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La fuite des cerveaux - la santé en danger
De très nombreux médecins et infirmières quittent l'Afrique pour chercher
à l'étranger de meilleurs salaires, ce qui provoque une "fuite des
cerveaux" préjudiciable à la lutte contre le sida, ont déclaré des
médecins américains.
L'Afrique, particulièrement touchée par la pandémie, qui a déjà fait 20
millions de morts dans le monde, doit recruter des dizaines de milliers de
professionnels de santé si elle veut pouvoir fournir des médicaments à
tous ceux qui en ont besoin.
Mais pour le moment, de nombreux médecins africains, ainsi que des
infirmières, partent chercher du travail dans les pays développés,
notamment en Grande-Bretagne où les services de santé sont confrontés à
d'importants problèmes d'effectifs.
"Nous sommes face à un terrible paradoxe : comment est-il possible
d'espérer répondre aux besoins des malades du sida alors que la main
d'oeuvre décline et que l'on s'attend à ce qu'elle décline de plus en
plus", a déclaré à la presse Leonard Rubinstein, directeur de
l'association Médecins pour les droits de l'homme.
Dans un rapport publié à l'occasion de la 15e conférence internationale
sur le sida qui se tient actuellement à Bangkok, en Thaïlande, Rubinstein
demande que le recrutement de professionnels de santé originaires
d'Afrique sub-saharienne soit soumis à des restrictions.
Il exhorte également les pays donateurs à financer des hausses de salaires
en Afrique pour les professionnels du secteur.
"UN MANQUE DRAMATIQUE DE PROFESSIONNELS"
En décembre dernier, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait fixé
comme objectif de permettre à trois millions de personnes vivant dans des
pays en développement d'avoir accès aux médicaments antirétroviraux d'ici
fin 2005. Aujourd'hui, seuls 440.000 malades en bénéficient, dont 150.000
en Afrique.
Le problème du diagnostic, du traitement et de la surveillance des malades
du sida en Afrique a été l'un des thèmes majeurs de la conférence de
Bangkok et a encore été souligné mercredi par Randall Tobias, qui dirige
la lutte contre la maladie aux Etats-Unis.
"Dans des endroits comme l'Afrique, les Caraïbes ou l'Asie du Sud-Est, il
y a un manque dramatique de professionnels de santé et d'infrastructures",
a-t-il dit.
"Tous les médicaments anti-sida du monde ne serviront à rien s'ils restent
dans des entrepôts."
En Afrique du Sud, qui compte le nombre de malades le plus élevé au monde,
32.000 postes d'infirmiers sont vacants. Au Malawi, seuls 28% des postes
d'infirmiers étaient pourvus en 2003, contre 47% en 1998. En Zambie, seuls
50 des 600 médecins formés depuis l'indépendance de 1964 vivent toujours
dans le pays.
La plupart de ces professionnels, anglophones, sont partis en
Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ou en
Nouvelle-Zélande à la recherche d'un travail mieux rémunéré.
"Ils s'en vont au moment où le plan adopté par l'OMS nécessite une hausse
massive des effectifs dans le domaine des soins de santé. Ces effectifs
doivent être doublés, parfois triplés, parfois même quadruplés", a déclaré
Rubinstein.
Plus des trois quarts des pays d'Afrique sub-saharienne sont en dessous du
seuil minimum de 20 médecins pour 100.000 habitants fixé par l'OMS.
Dans 13 pays, on compte cinq, ou moins de cinq médecins pour 100.000
habitants.
par Ben Hirschler
Source : www.reuters.fr
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