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Le chevalier de Saint-Georges
Virtuose afro-européen du fleuret et du violon (1745 - 1799)
Ardent défenseur des Droits de la personne et abolitionniste engagé, le
chevalier de St Georges fut le premier compositeur noir de musique
classique à la Cour de Louis XV en France et un escrimeur réputé
invincible. À la fin de l'année 2006, à l’occasion du bi-centenaire de
Mozart et du centenaire de Senghor, le Sénégal a célébré ce grand
virtuose de la musique en organisant plusieurs concerts sur l’île de
Gorée et à la cathédrale de Dakar. Au centre - ville de Dakar les
grandes artères, notamment la « Place du Tirailleur », étaient tapissées
d’affiches représentant le Chevalier de Saint-Georges. Le chef de
l’État, Maître Abdoulaye Wade, a rendu ainsi hommage à ce virtuose de la
musique, en honorant de sa présence le concert de musique qui a eu lieu
dans la cathédrale de Dakar.
Genèse Joseph de Bologne est le fruit des amours de George de
Bologne de Saint-George, un riche planteur et d'une jeune esclave Anne,
d’origine sénégalaise surnommée Nanon. Sa naissance se déroule sous des
auspices heureux qui présagent un avenir radieux. En effet, il est né le
jour de Noël 1745, JOSEPH de BOLOGNE alias le Chevalier de SAINT-GEORGE
aura un destin hors du commun des enfants nés d’amours ancillaires. La
famille de Bologne réside aux Antilles, plus précisément en Guadeloupe
depuis 1645. En janvier 1740, George de Bologne épouse Elizabeth Merican
et un an plus tard, il acquiert une plantation de 50 hectares avec 60
esclaves. Il fait usage de son droit de cuissage et détourne Nanon alors
âgée de 17 ans.
Le 16 décembre 1747, à la suite d'un duel, Georges de Bologne tue son
adversaire, son cousin Jean Hugues le Vanier de Saint Robert. Il se voit
contraint de fuir la Guadeloupe afin d'échapper aux poursuites
judicaires et surtout à la pendaison. Toutefois, il est condamné à mort
par contumace et ses biens sont confisqués, selon une ordonnance en date
du 31 mars 1748. Conformément au Code noir, ses esclaves sont considérés
comme « biens meubles».
Paradoxalement, son épouse Elizabeth déclare sa rivale Nanon, son
fils Georges et un esclave du nom de François comme ses serviteurs, afin
de leur épargner d'être vendus et dispersés. Joseph arrive avec sa
famille en France le 4 janvier 1749. Grâce à leurs relations, la famille
de Bologne obtient que le roi Louis XV le gracie. Georges peut retourner
aux Antilles, le 2 décembre 1749. (1)
