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J’accuse...
Pour confiscation et manipulation de la mémoire noire.

 


1 L’oubli : du trauma à la catharsis sociale

"Si l’effort est trop grand pour la faiblesse humaine
De pardonner les maux qui nous viennent d’autrui
Épargne toi du moins le tourment de la haine.
A défaut du pardon laisse venir l’oubli".


L’Oubli, c’est la catégorie psychoaffective vers laquelle l’amour du prochain, la pérennité de nous même ou la conscience religieuse nous a souvent renvoyé pour taire nos rancoeurs, sauver une amitié, le tissu familial ou même social, ou nous préserver nous même dans la quête d’un hypothétique salut après le grand pardon. L’oubli est efficace quand il est volontairement consenti et quand il ne s’impose pas au sujet s’y référant. Quand la douleur s’étiole au fil du temps, quand les maux venant d’autrui qui nous rongent épuisent de leur virulence, l’oubli vient achever la catharsis de la conscience blessée. C’est souvent à une nouvelle personne qu’il donne naissance, avec le potentiel de prendre un nouvel envol, réessayer une amitié nouvelle, croire en autrui ou en soi même, bref, habiter le temps. L’oubli vient donc achever, le temps aidant, l’épreuve de la douleur, du ressenti, une fois la charge affective dissolue. Il s’insère donc dans un processus cathartique qu’il achève du même coup.

Mais, ce qui dans le cas d’une personne s’avère efficace, l’est-il pour autant pour un peuple tout entier, le peuple noir en l’occurrence, quand l’agression subie est permanente et instituée et que la charge affective au lieu d’être dissolue devient inflationniste? L’est-il quand nous n’avons même pas la possibilité de soigner nos blessures et de faire le deuil, quand l’auteur du mal est arrivé à susciter en nous et envers nous-même une certaine dérision et un profond dédain de nous-même?

Dans l’histoire tourmentée de l’évolution des peuples, les vaincus de guerres, les peuples opprimés, ont souvent compté sur le temps et un répit des maux les assaillants pour se reconstituer, se donner un nouveau départ afin de parvenir à s’affirmer et s’émanciper comme toutes civilisations humaines. Il est même arrivé que par rapport à certaines blessures contractées par un peuple dans son évolution historique, les autres civilisations consentent et s’entendent à faire l’économie de certains discours, ou certaines attitudes pour ne pas favoriser le ressassement du souvenir traumatique auquel l’oubli fait écran, une sorte de discrimination positive qui autorise des circonstances et des mesures d’exceptions. Le peuple juif bénéficie encore aujourd’hui de cette attention, et la sanctification de la mémoire juive par l’Occident ne s’explique pas par le fait de l’appartenance du Messie à ce peuple, mais essentiellement du fait de leur déportation par les nazies au cours de la seconde guerre mondiale, doublé de leur captivité pendant des siècles en Égypte antique.

Si ce soin de l’âme d’un peuple est possible c’est que de façon tacite un consensus social s’est érigé au niveau de l’humanité toute entière, avec comme base, la reconnaissance de la part de l’agresseur des torts et des dommages occasionnés à l’endroit de la victime, et ceci doublé du soutient inconditionnel des civilisations voisines dans l’accompagnement de la tentative de renaissance qui caractérise tout peuple meurtri. Une attitude pareille qui a pour fondement la solidarité humaine et la reconnaissance de soi-même dans le visage de l’autre est l’expression de l’avènement d’un âge dans l’histoire où la gent humaine se reconnaît et se définie comme étant le lieu de l’expression de quelque chose d’absolu, de sacré dans tout le règne vivant, que les concepts de dignité, personne, humanité traduisent un tant soi peu. C’est donc à l’abri de toute polémique que l’on peut affirmer que la consécration des valeurs humanistes depuis les Lumières, qui donnent validité égale à toutes les civilisations, impliquent de façon minimale, le respect de toute la gent humaine, peuple ou civilisation quelle qu’ils soient, mais surtout l’assistance morale à tout peuple dont l’évolution aurait été entravée par une proximité difficile, un conflit, une guerre etc., avec une autre civilisation. C’est une forme de dette morale, une exigence de réparation qui à un lien avec les dommages et les préjudices causés, dont toute civilisation ou tout peuple impliqué dans le tort causé à une autre civilisation doit faire face. L’humanité fonctionne ainsi de manière implicite à certaines échelles de la vie sociale. L’élan de solidarité qui accompagne les sinistres, les catastrophes naturelles et même la reconstruction à la fin d’une guerre sont assez significatifs. L’assistance des peuples voisins et des autres civilisations favorise une accélération des processus de réinsertion et la catharsis psychosociale par la solidarité dans le mal, ce qui cautérise vite les plaies.

