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Du colonialisme aux NOUVELLES FORMES DE RACISME dans
les pays développés
Dans le contexte de l'après guerre, marqué par la lutte idéologique
entre le bloc occidental et le bloc socialiste, émerge la prise de
conscience collective pour lutter contre tout type de domination et
contre toutes les formes de marginalisation des peuples. Cela a
représenté un pas historique qui a montré aux peuples opprimés qu'il est
possible de construire des alternatives. Bandung s'inscrit dans cet
espace et est le résultat d'évènements extrêmement importants qui ont eu
des conséquences politico-idéologiques sur les différentes luttes de
libération nationale et de conquête de l'indépendance.
Les peuples jusque là ignorés et dépossédés de tout droit, considérés
comme assujettis à la métropole, sous l'idée force du droit des peuples
à disposer d'eux-mêmes, se rebellent contre le statut quo imposé par la
violence de la domination coloniale des Etats européens. C'est au cours
de ces années 1950-1960 qu'un troisième monde émerge : le tiers-monde
qui revendique lui aussi sa place dans les relations internationales et
sa part dans le partage des richesses de la planète. C'est dans ce
contexte que Fanon s'inscrit, il est important pour lui que tous les
peuples colonisés fassent valoir leur droit et que le droit
international s'applique à tous. Il exhorte, dans les Damnés de la
terre, le tiers monde à sortir du face à face à l'Europe et de trouver
des solutions aux problèmes auxquels il est confronté et que cette
dernière n'a pas su résoudre.
Un espoir naît lorsque le tiers-monde affirme pour la première fois son
existence en avril 1955 à Bandung. L'axe d'action des principaux
participants s' articulait autour du rassemblement des pays pauvres, de
la lutte contre le colonialisme et contre la ségrégation raciale. La
déclaration en faveur du développement, de la paix et de la coopération
internationales adoptée lors de cette conférence reflète l'état d'esprit
des peuples et l'irruption, tout à fait inattendue, de nouveaux acteurs
exclus du partage du pouvoir dans la société internationale de
l'après-guerre. En affirmant que le colonialisme et l'exploitation, sous
toutes ses formes, est la négation des droits humains et un obstacle
pour le développement et la paix, cette déclaration constitue un cri de
bataille qui légitime et légalise le droit des peuples, soumis à
l'occupation étrangère, à disposer d'eux-mêmes.
Entre autres, la Conférence proclame :
1) Respect des droits humains fondamentaux en conformité avec les buts
et les principes de la Charte des Nations Unies ;
2) Respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de toutes
les Nations ;
3) Reconnaissance de l'égalité de toutes les races et de l'égalité de
toutes les Nations, petites et grandes.
La pratique et la pensée de Fanon se place dans ce contexte où les
opprimés, les peuples soumis à la domination coloniale, ont pris leur
destin en main.
Mais que se passe-t-il aujourd'hui pour que Bandung et la mobilisation
des pays du Tiers monde soient si présents dans de nombreux esprits
comme sont actuels certains des propos de Fanon qui dénonçait en son
temps "cette vieille Europe qui n'en finit pas de mourir" et qui
affirmait "je me découvre un jour dans le monde et je me reconnais un
seul droit : celui d'exiger de l'autre un comportement humain. Un seul
devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix"
Peau noire et masques blancs.
Aussi bien de la part de cette vieille Europe que des autres pays
occidentaux les comportements, encore aujourd'hui, sont bien peu humains
à l'égard des pays en développement et combien la liberté des
populations est systématiquement reniée ! Faut il parler de la
Palestine, du Sahara occidental, de l'Irak, de l'Afghanistan, de Haïti,
du Paraguay… occupés par les forces militaires américaines, de Cuba
maintenu au ban des Nations par une décision unilatérale….
L'autre domaine où la violence occidentale s'exerce concerne toutes les
personnes qui migrent, quelque soient les raisons. Elles sont de par le
monde près de 175 millions, pour elles, il s'agit de la seule et unique
stratégie de survie. Les migrations sont devenues une des questions
sociales, économiques et politiques les plus délicates de ces dix
dernières années dont les racines se trouvent dans les rapports inégaux,
dans des situations d'appauvrissement des populations des pays du sud,
soumises aux thérapies de choc et victimes des programmes d'ajustement
structurel décidés par les institutions financières européennes et
internationales et qui ont provoqué des ravages dans ces pays. A
l'instar des problématiques posées par la mondialisation néolibérale, la
migration est elle aussi plus que jamais au coeur des débats des pays
développés
Les pays convoités par les migrations, pour se protéger, veillent et
produisent des lois afin de ne pas partager une partie de leurs
richesses qui proviennent directement des pays dont est issue cette
migration, il n'est qu'à prendre le cas du Niger où AREVA, entreprise
française, continue d'exploiter l'uranium nigérien et ainsi a permis à
la France de devenir le 4ème producteur mondial d'un minerai dont elle
n'a aucun gisement dans ses sols.