Une enfance dorée Selon l'article 9 du «Code Noir» publié par
Colbert en 1685, Joseph ne jouit pas du statut d'homme libre. C'est un «
mulâtre» (2) Il n’est donc pas autorisé à porter les titres de noblesse
de son père. Malgré cela, ce dernier prend ses responsabilités et lui
assure une éducation à la mesure de son rang naturel. Le jeune Joseph
reçoit une instruction appropriée dans le domaine des sciences, des
arts, du sport et de la maîtrise des langues étrangères. Afin de
parachever son éducation, son père, Georges de Bologne, décide de
l’envoyer en France. Joseph débarque à Bordeaux en compagnie
d’Elizabeth, l’épouse de son père. Deux ans plus tard, son père et sa
mère arrivent à Bordeaux et vont s'installer à Paris le 19 septembre
1755. Son destin va complètement changer.
En effet, le «Code Noir» prévoit que Nanon, sa mère sera affranchie
dès qu’elle aura mis pied dans l’Hexagone. Georges de Bologne introduit
son fils dans les salons huppés de la haute société française. Il
l'inscrit à l'académie d’escrime de Nicolas Texier de la Boëssière, l'un
des fameux maîtres d'armes du royaume. Dans ce pensionnat pour jeunes
aristocrates, les élèves reçoivent un enseignement complet le matin et
l'après-midi est consacré à l'escrime, sport qui définit par excellence
l'appartenance à la noblesse. Joseph de Bologne apprend l'équitation en
s’entraînant aux Tuileries sous la houlette d'un maître écuyer, le
chevalier Dugast. Il excelle dans tous les domaines et attire ainsi
l'attention en haut lieu. En 1761, il obtient un poste de gendarme de la
Garde du roi. Cette fonction lui vaut le droit de porter le titre de
noblesse qui lui fut dénié à la naissance. On l'appelle désormais le
Chevalier de St George, « le dieu des armes ». Durant 3 mois de l'année,
il est au service de sa majesté et le reste du temps il poursuit ses
études. Il étudiera durant six ans à l'académie de la Boëssiere. Sportif
accompli, bon danseur, cavalier d'élite, le Chevalier de Bologne force
l'admiration de son biographe Emil F. Smidak qui écrit :
"On le voyait souvent traverser la Seine en nageant d' un seul bras,
et au patinage, son adresse surpassait celle de tous les autres, En
tirant au pistolet, il était rare qu' il manquât son but" F. Smidak.
Joseph Boulogne nommé Chevalier de Saint-George, cité par C. Ribbe.)
Une fine lame : La « chevalière d' Eon» Le chevalier de
Saint-George, escrimeur réputé croise le fer avec presque tous les
tireurs de l'Europe. Il les défie tous que ce soit Maître Picard, maître
d'armes à Rouen ou l'escrimeur Italien Gian Faldoni ou la chevalière D'Eon,
cet escrimeur travesti en femme et agent secret de la couronne. De cette
rencontre naîtra un opéra-comique qu'il intitule « la Fille-Garçon». Le
Chevalier de Sain-George acquiert ainsi une réputation outre-Manche, car
le combat avec d'Eon a lieu à Londres. Il écrit également une comédie
musicale à cette époque pour enfants "Aline et Dupré ou le marchand
de Marrons", qu’il jouera pour la première fois le 9 août 1788.
Le chevalier de Saint Georges et la cour de Versailles Sa
passion pour la musique demeure cependant son violon d'Ingres. LE
chevalier de Saint George maîtrise le violon et le clavecin. Sous la
direction de François-Joseph Gossec, son maître de musique, il s’initie
à la composition d'œuvres musicales. En 1769, il devient premier violon
au "concert des amateurs", un orchestre créé par Gossec. Il
commence dès lors à écrire ses propres partitions: sonates, concertos,
symphonies, comédies musicales etc.… En 1773, il succède à
François-Joseph Gossec et devient, en 1775, le directeur de musique de
la reine Marie-Antoinette. Il joue à plusieurs reprises à la Cour de
Versailles où il est considéré comme l'un des favoris de
Marie-Antoinette. A partir de 1779, elle l'invite à venir faire de la
musique avec elle, ce qui suscite la jalousie de maints courtisans et
des actes de violence sont perpétrés sur sa personne. Le chevalier de
Saint-George est agressé une nuit par des hommes de Versailles qui
tentent de l’assassiner. Cependant sa notoriété s'accroît, le sobriquet
de dandy élégant, de cavalier d'élite et de danseur émérite font de lui
le musicien le plus en vogue de la Cour.
Le racisme en France au siècle des Lumières Pressenti pour
diriger l'Opéra de Paris, Le Chevalier de Saint George doit faire face
au racisme de la Cour. En effet deux chanteuses : Sophie Arnould et
Rosalie Levasseur et une danseuse, Marie-Madelaine Guimard ne tolèrent
pas qu'un « mulâtre » dirige l'opéra. Elles présentent un « placet »,
c'est-à-dire une pétition auprès de la Reine Marie-Antoinette. Elles
écrivent que "Leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne
leur permettront jamais d'être soumises aux ordres d'un mulâtre". Le
Baron von Grimm mentionne dans sa «Correspondance Littéraire,
Philosophique et Critique»
"Une si importante considération a fait toute l’impression qu’elle
devait faire"
La Cour s’incline et le poste demeurera longtemps vacant. Au siècle des
Lumières, de nombreux philosophes ont contribué à développer le racisme.