Mais cette forme de solidarité active à l’endroit des victimes de l’histoire ne laisse pas la place à l’oubli, en tant que négation du trauma historique. Quelque soit la valence de la santé nouvellement acquise, la commémoration de la barbarie perpétrée vient raviver la mémoire comme pour expier les possibilités futures dans l’histoire. Commémorer la barbarie advenue dans l’histoire, pour un peuple victime, revient à absoudre les criminels s’ils font leur mea culpa, redynamiser la solidarité populaire à travers la proximité dans le mal, et conjurer toute possibilité historique d’une barbarie future. La fraternité des pays européens et la paix relative entres anciens belligérants des deux guerres mondiales n’empêche pas la commémoration au plan national du tragique et de la barbarie historique. C’est symbolique pour la France, la Belgique, La Hollande, l’Angleterre etc., d’entendre de la part de l’Allemagne, dans le contexte de la deuxième guerre mondiale, le jour de la célébration de l’armistice, son regret vis-à-vis de la responsabilité d’un seul homme qui à conduit le monde entier dans un brasier dont le seul souvenir traumatise ceux qui s’en sont sortis vivants, pas indemnes. Israël vient d’inaugurer un second mémorial pour le souvenir de la Shoah, alors qu’ils ont décidé de pardonner l’agresseur en partageant une proximité avec l’ancien ennemi. La nécessité historique qui est celle de l’émancipation, qui caractérise chaque peuple et chaque civilisation implique donc la vivification de la mémoire et le souvenir des opprobres pour conjurer leur nouvel avènement, et le mémorial qui prend racine dans l’histoire est comme une prière qui darde le ciel en psalmodiant « plus jamais ça ».

2 Le cas d’exception du peuple noir : la pérennité du trauma ou la négation programmée de la catharsis sociale

L’évolution historique du monde depuis les Lumières met en principe à l’abri, les peuples vulnérables des peuples barbares. La guerre si elle s’affiche comme une tare de notre espèce, une tare contre laquelle la prévention n’est pas toujours efficace, ce n’est pas du moins gratuit de voir certaines civilisations converger leurs efforts dans la reconstruction d’un peuple envahi ou détruit à la suite d’un conflit. C’est une exigence de l’air du temps et de nos mœurs civilisés. Le Kosovo dans sa tentative d’émergence après son trauma historique est un exemple patent. Mais la surprise et l’étonnement s’invitent dans ce constat d’élan civilisateur de la gent humaine quand le regard se focalise vers le peuple noir. Non seulement on a peu d’égard à son endroit vis-à-vis des barbaries historiques infligées, mais surtout il continue à être l’objet d’agressions sans cesse renouvelées.

Tous les êtres vivants tendent vers une forme d’équilibre dans leur existence. Donner suite à ses besoins basiques, s’affirmer, être reconnu, avoir un horizon et essayer de l’atteindre sont des besoins légitimes auxquels nous sommes sans cesse confrontés. Cet aspect de la vie introduit systématiquement un degré de violence et de barbarie embryonnaire dans les relations humaines. Il arrive parfois qu’on écrase autrui pour s’affirmer, que le malheur de l’autre nous profite. Mais la manière de le faire est un comme un bémol, une façon qui a elle seule, atténue les rapports asymétriques, qui sont d’ailleurs bien vécus si les valeurs consacrés par la modernité telles, l’égalité, la justice (redistribution des biens) sont respectées. Même dans le règne animal où est absent la manière, on ne verra jamais un félin comme le lion, s’acharner sur une antilope et la tuer pour se poser en safari photo. Les félins tuent pour manger et ne sont pas coutumiers des excès de nous autres civilisés. Une certaine forme de violence est implicite à l’existence et la tension vers l’équilibre, mais elle se comprend en tant que nécessité si un certain seuil n’est pas dépassé. Ce qui est inquiétant donc dans le fait de la civilisation, c’est que certaines peuples depuis quelques siècles dans l’histoire humaine, parvenus à leur équilibre, se cachent derrière la proclamation d’un prétendu raffinement dont le modèle est brutalement imposé à toutes les autres civilisations, mais en légitimant paradoxalement pour ce qui est des relations avec le mode noir, la violence et la barbarie en normes de contrôle et de domination. L’histoire de l’Afrique noire évolue sur cette courbe dont l’asymptote va du 15e siècle jusqu’à nos jours.

