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Éviter la fuite
des cerveaux en Afrique subsaharienne:
rôle des institutions sous-régionales de formation et de recherche
Au début des indépendances, les pays d'Afrique au sud du Sahara
voyaient leur avenir avec optimisme. Ils misèrent sur le développement
rapide pour " sans tarder" venir à bout de l'ignorance, de la pauvreté,
de la maladie et de l'insécurité alimentaire. Cette tendance tablait sur
la croissance continue de l'économie mondiale dont il semblait que
l'Afrique subsaharienne devait bénéficier de façon prioritaire (Banque
Mondiale, 1995). La communauté des bailleurs de fonds partageant ce
sentiment, n'a pas manqué de fournir l'aide nécessaire.
Dans cette dynamique de modernisation de
l'administration, des sciences et technologie, de nombreux pays
africains ne possédant pas d'institutions de formations et de recherche,
ont envoyé leurs étudiants se perfectionner dans les universités et
centres de recherche des pays du Nord afin d'accélérer la formation des
ressources humaines. Mais plusieurs d'entre eux ont choisi d'y rester
une fois leur formation terminée. Le même phénomène touche les
professionnels qui, n'étant pas parvenus à se réintégrer totalement dans
leur pays d'origine, décident de retourner dans celui où ils ont fait
leurs études (Guadilla, 1996). Selon l'UNESCO, plus de 30 000 africains
titulaires d'un diplôme de 3ème cycle universitaire vivraient en dehors
du continent et 25 000 boursiers africains venus faire leurs études dans
les pays de l'Union Européenne n'ont pas regagné leurs pays d'origine.
La Banque Mondiale estime dans son rapport de 1995, que l'Afrique a
perdu un tiers de ses cadres entre 1960 et 1987, partis vers les pays
industrialisés et que 23 000 universitaires et 50 000 cadres de
direction quittent encore le continent chaque année (Banque Mondiale,
1995 ; Kriks, 1997). Les études de Carrington W.J. et Detragiache E.
(1999) soulignent que les immigrants africains vers les États-unis sont
principalement des diplômés de l'enseignement supérieur.
Le phénomène de "fuite de cerveaux" n'est pas nouveau et remonte aux
années 1950 (Carrington et Detragiache, 1999), à l'époque du départ
massif des scientifiques et ingénieurs britanniques vers les États-unis.
Depuis, il est réservé aux migrations scientifiques du Sud vers le Nord
et plus récemment, à celles des scientifiques de l'Est vers l'Europe et
les États-unis. La migration est favorisée par la politique de séduction
que mène les pays développés vis-à-vis de ceux qu'ils ont formés (bien
souvent aux frais de leurs pays d'origine). Avec évidence, il existe une
corrélation étroite entre le lieu de formation et les flux migratoires
des intellectuels.
Afin de contribuer au développement humain dans le
contexte national ou sous-régional et à la réduction de la rétention des
diplômés par les pays du Nord, de nombreux pays d'Afrique se sont
engagés dans un processus de création (parfois de revitalisation) des
universités, des institutions régionales de formation professionnelle,
et des centres nationaux et régionaux de recherches. Ces institutions
sont potentiellement les plus compétentes des pays d'Afrique
subsaharienne (i) pour mener des recherches qui enrichissent le savoir
par des connaissances nouvelles ou qui acquièrent et adaptent les
savoirs aux conditions locales, (ii) pour favoriser l'assimilation et
l'utilisation des connaissances qui renforcent les moyens humains et (iii)
pour s'investir dans les nouvelles technologies qui produisent des biens
et des services.
