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Egypte
antique et Afrique noire: une parenté méconnue et occultée
Introduction
Avant de développer ce thème qui est d’une haute portée pour le devenir
du peuple noir, parce que le monde se fait sans nous, et contre nous, y
compris notre propre destin., j’aimerais rendre hommage à un homme qui
tout au long de sa vie à essayer de poindre la lumière de la vérité sur
ce sujet malgré tout l’arsenal des forces négatives mis en branle contre
lui. Cet homme est le Professeur Cheikh Anta Diop, qui disait : « Autant
un occidental aujourd’hui encore en lisant un texte de Caton ressent
l’écho de l’âme de ses ancêtres, autant la psychologie et la culture
révélées par les textes égyptiens s’identifient à la personnalité
nègre ».
Depuis que l’homme sait réfléchir et penser, c’est à dire l’homo sapiens
sapiens, il a toujours été hanté par une question fondamentale : Qu’y
a-t-il après la mort ? Les pharaons ont trouvé la réponse : l’homme dans
son intégralité se compose de l’enveloppe charnelle et de l’âme. L’âme
est immortelle. Mais la découverte la plus intéressante des pharaons est
de faire une distinction entre l’immortalité de l’âme qui par définition
est accessible à tout être, et rentrer dans l’éternité qui demande une
conformité complète aux prescriptions des lois de Dieu. Ce que les
anciens égyptiens appellent le Maât (1)(la vérité-justice, l’harmonie,
l’équilibre).
Il ne m’est pas permis d’affirmer que les Pharaons sont assis à la
droite de Dieu, mais je peux certifier qu’ils sont rentrés dans
l’éternité ici bas. Car il n’y a pas un seul jour que Dieu ait fait sans
qu’on ne parle des anciens égyptiens. Il suffit de voir les foules
défiler tout le long de l’année le long du Nil en Égypte malgré le
risque d’attentats. Il en est de même dans les musées d’exposition sur
l’Égypte pharaonique.
En réalité l’Égypte antique fascine et passionne.
Ce phénomène peut s’expliquer par : l’antiquité, la longévité, la
munificence et l’influence de cette civilisation. Les réminiscences
bibliques, à travers le geste de Moïse, qu’évoque le pays de Ramsès
ajoutent également à son attrait. Cette dimension religieuse et mystique
fait que l’Égypte est aussi perçue comme la terre des mystères et des
sortilèges. Nombre de mouvements ésotériques, y situent la source de
leur inspiration et de leur doctrine y compris la Franc-maçonnerie.
Mais pour bon nombre de personnes, reliée l’Égypte pharaonique à
l’Afrique relève d’une incongruité notoire. L’africanité de l’Egypte, au
double sens anthropologique et culturel, s’en trouve ainsi minorée sinon
implicitement déniée. Tel est l’effet pervers de la mythification qui
entretient un flou artistique autour de l’identité de l’Égypte des
pharaons.
Car, dans l’inconscient collectif voire pour l’opinion commune et même
la gente savante, y compris la fraction la plus indulgente et la moins
sujette aux idées préconçues, il est proprement inconcevable sinon
complètement absurde que l’Afrique et surtout les Africains, tels qu’ils
se donnent à voir aujourd’hui et, suivant une opinion répandue, au
regard de la médiocrité apparente de leurs « apports » à la culture
universelle, aient été capables de produire, par eux-mêmes, sans
concours extérieur, donc européen, une civilisation aussi remarquable et
aussi durable. L’hypothèse est même d’autant plus irrecevable que
l’Occident moderne place l’expérience historique égyptienne dans la
généalogie de sa propre civilisation, ne serait-ce qu’à travers
l’hellénisme et le judéo-christianisme, qui doivent effectivement
beaucoup à l’Egypte. Pour autant, pour avérée que soit cette filiation,
elle ne fait pas de l’Égypte une civilisation occidentale ni encore
moins des Egyptiens un peuple leucoderme. Ce serait une annexion
illégitime et une identification forcée et fallacieuse.
