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Racisme Honteux:
Fantasmes et raccourcis d'un histrion médiatique
Entre Néo-malthusianisme et eugénisme, l’auteur tente de décrypter
les fantasmes et raccourcis d'un histrion médiatique sous influence sur
la situation de l'Afrique [NDLR].
Pour qui douterait encore de la libération et de la banalisation de la
parole raciste dans la société française, s'agissant de la communauté
noire en particulier, et du sentiment d'impunité qu'éprouvent les
négrophobes de tout acabit à ce sujet, complètement désinhibés et sûrs
de leur bon droit, les récentes sorties du Pascal Sevran ne pourraient
être plus édifiantes. "Casser du nègre", au-delà la figure de
style et le jeu d'énonciation, est devenu aussi légitime que licite. Le
"malaise noir", sur lequel s'interrogeait le quotidien Libération, n'est
en réalité que le malaise de la société française à l'égard de la
composante noire de sa population. L'accumulation ces derniers temps de
déclarations et de publications pseudo-savantes stigmatisant les Noirs,
qu'ils soient d'origine antillaise ou africaine, et qui jouent
délibérément sur les indéracinables préjugés à l'œuvre dans
l'inconscient collectif, à un moment cette minorité commence à émerger
et à s'affirmer dans l'espace public en même temps que la part d'ombre
de l'histoire et de la mémoire françaises la concernant, celle de
l'infâme traite négrière et du colonialisme, consciencieusement refoulée
jusqu'alors, ressurgit et se reconnecte sur le récit national, - trahit
un parti pris de mise à distance et d'exclusion.
Tout en prenant garde de ne pas sombrer dans les travers de la théorie
du complot, tout se passe comme si l'on assistait à l'exécution d'un
plan concerté, à la mise en œuvre d'une stratégie dûment conçue sinon
par un chef d'orchestre clandestin, du moins mettant à profit un climat
délétère xénophobe. De fait, l'opération en cours se laisse aisément
analyser comme une véritable contre-offensive idéologique générale,
rondement menée et mobilisant tous les vecteurs et thèmes de propagande
disponibles. Le racisme, et singulièrement le racisme anti-Noir, se
révèle à cet égard, encore une fois, une arme d'intoxication massive
indépassable. La société française cultive un syndrome raciste, qui ne
demande qu'à être réactivé. Et les catalyseurs comme les instigateurs ne
manquent pas, et les victimes tout désignées.
Hier, c'était le folliculaire et plumitif Stephen Smith, chroniqueur au
Monde, journal de référence s'il en est, qui prétendait, dans un
pamphlet d'une insigne médiocrité, au titre dépourvu d'équivoque,
puisque d'une veine et d'une facture proprement racistes, par ailleurs
édité chez Calmann-Lévy et largement promu, expliquer et aux Français et
aux Noirs eux-mêmes les raisons de l'état déplorable de l'Afrique. Sans
que la chose n'émeuve les grandes âmes vertueuses de l'establishment,
gardiennes de la bonne conscience française, d'ordinaire si promptes à
se mobiliser et à partir en croisade pour des causes infiniment moins
évidentes et moins scandaleuses . Puis, le vociférant vrai-faux
philosophe, Alain Finkielkraut, l'imprécateur logorrhéique et
cyclothymique, qui n'a que l'insulte à la bouche et le micro à portée
main, de se fendre d'allusions perfides et tendancieuses, esclavagistes,
sur les Antillais, accusés d'être assistés et de "filer du mauvais
coton", ainsi que de propos xénophobes répétés sur les "jeunes de
banlieue" d'origine africaine, coupables de "racisme anti-blanc"
et d'"antisémitisme", et présumés inassimilables à jamais du fait
de leur trop grande altérité ethnique et religieuse.
Il n'est pas jusqu'aux hommes politiques, qui ne donnent eux aussi dans
la négrophobie la plus échevelée, de la plus pure veine lepéniste, sur
fond de campagne pré-électorale. L'actuel ministre de l'Intérieur mais
néanmoins candidat déclaré aux élections présidentielles et
accessoirement nettoyeur des écuries d'Augias, en est la figure
emblématique, rejoint depuis peu, en tout cas publiquement, par Georges
Frêche, le gâteux et inénarrable notable local héraultais, un
spécialiste du genre. Qui n'en finit pas de s'"enconconniser", en s'en
prenant cette fois à la composition de l'équipe de France de foot, jugée
peu représentative de la population en raison de la sur-représentation
des Noirs. Les pouvoirs publics ne sont donc pas loin de se rendre
complices de cette forfaiture récurrente, dont témoignent par ailleurs
la persistance d'un racisme institutionnel désormais bien établi et la
complaisance de la représentation nationale pour des écrits xénophobes
et révisionnistes, commandés à des professionnels du racisme de plume (Pétré-Grenouilleau,
Caroline Fourest, prix du Sénat et prix de l'Assemblée nationale). Nul
doute que le néo-conservateur précoce Pascal Bruckner, grand exorciste
et blanchisseur de conscience labellisé, va y avoir droit lui aussi, à
sa part de récompense sonnante et trébuchante.
