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La guerre des mondes...


Depuis le 11 septembre 2001, l’histoire des peuples est rentrée dans une nouvelle ère, un nouvel âge marqué par l’entrée en scène plus que sanglante et fracassante des intégristes musulmans dans le monde moderne. Ces derniers donnaient corps à une forme de barbarie jusque là jamais atteinte dans l’histoire humaine, une barbarie impensable du point de vue de la modernité, avec pour toile de fond des motifs qui, comme la méthode, avaient un visage non-contemporain. Ceux qui ont transformé les avions de ligne en bombes volantes et les avaient dirigés sur les tours avaient agi, au regard du testament d’Atta et des déclarations d’Oussama Ben Laden, motivés par des convictions religieuses. Le monde musulman à l’initiative des intégristes rentrait en guerre contre l’Occident, une guerre d’usure, entretenue par une frange des peuples arabo-musulmams désormais de plus en plus nombreux et plus solidaire manifestement, eu égard au tollé provoqué par la caricature du prophète il y a quelques semaines.

1. Le choc des civilisations : le monde séculier contre le monde d’obédience théocratique.

Aux lendemains des attentats du 11 septembre, l’intelligentsia occidentale, au-delà des déclarations des auteurs présumés du sinistre, avait tenté d’expliquer ou de comprendre le contexte dans lequel, en pleine époque postmoderne où un espace public planétaire tente de s’ériger, non seulement des motifs, mais aussi des moyens autant non-contemporains pouvaient s’inviter et prendre corps dans l’affirmation et l’émancipation quoique légitime du monde arabo-musulmam. Les grands analystes de la géopolitique ou les spécialistes des relations entre les deux mondes ont soulevé en arrière fond la politique partisane et attentatoire de l’Occident à l’endroit du monde arabe dans le conflit israélo-palestinien qui aurait été comme un catalyseur à l’origine de cette haine contre l’Occident. Poussant les analyses plus loin, certains dont Habermas [1], ont doigté une crise fondamentalement symbolique entre le monde sécularisé occidental et le monde arabo-musulmam d’obédience théocratique. La lisibilité introduite dans le contexte de cette vision de la guerre des dieux renvoyait à la fermentation ou l’exaspération des frustrations ressenties par les fidèles de Mahomet au cœur d’une modernisation accélérée ; ce processus de destruction créatrice des croyances et des fondements anthropologiques d’antan, qui occasionnent du côté de ceux qui la subissaient le déclin des formes de vie traditionnelle en l’absence de toute compensation tangible. Ce qui parait décisif dans cette lecture des événements, c’est que la sécularisation dont la laïcisation est la forme paroxystique, une sécularisation que la civilisation dominante chercherait à imposer comme modèle archétype transcivilisationnel, provoquerait dans le monde arabo-musulmam de l’humiliation et de la frustration. Mais pouvait-il en être autrement au regard de la vie symbolique des peuples concernés, et du destin historique qu’ils se sont tous assignés ?

En Occident, le lieu de sa genèse, la sécularisation est perçue et vécue comme l’inféodation du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel conduisant à la création d’une entité fédératrice : l’État moderne, reposant sur la création et l’animation d’un espace public par des citoyens qui discutent du contenu à inscrire au cœur des éléments fondant le vivre ensemble du fait de la désintégration des formes de vie traditionnelle. La politique, la science et la technologie prennent dès lors une place prépondérante consacrant l’homme comme le propre artisan de son devenir historique et maître de son destin. Cette vision de l’homme et de son existence entraîne le refoulement des normes anthropologiques traditionnelles qui libèrent l’homme d’un dessein divin par le truchement de la démocratie. Seulement le prix à payer est le désenchantement du monde, mais un désenchantement qui peut quand même être vécu inversement au niveau individuel, la religion n’étant pas exclue de l’existence humaine, mais reléguée à la banlieue[2] de l’espace public. Mais "monde séculier" ne signifie pas stricto sensu "monde désacralisé", puisque la République, par sa structure elle-même se sacralise[3], et devient le lieu d’un culte qui s’impose subrepticement aux citoyens, in fine, accepté par tous et vécu comme tel.