Jean Vercoutter(2), l’un de ceux qui soutiennent toute honte bue, que
les Egyptiens étaient des Blancs, tandis que le préfacier de l’ensemble
de l’édition reconnaissant lui-même l’incongruité de cet arrimage de l’Egypte
antique à l’Occident. C’est par un phénomène de bifurcation et par les
contingences de l’histoire universelle que les legs de l’Egypte ont échu
à la Grèce, qui a su, heureusement, le faire fructifier. Aussi,
reconnaître quelque dette à l’égard du Noir, fantasme répulsif, figure
de l’altérité radicale dans toute son inquiétante étrangeté, pour des
peuples qui se croient et se définissent comme « la fraction
intelligente de l’espèce » ou « la race supérieure ou plus exactement
arienne», selon Gobineau, le grand prêtre du racisme, serait
psychologiquement douloureux. Volney comme Champollion, chacun à son
époque, n’ont pas manqué de souligner avec beaucoup de lucidité et de
franchise ce dilemme. Frobenius(3), célèbre ethnologue allemand, l’un de
ceux qui ont à faire connaître et reconnaître les arts et les cultures
de l’Afrique, mais néanmoins membre du parti nazi, affirmait que
l’Européen avait peine à se représenter l’Égypte comme située en
Afrique. Ce serait donc un accident de l’Histoire et un caprice de la
Géographie que cette localisation soit en Afrique.
Aussi, d’autres s’acharneront à l’en détacher et à l’en faire sortir de
manière fantasmatique. Car, dans l’échelle des valeurs symboliques,
l’Afrique dévalorise et l’Orient ennoblit. Bel exemple de schizophrénie
raisonnante, qui conduira de nombreux auteurs à inventer la catégorie
anthropologique abracadantesque, désignée d’un oxymoron, de « Blanc à
peau noire », pour qualifier Egyptiens, Nubiens, Abyssins et même les
Tutsis du Burundi et du Rwanda jusqu’aux Massaïs du Kenya. Ces blancs à
peau noire sont subsumés sous le concept générique de « Chamite » ou « Kamite »
ou encore « Hamite », affecté d’un coefficient mélioratif. De telles
affirmations dans leur aberration notent, l’aporie d’une épistémologie
pervertie par l’idéologie.
La réalité contemporaine de l’Afrique et l’imagerie qu’elle charrie, la
surenchère sinistrosoïdale des médias sur le thème de l’afropessimisme,
hypothèquent lourdement l’hypothèse d’une Egypte noire. A voir l’état
pitoyable et l’image désastreuse de l’Ethiopie actuelle, l’ancienne
Abyssinie ou Axoum, le royaume de la Reine de Saba des chroniques
judaïques et chrétiennes, qui pourrait se douter qu’elle fut du 4e au 7e
siècle l’une des quatre grandes puissances au monde, du monde connu tout
au moins, en compagnie de l’Empire romain, l’Empire byzantin et l’Empire
perse sassanide ? Tel est le destin des peuples que celui de la fatalité
de la décadence.
Ce sont donc toutes les falsifications de l’histoire qui tissent la
trame du mythe égyptologique classique, et qu’il faudrait s’appliquer à
déconstruire.
La négritude des Egyptiens était pour les Anciens une donnée immédiate
de la perception et un savoir partagé. Les Grecs reconnaissaient tout
unanimement leur dette culturelle et morale à l’égard de l’Egypte, à qui
ils sont redevables de l’essentiel de leur savoir et de leurs croyances.
A ce sujet, Hérodote invoque des arguments d’ordre anthropologique et
d’ordre culturel. Ces deux points serviront d’articulation à notre
exposé.
Iere partie : Parenté anthropologique des Africains et des Egyptiens
Les textes canoniques des tombeaux des pharaons et les témoignages
unanimes des auteurs grecs soulignent avec force l’appartenance des
égyptiens anciens et des Nubio-soudanais à la même race : celle des
nègres.
Tous les témoins oculaires affirment que les anciens égyptiens étaient
des nègres. Hérodote témoignent qu’ils sont noirs et qu’ils ont les
cheveux crépus. Puis faisant preuve de courage et d’honnêteté Hérodote
fait un rapport sur ce qu’il a vu en Egypte pharaonique, et de conclure
: « la Grèce a pris à l’Égypte tous les éléments de sa civilisation,
jusqu’au culte des Dieux, et c’est bien l’Égypte qui est le berceau de
la civilisation occidentale ».
Les recherches archéologiques
Les résultats des fouilles ont levé le voile sur l’une des pages les
plus importantes de l’histoire de l’humanité : l’épopée du peuple ANOU.
Ainsi, à l’issus de travaux, Amélineau déclara :
« Des diverses légendes égyptiennes, j’ai pu conclure que les
populations établies dans la vallées du Nil, étaient de race nègre,
puisque la déesse Isis est dite être née sous la forme d’une femme rouge
noire, c’est à dire ainsi que je l’ai expliqué, avec la couleur café au
lait que présentent certains individus de race nègre dont la peau semble
avoir des reflets métalliques de cuivre »(4).