Malgré son expansion quantitative, l'enseignement
supérieur africain reste l'un des moins développés au monde. Cependant,
il a contribué à la formation de cadres pour la fonction publique, pour
les entreprises privées et pour l'enseignement. La croissance rapide des
effectifs et la crise économique des années 1980, ont entraîné
l'enseignement supérieur dans une crise profonde et complexe qui a eu
pour conséquences la dégradation des infrastructures et des équipements,
la baisse sensible de la qualité de la formation et de la recherche,
l'aggravation du chômage des diplômés, la course aux diplômes acquis à
l'étranger et surtout la fuite des cerveaux favorisée par les conditions
internes déplorables (dégradation des conditions économiques et
sociales, mauvaise gouvernance, etc.) (De Carvalho, 1995 ; UNESCO ,
1998c ; Association des Universités Africaines, 1999).
Face aux défis engendrés par la crise des universités africaines, et
l'incapacité des pays africains de concurrencer ceux du Nord pour
attirer et conserver les cerveaux, les gouvernements africains devront
entreprendre une politique plus vigoureuse pour développer des
structures dynamiques de formation et de recherche, pour favoriser
l'insertion positive des cadres formés et pour encourager les
compétences. Sinon la fuite des cerveaux hors des pays africains risque
de s'accroître dans un avenir très proche en raison de la mondialisation
des économies qui va de pair avec l'évolution rapide des connaissances
et des technologies (Guadilla, 1996).
La 4e édition d'Afristech 99 tenue à Dakar (Mbodj,
1999), traitant du sujet, a fait plusieurs propositions : la
conciliation de la science et de la technologie avec le développement (à
l'exemple des pays d'Asie), la création de centre d'excellence
(formation de 3e cycle) où seront mis en commun les ressources humaines,
matérielles et financières, la transformation des fuites de cerveau en
gain de cerveaux par des échanges périodiques inter-universitaires
d'enseignants-chercheurs et par l'enracinement des chercheurs dans les
laboratoires nationaux qui devront être correctement équipés. Selon son
Excellence Mr Abdou DIOUF, Président de la République du Sénégal, les
gouvernements ont un rôle à jouer dans la création et la consolidation
des capacités scientifiques et technologiques nationales, en mettant en
place "une politique vigoureuse de la Science, qui fasse toute sa place
à la coopération régionale et internationale, un préalable nécessaire
pour arrêter la fuite des cerveaux dont l'Afrique est victime". Pour que
cette coopération soit plus judicieuse, Mr Cheikh Modibo Diarra (1999)
disait que "les pays devraient mettre en commun leurs maigres moyens
pour créer des institutions sous-régionales de formation et de recherche
afin de contribuer à la lutte contre la fuite des cerveaux africains".
Les institutions sous-régionales d'enseignement supérieur
constitueraient alors un dispositif clé dans le plan stratégique de
lutte contre la fuite des cerveaux et de l'utilisation des cerveaux là
où ils sont.
C'est pourquoi, le rôle de développement des
capacités en santé et production animales que joue l'École Inter-Etats
des sciences et Médecine vétérinaires (EISMV) de Dakar sera pris en
exemple, avant d'analyser les facteurs qui peuvent influencer l'exode
des compétence et les perspectives pour le renversement de la tendance.
I- Développement des capacités à l'Ecole
Inter-Etats Des Sciences Et Médecine Vétérinaires (EISMV) de Dakar
L'Ecole Inter-Etats des Sciences et médecine
Vétérinaires (EISMV) de Dakar (Sénégal) est un établissement
d'enseignement supérieur, de recherche, et de formation professionnelle,
créé en 1968 par 13 états africains francophones au sud du Sahara. Elle
a fonctionné d'abord comme Institut de l'Université de Dakar de
1968-1976, avant de prendre son autonomie complète en 1976. Dès lors,
les états membres ont décidé d'en faire une institution sous-régionale
et de prendre totalement en charge son fonctionnement. L'EISMV est alors
devenue un outil de coopération et d'intégration sous-régionale et
internationale.
Sa mission première et principale est (i) de mettre à
la disposition des pays africains des Docteurs vétérinaires entièrement
formés avec et dans les réalités de leurs régions, (ii) d'appuyer et de
stimuler la recherche qui permet de résoudre les problèmes dans la
filières de l'élevage au niveau des états.