Avec la politique d'immigration répressive et violatrice des droits
humains fondamentaux, on assiste à l'institutionnalisation légale de la
xénophobie. Les pays occidentaux préfèrent détourner le regard des
causes profondes de l'immigration que sont le déséquilibre et les
inégalités économiques du monde et l'extrême pauvreté, en d'autres mots,
le sous-développement. Ainsi l'immigration est un des révélateurs
dramatiques des déséquilibres socio-économiques aggravés par la
globalisation imposée par l'économie néolibérale qui provoque la
paupérisation galopante des pays sous-développés.
Les pays membres de l'Union européenne ont pris des mesures législatives
qui matérialisent une politique de criminalisation et de stigmatisation
des migrants qui sont idéologiquement et directement reliés à la
criminalité transfrontalière et au terrorisme. Cette politique s'encadre
dans un enfermement identitaire que traduit le refus de la diversité. En
France, par exemple, l'enfermement identitaire (la création du Ministère
de l'immigration et de l'identité nationale et du co-développement n'est
pas le fait du hasard mais en est la preuve !) se manifeste à deux
niveaux : le système des valeurs, d'une part, et les expressions et
signes culturels, d'autre part. En ce qui concerne les systèmes de
valeurs, l'enjeu de l'enfermement identitaire est révélé par une
approche dominante de l'intégration-assimilation qui, en conditionnant
l‘intégration de l'immigré exclusivement à l'acceptation et au respect
des valeurs du pays d'accueil, postule l'inexistence de valeurs humaines
culturelles ou religieuses du migrant ou du demandeur d'asile.
Les lois mises en œuvre aujourd'hui et particulièrement en France,
renvoient à celles qui ont vu le jour en Algérie de 1924 à la veille de
l'indépendance de ce même pays. Il suffit de se référer au Code de
l'indigénat, code de l'esclavage, dont le but était d'une part,
d'empêcher la venue en France de travailleurs algériens qui auraient pu
s'émanciper et développer leur conscience de classe et d'autre part, de
garder en Algérie, pour les colons, une main d'œuvre assouplie et à bon
marché permettant aux possédants de réaliser des profits scandaleux. Ce
code obligeait les candidats au départ à produire une carte d'identité,
un extrait de casier judiciaire, une justification de pécule de 150
francs et le versement d'une caution destinée à couvrir les frais de
rapatriement (Colonisés-immigrés et "périls migratoires", origines et
permanence du racisme ou d'une xénophobie d'Etat, Olivier Le Cour
Grandmaison, in Etudes et conflits , n°69, 2008). Ces mêmes mesures
seront prises, la même année, en Afrique occidentale française et peu de
temps après en Indochine. L'objectif avoué était de limiter l'émigration
vers d'autres possessions françaises ou étrangères en contrôlant les
mouvements de population en contrôlant les mouvements de population mais
aussi de renforcer l'efficacité des mesures prises pour contrôler les
frontières de la Plus grande France, cité ainsi dans le décret du 24
avril 1928.
Les mêmes éléments ont fait leur retour dans différentes lois à propos
des migrations et plus particulièrement dans le CESEDA voté en 2006 par
les parlementaires français… Son objectif est de limiter les migrations
mais aussi de choisir "son migrant"…
Cette approche, négatrice, en dernière analyse, de l'humanité même du
migrant, de l'étranger ou du demandeur d'asile, participe en fait de la
vieille idéologie de la hiérarchisation des cultures, des races et des
civilisations, sur laquelle se sont fondées historiquement toutes les
dominations de peuples et la légitimation de la culture et des
mentalités racistes, formant ainsi un terreau fertile pour toutes les
formes anciennes et modernes de racisme et de xénophobie.
S'organise ici la continuation de la domination du blanc européen sur
une partie du monde. Le colonialisme n'est pas mort, il fait même un
retour basé sur de nouvelles formes mais tout aussi violentes que celles
qui étaient en œuvre sous la période, ouvertement affirmée, du
colonialisme. Il est, dès lors, facile de redire avec Frantz Fanon que
la vieille Europe n'est toujours pas morte, qu'elle n'en finit pas de
mourir et de nous faire mourir avec elle.