La plupart d'entre eux étaient persuadés de l’infériorité des Noirs.
C'est ainsi que Louis Sébastien Mercier rapporte dans son «Tableau de
Paris» (p.83) qu'un jour qu'il accompagnait Jean Jacques Rousseau sur
les quais, celui-ci fut pris d'un fou rire incontrôlable en voyant un
Noir charbonnier, s’esclaffant que cet homme était meilleur à sa place
et qu’il n'aurait pas de peine à se débarbouiller.
(cité dans « Le Monde » du 9.1.05 compte rendu du livre de Claude Ribbe.
Enquête). - Voltaire (1694-1778) considéré comme humaniste et champion
de la tolérance s'exprimait en ces termes : "La race noire est aussi
totalement différente de la nôtre que l'épagneul l'est à l'étrier […]
L'on peut dire que leur intelligence n'est pas seulement façonnée
différemment de la nôtre, mais elle est de loin inférieure […] L'
intervalle qui sépare le singe d'un nègre est difficile à saisir"
(Essai sur les mœurs, Genève, 1755 , t. XVI, p. 269-279) - David Hume,
philosophe anglais (1711- 1776) écrivait: "Les Nègres et en général
toutes les autres espèces d'hommes sont naturellement inférieurs aux
Blancs." (Traité de la nature humaine, 1837) et. - Friedrich Hegel
(1770-1831), philosophe allemand lui fait écho :
"L'être humain noir comme une créature naturelle, sauvage, et
l'Afrique comme un pays replié sur lui-même […] pays de l'enfance qui,
au-delà du jour de l'histoire consciente est enveloppé dans la couleur
noire de la nuit" (La raison dans l’histoire. Introduction à la
philosophie de l’Histoire. Paris, UG 10/18, 1965)
Le Code Noir et l'esclavage
Au cours de ses voyages outre-Manche, Le chevalier de Saint George avait
pris des contacts avec les Abolitionnistes Anglais, membres du
Parlement. En France, il rencontre Jacques Pierre Brissot de Varville,
le fondateur de la «Société des Amis des Noirs» (1788) qui plaide pour
l'abolition de la Traite et de l'Esclavage. Le chevalier de
Saint-Georges milite en faveur de la liberté pour tous les hommes.
Le « Code noir » est selon le prof. J.P. Sala-Mollins, «Le texte
juridique le plus monstrueux qu'aient produit les Temps modernes.» En
effet composé au total de 60 articles, il réglementait les droits mais
surtout les devoirs et les punitions que les négriers pouvaient infliger
aux esclaves. Parmi elles, la peine de mort pour avoir frappé son maître
(Art. 33), pour vol de cheval ou de vache (Art. 35), pour la troisième
tentative d'évasion (Art. 38) ou enfin pour réunion ( Art. 16).
Promulgué par Colbert, le ministre de Louis XIV, le « Code Noir » a
servi à établir le statut de l'esclave. (3)
Bien que, sur le plan économique, l'Hexagone profite du système
esclavagiste, la société du 18e siècle remet en cause cette institution
en critiquant les abus de l'esclavage. Le roi lui-même fustige cette
institution. Cependant, sous la pression des planteurs et des négriers,
en 1762, la France promulgue des mesures discriminatoires à l'encontre
des Noirs qui vivent sur son territoire. Les planteurs-colons s’appuient
sur le « Code Noir » pour présenter leurs revendications et introduire
une ségrégation raciale de fait sur le sol français. Ils espèrent ainsi
endiguer le flux migratoire des Noirs vers l'Hexagone. C'est ainsi que
Louis XV ordonne que tous les Noirs et « mulâtres » se fassent inscrire
au greffe de l'Amirauté, afin de se faire délivrer des papiers
d'identité. Nanon se rend en compagnie de La Boëssière à l'amirauté pour
inscrire son fils et lui épargner une telle discrimination.