De 1968 au 31 décembre 2 000, l'EISMV a formé 738
docteurs vétérinaires dont 52 filles (tableau I). Les effectifs
d'étudiants ont connus une fluctuation au cours des années avec une
baisse entre 1993 à 1998 à cause de l'arrêt du recrutement dans les
fonctions publiques des états.
Les programmes de recherche ont également évolué pour
s'engager dans le processus de développement durable de l'élevage :
amélioration de la santé et des productions animales, gestion pastorale
dans le cadre de la lutte contre la désertification.
Tableau I : Docteurs vétérinaires formés de 1968 à la fin de l'an 2000
par pays AFRIQUE DE L'OUEST 537
|
AFRIQUE DE
L'OUEST |
537 |
|
Bénin |
59 (8 filles) |
|
Burkina |
71 (4 filles) |
|
Côte D'Ivoire |
17 (2 filles) |
|
Mauritanie |
07 |
|
Niger |
69 (2 filles) |
|
Sénégal |
238 (29 filles) |
|
Togo |
76 (2 filles) |
|
AFRIQUE CENTRALE |
192 |
|
Cameroun |
83 (1 fille) |
|
Rép.Centrafrique |
17 (1 fille) |
|
Congo |
16 |
|
Gabon |
09 |
|
Rwanda |
39 (1 fille) |
|
Tchad |
28 |
|
AUTRES |
9 |
|
Djibouti |
01 |
|
France |
03 (1 fille) |
|
Ethiopie |
02 |
|
Madagascar |
01 (fille) |
|
Rép. Démocratique du Congo
|
1 |
|
Burundi |
1 |
|
TOTAL |
738 (52 filles) |
Source : Rapport Conseil d'Établissement EISMV, 2001
Mais, à l'instar des autres institutions de
l'enseignement supérieur des pays africains, l'évolution de l'EISMV, au
début des années 1990, a été caractérisée par une forte réduction des
ressources financières qui ne suffisent plus pour répondre aux exigences
engendrées par le fonctionnement de l'établissement et par
l'augmentation brutale des effectifs. Plusieurs pays membres accumulent
des arriérés de frais de scolarité qui s'élèvent au 10 juin 2001 à 1,745
milliards de Francs CFA (EISMV, 2001). Peut-on former des cadres
gratuitement ou à crédit?
Pour faire face à ces défis, l'EISMV a entrepris
depuis 1994, de définir de nouvelles orientations, de revoir le profil
du docteur vétérinaire formé à travers une professionnalisation accrue
de l'enseignement, une diversification de la formation, et un suivi de
l'insertion des diplômés de manière à être en phase avec la nouvelle
donne de l'emploi et du contexte socio-économique difficile. Cette
réforme est contenue dans le projet d'établissement né à la suite de
l'audit international de 1992. Le Projet a pour objectif principal de
faire de l'Ecole un pôle régional de compétences pour la formation et la
recherche en médecine vétérinaire et en productions animales tropicales.