Devant la force d'un rouleau compresseur de la mondialisation néo
libérale, les dérégulations sociales et économiques qu'elle entraîne,
peu importe que les immigrés ou les demandeurs d'asile soient renvoyés
dans leur pays d'origine même s'ils y risquent leur vie, ou être exposés
à la torture ou à des traitements inhumains, cruels et dégradants. Peu
importe à l'Europe que des jeunes viennent écraser leur vie sur les murs
de Ceuta ou Melilla ou viennent la noyer au large du Cap vert ou près
des îles italiennes.
Ces dérégulations touchent, bien entendu, les migrants avec la mise en
place de conditions d'accueil, d'entrée sur le territoire, d'asile, de
plus en plus drastiques. Il n'est qu'à rappeler les lois votées en
France et qui concernent les dispositions relatives à la sécurité et aux
contrôles frontaliers ou celui concernant la précision des conditions
d'exercice des droits civils, économiques et sociaux des étrangers en
France ou encore celui sur l'immigration et l'asile, ou les différents
traités visant à lutter contre les migrations mais aussi à approfondir
la coopération transfrontalière, ainsi du traité multilatéral basé sur
une logique sécuritaire et répressive, et sur la peur organisée de
l'autre. Au prétexte de mieux lutter contre le terrorisme, la
criminalité transfrontalière et la migration illégale. Le texte enferme
ainsi, dans la même catégorie, événements sportifs, terrorisme,
criminalité transfrontalière, migration, manifestations de syndicats,
mouvements sociaux, et amalgame certains des droits fondamentaux comme
les droits à migrer, à s'associer, à exprimer des opinions politiques,
ou celui de manifester pour ne faire émerger qu'une idée et une seule :
l'autre est dangereux et porteur de terrorisme, en un mot, il veut du
mal à l'Occident et convoite ses richesses.
Ce traité impose par exemple l'idée que les déplacements pour se rendre
à un contre-sommet ou bien les migrations peuvent être assimilés à du
terrorisme ou à une criminalité transfrontalière. Ils peuvent donner
lieu à poursuites et sanctions ; et cela sans aucune distinction de
fond.
Cet amalgame permet d'affirmer que nous sommes devant
l'institutionnalisation de la xénophobie aussi bien régionale
qu'européenne et internationale. "L'autre" sert de bouc émissaire. Il
s'agit d'ancrer dans l'inconscient collectif l'idée que les migrants et
toutes les personnes issues de l'immigration – qui pourtant dans la
majorité des cas, possèdent la nationalité française- sont porteurs
"naturels" du virus du terrorisme, de la criminalité, voire de
l'agression ! Ces positions idéologiques sont complétées aujourd'hui par
celles concernant les migrants à propos des tests ADN pour le
regroupement familial et de la traçabilité des origines raciales. Il
s'agit de toute une série de mesures liberticides et attentatoires aux
droits humains, mesures incompatibles avec tout État démocratique ou qui
s'affirme tel. Ainsi, la lutte contre la criminalité, quelles que soient
sa forme et sa gravité, vise à obstruer, à limiter, voire à éliminer,
l'exercice des droits fondamentaux, assimilé à une forme de criminalité.
Peu importe d'ailleurs à l'Etat français de se faire montrer du doigt
par le Comité des experts sur les droits économiques, sociaux et
culturels !
Depuis le 11 octobre 2007, un second texte renforce ces mécanismes par
une loi autorisant la Ratification du protocole portant amendement à la
Convention européenne pour la répression du terrorisme. Ce protocole
vise à modifier de façon substantielle des accords d'extradition
contenus dans certaines Conventions, dont la Convention européenne
d'extradition du 13 décembre 1957, qui prévoit la non-extradition pour
raison politique. Avec cette ratification, l'infraction politique
n'existe plus, il ne reste que l'acte terroriste ou le crime de droit
commun. Avec ces deux textes, et tous ceux précédemment adoptés, aussi
bien sur le plan européen que national, il est clair que l'objectif est
de criminaliser tout type d'activité qui a pour fondement la motivation
politique.
