ces dernières d’acquérir une pleine et totale
émancipation. On sait aussi que les femmes n’entendent pas les choses de
cette oreille et réclament le changement. D’ailleurs, la réelle
intégration des femmes revient désormais comme une des conditions sine
qua non pour « réparer » les injustices envers les femmes et améliorer
les rapports de genre.
Dans le domaine des maladies, on retrouve certaines qui sont l’apanage
des femmes. Ces maladies contribuent d’une certaine manière à renforcer
la discrimination envers les femmes. C’est à juste titre que la santé
des femmes est dorénavant au cœur des préoccupations. La mobilisation
sur cette question est grande. Divers organismes intensifient des
initiatives pour venir en aide aux femmes, les accompagner et soutenir
les femmes non seulement dans l’acquisition des droits mais aussi et
surtout en matière de santé.
L’Université féministe d’été de l’Université Laval dans la ville de
Québec qui se tient cette année du 3 au 9 juin 2007 s’engage également
en faveur de la santé des femmes. Depuis plusieurs années, chaque été se
tient cette rencontre de réflexion sur divers sujets en rapport avec la
condition féminine. Des participantes de l’Afrique se joindront à cette
réflexion pour réitérer la contribution et la participation des
Africaines à la mouvance mondiale sur la condition des femmes. Par
ailleurs, elles y seront pour discuter des problèmes de santé
particuliers aux femmes en Afrique. Si les femmes sont solidaires pour
faire reculer les injustices et pour mener ensemble des initiatives en
matière de santé, les disparités, elles, sont énormes dans toutes ces
causes. Ainsi, les femmes en Afrique rencontrent des particularités
qu’elles viendront partager avec les autres femmes du monde.
Le paludisme : une réalité alarmante
Cette maladie est une source d’inquiétude pour les populations qui
vivent dans les zones où les moustiques, vecteurs de transmission
règnent majestueusement. Les piqûres de la mort de ces compagnons de
fortune sont désastreuses...
Rappelons que le paludisme est une maladie très meurtrière qui mérite
une grande attention. Un autre aspect important mérite d’être souligné :
à la différence des maladies comme le sida, le paludisme, lui, sévit
seulement dans les pays en développement. Certains, à tort ou à raison,
font un lien entre les pays « paludéens » et la difficulté de trouver
des traitements efficaces pour vaincre définitivement cette maladie qui
continue de frapper affreusement et violemment.
Selon une analyse de l’UNICEF :
"Il y a 350 à 500 millions de nouveaux cas de paludisme dans le monde
chaque année. Cette maladie provoque plus d’un million de décès tous les
ans. Plus de 80% des victimes vivent en Afrique subsaharienne. Là, le
paludisme est à l'origine d'environ un décès d'enfant sur cinq. Les
personnes les plus vulnérables sont les femmes enceintes ou allaitantes
et les enfants de moins de cinq ans." (1)
Un handicap sérieux et dramatique contribue à anéantir les efforts dans
la lutte contre le paludisme. Il convient d’évoquer la place
considérable du système de santé pour mener efficacement un combat
contre les maladies. En Afrique la lutte contre la maladie est liée au
système de santé et par extrapolation au personnel. Or, le personnel
manifeste un ras-le-bol face au délabrement des hôpitaux. La fuite du
personnel ne rend pas la tâche aisée. Pour affronter la maladie, il faut
assurément un personnel qualifié. Mais il faut nécessairement des
hôpitaux avec des équipements adéquats.
Malheureusement, la réalité est bien loin de répondre à ces exigences.
Les conditions pénibles de travail et les infrastructures inadéquates
poussent le personnel médical à partir vers d’autres horizons à la
recherche de meilleures conditions pour répondre efficacement aux
besoins des malades dans un environnement stimulant….
Plusieurs pays subissent continuellement les conséquences de ces départs
:
"Au Malawi, la faible infrastructure et le sous-financement chronique
incitent un grand nombre de personnels de santé à émigrer. La situation
est semblable en Éthiopie, où les autorités forment 30 000 personnes
dans ce domaine pour palier le manque de personnel et satisfaire la
demande toujours croissante de professionnels de santé." (2)
Ces départs ont inévitablement des conséquences dans l’atteinte des
objectifs pour « contrôler » voire même éradiquer certaines maladies.