Le plan stratégique est articulé autour de la pertinence et la qualité
de l'enseignement, le financement et la coopération. Avec la décision
prise en 1995 (EISMV, 1995), l'EISMV s'est vue confiée, en
complémentarité de son mandat premier, qui est la formation initiale des
docteurs vétérinaires, de nouvelles missions , à savoir :
o la formation continue et les recyclages des cadres,
des agents et des organisations professionnelles de l'élevage;
o la formation post-universitaire avec la création d'un 3ème cycle en
production animale qui a ouvert ses portes en 2 000 avec 16 cadres
africains et qui est considéré par la Conférence des recteurs des
Universités francophones d'Afrique et de l'Océan Indien (CRUFAOCI) comme
un centre d'Excellence ;
o l'ingénierie et l'expertise, à travers la création d'un Bureau d'Etudes
pour permettre à l'EISMV de mettre ses compétences au service des Etats
et des Organisations Professionnelles d'Eleveurs (OPE), aux enseignants
de pratiquer des activités concrètes de terrain pour une meilleure
qualité de l'enseignement et une harmonisation du contenu des programmes
de formations avec les problèmes réels africains, aux stagiaires
diplômés de l'EISMV de disposer d'un cadre opérationnel de pratique
professionnelle;
o l'Observatoire des Métiers de l'Elevage (OME) qui permet à l'Ecole
d'avoir un système de réseautage avec les diplômés vétérinaires sortis
de l'EISMV, avec les Organisations professionnelles d'Eleveurs (OPE),
les bailleurs de fonds, destiné à mesurer l'évolution des
qualifications, à favoriser l'insertion professionnelle des diplômés et
à gérer des informations sur le développement des filières de
productions animales dans le but - de prendre en compte la relation
formation-qualification-emploi - de créer un répertoire sur les
vétérinaires africains spécialisés et d'avoir les données statistiques
sur l'évolution du taux d'insertion des diplômés vétérinaires dans les
états membres (meilleures intégration des diplômés) afin de développer
des échanges de compétences - de recueillir des données statistiques sur
l'évolution du cheptel de manière à élaborer les indicateurs de
production et de santé - de promouvoir les organisations Professionnelle
d'Eleveurs pour renforcer leur capacités. A cet effet, l'EISMV a
contribué à la création à Nouakchott en 1999, de l'Union
Inter-Africaines des organisations professionnels d'Eleveur dont le
siège provisoire est installé à l'EISMV;
o la recherche-développement autour de projets fédérateurs axés sur les
préoccupations des états membres en matière de médecine vétérinaire et
de développement durable des productions animales.
Dans la mise en oeuvre de toutes ces activités, l'Ecole
a développé un important réseau de coopération internationale et de
partenariat avec les chercheurs des institutions du Nord (France,
Belgique, Italie, Canada), celles du Sud (Tunisie, Maroc, Burkina Faso,
Bénin...), les organisations régionales et sous-régionales (CEDEAO,
CILSS, UEMOA) et les partenaires au développement conformément à la
décision numéro 3 du Conseil d'Administration (CA) de 1995 (EISMV,
1995), pour pallier sa faible masse critique quantitative et qualitative
dans certains domaines de l'enseignement et de la recherche . Cette
collaboration étroite permet à l'EISMV d'utiliser les compétences
africaines présentes en Afrique ou dans les pays du Nord pour sortir de
l'isolement scientifique et pour développer sa capacité scientifique et
technique. Par ailleurs, l'EISMV anime plusieurs fois par an (2 à 3
fois) des rencontres, ateliers et séminaires réunissant des experts
africains et étrangers ou des producteurs sur des thèmes liés à la
santé, à la production animale ou à l'organisation des professionnels de
l'élevage.
