Les enjeux de
l'inculturation en AfriqueSans a priori et sans aucune prise
de position, Afrology livre ici l'avis d'un pasteur africain sur un terme
pour le moins étrange: l'inculturation... L'Afrique inculturée?
Qui sont les destinataires de l’inculturation chrétienne des premiers
siècles?
D’abord, les pauvres. Dans Matthieu 11,5 nous lisons que «la Bonne
Nouvelle est annoncée aux pauvres». Et les destinataires de la première
béatitude (Mt 5,3) sont les «pauvres en esprit» qui, selon moi, sont
vraiment les pauvres, ceux qui ne possèdent pas de richesses. La béatitude
parallèle, celle de Luc 6,20, le confirme. Il y est dit: «Heureux les
pauvres». Et même la précision «en esprit» souligne, selon moi, les
conditions de vie qui ne permettent pas aux pauvres de se montrer
arrogants et dogmatiques comme le font ceux qui appartiennent aux classes
économiquement dominantes.
Bruno Luiselli, professeur de Littérature latine Source:
30giorni
Le synode africain pour l’Eglise catholique romaine a eu lieu en 1994.
Le Pape Jean Paul II est venu en Afrique en septembre 1995 pour la
présentation de l’exhortation post-synodale. Comme l’affirme le Pape dans
son Homélie de Yaoundé : "Parmi les thèmes mis en relief, celui de
l’inculturation mérite une attention particulière, car il est lié à
l’annonce de la Bonne Nouvelle aux peuples et aux nations de votre
continent ainsi qu’à leur entrée dans la vie selon l’Evangile." Nous
retenons que l’inculturation est liée à l’évangélisation et l’entrée dans
la vie chrétienne. Elle a donc une importance que d’autres peuples n’ont
peut être pas ressentie. Nous pouvons alors prendre un peu de recul et
nous poser la question de ses enjeux en Afrique. Au fait, qu’est-ce que
l’inculturation? Qui en a besoin? Qui l’autorise? Que cache-t-elle?
Quelles sont ses limites et ses possibilités? Inculturation et après?
I. Qu'est ce que l'inculturation de l'évangile?
Le christianisme africain se cherche depuis plusieurs années. Après
l’assimilation, l’adaptation ou l’incarnation, on parle aujourd’hui de
l’inculturation de l’Évangile en Afrique. Il faut entendre par
inculturation, le fait d’introduire l’Evangile dans la culture, l’agir de
l’Africain.C’est un processus par lequel la culture africaine est
reconnue, acceptée et affirmée comme pouvant accueillir et véhiculer
l’Évangile à l’instar de toutes les autres cultures dites
chrétiennes.Derrière le problème de l’inculturation de l’Evangile en
situation africaine, il y a la recherche de la légitimation de la culture
africaine.Dans ce sens, ce processus devient une levée progressive ou
brutale de l’interdit sur la culture des africains et sa libération par
rapport à la culture occidentale. Il faut enfin ajouter que
l’inculturation présuppose une aire culturelle plus ou moins permanente,
localisable et identifiable.L’annonce de l’Evangile prend alors au sérieux
cette aire culturelle avec ses langues, ses symboles, ses rites et sa
vision du monde pour permettre l’accueil et l’adoption de la Bonne
Nouvelle du Salut en Jésus le Christ.
Ainsi, l’inculturation de l’Évangile se laisse voir comme le fait de faire
pénétrer l’Evangile dans une culture donnée.Mais alors, qui a besoin de
cette inculturation de l’Évangile ?
II. Qui a besoin de l'inculturation de l'évangile en Afrique?
C’est d’abord les Africains qui ont été déçus du christianisme tel qu’ils
l’ont appris ou vécu dans la culture occidentale.Dépaysés, perdus et
souvent frustrés, ils revendiquent la culture africaine pour y vivre un
christianisme qui s’enracine dans leurs coutumes et traditions.