Santé : les spécificités féminines
Le sida fait des ravages et continue de semer la désolation. Plusieurs
femmes en Afrique vivent le rejet à cause de la maladie. Notons aussi un
sentiment de révolte des femmes. Parmi les femmes victimes de cette
maladie nombreuses évoquent mélancoliquement la question du préservatif.
En effet, des maris jugent encore injustifiée et même inapproprié si ce
n’est un crime de lèse majesté qu’une épouse soulève la question du
préservatif dans le couple …
Une bonne occasion pour se poser des questions : le préservatif est-il
un « intrus » dans le couple ? Comment trouver le juste milieu et garder
« l’harmonie » malgré l’adoption de ce moyen de protection ?
Pourtant, c’est une question de vie !
Pour plusieurs femmes la contamination se fait dans le mariage et dans
la fidélité… Le préservatif féminin non plus ne réussit pas à taire les
divergences sur cette question.
Les recherches sur le « préservatif invisible » font naître une lueur
d’espoir. Peut-on cependant s’attendre à de concrets changements ?
Pour l’instant, les femmes victimes de cette maladie sont de plus en
plus nombreuses. Les raisons des contaminations sont à la fois variées
et douloureuses. On peut rappeler le drame des femmes violées lors des
guerres. En plus de la souffrance psychologique d’assister impuissamment
à ce viol de l’intimité, les victimes courent également de grands
risques ai niveau de la santé. Disons que le viol a des conséquences sur
la santé mentale et la santé physique.
Notons également le risque de contamination des nombreuses maladies
transmissibles sexuellement. D’une part, si la guérison est assurée pour
certaines maladies, il faut tenir compte du fait que d’autres sont
chroniques. D’autre part, il faut ajouter que des femmes se retrouvent
également enceintes à la suite de ces viols… Stephen Lewis envoyé
spécial de l'ONU pour le VIH/sida en Afrique lors d’un discours au
Summit on Global Issues in Women's Health, Philadelphie, en avril 2005 a
manifesté non seulement sa révolte sur le sort des femmes mais aussi sa
détermination infaillible de s’associer à elles et de les soutenir dans
les différents combats qu’elles mènent :
Je sais que ce monde est cinglé quand il est question des femmes. Je
dois admettre que je vis dans un tel état de rage perpétuelle devant la
situation vécue par les femmes dans la pandémie que j'aimerais étrangler
les responsables, ceux qui ont attendu aussi intolérablement longtemps
avant de réagir, ceux qui peuvent trouver une infinité de ressources
pour faire la guerre mais jamais assez pour améliorer la condition
humaine... Je dois dire que je ne peux pas m'enlever de l'esprit l'image
des femmes insupportablement malades que j'ai rencontrées. Et je ne
trouve pas non plus en moi la capacité de pardonner ni d'oublier. Je ne
trouve que la capacité de me joindre à vous tous dans la plus grande
lutte pour la libération qui soit : la lutte au nom des femmes du monde
entier. (3)
Du côté des Africaines
Plusieurs fois la sonnette d’alarme a été tirée pour demander de marquer
un intérêt sans faille à la santé des femmes et aussi aux aspects qui
constituent des entraves à une intervention :
Je suis l'envoyé spécial de l'ONU pour le VIH/sida en Afrique depuis
quatre ans. Les choses évoluent progressivement, mais à un rythme
péniblement lent si bien qu'on peut sentir à présent que la situation
est simplement catastrophique plutôt qu'apocalyptique. Des projets en
matière de traitement, de ressources, de formation, de capacité,
d'infrastructure et de prévention sont en cours, mais un facteur est
largement imperméable au changement : la situation des femmes. Sur
place, là où ça compte, là où les belles paroles affrontent la réalité,
la vie des femmes est toujours aussi impitoyablement désespérée, 20 ans
après le début de la pandémie. ( 4)
Cependant, la Conseillère pour l'égalité des sexes de l'ONU SIDA pour
l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe Sibongile Msimela a fait le
constat suivant :
"Il est important de savoir que les femmes africaines elles-mêmes
oeuvrent activement en faveur du changement. L'idée que des gens
viendront de l'extérieur pour sauver les femmes africaines est fausse.
Les femmes africaines luttent pour les droits des femmes depuis
longtemps". (5)
En effet, une réelle prise de conscience des femmes en Afrique se
constate et elles veulent avec raison s’impliquer au développement.
