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Excision
et droits humains
Au mois de mai 2009 une fillette a été excisée par sa grand-mère et
une exciseuse à Ourossogui, dans la partie est du Sénégal, à la
frontière du Mali. Les parents ont été condamnés à 6 mois de prison avec
sursis et la grand-mère et l’exciseuse à 6 mois ferme de prison. Les
réactions ont été très vives dans cette région où l’excision fait partie
intégrante du substrat culturel des populations. Des affrontements ont
eu lieu entre la police et les tenants de cette pratique. Les forces de
l’ordre ont du même intervenir pour faire revenir le calme. Sous l’égide
des religieux, les populations de la région de Matam revendiquent le
droit de pratiquer leur coutume et exigent l’abolition de la loi contre
les mutilations génitales.
L’excision d’une enfant de moins de 7 ans à Matam
(Sénégal) et la condamnation de la grand-mère et de l’exciseuse
interpellent tous ceux et celles qui depuis des années se sont engagés
dans la prévention et l’abolition d’une coutume qui cause de nombreux
dangers au point de vue santé.
La présence des leaders religieux d’obédience islamique et de l’église
copte lors de la 7 ème assemblée du Comité Inter-Africain (CI-AF) qui
lutte contre les traditions néfastes à la santé des femmes et en
particulier les mutilations génitales féminines. marque un grand pas en
avant dans ce domaine
Lors de cette rencontre les leaders religieux ont pris la parole. Se
référant aux citations tirées des livres saints, ils ont confirmé ce que
la plupart des participants ont toujours affirmé: Les mutilations
génitales féminines n’ont rien à voir avec la religion. Ce sont de
simples traditions qui se sont perpétuées surtout dans les pays
musulmans. Au fil du temps ces traditions ont été assimilées à la
religion. Le point de vue des leaders est important car il a pour but de
donner un éclairage clair sur une question controversée dans de nombreux
pays qui pratiquent les mutilations. Dans ce sens on
peut dire que les leaders religieux ont prononcé une fatwa contre les
mutilations génitales féminines. Selon Wikipedia une "Fatwa" (fatāwa
pluriel) est dans l'Islam, un avis juridique donné par un spécialiste de
lois religieuses sur une question particulière. En règle générale, une
fatwa est émise à la demande d'un individu ou d'un juge pour régler un
problème où la jurisprudence islamique n'est pas claire. Un spécialiste
pouvant donner des fatāwa est appelé un mufti. Déjà
lors de la conférence de 2006, les leaders islamiques avaient émis des
recommandations qui ont valeur de Fatwa. Dans la déclaration écrite
qu’il a signé, le grand mufti de l’Egypte, le Prof. Dr. Ali Gom’a de
l’université Al Azhar déclare § 3 et 4 3.
L’excision des parties génitales pratiquée aujourd’hui encore, provoque
des dommages psychologiques et physiques chez la femme. C’est pour cela
que ces pratiques doivent être interdites, en référence à l’une des plus
grandes valeurs de l’Islam, celle de n’infliger aucune violence à l’être
humain – conformément au paroles du Prophète Mohamed : "N’agressez
jamais, le Seigneur n’aime pas les agresseurs" Ce genre d’action est
considéré comme une agression contre le genre humain et devra être puni.
4. La conférence appelle tous les musulmans à interdire cette mauvaise
coutume, en respectant les enseignements de l’Islam qui interdisent
d’exercer une quelconque violence envers l’être humain.