C’est ensuite ceux qui doutent d’eux mêmes et de leur culture et qui ont
besoin d’une aide, de la caution de quelqu’un qui les autorise à vivre les
exigences de l’Evangile dans et par leur culture.
Ils sont alors plus nombreux encore, tous ceux-là qui n’ont pas accès à la
culture ou dont la culture est étouffée, appauvrie, aliénée ou détruite.
L’Evangile reçu leur donne l’espoir d’un enracinement, d’une croissance,
d’une occupation et d’une mise en valeur d’une aire culturelle.
C’est aussi et surtout ceux qui ont pris conscience de la mise en valeur
de leurs richesses culturelles comme moyens d’évangélisation et
possibilités d’expression liturgique et de témoignage de l’Evangile reçu.
Nous nous rendons compte que les artisans et les partisans de
l’inculturation de l’Evangile peuvent être des revanchards, ceux qui sont
à la recherche d’une libération, d’un enrichissement, d’une affirmation et
d’une expression culturelle.
III. Qui autorisera l'inculturation de l'évangile en Afrique?
L’inculturation ne semble pas être un fait mais une demande.On a
l’impression que l’Africain attend l’ordre ou l’autorisation de quelqu’un
pour laisser le Christ entrer dans sa culture ou pour utiliser celle-ci à
la gloire du Dieu de l’Evangile.
Cela peut se comprendre pour un peuple dont la culture a été niée au nom
même de l’Evangile. On le sait, l’histoire des Africains a été faite de la
négation de sa personne et de son histoire par l’Occident Chrétien et les
Arabes musulmans. L’esclavage, la colonisation et la néocolonisation ont
marqué l’Afrique et sa culture. Bien plus, les Africains ont été le seul
peuple a être évangélisé à genoux. Comme l’affirme Achille Mbembe, “la
conversion des africains a été l’aveu de leur échec, le refus de mourir,
la ruse et le calcul pour survivre, le Christianisme des Africains s’est
alors avéré une religion des vaincus et on constate que l’intelligence
théologique africaine réduit la mémoire indigène du christianisme à une
mémoire de la défaite.” (Afriques indociles). Ces vaincus ont intériorisé
leur défaite et attendent le maître qui pourrait les délivrer.
Le Maître qui autorise ou approuve l’inculturation de l’Evangile semble
être le censeur et négateur de la culture africaine d’hier.A. Sanon se
souvient des paroles d’un missionnaire de 40 ans en Afrique et qui lui
disait ceci après la soutenance de sa thèse de doctorat : “Vous m’aurez
appris une chose : c’est que vos peuples ont aussi une culture… Jusqu’ici,
nous autres missionnaires, nous ne voyions que des coutumes disparates,
les unes plus ou moins bonnes, d’autres mauvaises.” (L’inculturation de
l’Evangile, un défi lancé à la mission d’évangélisation. in Journal des
missions Evangéliques 4/1987.)
Ce sont donc les missionnaires occidentaux qui, au nom de la supériorité
et de la civilisation occidentale, refusaient et peuvent aujourd’hui
autoriser la reconnaissance de la culture africaine.
L’occident à lui seul n’autorise pas l’inculturation. Le manque d’accès à
la culture occidentale pour la plupart, l’échec de l’appropriation totale
pour les élites qui s’y frottent, ont conduit un certain nombre
d’Africains à se contenter de leur culture un peu plus par résignation et
beaucoup plus comme refuge et tenant-lieu de ce qu’ils n’ont pas pû avoir
ailleurs. La pauvreté, le manque des moyens et d’outils performants les
ont poussés à s’installer sur des endroits incultes, déserts ou abandonnés
de la culture africaine. Comme les bidonvilles et les ghetto de nos
villes, ils se sont fait des bidonvilles et ghetto culturels à eux, ces
exclus de la culture ambiante. C’est donc leur échec et leur exclusion qui
les autorisent à s’installer dans la culture africaine et d’y faire entrer
l’Evangile comme dans la vie des pauvres, le lieu des gens sans lieu et de
la vie des gens sans vie.