Les médias, tous supports confondus, publics comme privés, ne sont pas
en reste, qui, quand ils ne prêtent pas complaisamment leur tribune,
leurs micros ou leurs studios, à des idéologues racistes (Stephen Smith)
et à des historiens révisionnistes aux ordres (Pétré-Grenouilleau), se
mettent eux-mêmes à l'ouvrage et colportent les poncifs et les
stéréotypes les plus éculés sur les Noirs. D'abord, un premier petit
animateur de télévision, le dénommé Fogiel, a cru bon faire diffuser, de
manière mesquine et lâche, lors de son émission dominicale une
inscription incrustée portant le défraîchi cliché raciste sur l'odeur
pestilentielle des Noirs, naguère popularisé par un homme politique en
vue, depuis appelé aux plus hautes destinées.
Le dernier en date est donc Jean-claude Jouhaud, alias Pascal Sevran, le
très narcissique bellâtre ripoliné, figure déclinante du PAF français,
en mal de publicité et en veine d'inepties, qui s'y est mis lui aussi,
en vouant aux gémonies les Africains et en faisant passer ses fantasmes
et son inculture pour de la science, convaincu de faire mouche.
L'histrion médiatique doublement frustré s'était déjà risqué à cet
exercice charlatanesque dans un ouvrage qui n'a pas eu l'écho mérité, à
son goût. Et comme il n'y a pas de meilleur stimulant publicitaire qu'un
bon petit scandale à l'odeur de souffre, au grand dam du Noir ou du
Nord-Africain, victime émissaire élective d'une nation en crise et
bouffie de culpabilité, le passage à l'acte est aisé. La recette est
éprouvée et le succès garanti. Et certains journaux, appâtés par les
avantages collatéraux de l'opération, se sont fait un devoir de mettre à
la disposition de l'écrivaillon raté leur "Une", pour remettre çà, en
forme de leçons de démographie et d'économie du développement,
agrémentées de propos salaces des plus vulgaires, sur la libido
exacerbée des Africains, leurs mœurs licencieuses et leur sexualité
débridée, aggravées de considérations apologétiques sur le tourisme
sexuel et la pédophilie. Rien de moins ! "La bite des Noirs est
responsable de la famine en Afrique", poétisait-il.
Chose piquante, ou affligeante, dans le cas d'espèce, l'homme par qui
vient le scandale, appartient lui-même à une catégorie, les Gays, qui
s'estime stigmatisée et discriminée. Ce qui tendrait à montrer que, dans
l'échelle de discrimination, le stigmate par essence et par excellence
reste encore et toujours la pigmentation de la peau.
Le provocateur n'a pas trouvé mieux que d'emboucher les vieilles
trompettes de l'idéologie raciste : les théories biopolitiques
malthusiennes, d'inspiration eugéniste et hygiéniste, démenties et
battues en brèche par la science, l'éthique et l'expérience historique
(le nazisme). Mais, ici, elles tirent leur force de séduction et de
persuasion des apparences, qui semblent les valider. Sophisme et
tautologie se combinent pour conférer au raisonnement un simulacre de
vérité. En plus d'être spécieux, il s'alimente aux sources d'une doxa
qui lui sert d'alibi scientifique. L'Afrique crève de faim or elle est
sous-développée, donc c'est parce qu'elle fait trop d'enfants. Les
énoncés du syllogisme sont interchangeables. Et les foules sont prêtes à
gober le tout.
Les projections apocalyptiques et catastrophistes sur la soit-disant
bombe démographique africaine ne sont que conjectures géopolitiques
spécieuses et fantasmagories raciales insidieuses. L'Europe opulente et
vieillissante, après avoir déversé durant des siècles son trop plein de
populations sur les autres continents, et ayant achevé depuis fort
longtemps sa "transition démographique" , s'amuse à se faire peur, en
imaginant des marées de gueux basanés et noirs, en provenance du Sud et
en quête de pitance, envahir silencieusement, par vagues successives,
son territoire. L'écrivain d'extrême droite Jean Raspail s'est fait le
propagateur de cette imagerie fantasmatique de la menace démographique
du Sud. Il n'est guère nécessaire d'entreprendre de réfuter davantage le
propos.