Les unions interraciales sont interdites pour les Africains ou les
personnes d'origine africaine arrivées sur le sol français avant le 9
août 1977. Or, le milieu dans lequel évolue Le Chevalier de Saint George
est composé essentiellement d’Européens. Il n'a aucune chance de pouvoir
se marier. La réputation de séducteur qu'on lui attribue relève plus de
préjugés, de jalousies et de mesquinerie qu'elle ne correspond à la
réalité du moment, car le climat raciste de l'époque lui interdit toute
relation avec une femme blanche, même s’il a conquis le cœur de
plusieurs dames, entre autres, celui de la reine, Marie-Antoinette.
L'engagement de la « Société des Amis de Noirs » et les mouvements
d’insurrection dans les îles portent fruit. En effet, le 4 février 1794
la Convention abolit l'esclavage dans les colonies.
Le virtuose
Entre 1773 et 1780, le chevalier de Saint- George compose douze
concertos pour violon, deux recueils de quatuors, des symphonies et
trois sonates pour violon. Le 12 octobre 1778, il fait jouer « la Chasse
», sa seconde comédie musicale, qui connaît un accueil enthousiaste. La
presse l’encense et le public l'ovationne. En 1777, Madame de Montesson,
compagne du Duc d'Orléans, l'engage comme directeur de son théâtre privé
au Palais-royal. Il y présente sa troisième œuvre lyrique «L’Amant
anonyme », le 8 mars 1780. La même année, il écrit la musique
d’«Ernestine », une comédie à ariettes en trois actes.
Claude Ribbe estime que vers 1778,LE Chevalier de Saint-Georges se
trouve au summum de sa carrière et qu’il a influencé Mozart. La partie
finale de la musique du ballet « Les petits riens » écrit par Mozart et
jouée par l'Académie Royale de musique reprend en partie un concerto
composé quelques mois auparavant par Le Chevalier de St. Georges (cf.
Ribbe son livre). Saint-Georges côtoie les musiciens de son époque,
entre autres, Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart. Ce dernier
refusera, en 1778, de jouer pour l’orchestre que dirige Le chevalier de
Saint Georges. Paradoxalement, Mozart ne le mentionne nulle part dans
ses «Correspondances», volume de ses lettres de l’époque. Joseph Haydn
écrira pour Saint Georges les « symphonies parisiennes » (82-87) et
"olympiques" qu'il jouera. En 1781, « Le concert des Amateurs » est
dissout. Les Francs-maçons créent un nouvel ensemble «Le Concert de la
Loge Olympique». Le Chevalier de Saint George adhère à la Loge du Grand
Orient de France et dirige cet orchestre. Il est ainsi le premier
franc-maçon noir de France.
L’œuvre et le style du Chevalier de Saint-George
Son œuvre se compose de sept opéras, plus de 100 concertos, trois
symphonies, douze quatuors à cordes, et plusieurs sonates.
Opéra: "Guillaume tout cœur ou les Amis de village",
opéra-comique "la Fille-Garçon" ; "Ernestine", une comédie
à ariettes en trois actes Une comédie musicale pour enfants « Aline et
Dupré ou le marchand de Marrons », sa troisième œuvre lyrique
"L’Amant anonyme". "La Chasse", sa seconde comédie musicale.
La musique du Chevalier de Saint George est une musique douce, légère.