L'Europe forteresse s'inscrit dans la logique du gouvernement
nord-américain du choc des civilisations. Elle légitime l'état
d'exception international mis en place par les puissants contre les
peuples. Des murs se dressent, celui entre le Mexique et les USA, celui
érigé par les israéliens en grande partie sur les territoires
palestiniens de 1967, ceux du sud de l'Europe....de nombreux se
construisent dans les têtes. La plus grande menace à la paix et à la
sécurité se trouve dans la violence des pays occidentaux, spécialement
des États-Unis et de leurs alliés européens qui violent systématiquement
le droit international et la Charte des Nations unies. La vraie menace à
la paix internationale est la pauvreté généralisée des populations du
Sud et le pillage de leurs ressources naturelles de la part des sociétés
transnationales, à laquelle doit être ajouté le déni de droit dont sont
victimes de nombreux peuples. Dans ce contexte, il est indispensable de
saisir les causes profondes du terrorisme, comme l'a souligné à
plusieurs reprises l'Assemblée générale de l'ONU. N'est-il pas la
conséquence du désespoir que cet ordre international de misère et de
violence déverse et impose aux peuples ?
Il ne faut oublier ni la loi relative à la lutte contre le terrorisme et
portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles
frontaliers -rendant caduque la demande d'asile à laquelle les Etats
européens sont sommés de répondre au regard du droit international-, ni
la nouvelle réforme du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du
droit d'asile (CESEDA) qui a entériné la disparition du droit au séjour
pour les familles, les conjoints ou les enfants ; la quasi-disparition
de la carte de résident ; du statut des malades ; du droit à l'amour
entre étranger-e-s et Français-e-s. Ni oublier la directive européenne,
dite de la honte, proposée par la Commission européenne et qui vient
d'être adoptée, quasiment à l'unanimité, par le Parlement européen.
Cette directive, en gestation depuis 2002 au sein de l'Union européenne,
déclare, en premier, la guerre aux migrants mais surtout aux droits
humains et aux différents instruments internationaux garantissant les
droits des migrants.
Avec cette directive, les migrants se verront "punis" d'une peine de 18
mois de prison assortie d'une interdiction de revenir sur le territoire
de Schengen pendant une duré de 5 ans. On peut comprendre dès lors
pourquoi aucun pays européen n'a encore signé et encore moins ratifié la
Convention des Nations Unies sur la protection des droits des
travailleurs migrants et des membres de leur famille. L'Occident a des
ennemis : les migrants.
Pendant ce temps, les pays européens poursuivent leur politique de
domination sur le plan planétaire : guerres d'agression, déstructuration
du droit international, déstabilisation des régimes considérés comme des
ennemis et/ou très peu soumis, occupations territoriales, pillage des
ressources naturelles, crimes contre l'humanité, crimes de guerre,
banalisation de la torture, banalisation de la violation des droits
humains...... dans ce contexte de réorganisation du monde, les
migrations apparaissent aujourd'hui comme l'effet direct des politiques
imposées par les pays occidentaux aux pays en développement mais aussi
comme l'une des contradictions. Cette contradiction se manifeste dans le
fait que la migration constitue le premier "facteur" de criminalisation
transformant ainsi les politiques migratoires des pays européens en une
sorte de panoplie militaro-policière plutôt qu'une réelle possibilité
d'insertion régulière. La guerre aux gens est déclarée.
Cela est tellement inquiétant qu'au sein du Conseil des droits de
l'homme, le thème de l'immigration est traité avec beaucoup de rigueur
au sein même de la Commission de droit international de l'ONU (CDI).
Cette décision est due essentiellement au fait que les pays développés,
dont de nombreux pays européens parmi lesquels la France, mettent en
place des politiques restrictives et répressives contre les migrants.
Comme l'a bien remarqué le rapporteur de la Commission de droit
international de l'ONU, Maurice Kamto, "face au déferlement des
pauvres, les pays développés se transforment en d'impossibles
forteresses. Ils se ferment de plus en plus à certaines catégories
d'étrangers en resserrant le contrôle de l'immigration et en rendant
toujours plus difficiles les conditions d'entrée et de séjour sur leurs
territoires". Les nouvelles politiques contre la migration sont de
nouvelles formes de racisme.
Face à cette politique de la peur qu'il faut entretenir et susciter pour
obtenir, avec certitude, l'adhésion des nationaux à une politique
liberticide, dangereuse et orientée non plus vers le bien commun mais
vers l'individuel et le bien privé, il faut aussi en faire un instrument
tourné vers les étrangers à qui il faut rendre la vie aussi pénible et
précaire que possible.