Il participe de/et alimente cette thématique afropressimiste qui envahit
tout le champ du discours sur l'Afrique depuis la fin de la guerre
froide. Discours de l'altérité et de la déculpabilisation, il a
également pour fonction de masquer le pillage en cours des ressources
locales, avec la complicité de régimes fantoches et d'hommes liges, et
de fabriquer un continent-paria, destiné à servir de cloaque à
l'économie mondialisée, où déverser les surplus d'armes et les déchets
toxiques des industries du Nord, comme récemment en Côte d'Ivoire.
Que l'on sache seulement que les analyses qui fondent ces projections,
dérivent d'une méconnaissance foncière de la weltanschauung africaine
(le rapport à la nature, à l'enfant), qui a peu à voir avec une
soi-disant déliquescence des mœurs ou l'économisme ambiant. Le
diagnostic est d'autant plus aberrant en l'espèce que l'Afrique, et en
particulier dans sa partie subsaharienne, est un continent littéralement
sous-peuplé, en tout cas l'un des moins peuplés des cinq, si l'on exclut
l'Antarctique, et qu'elle compte moins d'habitants dans toute son
étendue que le Chine ou l'Inde. Les problèmes de l'Afrique sont moins de
nature démographique ou libidineuse que d'ordre politique. Les
ressources y abondent et les multinationales occidentales, notamment
françaises, y vont à la curée et y prospèrent, au grand dam des
économies locales et des peuples africains. L'affaire Elf, qui a nourri
ces dernières années la chronique politico-judiciaire de l'hexagone, en
atteste à satiété. C'est inverser l'ordre des facteurs que d'accorder le
primat, dans le champ de l'explication, à la démographie, qui est une
variable dépendante, voire une donnée neutre en soi. Il y a également
lieu d'indiquer qu'une certaine écologie est encline à voir dans les
pandémies et les conflits dont l'Afrique est le théâtre autant de
mécanismes de régulation. Notre apprenti sorcier suggère, en sus,
d'entamer des campagnes systématiques de stérilisation forcée sinon
d'euthanasie massive ou ciblée (les fornicateurs forcenés), pour réduire
de façon drastique et la natalité et la population de l'Afrique.
La question démographique est devenu le motif principal, le noyau
central, le lieu géométrique des préoccupations et des peurs de
l’Occident. "Aucun problème de société n’a peut-être suscité autant
d’inquiétude depuis la Seconde guerre mondiale que l’« explosion
démographique »", écrit José Almino de Alcencar . Ses implications
géostratégiques sont en cohérence avec ces représentations. En effet,
depuis une décision du président William Jefferson Clinton, le sida est
maintenant considéré comme un enjeu de sécurité aux Etats-Unis .
Le sida, en particulier, a donné lieu aux spéculations les plus
aventurées et les plus criminelles. Les plus cyniques y voient un
régulateur démographique, au même titre que les guerres et conflits qui
ensanglantent et dévastent le continent. Daniel Cohen en suggère
l'hypothèse à propos de la guérison du paludisme, qu'il tient
fallacieusement pour acquise, et dont il semble faire grief aux services
médicaux de la colonisation : «En guérissant le paludisme, les Français
ont déclenché une explosion démographique» .
"Qui veut noyer son chien l’accuse de rage", dit l’adage. Le
sociologue haïtien Laennec Hurbon observe en effet : "Il apparaît
qu’un langage déjà sédimenté, accablant "l’autre" à exterminer de toutes
les tares de "monstre" ou de "barbares", travaille silencieusement comme
allant de soi" . Certains émules exaltés de Malthus, on pense
naturellement aux concepteurs du fameux projet Gaïa, mais ils ne sont
assurément pas les seuls, ne verraient pas d’un mauvais œil une
diminution radicale de la population de l’Afrique. Ils sont donc enclins
à penser, ainsi que le subodore Guy Béney, que toutes ces guerres
interethniques meurtrières, ces génocides, ces pandémies et épidémies (
sida, Ebola, etc.), dont le continent africain est le théâtre, y
contribuent, et, partant, qu’il faille donc laisser Mère Nature, à
l’infinie sagesse, faire son œuvre ( Natura daedala rerum, "la
Nature, artisan de toutes choses", de Lucrèce). L’auteur nous fait
part des dérives fascisantes et eugénistes des projets de gouvernance
globale, de régulation à l’échelle mondiale, qualifiés par l’auteur d’"écofascistes",
concoctés par certains apprentis sorciers qui se veulent inquiets des
risques écologiques que serait entrain de courir la planète, dont ils se
sont autoproclamés les gardiens . Les hypothèses supputant sur une
éventuelle volonté démocidaire ne sont pas purs fantasmes paranoïaques.