La Directrice adjointe de l'ONU SIDA, Kathleen Cravero s’inquiétait de
la situation alarmante des femmes concernant le Sida :
"Les jeunes femmes sont en fait pratiquement en train de devenir,
sous nos yeux, une espèce menacée d'extinction en Afrique du fait de
cette épidémie". (6)
Le moins que l’on puisse dire est que l’étau se resserre davantage sur
les femmes. Les chiffres sont inquiétants et alarmants :
"L'urgence de la situation est évidente. En juillet, l'ONUSIDA a
annoncé que les femmes représentaient une part disproportionnée -- 57 %
-- des séropositifs âgés de 15 à 49 ans. Dans le groupe des 15 à 24 ans,
elles représentent 75 %." (7)
Signalons que l’implication des femmes dans les soins des malades est un
aspect non négligeable dans la propagation de la maladie :
"Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être infectées en
Afrique. Ce sont elles qui s'occupent des malades, fait remarquer la
militante. La question de la prévention de la transmission de la mère à
l'enfant ne concerne pas nécessairement les hommes. Ce sont les femmes
qui doivent savoir comment protéger leurs enfants." (8)
Les nombreuses mobilisations sur la santé des femmes parviendront-elles
à réduire la propagation de la maladie ? La certitude est que la
nécessité d’une intervention concertée s’impose pour prendre à bras le
corps les différentes causes de cette contamination vertigineuse…
L’autre maladie de la honte
Lors de l’accouchement, la vie de la femme est en danger. On sait que
plusieurs vies s’envolent dans les maternités en Afrique. Des voix
s’élèvent sans cesse pour réclamer le matériel adéquat pour donner aux
femmes les moyens d’accoucher dans de bonnes conditions. Toutefois, à
défaut de perdre la vie, l’accouchement peut changer définitivement la
vie d’une femme. D’autres maladies peuvent apparaître à l’accouchement.
C’est le cas de cette autre maladie de la « honte » qui fait basculer la
vie des femmes lors de l’accouchement en « détruisant » l’intimité. Une
autre maladie des femmes.
Mais que dire de cette maladie féminine ?
"De ces informations, il faut retenir que la personne qui souffre
d'une fistule est appelée « fistuleuse ». Cette maladie est d'origine
obstétricale lorsque la durée du travail avant l'accouchement dure plus
de 24 heures sans que la femme bénéficie d'une intervention appropriée,
notamment la césarienne. " (9)
Comme on le constate, cette maladie survient avec l’accouchement :
"C’est en donnant la vie que les victimes des fistules se retrouvent
avec un lourd handicap nommé incontinence urinaire. Mais, juste quelques
semaines après la survenue de cette affection, tout semble devenir
cauchemardesque pour ces femmes qui se retrouvent dans la plupart des
cas sans leurs maris, leurs enfants ou parents. Pour ne citer que leurs
proches. Les fistuleuses ont souvent des histoires communes quand on se
réfère à leur vécu. Elles sont ainsi victimes de rejet, d’abandon,
d’exclusion de leurs familles et dans des cas extrêmes de leurs
communautés" (10) Les victimes vivent un véritable enfer et
éprouvent de grandes difficultés à reprendre une Vie normale.
Comme le soulignait Thoraya Ahmed Obaid, Directrice du Fonds des Nations
Unies pour la Population :
"La fistule est plus qu’une affection. Elle est aussi un problème
social parce qu’elle est liée à un sentiment de honte et à un phénomène
de rejet." (11)
Néanmoins, des compagnes de sensibilisation sont menées pour améliorer
la vie des femmes victimes de cette maladie et favoriser une
réintégration et une acceptation dans la société :
"Ayant la tâche de lutter pour l'amélioration du statut de la femme,
l'UNFPA s'investit dans le combat d'aider les fistuleuses à sortir de
leur honte pour mener une vie normale. Il a, pour ce faire, entamé
depuis 2003 les campagnes d'éducation et de réparation des fistules en
Afrique. En République démocratique du Congo, la campagne a commencé en
2004 avec l'organisation des états des lieux dans six provinces qui ont
permis d'identifier, en deux semaines, 432 cas de fistules dont 80 %
d'origine obstétricale et 19 % d'origine traumatique. Ce nombre donne à
penser qu'il s'agit d'un réel problème en RDC, où la maladie aussi
évitable que curable est méconnue même par certains personnels
sanitaires alors que les femmes qui en souffrent font l'objet de
traitements inhumains. Elles sont accusées de sorcellerie, d'infidélité,
de malédiction, etc." (12)
Les femmes africaines s’impliquent également dans la sensibilisation sur
la santé des femmes et dans le drame des femmes qui vivent le rejet à
cause de cette maladie. C’est dans ce cadre que se tenait au Burkina
Faso du 8 au 10 février 2006 un Congrès international des femmes
professionnelles de carrières libérales et commerciales sous le thème «
Des femmes pour comprendre les femmes et marquer la différence dans le
domaine de la santé : cas des femmes avec fistules obstétricales et avec
VIH/Sida » (13).