Le troisième groupe des autorisés c’est celui de ceux qui lisent et
écoutent l’Evangile. Ceux-ci savent que c’est l’Evangile qui vient vers
eux.La Bonne Nouvelle les atteint là où ils sont, dans ce qu’ils font et
avec ce qu’ils ont.Ces lecteurs et auditeurs attentifs déchiffrent,
décodent et reçoivent le message en actualisant. Ils n’ont pas besoin d’un
ailleurs ou d’un intermédiaire, car chacun entend les merveilles de Dieu
dans sa propre langue (Act. 2/11). L’évangile leur apprend que Dieu a
tellement aimé le monde et lui a donné son Fils bien-aimé.Le monde de
l’Africain fait partie de ce monde aimé de Dieu. Le Salut de Dieu
s’adresse directement à tous y compris l’Africain. (Jn. 3/16) C’est donc à
partir de l’Afrique où il se trouve dans ce qu’il fait et avec ce qu’il a
que l’Africain doit répondre à l’Evangile. C’est donc l’Evangile même qui
exige l’inculturation comme concrétisation de la Bonne Nouvelle qui a
atteint son but.
Nous voyons que l’inculturation de l’Evangile peut être autorisée par le
maître occident à son élève l’Afrique. Elle peut être un bidonville
culturel qui s’installe sans autorisation ou se découvre comme un ilôt de
résidence des traditions et coutumes ancestrales. Elle peut enfin être une
exigence de l’Evangile. Nous constatons qu’elle peut pourtant masquer des
réalités qui risquent de nous échapper.
IV. Que cache l'inculturation de l'évangile en Afrique?
Le désir et la demande de l’inculturation par la plupart des Africains
cachent des jeux, des revanches, des besoins de sécurité, l’orgueil ou la
prise de conscience du rôle que l’Africain entend jouer avec l’Evangile.
1. Le jeu des rusés :
La demande de l’inculturation se présente comme une ruse pour un nombre
d’Africains. Ils veulent se repositionner dans le jeu des relations
internationales et interculturelles. C’est un repli tactique sur soi en
attendant voir la position de l’autre, avoir assez de souffle. Nous
pouvons le dire avec Achille Mbembe, “pour de nombreux Africains, le
christianisme fut “reçu” comme un nouvel instrument, une nouvelle magie
utilisable dans les stratégies de remodelage des jeux et des échanges
rendus critiques par le passage des sociétés anciennes aux sociétés
coloniales. (Afrique Indocile).C’était vrai hier, c’est encore et toujours
vrai aujourd’hui. A défaut de se frayer une place au niveau international,
à cause du manque de dialogue avec les autres théologies qui ne leurs
accordent aucune attention, les théologies africaines se contentent de se
replier dans la culture africaine pour masquer leur manque d’ouverture et
le peu de sérieux que les autres leur réservent.
2. La revanche du paganisme :
L’inculturation cache mal un réel désir du retour au paganisme pour une
catégorie des chrétiens ou une stratégie de la revanche de ce même
paganisme contre le christianisme à partir de l’intérieur de celui-ci.
Pour un certain nombre de chrétiens, ouvrir l’Evangile à la culture
africaine correspond à laisser le chrétien africain reprendre ses idoles,
intégrer ses dieux dans la foi, aller chez le voyant, sacrifier aux crânes
des ancêtres, se blinder sans mauvaise conscience, se faire purifier par
les prêtres de la religion traditionnelle. C’est en somme, avoir la
licence de pratiquer le paganisme dans le christianisme et dans l’Eglise
sous le couvert de l’inculturation. Ici encore, Mbembe a vu clair. En
effet, “Dans un contexte marqué par la libéralisation de l’espace des
offres de sens, le “génie du paganisme” se découvre de nouveaux champs
d’investissements et de nouveaux projets. Il parvient à mieux faire
connivence avec les attentes montantes (même si, au bout du compte, il les
dérive vers l’imaginaire) et à coaliser avec les dimensions de
l’intelligence ancestrale autrefois réprimées par l’ordre colonial tout
court” (Afrique Indocile).Aussi se rend-on compte que l’inculturation va
avec un certain retour aux religions traditionnelles et la recherche d’une
certaine sécurité.