De l’autre côté, se pose la perception de la sécularisation comme une aventure aveugle conduisant l’homme ayant proclamé son autonomie vis-à-vis de l’ordre cosmique inexorablement vers le déclin et la perdition. Pour les auteurs des attentats du 11 septembre, "les emblèmes de la société moderne globalisée incarnent le Grand Satan"[4]. Il y a donc une primauté de l’ordre spirituel sur l’ordre temporel dont le détournement serait mal vécu. Le fondamentalisme islamique voudrait même ne pas différencier le pouvoir temporel du pouvoir spirituel, le premier étant systématiquement inclus dans le second, la conduite du fidèle étant déjà dictée par les lois coraniques inspirées par le tout puissant et miséricordieux Allah. Il va donc sans dire qu’à l’autonomie de l’homme séculier s’opposent ici l’hétéronomie de la loi et l’absence de sujets libres.

L’épisode des contestations tous azimuts dans le monde musulman contre la caricature du prophète peut se comprendre dans cette opposition de vue symbolique et éclairer le ressentiment lié à ce qu’il convient d’interpréter d’un point de vue religieux comme étant le caractère blasphématoire du message véhiculé par les caricatures. Mais l’opposition fondamentale au niveau symbolique explique t-elle aussi le caractère sporadique des contestations, les symboles ciblés et les différentes aires géographiques impliqués ? Que cache la standardisation de la contestation dans un espace arabo-musulmam que l’on sait non-homogène, et ce de manière aussi sporadique ? Qu’en est-il de la capacité de tolérance d’un peuple qui, en diabolisant l’Occident, compte quand même dans cet espace des millions de personnes, et de surcroît consentant à y rester vaille que vaille ? Serait-ce une pure logique d’occupation et de conquête[5] ou simplement les prémices d’une sécularisation faite par le bas du point de vue de la modernité ? Et si l’évolution de l’humanité exige la dynamique d’un espace public planétaire faudra t-il compter sur le bon sens ou le langage de la force dans un contexte où il suffit d’une caricature pour soulever autant de passions ?

2. De la caricature en question

Jusqu’ici en Occident les gens ont été choqués, des gens bien-pensants ont cru y voir du blasphème, de la provocation gratuite ou encore une dictature de la laïcité véhiculant une idée tronquée et homogène de l’Islam. Soit, ce qui aurait été absurde, c’est l’unanimité sur la qualité ou l’innocuité de la caricature incendiaire. Quelle que soit la lisibilité perçue par telle où telle sensibilité, le nœud du problème, c’est l’abîme qu’il y a dans la rupture du tabou qui refusait la représentation imagée du prophète et sa confusion avec le terrorisme, au final l’atteinte au sacré, ce qui éclaire le sentiment de sacrilège venant du monde musulman. Mais ces sensibleries certes justifiées, n’évacuent quand même pas la pertinence sur la qualité de la perception ou de l’éventuelle réception du sens de l’islam et du message véhiculé par le fondamentalisme musulman telle que caricaturée en ce qui concerne la personne du prophète.

Il ne faut pas y voir tout de suite de la provocation ou une lecture prenant source dans une approche homogène standardisée de l’islam. Elle n’est pas non plus une lecture a priori de l’islam renvoyant à sa genèse ou à son essence en tant que religion révélée, mais plutôt une lecture liée à un versant nouveau de l’herméneutique de l’islam impliqué par la profession de foi des intégristes, phénomène essentiellement contemporain dont le caractère événementiel date du 21e siècle. Plutôt que la caricature dont beaucoup de personnes s’émeuvent, c’est l’intégrisme musulman qui, de manière ostentatoire, prête le flanc à cette réception de la qualité de l’islam et partant, du prophète, en insistant sur une certaine poussée djihadiste déjà controversée à la base, qui sommeille dans l’islam et qui mine l’herméneutique des textes sacrés, phénomène qui, non seulement entame l’image de tout l’islam, mais malheureusement pose également des questions sur sa contemporanéité. Quels sens devrait-on accorder à l’idéologie véhiculée par une organisation qui, non content de se servir de la vie humaine pour combattre une cause dite noble, ne manque jamais d’estampiller ses forfaits au nom de Dieu ? La controverse ne viendrait-elle pas de là ? N’est-ce pas parce que par proximité avec une certaine interprétation du Coran, on fait peu cas de la vie et de la dignité humaine, en dédiant les forfaitures à la cause de Dieu ? Il serait alors possible qu’a posteriori, on en vienne à trouver une idéologie de la terreur là où est censé se trouver une idéologie de l’amour, de l’épanouissement de l’homme et de la tolérance.