Des personnalités connues et respectées comme Michel Jobert ou Richard
Rorty l’accréditent .
Les géographes Alain Dubresson et Jean-Pierre Raison évoquent, sans état
d’âme apparent, l’hypothèse d’une "régulation par la crise" . Et
comment interpréter des affirmations, pour le moins machiavéliques, du
type de celui qu’assène Paul Kennedy : "Dans le cas de l’Afrique, le
«courant planétaire» qui influence tous les autres est l’explosion
démographique... Malheureusement, il semblerait qu’alors que la
population africaine triplera presque dans les prochaines décennies, un
seul facteur pourrait limiter sa rapide croissance : le SIDA" . De
tels énoncés, qu’on ne saurait tenir pour purement assertoriques,
tiennent de la prophétie autoréalisatrice. On parlera plutôt de fantasme
autoréalisateur, une expression empruntée à Jean-Christophe Rufin, pour
en souligner et en dénoncer le caractère monstrueux et criminel, ultime
avatar de la « banalité du mal », au sens de Hannah Arendt. Au
demeurant, Paul Kennedy ne fait que reprendre une idée déjà formulée par
Robert Mac Namara, ancien Secrétaire d'Etat américain à la Défense et
ancien président de la Banque mondiale, qui déclarait tout uniment que
le problème de surpopulation de l'Afrique ne pourrait être résolu que
par de grandes épidémies.
Les vœux de Paul Kennedy et les sentences de Mac Namara viennent
corroborer les craintes exprimées par certains quant aux implications
fascisantes de la rhétorique de la mondialisation ainsi qu’aux
virtualités mortifères d’une certaine écologie. "La vraie bombe à
retardement c’est la banalisation de l’idée que le tournant du siècle
est voué à l’explosion démographique en Afrique, en Amérique latine ou
en Inde, et que ce phénomène - tenu pour inacceptable - devrait
s’accompagner « fatalement » d’une recrudescence des maladies à virus.
Ce raisonnement - contestable sur le plan scientifique - prépare le
terrain à l’acceptation de l’apparition naturelle d’une pandémie
exterminatrice, et donc libératrice" . Ces analyses donnent créance
au scénario biopolitique suggéré, en forme d’hypothèse absurde, par
Sémou Pathé Guèye, celui de l’euthanasie collective, du génocide ou
démocide dûment programmé : "On va plus loin aujourd’hui en affirmant
purement et simplement, calculs économiques à l’appui, que l’Afrique est
devenue «inutile" puisque son élimination de la carte des continents
ne changerait rien dans la marche du monde. Il ne resterait plus alors
qu’à trouver un nouveau Führer suffisamment décidé, pour appliquer la «
solution finale » et procéder à la «purification ethnique» qui
permettrait de débarrasser l’humanité des «sous-hommes» que nous serions
devenus » . Ce serait donc sous la figure du Sida, dont l'acronyme
évoque justement le signe de la Bête de l'Apocalypse, que le nouveau
Führer se manifesterait. Reste à savoir s’il a surgi par génération
spontanée. La sinistre figure du docteur Wouter Basson dans l'Afrique du
Sud de l'apartheid vient encore nous rappeler que ces projets ont
dépassé le stade de la simple hypothèse, quoiqu'en disent certains
analystes, dont la complaisance frisent la connivence idéologique .
Pour en revenir à Pascal Sevran, il appert que dès l'instant que
l'Afrique est en cause, n'importe quel petit plaisantin ignorant et
inculte se croit autoriser à délivrer des avis, y compris sur des
questions scientifiques pointues, et à faire la leçon aux Africains. Le
pire est que l'on ajoute créance à leurs délires verbaux. Une telle
posture est gravissime et aurait dû soulever une levée de boucliers
générale. Mais on a l'indignation sélective en France ! A la bourse des
valeurs humanistes et humanitaires, la cause noire est de loin la moins
bien cotée.
La preuve est faite que l'on se gêne moins avec les Noirs qu'avec les
autres. Il convient d'apporter la riposte appropriée à ses provocations
répétées.
1er Février 2007
Philippe Lavodrama
Enseignant et consultant, Membre de la RADDHO Diaspora
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Le racisme, un délit...
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