Retour à la liste


Langues nationales : Les ambiguïtés de leur enseignement

L'intérêt d'un enseignement primaire en langues nationales africaines, pour permettre aux enfants d'apprendre à lire et à écrire plus facilement , est désormais reconnu par la plupart des pédagogues. Mais cela ne répond pas toujours au souhait des parents car, en apportant des solutions d'un côté, l'enseignement en langues nationales pose bien d'autres problèmes, dont celui de l'égalité des chances.

Même scolarisés en français, les enfants utilisent, dans les circonstances de la vie courante, une ou plusieurs langues nationales africaines. Selon une étude de la Confemen (Conférence des ministres de l'éducation des pays ayant le français en partage), réalisée dans neuf pays africains de l'espace francophone, il apparaît que le français est d'usage courant en classe avec le maître dans 95% des cas. Mais les enfants, en dehors de la salle de classe, ne s'adressent plus à leur instituteur dans cette langue que moins d'une fois sur deux. Dans la cour de récréation, les langues africaines sont majoritairement utilisées, et le français n'apparaît que dans 20% des échanges entre frères et dans moins de 4% des cas avec les grands-parents.

De cette réalité, on a tiré la conclusion, comme Théodore Diouf, secrétaire national de l'enseignement catholique du Sénégal, que "l'introduction des langues nationales dans le système éducatif peut être un atout considérable dans la mesure où elle contribue à réduire les déperditions et les redoublements, dus en grande partie à l'apprentissage précoce et difficile d'une longue étrangère". En un mot, un enfant qui a appris à lire et écrire dans une langue qu'il connaît déjà pourra, par la suite, facilement lire et écrire dans une autre langue, dont le français. Longtemps réticente, au nom de la francophonie, la Coopération française est désormais d'accord sur ce point, comme en témoigne la journée de réflexion sur ce thème organisée à Paris par la Commission coopération-développement, structure de liaison ministère-Ong.

Moyen efficace de lutter contre l'analphabétisme, donc, pour l'égalité des chances, l'enseignement primaire en langue nationale n'est pas toujours exempt de sous-entendus : s'il s'agit de maintenir dans leur milieu rural d'origine des jeunes attirés par la ville, le combat semble bien perdu d'avance. Il se heurte d'ailleurs souvent à la volonté des parents qui ont bien compris que l'usage d'une grande langue de communication, français ou anglais, est indispensable à la modernisation et donne plus de possibilités de promotion sociale, en dehors du village ou de la région. L'impression d'enseignement de second ordre, accentuant les clivages sociaux, est accrue par le fait que les élites africaines ne choisissent pas l'enseignement en langues nationales pour leurs propres enfants... De là, en grande partie, la volte-face de Madagascar ou de la Guinée, mais aussi, en zone anglophone, de la Tanzanie par exemple, qui ont abandonné l'enseignement en langue nationale.

Francine Quentin
(FMI)
Lire aussi:

Langues en extinction


Réagissez à cet article!


Début de page