L’Afrique noire n’était certes pas le jardin d’Eden avant le jour fatidique de 1441 où les premiers négriers jetèrent l’ancre sur nos côtes. Quelques siècles après la naissance de Mahomet, les Almoravides attaquaient et détruisaient l’un des premiers empires de l’ère chrétienne attesté en Afrique par les manuscrits arabes, qu’est l’empire du Ghana. Du Ghana à l’empire Songhaï en passant par le Mali, le Zimbabwe etc., jusqu’aux tardifs royaumes sur la côte ouest africaine, les guerres et les razzias faisaient parti du décor. Mais cela n’est rien comparé à la traite négrière qui a perduré quatre cent années durant où les noirs ont été exclus du processus d’hominisation et d’émancipation historique. A peine le monde noir est-il sorti de quatre siècles de viols que quelques décennies plus tard, les mêmes colons reviennent sur nos terres cette fois-ci non pas dans la stricte logique d’une rationalité marchande négrière, mais dans la perspective humaniste de nous apporter la Civilisation et le Progrès. Le miracle qui a contribuer au geste altruiste de ces marchands impies, qui même après l’abolition de la traite n’hésitaient pas à frauder et larguer par-dessus bord la marchandise humaine illicitement acquise dans la crainte d’un arraisonnement de leur voiliers nègres, n’en était pas un. Dans l’impossibilité de disposer de nos aïeux, l’abolition de l’esclavage le proscrivant, et leur système de production étant en panne, c’est sur les terres africaines qu’ils ont continué à prospérer leurs entreprises. A plus de quatre cent ans de traites négrières s’ajoutent plus de huit décennies de colonisations. Pas le temps pour cautériser les blessures. L’abolition de l’esclavage date du 27 avril 1848 en France quelques années après celle de la traite en 1815, mais reste en vigueur dans les pratiques jusqu’en 1862. Les premiers traités de protectorats qui ouvrent les portes de l’Afrique à la colonisation datent de 188O. L’acharnement sur la victime est aussi traumatique que le viol de l’imaginaire Une génération ne suffit pas pour soigner des blessures cinq fois centenaire. La duperie des indépendances est encore plus cocasse. Le retrait n’a jamais eu lieu, les indépendances n’ont été qu’un folklore au cours duquel, le colon à déléguer le pouvoir au nègre capable de préserver ses intérêts. La preuve, en l’occurrence dans les pays francophones- la France étant toujours la première puissance occidentale et la seule à pratiquer encore un impérialisme sauvage et inhumain en singeant une politique d’assistance- tous les chefs d’états élus ne participant pas à leur jeux macabres étant assassinés. Aujourd’hui la violence s’est déguisée sous les doux traits de la propagande d’une illusion généralement admise et partagée avec la victime ; celle de la possibilité pour nous autres nègres de parvenir au niveau de nos maîtres au travers de la mondialisation.