3. Le besoin de sécurité
Dans le train des mutations culturelles, économiques, sociales et
technologiques, plusieurs africains sont pris par le vertige. L'étendue et
la profondeur du changement les bouleversent et les poussent à un besoin
de sécurité. Où trouver celle-ci, si non dans le passé inchangé et
inchangeable comme ils s'imaginent ? En effet, plusieurs africains pensent
que malgré et contre toutes mutations, il doit exister la "culture
africaine" qui serait immuable et éternelle. Elle correspondrait alors à
l'identité culturelle africaine. Aussi, l'inculturation de l'Evangile
serait-elle le processus par lequel l'Evangile permet à l'africain de
retrouver son authenticité, son infalcifiabilité de toujours, et surtout,
l'abri contre les attaques des autres cultures. Ainsi, certains africains
chercheraient dans l'Evangile plutôt le vaccin contre tout changement et
la puissance du maintien de la culture africaine de toujours. Or ils
oublient que l'Evangile est subversif. Il bouscule, bouleverse,
transforme, purifie et restructure toute culture qu'il rencontre et dans
laquelle s'incarne, prend vie et donne vie. Nous ne pouvons donc ne pas
rappeler ce que Jean-Marc Ela appelle "les dérives de l'inculturation".
Celle-ci ne saurait être la tentation de recapturer la tradition comme si
celle-ci était un "bosquet" inattaquable, un lac ou un îlot hors de
l'histoire.
Nous dirions donc avec Ela : "L'Afrique est soumise à des conditionnements
bien plus efficaces que les valeurs de la tradition. Il faut bien voir que
l'urbanisation, les contraintes économiques actuelles, l'explosion
scolaire, la croissance du chômage, la sécheresse et les famines sont les
phénomènes qui bouleversent la condition de l'homme en Afrique noire. Les
tâches de la foi en Afrique exigent la confrontation du christianisme avec
les structures ou les mentalités qui surgissent du heurt entre le monde
noir et les autres peuples." (Ma foi d'africain). Ainsi, la pénétration de
la culture africaine par l'Evangile ne correspond pas à une fixation, un
enfermement ou une mise à l'abri de l'africain mais à une mobilisation,
une ouverture et une exposition de l'africain à une aventure avec les
autres. Si sa culture ne l'aide pas à le savoir, l'Evangile l'en rend
conscient.
4. Une prise de conscience
L'Evangile ne saurait être un calmant, un tranquilisant ou une anesthésie.
Bien au contraire, introduit dans une culture, il réveille celle-ci, lui
donne vie et rend dynamique les acteurs ; et riches, les bénéficiaires de
cette culture là. Il pousse à une prise de conscience, celle de la
finalité, du sens et de la place de cet agir d'un particulier parmi et
avec les autres. L'inculturation ne saurait être l'enfermement de
l'Evangile dans le folklore, les danses et les rites des traditions
africaines. Kamana dénonce un tel évangile de l'identité culturelle.
En partant du Christ, qui y est associé, il pense qu'il ne peut toucher
l'africain dans son existence. Ainsi, "inculturé dans un type d'esprit qui
n'a pu affronter efficacement le colonialisme et le néocolonialisme en
tant que défis pour notre destinée, le Christ fonctionnait dans notre
imaginaire comme un pur objet magique, sans rapport avec les grands
mouvements de libération où se sentent le besoin des ruptures décisives
entre notre passé et notre présent, entre notre présent et notre avenir."
(Christ d'Afrique, Enjeux Ethiques de la foi africaine en Jésus-Christ).
Aussi pensons-nous que l'Evangile dans une culture en devient le levain
qui la conduit à maturation, le sel qui lui donne sa saveur, la lumière
qui l'éclaire, le feu qui la purifie et le jugement qui la met constamment
en procès et fait ainsi d'elle une culture de développement et de relation
avec les visées de Dieu pour l'homme et pour la création.