Il est plus que temps pour les autorités africaines d’accorder plus
d’attention à la santé des populations en général et des femmes
particulièrement. L’amélioration des conditions de travail du personnel
médical constitue sans conteste une partie de la solution. Et à propos
du personnel médical qui recherche des conditions meilleures, rien n’est
gagné non plus. D’ailleurs plusieurs pays verrouillent les portes
d’accessibilité à l’exercice de certaines professions. Au Canada par
exemple le permis d’exercer la médecine n’est délivré qu’aux médecins
formés aux États-unis et au Canada. Les autres doivent passer toutes
sortes d’examens pour espérer obtenir le permis. Et il faut aussi
ajouter l’aspect pécuniaire car ces examens coûtent les yeux de la tête.
Ainsi, des africains bien que désormais citoyens canadiens ne peuvent
pas pratiquer la médecine et se voient obligés de faire des
reconversions. Un autre drame…
Cette main d’oeuvre serait bénéfique pour l’Afrique si les conditions de
travail n’étaient pas aussi laborieuses et révoltantes. Le climat
politique instable avec des guerres qui éclatent n’importe quand
n’importe comme moyen de pression pour « s’agripper » au pouvoir n’est
pas encourageant pour tout le monde.
Définitivement, l’instabilité politique continue de causer du tort à
l’Afrique car la triste réalité est que dans plusieurs pays, le pouvoir
est encore au bout du fusil plutôt que dans les urnes. La démocratie
n’existe que du bout des lèvres. Toute l’énergie est déployée dans la
conservation du pouvoir et la population est abandonnée à elle-même
quand elle n’est pas obligée d’assister impuissante à des guerres.
Conclusion : Vers des lendemains meilleurs ?
Il va sans dire que les femmes du monde entier se mobilisent
solidairement pour améliorer la condition féminine. Elles mènent un
combat pour lutter contre les inégalités dans l’accessibilité à
certaines professions jadis réservées aux hommes mais aussi pour
l’équité salariale… La santé occupe désormais une place importante dans
le combat des femmes.
Nous ne pouvons souhaiter que ses nombreuses initiatives portent fruits.
Nous espérons que cette volonté de changement et les actions menées
redonneront aux femmes comme les festilleuses la joie de vivre. Il n’est
pas superflu de rappeler qu’une intervention adéquate lors de
l’accouchement protège de ce drame. Il faut également dire que cette
maladie « destructive » est curable. Encore qu’il faut les moyens
d’intervenir.
Que les décideurs entendent mais surtout qu’ils agissent…
Ghislaine Nelly Huguette Sathoud
Notes :
(1) UNICEF, Toutes les 30 secondes, un enfant meurt du paludisme,
www.unicef.fr
(2) UNICEF, Faire reculer le paludisme, www.unicef.fr
(3) Stephen Lewis : VIH/sida et la santé des femmes dans le monde « Les
femmes de l'Afrique ont toujours su quel visage était flétri et meurtri
par le virus. » Revue du réseau Canadien pour la santé des femmes,
Automne 2005, Volume 8, N1/2
(4) Idem
(5) Michael Fleshman, Les femmes : le visage du sida en Afrique Par Il
faut redoubler d'efforts face aux taux élevés d'infection des femmes,
Afrique Renouveau, Vol.18 N 3 Octobre 200), page 6
(6) Idem
(7) Idem
(8) Idem
(9) R.s.k : Congo-Kinshasa: L'UNFPA lance une campagne des soins
gratuits des fistules
fr.allafrica.com/stories/200705180557.html
(10) Maimouna Guèye, Vécu des fistuleuses : dure réalité d’une épreuve
www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=7567
(11) www.unfpa.org/
(12) Idem
|