3 Viols et manipulations de la mémoire noire.

Généralement, nous avons en aversion la lisibilité de l’incapacité du monde noir à sortir du berceau et s’affirmer en tant que civilisation comme étant le fait d’une volonté de puissance extérieure. La conscience que nous sommes les seuls maîtres de notre destin est acquise depuis belle lurette et nous savons que chaque avancée décisive est le fruit d’un âpre combat. Mais il est tout autant vrai que si parvenu à ce stade de l’évolution des peuples dans le contexte de la modernité, un peuple sans cesse agressé, acculé, violé et démembré ne sache plus se reconstituer, n’ayant pas l’occasion de soigner ses plaies, de faire l’épreuve de ressassement de la douleur, d’esthétiser son mal-être, donc se reconstituer par les mécanismes cathartiques psychoaffectifs. Le cri qui est le nôtre n’est pas la sollicitation de l’Occident à rester à nos chevets pour nous assister jusqu’à notre renouvellement, mais simplement de nous laisser tranquille dans le chaos et la nuit noire que son viol perpétuel nous a laissé en héritage.

Depuis l’accostage des premiers voiliers sur les côtes africaines, et même après les Lumières qui ont consacré les structures d’intelligibilités promues par l’Occident, structures d’intelligibilités au cœur desquels ont une place prépondérantes, la dignité humaine, le respect de la personne et les droits inaliénables, les peuples noirs n’ont jamais eu de répit. On ne nous laisse pas le temps de soigner notre âme. Au contraire l’agression vient sous une forme nouvelle forçant le noir à vivre en apnée, et dangereusement à oublier son trauma. Le processus de reconstitution basé sur le déclenchement des structures psychoaffectives ne peut pas opérer dans de pareils contextes et on comprend pourquoi il n’a jamais été activé. Le mal n’a jamais été esthétisé, c’est-à-dire rentré dans le cadre de la narration ou le souvenir traumatique est verbalisé et acheminé progressivement vers la dissolution symbolique. C’est un crime contre le monde noir si l’on tient compte des valeurs consacrées par la modernité. En principe, le respect de la mémoire d’un peuple sinistré par quelque événement quel qu’il soit et son accompagnement symbolique dans la voie du renouvellement s’avère être une tâche morale qui incombe à toute civilisation dont les valeurs sont empruntes du respect de la personne et de la dignité humaine. C’est beaucoup plus une exigence et un impératif catégorique quand il est reconnu la responsabilité d’une tierce civilisation dans les dommages causés, et sur ce plan essentiellement, l’assistance ne relève plus d’un geste altruiste comme la solidarité du monde face au Tsunami ou Katrina, mais d’un devoir. Alors que peut-on dire en face d’un tel manquement et de surcroît, si en l’absence de toute réparation, c’est une volonté manifeste de nuisance et déstabilisation qui s’installe ? De ce qui suit, on pourrait déduire que les peuples civilisés se foutent pas mal de nous ou soit ils ne nous confèrent pas effectivement le statut de personne et qu’on nous considère toujours en dehors du processus d’hominisation. Mais encore cet état de siège psychologique barbare est loin d’être le plus dramatique. Il y a pire malheureusement, et c’est avec notre complicité consentie de près ou de loin.

Le plus grand drame pour nous autres africains, ce n’est pas tant la fréquence répétée des viols à notre endroits depuis plus d’un demi millénaire, quand bien même les viols en soi nous sont létaux. C’est beaucoup plus la manipulation des consciences qui tend à voir en l’oppresseur, le sauveur, et forcé l’oubli en suscitant le mépris de nous même, ne voyant qu’en nos seuls maîtres, le seul horizon possible. Que la victime blessée en vienne à se mépriser, à s’autocensurer, à n’opposer à son passé que dédain et dérision, c’est le signe d’un viol constant de son imaginaire et par là même le refus de la possibilité d’une recomposition par le moyen de ses dispositions psychoaffectives naturelles. Nous sommes malheureusement rentrés dans un cycle de dégénérescence cognitive et psychoaffective en laissant s’installer cette absence de mémoire par rapport aux blessures de notre passé que nous sommes devenus aveugles à détecter celles quotidiennes, aussi profondes et si létales.