Ainsi, le mouvement de l'inculturation cache mal les angoisses des
africains dans un monde où il a perdu sa culture et n'arrive plus à
acquérir des nouvelles autres.
Il camoufle une recherche d'une suffisance africaine, expression d'un
repli sur soi. Mais il traduit aussi clairement sa prise de conscience de
ne pas baisser les bras et d'aller vers les autres avec ce qu'il est, et
ce qu'il a, et qu'il entend fructifier au nom de l'Evangile.
V. Les limites et possibilités de l'inculturation
Il faut le souligner tout de suite, l'inculturation ne pouvait être
synonyme de folklorisation ou de transformation de l'Evangile en
tradition et coutume. Nous sommes avertis : "Prenez garde que personne
ne vous séduise par les arguments trompeurs et vides de la sagesse humaine
: elle se fonde sur les traditions des hommes, sur les forces spirituelles
du monde, et non sur le Christ." (col.2/8) Nous devons savoir que la
culture est produit de l'homme mais elle n'est pas et ne saurait se
substituer à celui-ci. Tout comme l'homme, producteur et consommateur de
la culture, celle-ci a des limites dans lesquelles elle risque de confiner
l'Evangile, surtout si l'inculturation de l'Evangile est une action
humaine.
1. Si l'inculturation est un effort pour mettre la Bonne Nouvelle dans
l'agir de l'homme, elle risque d'y trouver ses limites, les éléments de sa
capture, sa géôle et même les germes de sa mort plus ou moins programmés.
En effet, si la culture est une production de l'homme, l'homme pêcheur ne
peut que produire une culture entachée du péché. Un Evangile introduit
dans une culture de péché reste prisonnier du péché et peut même en
mourir. L'inculturation peut buter contre le péché de l'homme et y trouve
ses limites si elle se contente d'attendre ou de trouver la culture pour y
faire pénétrer l'Evangile, elle risque de s'éteindre par manque de culture
ou de nager dans les nuages et les chimères culturels.
L'Evangile qui n'atteint pas l'homme et ne reste que dans la culture de
celui-ci, peut devenir une fermentation et une expression du péché qu'on
décèlera plus ou moins facilement dans l'éthnocentrisme, le tribalisme, l'éthno-théologie,
l'égoïsme, l'auto-suffisance ou la suprématie, équivalant à l'orgueil
culturel et aboutissant à des guerres et génocides culturels.
L'inculturation quant à elle n'est pas l'agitation dans une culture, peut
aussi devenir un leurre, un trompe-l'oeil, un tranquillisant qui endort le
peuple africain pendant que les autres affrontent l'Evangile, luttent avec
Dieu (Gen. 33/24-32) et se laissent être transformés par lui. Aussi, toute
inculturation qui n'atteint pas l'homme, reste dans les limites de la
culture et ne saurait y opérer un changement qui affecte sérieusement et
durablement l'homme.
2. Mais l'inculturation a aussi des possibilités quand, au-delà de la
culture, elle vise l'homme source, produit et consommateur de toute
culture. Elle devient alors le processus d'évangélisation qui cherche à
atteindre l'homme au coeur de son existence. Elle touche le moteur de
cette vie de l'homme et appelle celui-ci à la repentance, à la conversion
et à une nouveauté de vie avec Dieu, soi-même, les autres et le reste de
la création. Nous pouvons ainsi dire avec Paul : "si quelqu'un est en
Christ, il est une nouvelle créature ; le monde ancien est passé, voici
toutes choses sont devenues nouvelles." (II Cor. 5/17). C'est donc l'homme
transformé par l'action de l'Esprit et greffé à Christ qui peut devenir
une nouvelle plante. Cette plante qui produit des bons fruits parce que
enracinée dans l'Evangile et vivant de sa sève, qui se laisse
régulièrement émonder par la Parole de Dieu pour produire d'avantage de
fruits de qualité, un bon ombrage pour les oiseaux et pour ceux qui
désirent un abri. Un tel Evangile transforme en libérant et en
responsabilisant l'africain vis-à-vis de lui-même et des autres, celui-ci
sait et devient conscient qu'il ne croit pas par procuration mais qu'il a
la foi en ce Christ qui l'a libéré, et en reconnaissance, il aimera et
servira son Seigneur de tout son être et toute sa culture.
