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Immigrantes d’Afrique
centrale au Canada
Problème de double culture ?
Après avoir mis en relief la condition féminine dans
la société à travers ses poèmes, ses romans, ses nouvelles et son
théâtre, la Congolaise Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, dans son
premier essai intitulé Les femmes d’Afrique centrale au Québec*, vient
de nous « décrire » le séjour des immigrantes dans ce pays,
particulièrement les vicissitudes qui marquent leur vie de couple avec
ses corollaires tels l’éducation des enfants et l’acceptation de la
double culture sous fond du choc de civilisations.
Les problèmes de l’immigration occupent une grande place dans la
politique des populations des sociétés occidentales. En général,
l’immigration au niveau social pose beaucoup de problèmes chez les
immigrants et particulièrement les femmes. Résidant au
Canada depuis plusieurs années, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud nous
révèle la vie des immigrantes dans une enquête qui devrait intéresser
les sociologues occidentaux et africains au moment où le monde, malgré
une lutte drastique contre l’immigration, se veut être paradoxalement un
village planétaire. Le Canada, pays développé, n’échappe pas aux
mouvements migratoires où, « tout en gardant certaines habitudes
culturelles, religieuses ou alimentaires, les groupes d’immigrés doivent
adopter les us et coutumes d’un Québec qui s’est fait en français au
cours des siècles de son histoire et qui entend rester français »1. Et
c’est ce Québec qui attire particulièrement les ressortissants de
l’Afrique centrale, car essentiellement francophone.
Métamorphose du couple ou crise identitaire des immigrantes ?
Pour avoir, elle-même émigré de l’Afrique en Occident, l’auteur n’a pas
eu de difficultés majeures pour mener sa réflexion en se fondant sur une
enquête au niveau des consoeurs immigrantes de l’Afrique centrale vivant
au Canada. La métamorphose des couples se réalise avec le choc des
civilisations et la position de l’homme qui croit perdre une partie du
pouvoir qu’il avait depuis le pays d’origine. Il est de même pour la
femme qui se voit « abandonnée à elle-même » par la nouvelle société. De
la vie du dehors au pays, elle tombe brusquement dans la solitude et
l’enfermement qui caractérisent la société occidentale. Et comme le
spécifie l’auteur, « c’est une femme déracinée, coupée de son pays, de
ses traditions (…) qui a perdu tous ses repères et qui se retrouve dans
un environnement souvent hostile » (p.25). Ainsi, on peut dire que
l’immigration impose beaucoup de problèmes au couple dans lequel l’homme
ne fait presque pas d’effort pour s’adapter aux nouvelles réalités du
pays d’accueil. Loin de certaines coutumes rétrogrades de leur pays
d’origine, les immigrantes découvrent les possibilités de s’affirmer
dans le couple mais elles doivent se confronter malheureusement à leur
mari, surtout quand il y a parrainage. Et comme le pense Sathoud, «
consciente de cette situation défavorable pour elles, les femmes
parrainées sont dans une situation d’extrême vulnérabilité, ; ils (les
hommes) en profitent souvent pour traumatiser leur conjointe qui se
trouve dans cette situation » (p.67). A la merci de l’homme pendant le
parrainage, la femme subit la terreur psychologique de l’homme et le
couple commence à se désintégrer de l’intérieur. D’un côté il y a l
‘homme qui fait chanter sa conjointe en la menaçant d’interrompre la
procédure du parrainage à tout moment, et de l’autre côté la femme qui
subit le poids de la souffrance morale et psychologique consécutive à
cette situation. Et dans cette société, les hommes sont étonnés de
constater malheureusement (et pourtant ils sont sensés de le savoir)
qu’ils se retrouvent en face des femmes « rebelles » auxquelles ils ne
peuvent imposer les réalités du pays d’origine. Pour l’auteur, « les
maris justifient souvent les actes qu’ils posent au nom des traditions
et des coutumes » (p.99). Et comme il est souvent difficile d’intégrer
certaines coutumes qui ne reflètent pas du tout la façon de vivre du
pays d’accueil, s’en suit une cacophonie entre les époux. Ainsi les
hommes agressent verbalement leurs épouses quand celles-ci découvrent
l’aide que peuvent leur apporter les travailleuses sociales qui
s’occupent des problèmes de couple. Et quand la femme ayant découvert
ses droits s’impose au niveau du couple, son mari exerce sur elle une
violence psychologique pour montrer que le comportement de cette
dernière ne rime pas avec les coutumes africaines. Dans cette nouvelle
société où la communauté a une grande importance, les couples ont du mal
à se maintenir, constat de l’auteur : « Ainsi, le dénigrement des amis
peut parfois avoir une incidence sur le comportement du couple (…)
amenant les conjoints à se conformer en apparence aux normes culturelles
de conduite entre époux (p.118). Et dans un couple où la femme veut
affirmer ses droits et où l’homme essaie de s’imposer
traditionnellement, se réalise avec le temps l’incompatibilité de vivre
à deux et s’ensuit le divorce avec toutes ses conséquences telles la
fragilité de l’éducation des enfants et l’acceptation de la double
culture.