Comment avons-nous pu ne pas ressentir cette douleur mortifère qui s’étend sur des millénaires et rentrer dans cette dérision de nous-mêmes ? Ces fêlures dans l’âme noire, ce mépris du monde dit civilisé à notre égard, ces agressions répétées contre lesquels nous sommes malgré tout restés debout peuvent normalement, si nous prenons le soin d’esthétiser notre histoire et de raviver notre mémoire, constituer le ferment d’une Afrique nouvelle. L’histoire nous a laissé un potentiel de haine et de révolte, ferment catalyseur pouvant provoquer l’alchimie de notre transformation. Il y a plus qu’assez pour dire NON et s’affirmer en toute plénitude. En lieu et place de ce potentiel, nous nous sommes éclipsés, réfugiés dans un dédain de nous même, renégat depuis les premières heures lorgnant l’univers de l’agresseur comme horizon. Il y a des questions à se poser quand on voit le noir venir mourir ou être refouler aux portes de l’Europe après un périple qui ressemble de près à la route des esclaves, bourreaux de lui-même, sujet à toutes formes d’humiliations. C’est d’autant plus lamentable que ce sombre passé n’a pas créé de solidarité entre le monde noir déchiré désormais par des luttes intestines.

Qu’avant nous fait nous autres ? Visiter Gorée le lieu d’embarquement des esclaves africains, la route de l’esclave à Ouidah au Bénin, et contre la colonisation, la mondialisation et toutes les blessures d’aujourd’hui? L’Afrique à fait plus que de donner sa seconde joue après qu’elle ait reçu son premier soufflet, elle à baisser son cul que l’Occident baise et viol avec concupiscence. L’antique catin est en train de perdre son âme. De ce sommeil de mort se nourrissent nos bourreaux. A ce dédain et cette dérision qu’on nous a appris à avoir de notre passé et de nous-mêmes et que nous avons assimilé avec une habileté experte, se nourrit la domination de nos bourreaux. Quand on se bouscule aux portes de Melilla, de Ceuta, Lampedusa et autres lieux de la mort pour quémander la survie chez nos bourreaux, cela pose aussi la question de la mémoire noire et de l’identité. Que l’on sache que c’est ceux-là même qui dirigent nos états censés garantir notre liberté qui poussent les citoyens à l’abattoir, c’est d’un tragique inconcevable.

Raviver la mémoire noire contre l’oubli.

Tout récemment, la polémique sur la valence de la colonisation en Algérie a fait couler beaucoup d’encre et de salive. L’attitude agressive de la droite française est née de la quasi absence de la commémoration de notre mémoire. C’est d’ailleurs la diaspora à travers les associations et autres mouvements de luttes pour la mémoire africaine qui ont le plus donné de la voix. L’État algérien bien sûr mais pas les parties politiques d’oppositions, la société civile africaine, ni l’Union Africaine. Alors que la blessure que nous portons cache un grand potentiel capable de changer le cours de notre histoire. Mais faut-il d’abord accepter de la vivre, la reconnaître, la faire sienne et l’esthétiser. Les juifs y sont parvenus, ils ont puisé les ressources dans leur imaginaire. Ils ne sont jamais rentrés dans le déni d’eux-mêmes. Les Japonais ont montré l’exemple aussi. Leur capitulation à la fin de la seconde Guerre Mondiale et le choix de l’économie de marché ne les a pas contraint à abandonner leurs dieux, ni bafouer leur mémoire. Au contraire ce pays est arrivé à coloniser en douce les nouvelles générations montantes de l’Occident par leur culture et leurs technologies. Dans un vieux continent inexorablement nihiliste, les Mangas japonais prennent place dans l’imaginaire des citoyens. De même les Chinois en épousant certaines valeurs de l’Occident n’ont pas troqué leur imaginaire.

On ne peut plus avoir plus mal que ce que nous avons déjà souffert. Malgré ces agressions à outrances et cette dérision de nous-même, nous sommes là. On ne peut que se relever et recouvrer notre liberté, c’est notre droit. Mais une fois encore, on ne jouit d’un droit qu’en l’exerçant. Il faut commencer à raviver la mémoire noire, commémorer nos traumas, et tenter notre reconstitution en cherchant notre horizon dans nos cultures et dans nos valeurs. A défaut de cela nous serons, toujours à la traîne, humiliés spoliés et écrasés. Relève toi peuple noir.

Korh l’Africain.



[1] Alfred de Vigny. Les nuits



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