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Société et devoir de mémoire
Abolition de l’esclavage : Relire l’Histoire des Noirs pour la réécrire


Journée du 10 mai 2008 : une fois de plus les Noirs, ont été interpellés par l’histoire universelle pour une relecture et une réécriture objectives et scientifiques de leur passé afin de corriger certains manquements légués par les Eurocentristes. Ceux-ci ont développé quelques maladresses sur le thème de la Traite négrière avec son corollaire l’esclave. Les générations actuelle et future doivent découvrir les véritables fondements de l’esclavage.


Pendant longtemps, les discours sur l’esclavage se sont fondés en général sur la Traite négrière et souvent élaborés par des Eurocentristes ne connaissant pas parfois les véritables réalités de l’histoire africaine dont le professeur Cheik Anta Diop peut se proclamer comme l’un des maîtres. La nouvelle page de cette histoire écrite par ce dernier avec ses disciples commence à porter ses fruits. Le colloque sur l’esclavage organisé par le réseau thématique prioritaire à Paris du 21 au 24 juin 2006, ainsi que le séminaire "La traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions" initié dans le cadre du Programme national de l’enseignement scolaire en France ont révélé de graves insuffisances dans la didactique de l’histoire africaine. Aussi, il faut louer la Guyanaise Christiane Taubira pour avoir fait voter à l’Assemblée nationale française une loi reconnaissant la traite et l’esclavage des Noirs comme un crime contre l’humanité.
Alors il faut se souvenir qu’il n’y a pas longtemps que, sous la pression de plusieurs ONG et associations internationales représentant des peuples du Sud victimes du racisme, particulièrement depuis les Lumières jusqu’à la décolonisation, le débat sur le racisme, longtemps animé par des Eurocentristes, a vu ses contre-vérités se dévoiler avec l’autre face de l’esclavage dénoncé par des chercheurs du continent et de la diaspora. Corriger les faussetés de l’histoire africaine écrites par certains Européens, telle serait notre contribution pour la réhabilitation de la mémoire africaine.

L’esclavage a existé avant la Traite négrière

On a tendance à lier l’esclavage à la Traite négrière. Et la plu part des historiens occidentaux vont jusqu’à affirmer que ce sont les Noirs qui ont été à l’origine de la vente de leurs homologues. Aussi, ces historiens eurocentristes s’efforcent tant bien que mal à convaincre les Noirs qu’ils se sont même vendus aux négriers de leur propre gré. Mais il y a d ‘autres vérités qui mettent à nu cette fausseté. Bien avant la Traite négrière, l’esclavage a existé comme le souligne Raymond Descat de l’université de Bordeaux III : "Athènes dans ses grandes périodes de prospérité a compté un nombre élevé d’esclaves" (1). Aussi on peut souligner que le mot "esclave" n’appartient pas au paradigme africain. D’ailleurs Jean-Philippe Omotunde dévoile son origine européenne : "Durant le Moyen Age, les rois européens avaient l’habitude de pratiquer de vastes razzias dans toute l’Europe centrale et orientale pour y capturer de Slaves (captifs blancs accusés d’être païens (…) C’est à ce moment que le mot latin "slavus" désignant les Slaves, fut remplacé par le mot "sclavus" d’où le mot "esclave" pour désigner les captifs blancs destinés à la traite européo-arabe" (2). Avec cette révélation, on est en droit d’affirmer que l’étymologie de ce mot ne concerne ni les Noirs, ni l’Afrique.

L’Afrique a connu des gloires avant l’esclavage

Rares sont les historiens qui acceptent que l’Afrique ait eu une civilisation et qu’elle ait été puissante à une période donnée. Et avec des jugements subjectifs, ils ne peuvent faire face au fait historique africaine car façonnés par le raisonnement des philosophes anti-noirs tel Friedrich Hegel qui découvre curieusement que "l’homme en Afrique noire, vit dans un état de barbarie et de sauvagerie qui l’empêche encore de faire partie intégrante de la civilisation" (3). Aujourd’hui, la littérature sur l’historiographie africaine nous apprend qu’il y a eu des grands royaumes et empires sur le continent avant le début des razzias à lui imposées par les Arabes et les Européens. Si l’homme africain vivait dans la barbarie et la sauvagerie comme le prétend Hegel, comment aurait-il eu l’intelligence d’entretenir des relations commerciales avec d’autres peuples tels les Chinois et les Indiens et cela depuis l’antiquité ? Jean-Philippe Omotunde nous révèle agréablement qu’ "aux pays des Baswahilis (peuples Bantu du Sud éthiopien à l’Est africain jusqu’à la Tanzanie actuelle y compris les archipels de Pemba, Zanzibar…), les chercheurs ont retrouvé la trace de nombreux échanges, datant du 3ème siècle avant J.C. jusque vers le 15ème siècle avec l’empire chinois" (4). Un peu plus près de nous, il y a une organisation civilisée remarquée dans les royaumes du Kongo en Afrique centrale et du Dahomey en Afrique occidentale sans oublier certains empires comme ceux du Mali et de la Côte ouest Atlantique. Parmi les Eurocentristes, il y a certains qui se sont montrés honnêtes intellectuellement et ont reconnu le positif de l’Afrique des temps passés. Steven Haln fait partie de ses braves historiens occidentaux quand il écrit dans Le Monde diplomatique : "Nous savons aujourd’hui que les Européens qui naviguèrent le long de la côte occidentale de l’Afrique, à partir de la moitié du XVè siècle, découvrirent un monde qui avait atteint, économiquement un niveau de développement comparable au leur. Les Africains pratiquaient l’exploitation minière, l’industrie ; l’agriculture et l’élevage ; ils entretenaient depuis des siècles des relations commerciales avec des pays éloignés" (5)