L’école chez les enfants des immigrantes : une éducation aléatoire
Ayant été scolarisées dans leur pays d’origine, les
immigrantes au Canada se trouvent confrontées à un autre système
d’école, bien que se reposant sur la francophonie. Du système éducatif
au Québec, les immigrantes africaines remarquent une grande différence
avec celui de leur pays. Si au niveau de l’apprentissage, les conditions
de travail dans le scolaire sont largement appréciées, il n’en est pas
pour la liberté d’agir et de dénoncer que l’on donne aux enfants. Très
tôt, ces derniers sont paradoxalement responsabilisés dès leur jeune
âge. Ainsi l’école apparaît comme un handicap pour les immigrantes qui
veulent être regardantes comme l’étaient leurs parents vis-à-vis
d’elles. Et nous pouvons le constater dans ces propos ci-après : «Nous
avons reçu une éducation différente de celle-ci (…) Nos parents étaient
sévères avec nous (…). Ici, on n’a presque pas d’autorité sur les
enfants, car ils font ce qu’ils veulent. Même quand on veut les orienter
dans une formation, il faut que l’enfant puisse avoir le dernier mot »
(p.109). Protégé par les droits que lui octroie la société et suivi
particulièrement par sa mère, l’enfant se voit tiraillée par deux
cultures : celle qui surgit du maternel et celle que lui donne la
société canadienne à travers l’école. Et dans cette nouvelle société,
l’immigrante constate que « c’est le modèle de la femme épouse et mère «
moderne », heureuse de se consacrer à l’éducation des enfants qui domine
»2 quand les immigrantes s’efforcent tant bien que mal à préserver le
couple.
Les immigrantes et la double culture : un avenir indéfini pour les
enfants
Malgré les bonnes conditions dans lesquelles étudient
leurs enfants, les immigrantes s’inquiètent un peu de leur avenir qui «
se développe » en marge des réalités de leur pays d’origine. Mais avec
l’arrivée des nouvelles technologies de communication qui influencent le
monde des enfants, l’éducation de ces derniers se trouve travestie par
l’actualité tel que l’Internet qui bouscule la curiosité des enfants.
Ceux-ci sont plus proches de l’Internet, avec tous ses avantages et
inconvénients, que de leurs parents.
Eduquées par la famille dans leur enfance, les
parentes immigrantes se trouvent dépassées par les métamorphoses
sociales qui ont marqué le monde des enfants. Mais l’avenir de leur pays
d’origine en particulier et celui du continent conduit ces femmes à
accepter cette éducation fondée sur la double culture : « Il est donc
permis de rêver que les enfants africains éduqués dans les pays
occidentaux, qui apprennent les valeurs démocratiques que les sociétés
modernes ont acquises au fil de leur histoire, aient le goût de
retourner au pays de leurs ancêtres pour transmettre ces valeurs et
bâtir un monde meilleur » (p.134). Mais les dirigeants
africains auront-ils entre temps le courage et la volonté de mettre de
l’ordre dans leur pays où démocratie rime avec pagaille, situation qui
freine les bonnes volontés de s’épanouir ?
Pour conclure En dehors des problèmes de couple
et d’éducation des enfants des immigrantes au Canada, le livre de
Ghislaine Nelly Huguette Sathoud se définit comme une étude qui met en
exergue les causes de l’immigration des femmes de l’Afrique centrale,
tout en révélant les us et coutumes des pays d’origine ayant marqué ces
dernières avant de prendre le chemin de l’exil. Un livre qu’il faut lire
pour comprendre les tenants et aboutissants des changements qui
s’opèrent au niveau de la diaspora africaine où les hommes semblent
s’imposer impérativement devant leeurs conjointes malgré la place
importante qu’elles occupent maintenant dans le développement du
continent.
Noël KODIA
* Les femmes d’Afrique centrale au Québec, Ed. L’Harmattan, Paris, 2008,
135p.
Notes
1 Françoise Tétu de Labsade, Le Québec, un pays, une culture, Ed.
Boréal/Seuil, Québec/Paris, 1990, p.72
2 Yves-Henri Nouilhat, Le Québec de 1944 à nos jours, Ed. Imprimerie
nationale, Paris,1992, p.195
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Noël Kodia
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