En dépit d’un clivage historique depuis la mort du prophète, le monde arabe aujourd’hui fait bloc quand il s’agit de manifester sa volonté de puissance à l’endroit du monde civilisé. Ce qui fait qu’à part les pays comme l’Arabie Saoudite et l’Égypte que le fondamentalisme musulman a pris pour cible, personne parmi les autorités musulmanes n’a désavoué comme il le faut Ben Laden et ses semblables. Nul non plus n’a réagi dans le sens d’un démenti public catégorique à l’intégrisme comme forme de vie originelle et d’inspiration islamique. Là où ceci a été fait, c’est avec un goût mesquin de folklore, la terreur des intégristes faisant quelque part un bien précieux à la volonté de puissance du monde arabo-musulmam. Inspirer de la crainte à son adversaire du fait d’une capacité de nuisance reconnue, c’est le rêve que tout groupe engagé dans une lutte d’influence caresse. L’islam est polysémique et contradictoire pour ce qui est de l’interprétation des textes et l’organisation du pouvoir temporel. L’herméneutique de la vérité de l’islam s’est dichotomisée après la mort du prophète en deux branches radicales. Henry Corbin thématise l’islam comme combinant en la personne de Mahomet, deux mystères : la "Crainte" et l’Amour, déterminant deux attitudes religieuses incarnées respectivement par Aïshâ, Abû Bakr, Omar et Othman d’une part, et par ‘Alî, Fâtima, Hasan et Hossein, d’autre part. La première tendance axée sur l’aspect exotérique, celle de l’efficacité terrestre, combinant l’obéissance à la loi et la crainte du châtiment incarnée par le sunnisme, et l’autre aspect ésotérique, la tendance de l’amour incarnée par le chiisme. L’islam incarne donc une tension entre sharî’at (la religion littérale) et la haqîqat (la religion spirituelle) à la quelle viendrait s’ajouter en parasite si les personnes les plus concernées n’apportent aucun démenti, cette version moderne qu’est le fondamentalisme religieux de coloration terroriste.

3. L’inquiétante étrangeté des contestations et l’affirmation d’une liberté d’expression à deux vitesses

Ce qui étonne le plus dans le tragique épisode des contestations, c’est l’inflation de la violence, les aires géographiques concernées, le décalage du choc émotif par rapport au fait incriminé. Dans le contexte d’une blessure psychoaffective comme c’est le cas, la spontanéité de la réaction est ce qu’il y a de plus fréquent. D’abord la caricature date de septembre 2005 et a même été reprise en Égypte où elle n’a pas provoquée la moindre hystérie et puis après ce fut l’explosion. Il y a manifestement un gain de foule dans la participation au combat contre l’Occident décrété par les intégristes, mais le caractère sporadique des contestations et les cibles ressemblent beaucoup plus à une manipulation de la part des réseaux intégristes et une instrumentalisation de la ferveur religieuse.

Il est trop facile de croire que les musulmans soient lents à la détente, et que les mêmes causes aient produits des effets aussi asymétriques dans un si bref laps de temps. Il y a forcement une autre raison rampante à l’œuvre qui profite de ces prétextes pour soulever les foules. La thèse de la solidarité active envers les Palestiniens ou l’occupation de l’Irak est séduisante. Bref, le retour du refoulé ou la libération des pulsions par le biais d’une abréaction n’est pas une raison suffisante. Sinon comment expliquer alors la lutte fratricide entre les noirs musulmans et chrétiens du Nigeria à partir de la contestation liée à la même caricature? En principe la solidarité est plus forte et plus active s’il existe une forte proximité identitaire entre les peuples. Le sentiment d’appartenance religieuse aurait-il pris autant le pas sur l’appartenance raciale, la force de l’humanité et la cohabitation déjà millénaire entre les peuples d’un même état, frère avant tout? L’indignation ressentie du fait du blasphème ou du sacrilège en ce qui concerne la caricature du prophète ne devrait pas enclencher cette vindicte populaire ni donner lieu à des formes de pillages d’églises, d’assassinats de prêtres, de personnes ou de citoyens, ni plus la destruction d’autres symboles, si derrière ces contestations quelque chose de rampant et de plus décisif ne guidait pas les actes. Ce n’est pas parce que le drapeau ne tire pas son sens du Coran ou de la Bible qu’il n’est pas sacré.