Le 25 novembre 2007, l'Ayatollah Fadlallah émet une fatwa contre les
violences faites aux femmes qu'il qualifie de "comportement humain
parmi les plus ignobles". Il explique que l'islam rejette la
violence et refuse toute notion de supériorité ou de souveraineté de
l'homme sur la femme, et que "la femme peut répondre à la violence
physique de l’homme contre elle par une même violence, dans le cadre de
l’autodéfense"[1]. Cette fatwa a eu un impact majeur dans tout le
monde arabe en générant de nombreux débats. Elle est interprétée par de
nombreux médias arabes comme "le droit de la femme à frapper son mari
et à quitter son lit" (Fatwa. www.wikipedia.org)
Lors de la conférence du Comité Inter-Africain qui s’est déroulée au
Caire du 27 au 30 octobre 2008, les leaders religieux: ont condamné à
nouveau les mutilations sexuelles. Auparavant le Comité Interafricain
avait initié plusieurs séminaires avec les dignitaires religieux, afin
de conforter leur point de vue. Il apparaît que les mutilations ne sont
pas recommandées par l’islam. Au cours de ces rencontres, les imams ont
recensé les sourates qui prônent la sacralité de la vie et l’intégrité
physique de la personne. Ce sont entre autres : (1)
Sourate 30 versets 30 : pas de changement à la créature d’Allah (1)
Sourate 07 versets 28 : dis non Allah…..(coutume)
Sourate 17 verset 33 : la vie humaine est sacrée

Le secrétaire national de "Dar El Afta" chargé des questions
religieuses, Sheikh Mohamed Wessam, du Caire et les imams du Mali,
Karomoko et de Côte d’Ivoire El Hadj Cissé sont unanimes pour affirmer
que l’excision est en contradiction flagrante avec les textes du saint
Coran. Ils ont à cet effet consulter les écritures saintes qui font
allusion à l’excision et établi un catalogue. Or, rien ni dans le Coran,
ni dans la Bible, ni dans la Thora n'oblige la femme à être excisée.
Pour l’imam du Mali, Karamoko,(1) la fameuse citation avec Um Habiba
aurait été transcrite des années plus tard. Et il considère que cette
rencontre entre Um Habiba, qui aurait demandé au prophète (PSL) s’il
fallait exciser les femmes, relèverait de la pure légende.
"Lorsque tu effectues une excision, garde-toi bien d’enlever tout le
clitoris. La femme demeurera épanouie et son mari profitera de son
plaisir"
Le Karamoko étaye sa thèse en s’appuyant sur la biographie du Saint
Prophète (PSL) qui n’aurait excisée aucune de ses 4 filles. L’imam El
Hadj Cissé Djiguiba Abdallah,(2) propriétaire d’une radio privée à
Abidjan présente chaque semaine des émissions en faveur de l’abolition
des mutilations génitales féminines. Fervent adepte de la promotion
féminine, il n’hésite pas à entamer ouvertement des débats sur ce sujet
délicat dans une zone où la prévalence est encore élevée malgré
l’élaboration d’une loi. Sheikh Mohamed Wessam, du
Caire ©P.H. F. Sheikh Mohamed Wessam du Caire dans sa
communication s’est appesanti sur la valeur de l’harmonie sexuelle au
sein du couple et la perfection de la créature par son Créateur. Il a
rejeté toute forme d’ingérence de l’individu pour modifier le corps
humain.
En s’appuyant sur la Bible, le Frère Yohanna Fhabet de l’église copte
orthodoxe St Mary Ard El Golf- Heliopolis du Caire a soutenu la thèse
que son église a toujours défendu l’intégrité physique de la femme.
Déjà en 1993, le révérend Père Lopy avait affirmé lors du séminaire de
Kolda(sud-est du Sénégal) sur "Excision: culture et religion" par
Enda-Tiers en 1993 (3), "Si Dieu a trouvé que ce qu'il a réalisé dans
l'homme comme dans la femme est absolument bon, pourquoi la lame, le
couteau ou un tesson de bouteille viendrait-il supprimer la merveille du
créateur" (Séminaire organisé à Kolda du 29 novembre au 1er décembre
1993). En 1995, lors de la fête de l’assomption Son éminence, le
cardinal Hyacinthe Thiandoum avait exhorté les chrétiens dans son
homélie à respecter la vie humaine. En se référant au cinquième
commandement, il a affirmé que Moïse interdit toute atteinte à la vie
(Le Soleil mercredi 16 août 1995).
"Pourquoi vouloir changer cette merveille que Dieu a crée ?"
(4. P.Herzberger-Fofana Les mutilations Génitales Féminines)
En conclusion, comme l’a suggéré le Dr. Morissanda Kouyaté, directeur du
programme des Mutilations Génitales Féminines au sein du CI-AF, on peut
affirmer que le secrétaire national chargé des questions religieuses en
Égypte a prononcé une fatwa contre les mutilations. Les Dr. Kouyaté et
Madame le Docteur Barry de Guinée,ex ministre de la santé sont d’autant
plus soulagés, car lors de la prière du vendredi à Conakry, ils avaient
été la cible de fanatiques. Ces derniers considéraient leur travail de
sensibilisation auprès des populations comme l’œuvre des suppôts de
Satan. Tous deux avaient même été maudits par certains religieux. En
Afrique la bénédiction ou la malédiction prononcée à l’encontre d’un
individu a une valeur indéniable. Sous d’autres cieux, un tel acte
ferait sourire le commun des mortels.