Elle est , par instants, quasi mélancolique surtout le 11e concerto en
sol majeur, opus VII No 2 et les symphonies en sol et ré majeur, opus XI
no, 1 et no 2 transposent l'auditeur sur les rives lointaines de son île
natale. Le style du Chevalier de Saint George s’apparente à celui du
pré-classicisme, où l’on décèle les influences de son époque. La musique
baroque ne transparaît pas dans ses œuvres.
La carrière politique St George et la Révolution Française Le
14 juillet 1789, lorsque la révolution éclate à Paris avec la prise de
la Bastille, le Chevalier de Saint George se trouve à Lille. Il se fait
enrôler dans la Garde nationale, d'abord comme soldat, puis en an plus
tard, il est nommé capitaine. Bien qu’il soit Chef de brigade, il
n’hésite pas combattre aux côtés de ses hommes de troupe. Il repousse
l’assaillant autrichien à Lille avec sa « légion noire ».
C’est à Lille que le Chevalier de Saint George compose son dernier opéra
: "Guillaume tout cœur ou les Amis de village." Le 4 Août les
nobles perdent tous leurs privilèges. Par prudence, Le chevalier de
Saint-George renonce à la particule de son nom de famille qui le
distingue comme noble.
La «Légion noire» ou légion Saint George En proclamant
l’égalité des personnes devant la loi, la révolution amorce le processus
de la fin de la Traite négrière. Bien que la Déclaration des Droits de
L’Homme et du Citoyen de 1789, ne visait au départ que l'homme blanc
«Tous les hommes naissent libres et égaux », elle aura des répercussions
sur le système esclavagiste dans les îles, particulièrement à
Saint-Domingue où des émeutes
d’esclaves éclatent.
Le 1er septembre 1791, l'Assemblée législative française accueille
des députés noirs de St Domingue (aujourd'hui Haïti) qui veulent
combattre pour les idéaux d'égalité de la Révolution. Elle approuve la
formation d’un corps de mille hommes de« gens de couleur», une unité
mixte de cavalerie et d'infanterie. Le 7 septembre 1792, Saint Georges
est nommé colonel et chef de brigade de cette unité dénommée la « Légion
Franche des Américains et du Midi », composée en grande partie d' Afro
Antillais. Cette légion a vu le jour à Laon en janvier 1793. Elle
entrera dans l’histoire sous le nom de « légion Saint- Georges.»
Le Chevalier de Saint George fait nommer son collaborateur Alexandre
Dumas, le père de l'écrivain qui porte le même nom. (Alexandre Dumas,
Les Trois mousquetaires.) Ce dernier deviendra général. Tout comme le
chevalier de Saint Georges, Alexandre Dumas père est né des amours
prohibées d'une esclave noire, Césette Dumas et d’un noble ruiné, le
marquis Davy de la Pailleterie. La légion noire défend la ville contre
l’armée de la coalition menée par Dumouriez. Dumas et le Chevalier de
Saint-George déjouent les plans de trahison de Dumouriez. Ce dernier
voulait capturer Lille et marcher sur Paris. Durant un laps de temps le
chevalier de Saint-George fait figure de héros. Après la victoire de
Lille sur les Autrichiens, en avril 1792, le Ministère de la guerre en
butte aux préjugés racistes enlève les Noirs de la légion; et les
affecte dans les colonies, afin de réprimer les insurrections. Le
ministère met fin ainsi à la carrière du général Dumas et de tous les
autres cadres noirs et métis de l’armée. Cette brigade prend alors le
nom de «13e Régiment de Chasseurs ».
La fin d'une idole Mais le nouveau régime se méfie des
aristocrates. A la suite d’une dénonciation et sans nul motif, le
Chevalier Saint-Georges est arrêté le 4 novembre 1793 à Château-Thierry
bien que la municipalité le soutienne. Il est destitué de son
commandement et accusé d’avoir détourné de l'argent pour payer des
dettes. Il est détenu à Chantilly puis au château d'Hondainville dans
l'Oise. Reconnu innocent, il est libéré le 4 novembre 1793. Selon les
historiens, il serait parti pour St Domingue pour participer à la
révolte haïtienne.