L’Occident aussi étrangement est resté désuni dans la démarche et dans la réaction contre l’atteinte à ses symboles et la confusion grotesque des coupables par les activistes musulmans. Bush choqué, excuse du Premier Ministre Espagnol au roi d’Arabie Saoudite! En quel nom? Initiative personnelle, ou excuse de l’État espagnol, ou encore plus significatif celle de l’UE? Quoi qu’il en soi, ce qui fait tâche, c’est l’affirmation d’une liberté d’expression à deux vitesses. C’est en France que le paradoxe à été plus perceptible, dans l’évolution d’un discours de l’Élysée s’affirmant et se déclinant après avec la révulsion du monde arabo-musulmam. En fait il y a quelque chose de nucléaire dans chaque civilisation qui est le sacré qui impose par sa nature même un modèle de l’agir. C’est parce qu’il est ainsi, c’est parce que le sacré à des limites ontologiques que toute acte révélant de sa profanation est insupportable. Le procès en France contre le groupe de Rap qui disait de la République qu’ « elle est une salope… » est encore d’actualité. C’est parce que la République est sacrée que ces paroles sont blasphématoires! Et l’Image du Prophète alors? On dira que les intégristes estampillant leurs odieuses forfaitures au non d’Allah, il en va de soi qu’en découle cette interprétation. Et la République alors? Aurait-elle tous les pouvoirs sur ses administrés ou son caractère sacré lui accorderait-il un blanc seing envers les citoyens eux aussi sacrés?


4. Un problème indécidable?

L’évolution de l’espèce humaine et l’interdépendance des civilisations recommandent la création d’un espace public commun où se valorise la civilisation humaine à une échelle globale. Cet espace public où est sensé se discuter le juste ne s’oppose pas à l’existence du bien ou de la vie bonne. L’histoire ayant démontré l’impossibilité de laisser des contenus substantiels -les formes de vie traditionnelle liées à la question de le vie bonne- influencer la fondation de l’espace public, il semble incompossible de mêler le juste et le bien comme fondements du vivre-ensemble sans s’assurer de l’innocuité de la question du bien dans la gestion et l’organisation de ce qui met tous les citoyens d’accord. Or au regard des choses, nous sommes en présence de deux principes irréductibles l’un à l’autre qui de part leur position paradoxale semblent être condamnés à se repousser mutuellement.

Dans le monde séculier, c’est le pouvoir temporel qui régente la vie publique. La religion n’est pas pour autant exclue de la démocratie et la foi est protégée par la République ou l’État à partir du moment où elle s’abstient de faire la loi. Dans la veine intégriste, et l’État islamique où est de vigueur la Sharî’at, c’est la liberté des personnes qui est garantie si ces dernières se soumettent à l’hétéronomie de la loi islamique. Bref, c’est le pouvoir spirituel qui régente la vie. Et l’intégrisme voudrait l’avènement d’un monde où le pouvoir spirituel régenterait la civilisation du point de vue du tout. Au-delà de la divergence fondamentale entre l’intégrisme musulman, l’État islamique, et l’islam, il y à une proximité qui se résume souvent en une forme d’intransigeance du point de vue des libertés individuelles comme celles à l’image du monde séculier. L’espace public planétaire verrait-il le jour? Le choc aphasique des civilisations est-il inévitable, ou évoluons nous vers un schéma où le plus fort opposera au plus faible sa vision du monde de gré ou de force? La guerre déjà comme un tison caché dans la cendre est attisée par des vents violents imperceptibles. On y miroite tous les ingrédients dont le plus fréquent, les figures de Dieu. Mais est-ce autant vrai?