Il s'agit de faire vivre le monde dans une dite humanité, mais elle
n'est en fait que le masque d'inhumanité.
Rien n'a donc changé depuis cette époque où le tiers monde s'était
mobilisé et réuni pour faire entendre sa voix et refuser les politiques
d'apartheid, de racisme mises en place par les dominants du monde. Rien
n'a changé dans la relation dominant/dominé. Les termes de cette
relation, force est de constater, sont les mêmes avec un élément plus
grave de conséquences pour l'ensemble du monde : l'ordre mondial imposé
est violent pour l'ensemble des peuples aussi bien par sa volonté
militaire de ne considérer que ceux qui sont du côté du bien que par sa
volonté économico-financière qui vise à dé structurer l'ensemble des
rapports sociaux et humains et à piller au profit de quelques uns
l'ensemble des richesses des pays du sud.
Bandung avait laissé espérer l'abandon de l'ethnocentrisme européen
et occidental, fortement critiqué par Fanon.
Nous nous trouvons aujourd'hui devant de nouvelles formes de racisme
entraînant de nouvelles formes de colonialisme ainsi du discours de
Dakar de Sarkozy, de la déclaration de Berlusconi sur la supériorité de
la culture européenne -les autres étant des sous-cultures barbares- et
de la politique nord-américaine à l'égard des migrants....
Le capitalisme violent, décomplexé montre son vrai visage. Face à lui,
faut il penser à un autre Bandung des peuples ou à une forme analogue ?
En tout état de cause, il faut résister pied à pied sur tout ce qui
s'impose aux peuples ? Il est important de lier, de relier, de regarder
vers de nouveaux horizons, ainsi de la Bolivie, du Vénézuela, de
l'Equateur et maintenant du Paraguay qui montrent qu'il est possible de
sortir de ce cadre infernal.
Mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a urgence, "le vieux monde se meurt,
le nouveau tarde à venir, entre ces deux périodes, les monstres sortent
et se montrent" Gramci
Pour une nouvelle conférence de Durban
A un an de la prochaine conférence mondiale de l'Onu contre le racisme,
les tentatives se multiplient pour en empêcher la tenue.
En septembre 2001, à Durban, la conférence mondiale contre le racisme,
la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance, avait eu lieu
trois jours avant les attentats du 11 septembre. Elle s'était achevée
sur une déclaration et un plan d'action contre le racisme, obtenus à
l'arraché, après le retrait des délégations américaine et israélienne
pour protester contre la mise en cause d'Israël.
En Juin 2009, vraisemblablement une fois encore en Afrique du Sud, doit
se tenir la 4ème conférence mondiale contre le racisme, la
discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance. Mais la
difficulté de trouver un lieu et de financer une telle rencontre donne
déjà un aperçu des réticences qui existent pour de nombreux pays. Il est
vrai qu'en 2001, deux sujets avaient focalisé les débats de la
conférence : la question de la Palestine et celle de l'esclavage. Ainsi,
la déclaration finale approuvée par les 161 pays représentés,
mentionnait la préoccupation des délégués sur "le sort du peuple
palestinien vivant sous occupation étrangère" mais ne condamnait pas
l'Etat d'Israël, à qui elle reconnaissait "le droit à la sécurité"
dans la région. Les Etats auraient été bien inspirés de préciser que si
le droit à la sécurité existe pour Israël, il ne peut être revendiqué
que si cet Etat respecte son obligation de cesser tout crime de droit
international, tout acte de terrorisme d'Etat, et de se retirer de
manière inconditionnelle et immédiate de tous les territoires
palestiniens occupés.
L'esclavage et la traite, autre thème conflictuel de la conférence, sont
qualifiés de "crime contre l'humanité", sans que la déclaration appelle
à des excuses ou à des réparations financières, ce que demandaient aussi
bien les groupes africains qu'afro américains. Dans leur déclaration,
les ONG, quant à elles, soulignaient que l'esclavage, le commerce des
esclaves, le colonialisme et l'occupation étrangère ont créé des
injustices dont les conséquences continuent de se faire sentir jusqu'à
aujourd'hui. Elles reconnaissent le droit des victimes à une réparation
sous toutes ses formes.
Il serait utile de revenir sur la question de l'esclavage, de la
colonisation et des réparations éventuelles. Les questions d'hier sont
toujours sans réponse aujourd'hui.