Au printemps 1797, le chevalier de Saint-George retourne à Paris. il
dirige un nouvel orchestre « Le Cercle de l’Harmonie » au palais royal.
En 1799 il est atteint d’une infection de la vessie qui l’emporte le 10
juin 1799. La nouvelle de son décès fait la une de la presse. Le public
lui rend un vibrant hommage. Quelques œuvres posthumes, dont un concerto
et une sonate sont publiés dans les journaux. En 1802, Napoléon rétablit
l'esclavage aux Antilles et à Saint-Domingue. Obnubilé par son racisme,
Napoléon prend des mesures draconiennes pour que son souvenir soit
effacé de la mémoire collective. Il bannit la musique du Chevalier de
Saint-Georges et fait détruire ses oeuvres. Le chevalier de Saint
Georges tombe dans l'oubli complet jusqu' à l'époque romantique. A la
fin du 20 ème siècle, il connaît un renouveau d’intérêt. Parmi les
mesures que Napoléon décrète, il interdit aux « Noirs et Gens de
couleur» le métier des armes (29 mai 1802), le territoire métropolitain
(2 juillet 1802) et pour ceux qui s' y trouvaient déjà «le mariage avec
des Blancs» (8 janvier 1803).
Hommage à Saint-George
A l’époque romantique, des auteurs lui ont rendu hommage. Ils ont
pour nom Balzac, Alexandre Dumas et Edouard de Bully, dit Roger de
Beauvoir, qui lui a consacré un roman adapté au théâtre. Sa ville natale
Basse-Terre lui a rendu hommage en baptisant une rue de son nom et en
lui érigeant un monument. Grâce aux efforts de la Fédération nationale
des Associations et Groupements originaires d'Outre-Mer, au mois de
décembre 2001, la rue du Général Antoine Richepance (situé entre le 1 er
arrondissement côté pair et le 8e côté impair) a été débaptisée. Elle
est devenue la rue du Chevalier de Saint-Georges. Richepance fut le
général qui a rétabli l'esclavage à la Guadeloupe sur ordre de
Bonaparte. TV5 Monde a diffusé le documentaire "Le Mozart Noir:
rétablir une Légende", au Québec et en France, le 10 avril 2003.
L’écrivain et historien Claude Ribbe a écrit un spectacle consacré au
chevalier de Saint-George "Un noir à la Cour de Versailles" mis
en scène par Bartabas. Il a été joué à Versailles devant 50 000
spectateurs. Ce spectacle été filmé et présenté au public des pays
francophones d’Afrique le 2 janvier 2007 sous le titre "Un Noir à la
cour de Versailles". De nombreuses associations des Départements
et Régions d' Outre- Mer (Ex. DOM-TOM) mènent des recherches sur la vie
et l'œuvre du Chevalier de Saint-George. .
Conclusion Joseph Bologne, chevalier de Saint George,
personnage talentueux, « afro-classique » selon l’expression de Claude
Ribbe a marqué son époque. Sa musique a traversé le temps malgré toutes
les vicissitudes de la vie pour nous parvenir
aujourd'hui dans la pureté de son charme.
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana
Professeur. Conseillère Municipale à Erlangen. Allemagne
Drherzbergerfofana@hotmail.com
Remarques
1 :Selon le manifeste du navire, Georges est âgé de 38 ans, Nanon de
28 et Joseph, le futur virtuose de 3 ans.
2 :«mulâtre » terme péjoratif pour désigner les enfants nés d'un homme
Blanc et d'une femme Noire.
3 :Le « Code noir » est le code de lois le plus immonde qui existe sur
terre. Il codifiait les droits mais surtout les devoirs des esclaves ;
et les châtiments qu’ils encouraient pour le moindre écart établi par
les Négriers.