La conférence du Caire a rapproché le point de vue des religieux des
religions révélées. Il convient maintenant de continuer à sensibiliser
les populations qui demeurent encore attachées á cette pratique. On peut
être une bonne musulmane, sans pour détruire cette merveille qu’est le
corps féminin. C’est sur cette note optimiste que les ecclésiastiques
coptes et musulmans se sont séparés en promettant de prêcher dans ce
sens lors de leurs offices. Actuellement ces leaders religieux tentent
de convaincre leurs ouailles pour renoncer à une telle pratique.
Combattre les mutilations génitales féminines ne signifie pas lutter
contre les traditions africaines. ni vouloir ouvrir la voie à une vie
dissolue, libertine. Mais c’est admettre que toute femme a le droit de
disposer librement de l’intégrité de son corps, d’autant plus qu’aucune
religion révélée n’exige de le mutiler. L’espoir est donc permis qu’en
2015 nous atteindrons "la tolérance zéro" pour tout le continent
africain.
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana, M.A.
Drherzbergerfofana@hotmail.com
Conseillère municipale.
Lauréate du Grand Prix du Président de la République du Sénégal pour la
Recherche Scientifique
Lauréate du Prix Hélène Weber du Ministre de la République Fédérale
Allemande de la Famille, des Personnes du 3eme Age, des Femmes et de la
Jeunesse
Remarques 1. El Hadj Issa Sacko dit Karamoko
Befo. Grand prêcheur international Bamako
2. El Hadj. Abdallah Djigui Cissé, président de la fondation "Djigui la
Grande espérance" à Abidjan. Côte d’Ivoire
3 Non à l'exision. Fonds de développement des Etats Unis pour la femme.
Dakar: UNIFEM, 1997, p.32
4. Prof. Dr. Ali Gom’a "Recommandations-ayant valeur de fatwas
proclamées lors de la conférence de Caire. Le Caire 22- 23 0octobre
2006, 1ers et 2 El Keada 1427 de ‘Hidjra"
5 : Pierrette Herzberger-Fofana. "Les Mutilations Génitales Féminines"(M.G.F.).Dossier
25p. wwww.arts.uwa.edu.au/AFLIT/MGF1.html 1999.université de
Perth-Australie., www.afrology.com rubrique société
6 : Pierrette Herzberger-Fofana. "Abandon des Mutilations Génitales
Féminines : Le Comité inter-africain en Egypte" in :www.euronet-fgm.org,
www.afrology.com, www.alpha-2.info, www.imagazinenewpress.com
Pierrette Herzberger-Fofana , "L’Egyypte, berceau de la civilisation et
des mutilations sexuelles". www.alpha-2. info
Ibid. P.H.F. Waris Dirie. "Fleur du désert. Du désert de Somalie au
monde des top-models.L’extraordinaire combat d’une femme hors du
commun". Autobiographie. Paris : Albin Michel 1998. Compte–rendu de
lecture http:// arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP1099phfwaris.html. 10 mai
1999.
Ibid. P.H.F. Fatou Keita. Rebelle. Roman. Compte-rendu de lecture
www.afrique-souveraine.de
Ibid. P.H. F. Katoucha. Dans ma Chair." La Mode et l’excision vues par
elle-même. Autobiographie www.grioo.com, www.sudonline.sn,
www.afrology.com www.renaf.org
Ibid P. H. F. Katioucha ou le combat contre l’excision "Dans ma chair"
www.lequotidien.sn
Pierrette Herzberger-Fofana. Genitalverstümmelung in Deutschland. Rede
vor dem Bundestag (Discours prononcé au parlement allemand "Bundestag"
25.11.2008) www.gl-erlangen.de, www.alpha-2.info
Pierrette Herzberger-Fofana "Nein zu der weiblichen Beschneidung !.
FORWARD_Germany und die Karawane der Jugendlichen in Mali".
www.alpha-2.info
Pierrette Herzberger-Fofana "Null Toleranz für die weiblichen
Beschneidung"
Internationaler Tag 6. Februar gegen die Genitalvertümmelung
www.alpha-2.info
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P. Herzberger-Fofana Lire aussi:
Les mutilations génitales
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