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1939-1945 l’amnésie
républicaine : quand l’Afrique libérait la France
L’énorme contribution africaine à la Libération française du joug nazi
en 1945 est tellement patente à la lumière des faits historiques avérés
que l’on est fondé à penser que sans les Africains aux côtés d’une France
hésitante à se soulever, probablement l’hexagone parlerait-il aujourd’hui
allemand ou anglais…Exhumons cet oubli savamment entretenu.
Le général de Gaulle reconnaissait volontiers : "Le territoire du Tchad
a donné le signal du redressement de l’Empire tout entier". On peut dire
qu’il savait de quoi il parlait. Tout au long de l’occupation allemande
l’Afrique est le porte drapeau de la résistance. En 1940, ce sont les
territoires d’Afrique Equatoriale Française -AEF- et du Cameroun qui les
premiers répondent à l’appel de de Gaulle qu’ils accueillent alors que les
Français sous Pétain s’insèrent dans la collaboration. Une page mémorable
d’héroïsme et de sens du sacrifice en résistance est écrite par les
Tirailleurs du 25e RTS, jeunes Guinéens en majorité qui s'opposèrent à
l'entrée des Allemands en région lyonnaise, entre le 17 et 23 juin 1940.
La Wehrmacht commet les 19 et 20 juin ses premiers crimes contre
l’humanité sur des Noirs dont beaucoup seront fait prisonniers, enfermés
dans des camps de travail au
service de l'effort de guerre allemand, en métropole ou outre-Rhin. Qui se
souvient que les premières atrocités de cette guerre touchent des
Africains ?
La France libre n’a pas de territoire, n’existe pour ainsi dire pas
sinon à l’état clandestin, réfugiée à Londres. C’est le territoire
africain, Brazzaville qui devient la capitale de la France Libre dès 1940,
donnant une assise et une représentation territoriale internationale à la
résistance.
En 1944, les Africains ne représentaient pas moins de la moitié des
troupes ayant débarqué en Provence. Environ 40 % des soldats d'AOF et
d'AEF engagés en 1939-1940 trouvèrent la mort alors que le taux de
mortalité des combattants "Français de France" ne fut que de 3 %...
L’armée française décidait néanmoins de blanchir ses troupes en intégrant,
au détriment des courageux soldats Africains des résistants qui n’avaient
pas combattu, et qui allaient parader et recevoir les honneurs de la
patrie reconnaissante…
Les territoires Africains allaient approvisionner l’armée et la
résistance en denrées alimentaires, matières premières, caoutchouc, coton,
zinc, plomb, or…Ces matières premières constituaient un financement de
l’effort de guerre français, et représentaient une garantie pour le compte
de la France Libre qui négociait des soutiens pécuniaires auprès des
autorités britanniques. Pendant ce temps des usines pour la fabrication
d’uniformes et d’armements tournaient dans les deux Congo.
Sans nul doute, l’Afrique donnait son sang pour la libération de la
France, elle finançait aussi et la résistance et la guerre, ce que la
France métropolitaine blanche n’aurait de toutes façons pas pu réaliser.
Le salaire de ce sacrifice et la contribution essentielle à la
libération de la France ne devait pas tarder à échoir dans l’escarcelle
des soldats africains. Dès l’incorporation des Africains des
discriminations de toutes sortes apparaissaient : ségrégation et moindre
qualité de l’alimentation, lenteur dans l’avancement, commandement des
rares officiers africains par des blancs moins gradés… et surtout
différence de traitement pour les pensions. Le terme inventé pour désigner
une discrimination raciale dans les pensions des anciens combattants
blancs et noirs fut le terme de cristallisation, indiquant sans le dire
que la pension des Africains qui avaient versé leur sang au combat et vidé
leurs pays de ressources précieuses, seraient moindres que celles de leurs
collègues blancs !
Le 1er décembre 1944, au camp de Thiaroye près de Dakar, 1280 Africains
démobilisés manifestent pacifiquement leur impatience devant les promesses
matérielles non tenues. Au petit matin chars et mitrailleuses français
massacrent des Africains de retour de leurs héroïques combats pour libérer
..la France ! Plus de 200 morts…Et la répression continuait de suivre les
anciens combattants africains, soupçonnés de pouvoir servir de force
d’appoint aux nationalistes et anti-colonialistes africains. Des crimes
odieux devaient encore être commis pendant la colonisation, et la
décolonisation contre ces hommes et peuples qui avaient libéré la patrie
des droits de l’homme.
La France doit sans nul doute sa libération à l’Afrique, en grande
partie si ce n’est essentiellement, ceci n’est pas pour nier les
résistances réelles mais tardives des Français, lesquelles dans les
conditions de 1939-45 n’auraient pas permis à la France de se passer du
soutien africain. Il n’est pas difficile de juger du prix accordé
aujourd’hui à cet épisode périlleux de l’existence de la France, de sa
place réelle et véridique dans les manuels d’histoire…
Attention, comme disait le philosophe allemand, tout ce qui est
devient, et tout ce qui devient revient. A bon entendeur salut !
Pierre Prêche
Source : Afrikara
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