Le philosophe Voltaire illustre un aspect de la vie des esclaves dans
son ouvrage Candide , chap. XIX.
« En approchant de ville, ils rencontrèrent un nègre étend par terre,
n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de
toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main
droite[…]
Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide qui t' a traité ainsi ?
- Oui, Monsieur […] c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile
pour tout vêtement deux fois l'année; quand nous travaillons aux
sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main;
quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe ; je me suis
trouvé dans ces deux cas : C'est à ce prix que vous mangez du sucre en
Europe. »
- ( Le Nègre de Surinam. Candide. in XVIIIe siècle Les Grands Auteurs
Français du programme. Paris : Lagarde et Michard p. 167. )
4 :L'esclavage sera définitivement aboli en France par Victor Schoelcher
en 1848.
5 : Association pour l’étude et la vie de l’œuvre du Chevalier de
Saint-Georges. www.FameuxChevalier.net.
Président :Jean Claude Halley, Email : halleyjc@wanadoo.fr
Association des Amis de Joseph Boulogne 42 patio de Grand Camp
7142 Les ABYMES, Guadeloupe tel : 06 90 35 29 51
Film Le Mozart Noir documentaire sur Joseph Boulogne Chevalier de
Saint-George 6 : Partitions du chevalier de Saint-Georges disponible
sur le site suivant :
www.artaria.com, www.minkoff-editions.com
Bibliographie
Archives Départementales de la Guadeloupe. Le Fleuret et l'Archet : Le
chevalier de Saint-George, Créole dans le Siècle des Lumières,
Bisdary-Goubeyre 2001.
Gabriel Banat The Chevalier de Saint-George, Virtuoso of the Sword and
the Bow. New-York: Pendragon Press 2006.
Roger de Beauvoir. Le chevalier de Saint-Georges . Roman, comédie
musicale et vaudeville 1840.
Gaston Bourgeois «Le Chevalier de Saint-George ; Mistakes His
Biographers Have Made » in : Bulletin de la Société d' Histoire de la
Guadeloupe, 1964.
Roland Brival. Le chevalier de Saint-George. Roman Paris : ed. Lattes
1991
Sylvie Chalaye Le chevalier de Saint-George et Melesvile de
Beauvoir.Paris : L Harmattan 2001.
Odet Denys. Qui était le chevalier de Saint-George ? Paris : La Pensée
universelle 1972
Dumenil Pierre Le chevalier de Saint- Georges - Jacques Stuart à Bar-le
Duc (1713-1716). In : Bulletin des Sociétés d' Histoire et
d'Archéologie de la Meuse (Bull.Soc.hist.archéol.Meuse) - ISSN
0525-1249.
Guédé Alain. Monsieur de Saint-George, le Nègre des Lumières, Arles,
Actes Sud 1999.
Marciano, Daniel. Le chevalier de Saint-Georges, le fils de Noémie.
France : Thespis, 2005
Le Divin Saint-George. Théâtre.France : ed. Thespis 2006
Nemeth Luc. Un état-Civil chargé d'enjeux : Saint-George 1745-1799. in :
Annales de la révolution française, 2005, no. 1
Daniel Picouly La treizième mort du chevalier de Saint-George. Roman
Paris : ed. Grasset 1991. Paris : Livre de Poche 2006.
Vincent Podevi-Baudin et Laure Tressens, Le Fleuret et l' Archer. Le
Chevalier de Saint- Georges, Créole dans le Siècle des Lumières.
Ribbe, Claude. Le chevalier de Saint-George. France : Perrin 2004.
Ribbe, Claude Saint-George, chevalier de Marie-Antoinette. Roman. Paris
: ed. Serpent à Plumes 2005.
Ribbe, Claude Le crime de Napoléon. Paris : Privé 2005
Smidak, Emil F. Joseph Bologne nommé Chevalier de Saint-Georges. Lucerne
: Avenira 1996.
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