Elle a également bénéficié du financement de
partenaires importants comme la France. Elle s'est dotée d'un cadre et
de structures dont le fonctionnement est régi par des textes qui ont été
adoptés par le Conseil d'administration de l'institution Parmi ces
moyens mis en place, citons :
- les instances de l'EISMV représentées par le Conseil d'Administration, le
Conseil d'Établissement, le Conseil du corps enseignant et d'autres organes tels
que le Conseil scientifique, le conseil pédagogique, le conseil de discipline,
le comité de concertation pour ne citer que ceux là
- l'organisation administrative et pédagogique allégée qui comporte un
directeur assisté de 3 coordonnateurs, de deux chefs de départements
d'enseignements (Département santé Publique et Environnement, Département
sciences biologiques et productions animales) et d'un département d'appui
(département de communication);
- l'équipement et le renforcement des capacités fonctionnelles des
laboratoires;
- la création d'une commission interne de formation, de suivi et
d'évaluation pédagogique des enseignants dont la promotion se fait dans le
cadre du Conseil Africain et Malgache de l'Enseignement (CAMES);
- la création d'un Bureau d'Études destiné à la réalisation des
prestations de services pour garantir les apports pédagogiques
indispensables à la professionnalisation de la formation;
- le développement d'un partenariat et d'une coopération
inter-universitaire avec certaines institutions du Nord, notamment en
France, en Belgique, en Italie, au Canada, mais aussi avec des institutions
du Sud particulièrement avec la Tunisie, le Maroc, le Burkina Faso, le Mali
, le Bénin, etc. dans le but d'utiliser les compétences africaines ou
d'ailleurs et aussi de sortir l'école de l'isolement scientifique et
technique;
- le développement d'une collaboration étroite avec les partenaires au
développement, les institutions internationales et les organisations
régionales et sous-régionales africaines tels que la Communauté Économique
Des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le Comité Permanent Inter-Etats de
Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), l'Union Économique et
Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et l'OUA, conformément à la décision
numéro 3 du CA de 1995;
- l'amélioration des ressources financières provenant des contributions de
solidarité des états membres, des frais de scolarités et d'inscription des
étudiants , des fonds spéciaux et des fonds de recherches, des ressources
propres générées par le fonctionnement des laboratoires, la formation
continue et post-universitaires et les expertises.
Au résultat, le processus en cours à l'EISMV de
Dakar, veut (1)- créer au sein de l'établissement une paix sociale, et
avec l'extérieur un rayonnement de confiance quant à la capacité de
l'institution à donner une formation de qualité et à mener des
expertises ou des actions de recherches pertinentes pour le
développement des ressources animales, pour la lutte contre la
désertification, pour la lutte contre la pauvreté rurale et pour la
sécurité alimentaire (2)- former dans le contexte local et sous-régional
des docteurs vétérinaires compétents qui repartent dans leur pays
d'origine pour renforcer les capacités des institutions nationales (3)-
utiliser les compétences extérieures à travers un réseau d'échange
inter-universitaire (maillage électronique et missions de courte durée)
avec les institutions du Nord pour l'enseignement et la recherche dans
le cadre de la formation des formateurs et étudiants (4)- établir une
bases de données des compétences de vétérinaires diplômés de l'EISMV
installés dans les pays membres ou ailleurs pour un réseautage
permettant de formuler des politiques de développement de l'élevage (5)-
faciliter l'insertion des diplômés dans le monde du travail et tenter de
les maintenir là où ils sont pour le renforcement des capacités de
développement des États. En 1996, les résultats analysés à partir d'une
enquête réalisée au Sénégal et au Bénin montrent que les vétérinaires
ont tous un emploi 3 ans après l'obtention de leur diplôme et seulement
0,6% ont migré à l'étranger (EISMV, 1997) (6)- créer des opportunités de
formations spécialisées pour les professionnels.
Au total, l'EISMV bénéficie d'une expérience dans les programmes de
développement des capacités concernant la production et santé animales
et dans les programmes d'insertion et de rétention des diplômés au
niveau des pays. Toutefois, cette situation financière encourageante
reste cependant très fragile et ne pourra se consolider de manière
durable que si les Etats assument leur responsabilité en investissant
dans la formation de leurs cadres vétérinaires : leur seul devoir étant
de s'acquitter de leur contribution de solidarité et des frais de
scolarité de leurs étudiants respectifs. Comme aime le dire le Directeur
de notre Ecole, aucune formation n'est gratuite (Kaboret, 2001).
II- Les facteurs d'influence dans la stratégie de
L'EISMV Le processus en cours à l'EISMV,
caractérisé par la rénovation du contenu et la réforme de la méthode
d'enseignement, la formation de diplômés "non chômeurs", l'appui aux
structures ou organisations spécialisées dans les pays membres pour la
rétention des cerveaux, se veut le renforcement de l'intégration
régionale, l'amélioration de la pertinence et de la qualité de
l'éducation, celui de la formation et recherche pour préparer les
compétences africaines à non seulement résister à l'influence de la
mondialisation, mais à contribuer au développement de l'Afrique
marginalisée économiquement (Kaboret, 2001).