Penser que l’Afrique n’a pas eu de civilisation comme le pensent certains Eurocentristes qui ne se fondent pas sur les réalités africaines est une erreur historique. D’ailleurs le professeur Joseph Ki-Zerbo révèle dans la préface d’un Atlas de l’Histoire de l’Afrique noire que "dès la Préhistoire, les Africains ont les premiers émergé, à partir d’un écosystème favorable du statut de l’animalité pour donner le coup d’envoi à l’immense aventure du progrès". Aujourd’hui, avec la re-découverte des travaux de Cheik Anta Diop sur l’Afrique que l’on avait sciemment cachés à la jeunesse africaine, travaux relayés par ses disciples tels Théophile Obenga, Jean-Philippe Omotunde, René-Louis Parfait Etilé, la véritable histoire du continent commence à être corrigée, loin du regard on ne peut plus subjectif et néocolonial des Européens.

Les Lumières : un siècle du racisme envers les Noirs

La plupart des penseurs européens du XVIIIè siècle se sont remarqués par leurs discours acerbes et racistes contre les Noirs. On découvre un Voltaire porter une "lumière sombre" sur les Noirs. Il s’appuie sur la thèse d’Aristote sur l’inégalité des groupes humains pour justifier la pratique de l’esclavage en confirmant la supériorité du Blanc. Dans Essai sur les mœurs, il déclare : "La nature, en subordonnant au principe de différenciation les "différents degrés de genre" a fait (…) par-là que les nègres sont des esclaves des autres". Ainsi le portrait des Noirs dans son œuvre se passe de commentaires qui devraient faire réfléchir les chercheurs et anthropologues africains. De son côté, l’auteur de "L’Esprit des lois", celui-là même qui devrait se montrer loyal devant l’espèce humaine, déclare : "On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir". Hegel dans La Raison dans l’histoire développe un raisonnement philosophique qui montre que l’Afrique est un "monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle" (6). Et c’est avec cette dérive raciste et idéologique que l’on va falsifier le passé africain, falsification qui sera l’une des sources du racisme actuel vis-à-vis de Noirs et de la marginalisation de l’histoire africaine dans la marche de l’histoire universelle. Les Noirs seront considérés dans les sociétés occidentales comme des individus sans valeur historique et sans avenir si celui-ci n’est pas lié à la tutelle des Blancs.

De l’ "humaniste" Stendhal à l’intelligentsia africaine

Même si les Lumières ont été paradoxalement sombres pour le Noir, il y a eu des penseurs qui ont compris, un siècle après, que l’Africain était avant tout un humain qu’il fallait traiter comme tel. On découvre l’attitude de Stendhal on ne peut plus acceptable face à la condition du Noir à son époque. Il se démarque des philosophes des Lumières pour défendre "une forme de démocratie moderne et libérale[ chez le Noir] qui respecte la liberté et l’autonomie des êtres humains" (7)

Devant ce tableau sombre et triste, l’intelligentsia doit comprendre que le problème du Noir date de plusieurs siècles. Il faut alors une histoire africaine conçue par les Africains. Et la pertinence des travaux des historiens comme Cheik Anta Diop, Théophile Obenga, Jean-Philippe Omotunde est à louer. Devant les clichés que nous imposent encore certains Occidentaux qui se croiraient encore en XVIIIè siècle, nous devons prendre pour leitmotiv cette attitude de Jean-Philippe Omotunde quand il spécifie : "Notre démarche vise (…) à démontrer qu’il est profondément arbitraire d’exclure systématiquement l’Afrique noire de l’historiographie universelle lorsqu’il est question des sciences (mathématique, géométrie, architecture, astronomie…), des inventions (écritures et technicité de l’écriture, navigation, médecine, agriculture…, des réflexions humaines (philosophie, spiritualité…) et surtout de la naissance de la civilisation (Nubie, Egypte)" (8)

Conclusion

La journée du 10 mai doit donner, chaque année, l’occasion aux historiens africains de dévoiler les pratiques sournoises de l’historiographie occidentale vis-à-vis du continent noir. Il nous convient, quand l’occasion se présente, de démystifier et de décrier les contre-vérités sur l’histoire du continent made in Europe qui se lit en général par le biais des africanistes eurocentristes. Corriger l’histoire universelle dans laquelle on pourrait faire entrer celle du continent élaborée objectivement par ses enfants, telle est notre mission pédagogique pour que l’Humanité évolue dans la fraternité et la solidarité quelles que soient nos origines sans oublier les apports des uns et des autres pour la fameuse mondialisation dont les Européens.

Noël KODIA

Notes
(1) Cf. "Revue l’Histoire", Hors série n° 280 S
(2) Jean-Philippe Omotunde, "Histoire de l’esclavage : Critique du discours eurocentriste", Editions Menaibuc, Paris, 2008, p.34
(3) F. Hegel, "La Raison dans l’histoire" Editions Plon, Paris, 1965, cité in www.africamaat.com
(4) Jean-Philippe Omotunde, "Histoire de l’esclavage : Critique du discours eurocentriste", op.cit. p.47
(5) Steven Hahn, "Le Monde diplomatique", mai 2006
(6)F. Hegel, "La Raison dans l’histoire", op.cit
(7) Anna Jasinski "Pauca intelligenti (Stendhal Blanc sur Noir)", Editions Connaissances et Savoirs, Paris, 2006, p.24
(8) Cf. http://www.africamaat.com



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