L'esclavage est une atteinte manifeste au Droit de chacun sur sa propre
personne. Qui peut réclamer réparation ? Les victimes ou leurs ayants
droit, s'ils existent ? Qui doit payer ? Les agresseurs ou ceux qui
détiennent les titres de propriété illégitimes ? Les individus sont ils
responsables des actes commis par les hommes de l'État ?
Autour de ces questions s'est organisée la fronde contre cette
conférence que certains pays occidentaux ont tentée de délégitimer et
que certaines ONG ont essayé d'instrumentaliser. Fortes pressions sur
d'autres. En définitive, les questions comme les migrations, le sort
peuples indigènes ou le droit des peuples à l'autodétermination sont
restées en suspens, prises en otage…
Le plan d'action décidée en 2001 prévoyait la tenue d'une conférence
pour assurer le suivi.
Or, l'organisation de cette 4ème conférence commence mal : les
Etats-Unis persistent dans leur refus de participation, le Canada et
Israël menacent de ne pas s'y rendre et la France fait pression sur
l'Union européenne pour qu'aucun pays de l'Union n'y participe. Du côté
des ONGs, certaines ne sont là que pour dénoncer l'attitude supposée
"partiale" du Conseil des droits de l'homme et du Conseil de sécurité à
l'égard de l'Etat d'Israël. Chaque intervention est bonne pour provoquer
un clash qui mettrait fin au processus. Il faut la conscience de
nombreux pays du groupe africain pour déjouer les tentatives de ceux qui
affirment à l'instar de Caroline Fourest que "l'illusion d'un consensus
mondial autour de l'universalité des droits de l'homme est en passe de
voler en éclats". Pour Caroline Fourest, "l'inquiétante tournure prise
par la Conférence contre le racisme organisée à Durban au début de
septembre 2001 n'était qu'un symptôme. Depuis, le mal s'est
considérablement aggravé". Mais, "l'universalité des droits" a-t-elle
jamais existé ? La Charte des Nations Unies a tenté de surmonter ces
contradictions en énonçant notamment le principe juridique du droit des
peuples à disposer d'eux-mêmes, qui coexistait avec la consécration du
système de tutelle sous le chapitre XII. La Charte ne remet cependant
pas radicalement en cause la domination coloniale, le droit des peuples
restait un principe sans contenu réel. Mais il ne sera réalité que
lorsqu'il coïncidera avec les luttes des peuples contre la domination
coloniale se concrétisant dans la souveraineté, c'est -à- dire, dans
l'indépendance politique de l'Etat. Dans le contexte de recomposition du
monde imposée par les forces financières et militaires, délégitimer
l'ONU est particulièrement grave. L'extension planétaire du modèle
socio-économique néolibéral est concomitante à une violence structurelle
: guerres d'agression contre les peuples, destruction de la protection
des droits humains qui passe par la banalisation généralisée de la
torture, des enlèvements, des exécutions sommaires, des assassinats et
des massacres de civils ; banalisation des racismes dans les pays
développés sous de nouvelles formes telles que les politiques
répressives envers les migrants, l'institutionnalisation de la
xénophobie d'état… et son cortège de lois liberticides, proprement
racistes, comme cela est le cas dans de nombreux pays européens, avec en
réaction le retour du repli identitaire ou religieux.
Devant de tels dégâts, et de telles menaces, la tenue de la 4ème
conférence est essentielle. Elle doit impérativement avoir lieu, peu
importe le lieu et la durée. Cette conférence doit être le signal
affirmant que les dominés commencent à reconquérir leurs droits, à faire
prévaloir d'autres valeurs telles la solidarité entre les peuples, la
coopération, le partage des richesses, le droit au développement, etc.
Cette conférence faite pour les peuples doit montrer la capacité de
réaction des dominés face aux coups de force des dominants. Et leur
refus de voir s'instaurer la délégitimation de l'Onu, de ses instruments
et mécanismes comme le conseil des droits de l'homme. Le mouvement
altermondialiste doit s'investir dans la préparation de cette
conférence. Notamment, lors des conférences régionales de préparation au
Brésil en juin et au Nigéria en octobre afin que se fassent entendre les
la volonté des mouvements sociaux de refuser et de combattre les
nouvelles formes de racisme, l'institutionnalisation de la xénophobie et
les politiques liberticides et racistes mises en place par de nombreux
Etats.
3 juillet 2008
Source: http://www.alterinfo.net
par Mireille Mendès France
*Mireille Fanon-Mendès France est membre de l'Union Juive Française pour
la Paix , du Cedetim et de la Fondation Frantz Fanon
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