Cependant, pour garantir l'expérience en cours, qui
se veut être un programme d'insertion, de rétention des cadres
supérieurs africains et d'inversion de la tendance à la migration des
cerveaux africains, les états membres devraient d'un côté assurer la
responsabilité du financement des institutions et la mise à leur
disposition de moyens matériels et humains, et de l'autre offrir aux
diplômés des situations qui répondent aux aspirations profondes de ceux
qui ont acquis un haut niveau de qualification. Le retour des diplômés
ou des professionnels dans leurs pays, doit être encouragé et facilité
par la mise en place d'un cadre de travail propice à l'épanouissement
humain et de procédures bureaucratiques assouplies.
Par ailleurs, il ne faut favoriser l'envoi des
étudiants ou professionnels à l'étranger que seulement dans les domaines
prioritaires dont la filière de formation n'existe pas en Afrique et où
les Etats souhaitent avoir des compétences qui renforcent les
institutions, plutôt que de faciliter le perfectionnement d'individus
qui faute d'attaches professionnelles risqueraient de ne pas revenir (Guadilla,
1996). Un des facteurs les plus sérieux incitant les étudiants et les
professionnels à quitter leurs pays d'origine réside dans la mauvaise
qualité et la "pauvreté" des institutions d'éducation supérieure et des
universités sur le continent. De multiples problèmes (Association des
Universites Africaines, 1999 ; Banque Mondiale, 1999 ; UNESCO 1998a), du
reste complexes, minent le système éducatif africain au niveau national
ou sous-régional d'une part et constituent une entrave au retour des
cadres d'autre part: ce sont :
- (i) le nivellement des modèles
économique, politique, social et culturel des pays en développement sur
des exemples et des tendances qui émanent des pays industrialisés
- (ii)
le préjugé favorable de compétence et de prestige de faire appel et de
payer à prix fort des experts ou des assistants techniques étrangers,
généralement des pays du Nord pour des fonctions dans un environnement
de travail africain
- (iii) la mauvaise performance des économies
nationales, les politiques nationales déficientes, les systèmes
éducatifs et structures hiérarchiques inadaptées aux réalités locales,
l'ingérence politique dans les travaux des universités et des
institutions, l'inertie bureaucratique et l'incapacité de l'économie
nationale à répondre aux aspirations de ceux qui ont acquis un haut
niveau de qualification et leur offrir des situations d'emploi en
conséquence (Guadilla, 1996)
- (iv) les conflits et pays en guerre
- (v)
le non respect de l'indépendance des enseignants-chercheurs
- (vi) le
mandarinat qui renforce l'emploi précaire
- (vii) les situations
conflictuelles et le lobbying dans les institutions
- (vii) le
renforcement de la hiérarchie en situation de monopole étouffant toute
concurrence.
Enfin, selon Pierre Adjété (Adjété, 1997) d'Afrique
Tribune, pour éviter la fuite des intellectuels de haut niveau vers
d'autres horizons plus attractif, il est surtout question de la
reconnaissance des compétences africaines et de leur rémunération à leur
juste valeur. Cette situation met les pays du Nord en bien meilleure
posture que les pays africains pour attirer et conserver les
intellectuels hautement qualifiés. Des études récentes prévoient que les
pays développés vont avoir besoin d'un nombre croissant de
professionnels (environ deux fois plus que n'en pourront produire leurs
systèmes éducatifs). Il est par conséquent urgent que les pays d'Afrique
entreprennent des reformes tendant à donner plus de responsabilité aux
africains dans la définition de leur besoin de développement, au
renforcement des institutions universitaires nationales et régionales
(UNESCO 1998a).