3. Alors si l'Evangile devient une puissance qui, en transformant
l'homme transforme sa culture, nous pouvons dire que l'inculturation
devient possible quand l'Evangile cultive l'homme, le fertilise et le rend
productif des bonnes plantes qui donnent des bons fruits. Dans ce sens, il
devient une puissance de conversion, de changement de mentalité et de
comportement. Il se manifeste comme une puissance de guérison, de
libération, de la vie en abondance, de la mobilisation, de la
reconstruction et de la construction d'un avenir.
4. L'inculturation devient possible, fructifiant et enrichissant
lorsque l'Evangile ne vise pas à s'installer et s'enfermer dans une
culture mais à faire de celle-ci un véhicule et un instrument de Dieu au
service de Dieu pour le bien-être de l'homme, la garde et la protection de
toute la création. De cette manière, la rencontre de l'Evangile et de la
culture, sans tenter de réduire ou d’assimiler l'un ou l'autre, vise à
faire de la culture de l'homme, le lieu et l'instrument de la science, de
la paix, de la dignité humaine, du droit de l'homme, du respect de
l'intégrité, de la création, de l'ouverture à Dieu et à l'autre. Quand
l'Evangile entre dans une culture, il anime les acteurs et les
bénéficiaires de cette culture. Il donne à celle-ci la possibilité de
devenir un instrument de communication, de rassemblement, de développement
et de compréhension des peuples, au service de Dieu, de soi et du
prochain.
Ainsi, l'inculturation peut être nocive si elle se contente de la
culture, sagesse, tradition, coutume et principes humains. L'homme
producteur de cette culture étant capable du meilleur et du pire, parce
que personne en rupture de relation avec Dieu. Mais s'il devient un homme
de Dieu, il produira une culture qui reflétera et structurera sa relation
avec Dieu et les autres de manière qu'il puisse dire : "Tout est fait pour
la gloire de Dieu, tout dépend de ce que tu en fais."
VI. Inculturation et après?
Notre dernière question concerne l'après inculturation. Maintenant que
celle-ci devient une réalité, que va-t-on faire ?
Nous pensons que l'inculturation de l'Evangile en soi n'a pas de sens.
Elle ne pourra avoir l'impact dans la foi chrétienne en Afrique que
lorsqu'elle libérera l'africain et lui permettra de poser et de résoudre
ses problèmes fondamentaux.
L'africain culturellement libéré, pourra s'engager dans la lutte contre
la misère, le gaspillage, les injustices et les guerres, utiliser toutes
les ressources et les richesses dont regorge l'Afrique.
Bien plus, l'inculturation pousse à l'amour et à l'exercice de la
culture. Au nom de l'Evangile en action dans cette culture particulière,
basée en grande partie sur l'émotionnel et l'irrationnel, l'africain
chrétien se doit d'être une personne qui cultive la science, la technique,
la prise de parole, de manière à avoir la maîtrise sur son environnement
et d'utiliser sa connaissance des hommes et choses pour servir Dieu et
l'humaine condition.
Aussi pensons-nous qu'après l'inculturation, commence le temps de la
mobilisation, de la science, de la technique, de la mise en valeur des
ressources africaines par les africains. C'est l'heure de la
reconstruction et de la construction. Peut-être la fin des discours non
opérationnels et le début des actions qui portent la marque des africains
désormais responsables devant Dieu et devant l'histoire, ont commencé.
Institut de théologie de N Kongsamba. Ndoungue (
Cameroun),
Pasteur Fabien OUAMBA
Source: http://www.eglise-reformee-mulhouse.org