5. Guerre des mondes ou guerre des dieux?

Nous ne voulons pas mettre en exergue les excès herméneutiques liées à la politisation des religions révélées dont se sont rendus coupables tour à tour, les chrétiens et les arabes, excès à l’origine de la poussée expansionniste de certaines dynasties arabes dont les Almoravides et les Fatimides en Afrique du nord par exemple, pour ce qui est du monde arabe, ou bien la sainte inquisition dans le contexte chrétien. Mais c’est fini le temps des cathédrales et des croisades. Même si les intégristes musulmans en frappant évoquent des motifs religieux, ce n’est pas pour la religion que l’Occident se prémunie ou va en guerre contre l’intégrisme islamique. La caricature de Bush après le 11 septembre, parlant de la lutte du bien contre le mal, n’épuise pas l’effectivité de la dynamique en jeu. Il n’y a guerre des dieux que dans la mesure où les motifs des belligérants s’origine d’inspirations symétriques. C’est vrai, la sécularisation en Occident n’est pas achevée, il y a encore des résistances au niveau sociale à l’encontre de tous les domaines de l’agir humain touchant l’intériorité du vivant, l’homme en l’occurrence, et on y oppose bien souvent le souvenir de quelques lignes des textes sacrés où Dieu le père et son fils ont encore de l’audience. La médiatisation de la papauté et l’origine chrétienne de l’Occident depuis le Moyen-Âge n’est pas à occulter non plus. Il y aussi un transfert voilé du sacré à l’origine dans le pouvoir spirituel vers le pouvoir temporel, la république restant malgré tout un lieu-dit sacré. Mais fondamentalement, là où se pose la question de la contemporanéité des valeurs érigées par le fondamentalisme religieux dans la culture occidentale, ce n’est pas tant à l’origine de la comparaison de Dieu le fils avec Mahomet, l’un étant meilleur que l’autre, mais plutôt par rapport à la liberté humaine gagné au prix de la sécularisation, une sécularisation dont jouie quand même le monde arabo-musulmam, les fondamentalistes inclus, ne serait-ce qu’au niveau des réseaux de communications, les armes utilisées par les terroristes pour commettre leurs forfaits, les libertés citoyennes liées à la pratique démocratique des pays occidentaux.

Il y a quand même opposition de deux figures du sacré, une séculière et temporelle, et l’autre figure, théocratique et spirituelle. La défense d’une image de Dieu le fils importe peu dans le monde séculier, le soin étant laissé aux églises abandonnées par les fidèles de s’occuper de ce qui de droit leur revient. Ce qui passe aujourd’hui dans ce choc de civilisations, c’est beaucoup plus une guerre des mondes, où s’oppose le sacré laïque, contre le sacré clérical. Chaque camp s’attaquant aux croyances de l’autre. Les symboles du monde séculier, convertis en la consécration de l’homme, (qualité de personne et de citoyen), de la valeur d’échange de l’argent (le capitalisme à travers l’économie libérale), et l’organisation du pouvoir temporel (la démocratie), les intégristes n’ont pas moins fait, sinon plus, que de s’attaquer à ce que l’Occident à de plus sacré, ses croyances fondamentales. La caricature même si elle a été faite après coup en s’inspirant d’une certaine logique intégriste, coutumière malheureusement de la terreur et de la violence aveugle, elle n’est pas anodine, elle est comme une réponse du berger à la bergère. Partant du principe d’une guerre où la cible est la profanation du sacré, ceux qui ont fait la caricature et ceux qui l’ont reproduit se sont dit : nihil obstat! La guerre des mondes prend un tournant et risque de dépasser le cadre des groupes non politiques pour devenir une affaire politique. Elle embarquera l’ensemble des deux mondes. Qui sera vainqueur, qui sera vaincu? Qui voudra bien perdre ses prérogatives dans cette lutte sans issue, les descendants d’Issac, ou ceux d’Ismaël? Et de l’Afrique qu’en sera-t-il?


Korh l’Africain. Le 05 mars 2006.
 


1. Jürgen Habermas, « Foi et savoir », in L’avenir de la nature humaine. Paris, PUF, 2003.

2. Marcel Gauchet, La religion dans la démocratie. Ed Gallimard, 1988.

3. Régis Debray, Ce que nous voile le voile. La République et le sacré. Gallimard, 2004.

4. Jürgen Habermas, « Foi et savoir », in L’avenir de la nature humaine, Paris, PUF, 2003.

5. Y. Charles Zarka, Cynthia Fleury, Difficile tolérance, PUF, 2004.




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