III- Les perspectives africaines pour le
renversement de la tendance à l'exode des compétences
La continuité du phénomène des fuites des cerveaux africains met en
péril l'avenir du continent et accentue encore les disparités de niveau
de développement entre l'Afrique et le reste du monde. En dépit d'une
assistance technique au développement, l'Afrique continue de souffrir
d'un manque de ressources humaines qualifiées. Les politiques
d'ajustement structurel proposées par les institutions de Bretton Woods
et les programmes de formation du capital humain entrepris par les états
africains ont donné des résultats loin d'être éclatants. Les tendances
montrent que, l'Afrique ne compte que 0.36% des scientifiques du monde
et sa production scientifique mondiale a été de 0.3% en 1990 (ONU, 1999
; Thalif Deen, 1999), pendant que l'Amérique du Nord en fournit 38.4%,
les dépenses dans le secteur de la Recherche-Développement représentent
environ 0,3% du PIB comparées à l'Amérique du nord qui en dépense 2,5%
de son PIB (UNESCO, 1998b), la part des dépenses publiques consacrée à
l'Education est en baisse dans plusieurs pays comme au Cameroun passant
de 16% à 10.25% entre 1985 et 1995, au Burkina de 17.5% à 13% de 1990 à
1995 (UNESCO, 1997), les effectifs scolaires, particulièrement ceux dans
l'Enseignement Supérieur, ont été multipliés par près de huit et les
élèves sont devenus de plus en plus exigeants (Banque Mondiale, 1999),
le taux de croissance de l'emploi officiel est en chute libre passant de
2.8 % dans les années 1980 à 1% au cours des années 1990, l'indice de la
pauvreté s'est accru de 4 à 10 points de pourcentage selon les pays (Mkandawire
et Soludo, 1999).
De plus, la dette extérieure de l'Afrique
Subsaharienne a plus que doublé pour atteindre aujourd'hui plus de 200
milliards de dollars U.S soit 120% du PIB et 234% des recettes
d'exportation, Afrique du Sud exclue, la croissance démographique de
l'ordre de 2,9% prend le dessus sur la croissance de la production (Mkandawire
et Soludo, 1999 ; PNUD, 1999).
Cependant, une analyse rapide des grandes tendances
du développement en ce début du 3e millénaire, donne l'espoir que
l'Afrique sera marquée par plus de démocratie avec une bonne
gouvernance, par la mondialisation des économies et du développement des
nouvelles technologies, par l'utilisation du savoir pour le
développement grâce à des politiques favorisant l'acquisition,
l'assimilation et la transmission des connaissances (Banque Mondiale,
1999). Au delà des motifs, des volontés s'expriment ouvertement au
niveau des gouvernements africains pour renverser la tendance du
déplacement des intellectuels. Le Sénégal qui veut promouvoir la Science
dans la coopération pour le développement a initié la création d'un
Technopole où pourront se croiser enseignants, chercheurs, banquiers et
industriels. L'Académie des Sciences du Tiers Monde apporte sa
contribution à la lutte contre la fuite des cerveaux africains en
mettant à la disposition des scientifiques des pays en développement des
moyens matériels adéquats et en favorisant les échanges et la
collaboration entre chercheurs et entre les institutions de recherches.
La stratégie à mettre en oeuvre pour éviter la fuite
des compétences africaines, favoriser leur retour ou les utiliser dans
leur lieu de migration impose une conjugaison d'effort entre les
gouvernements, les bailleurs de fonds, les institutions internationales,
régionales et sous-régionales en charge de la migration et du
développement des compétences et des capacités. Les actions concrètes
consisteront à :
- Donner la priorité aux études doctorales et post-doctorales à travers la
création de centre d'Excellence où seront mis à contribution les cadres et
professionnels installés à l'étranger;
- Créer un répertoire des cadres supérieurs en migration à l'étranger;
- Favoriser les échanges et la collaboration entre professionnels
spécialisés restés aux pays et ceux en migration à l'étranger grâce à la
création d'un système de réseautage utilisant les nouvelles technologies
de l'information et communication (NTIC).
L'Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine
vétérinaires (EISMV) est un Centre d'Excellence sous-régional en
production et santé animales. Elle bénéficie d'une expérience dans les
activités de développement des ressources humaines, dans les activités
d'échange avec des personnes ressources des universités et institutions
de recherche du Nord et d'Afrique, et dans l'établissement d'une base de
données des compétences pour la filière production et santé animales.
Elle pourra valablement contribuer au niveau régional Afrique de l'Ouest
et du Centre, à la mise en oeuvre d'un programme de développement des
capacités et de rétention des compétences ou de l'utilisation et la
valorisation de celles, notamment dans le domaine du développement rural
qui vivent à l'étranger.
Conclusion L'Afrique est
arrivée à une charnière où elle doit faire des choix cruciaux afin de
prendre la responsabilité de son développement dans un monde de plus en
plus interconnecté et désormais soumis à une compétition économique,
politique et technologique sans merci. La fuite des cerveaux n'est qu'un
symptôme d'une maladie beaucoup plus grave qui affecte le continent ; le
mal développement. L'Afrique en voulant copier le système éducatif du
Nord a accentué les défauts. Il est par conséquent nécessaire de
recentrer la politique de formation et de recherche sur les capacités
locales et les besoins réels. Les faibles moyens de l'Afrique militent
en faveur du regroupement en pôle d'excellence sous-régionale dont les
capacités devront être renforcées pour qu'il contribue à "fixer" dans
leur pays, les intellectuels de haut niveau en favorisant des échanges
et des collaborations. L'EISMV de Dakar se veut être un exemple à
travers son programme de développement des compétences, de développement
des capacités d'insertion et de rétention de ses diplômés dans la
filière élevage.
Yalacé Y. Kaboret
Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires
Dakar
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Association des Universites Africaines. (1999). "L'Enseignement
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Deen, Thalif. (1999) "Development-Africa : Best and Brigntest Head
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Yalacé KABORET est professeur, docteur vétérinaire et agrégé de
pathologie. Il est chef du service de pathologie médicale, anatomie
pathologie et cliniques ambulantes, et chef du département communication
de l'Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires (EISMV) de
Dakar. Il est enseignant de pathologie vétérinaire à l'EISMV de Dakar et
enseignant visiteur de pathologie tropicale à l'Institut Vétérinaire
tropical (IVT) de l'Université de Liège. Ses activités de
recherche-développement antérieures concernent l'épidémiologie et
l'analyse des facteurs étiologiques des maladies des animaux d'élevage
(ruminants domestiques, volailles ). Ses activités en cours portent sur
l'amélioration des capacités de communication et d'information des
communautés pastorales pour une utilisation raisonnée des ressources
pastorales disponibles. Mettant son expertise à la disposition des Etats
et des Organisations nationales ou sous-régionales, il a beaucoup voyagé
en Afrique et il a participé à de nombreuses Conférences et ateliers
sous-régionaux ou régionaux. Au nombre de ses articles, on relèvera:
"Impact des maladies animales sur la compétitivité du bétail en Afrique
de l'Ouest" Rapport atelier, Abidjan du 17-18 sept. 2001;
"Mondialisation et formation des cadres en Afrique" Discours de rentrée
solennelle, EISMV, févier 2001; "Gestion rationnelle des espaces
pastoraux et développement des cultures fourragères en Afrique"
Proceeding in Workshop on "A network for the promotion of rational use
of rangelangs and the development of fodder crops in the context of
regional action programme to combat desertification in Africa."
Addis-Ababa (Ethiopia), 4-7 Août 1998.
Source: http://www.arts.uwa.edu.au/Motspluriels/MP2002index.html
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Yalacé Kaboret
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