Amélineau démontre ainsi que la population africaine qui a colonisé la
vallée du nil s’appelle ANOU. Elle a descendu graduellement le Nil et a
fondé entre autre les villes d’Esneh, d’Erment, de Qouch et surtout
d’Héliopolis.
Il est aisé d’admettre que l’occident par l’intermédiaire de la Grèce
antique est tributaire de l’Égypte ancienne.
b) L’éclairage des récentes découvertes scientifiques
Jusqu’alors nous n’avons allégué, en faveur de la négritude des pharaons
et de leurs peuples, que des arguments de texte, tirés principalement
d’observations d’auteurs de l’Antiquité. Mais les sciences modernes ont
largement contribué à reconsidérer les fondements épistémologiques de
cette question cardinale et à réorienter les perspectives.
La mesure du taux de mélanine sous l’épiderme est assurément le test le
plus probant pour la détermination du type anthropologique ou racial
d’un individu. L’expérience est élémentaire et facile à réaliser,
quasiment infaillible et donc incontestable. La mélanine n’étant guère
biodégradable, se conserve longtemps, y compris sur les momies les plus
anciennes. On l’a proposé, Cheikh Anta Diop notamment, lors du fameux
colloque du Caire de 1974 pour la momie de Ramsès II, à partir d’un
millimètre de peau, mais les responsables du musée égyptien s’y sont
énergiquement refusé. Comme ils ont poliment décliné l’offre présenté
par des scientifiques japonais d’analyser l’ADN du célèbre pharaon à
l’aide d’un nouveau type d’appareil super-performant, qu’ils étaient
prêts à céder par la suite au musée. Nombre de scientifiques et les
musées, on s’en doute et on le sait, celui de Londres notamment, ont
naturellement procédé à l’expérience, sans prendre la peine,
curieusement, d’en publier les résultats. Complot du silence ? La
question reste posée.
Mais certains, heureusement, ne s’en sont pas privé, sans que cela
n’attire la curiosité générale. Eric Crubézy, professeur d’anthropologie
à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, signale, dans un article
intitulé les résultats de l’analyse de l’ADN de deux corps inhumés dans
la nécropole d’Aïdama, dans le sud égyptien, 3700 avant J.-C. :
« Celui-ci [l’ADN] les apparente aussi à des populations d’origine
subsaharienne, ce que confortent les éléments morphologiques et
épidémiologiques concernant l’ensemble de la population » (Fin de
citation) (Cf. « Les surprises de l’ADN ancien – Une technique miracle à
manier avec précaution »La Recherche, n°353, mai 2002, pp. 44-47).(5)
Gilbert Charles de l’Hebdomadaire français L’Express, rendant compte
d’une analyse génétique de fossiles égyptiens, écrit : « D’autres
recherches sont en cours, qui pourraient notamment confirmer l’hypothèse
lancée il y a quelques mois par des biologistes américains : la
civilisation des pharaons aurait été bâtie par des descendants de
populations venues d’Afrique noire… » (Fin de citation) (Cf. « Les gènes
fossiles du Dr Pääbo », L’Express, 5 décembre 1991, pp. 104-106.(6)
L’évolution des découvertes scientifiques a apporté la confirmation de
l’Égypte des pharaons comme peuples nègre.
Ainsi une gigantesque étude menée en 2000 par le département
d’immunologie et de biologie moléculaire de Madride en Espagne et le
laboratoire de dépistage de groupe humain et de transfusion sanguine de
Skopje en Macédonie avait pour but de déterminer avec précision,
l’origine des premiers habitants de la Grèce antique.
Cette étude a donc réunit une large palette de scientifiques.
Pour la mener à bien, de nombreux prélèvements sanguins ont été réalisés
sur trois zones géographiques :
Le monde européen (français, italiens, espagnols, portugais, grecs
macédoniens, crétois, etc…).
Le monde sémitique (Maroc, Algérie, Turquie, Iran, Arménie, Egypte
actuel, Israël, Liban etc…..).
Le monde africain (Sénégalais, Mossi, Rimaibe, Fulanie, Oromo, Ahmora,
Bushmen, Afrique du sud).
Toutes les séquences ADN des peuples ont été examinées, analysées et
classées, afin de dégager les séquences communes aux traces d’ADN
relevés sur les habitants actuels de la Grèce.
Et bien vous ne devinerez jamais les premiers habitants de la Grèce
antique possédaient une origine ethnique sub-saharienne(Ethiopienne),
qui les sépare nettement des autres groupes d’ADN du type méditerranéen.
Seuls les Grecs anciens et les Africains partagent une séquence commune
d’ADN. Les distances génétiques sont donc plus proches entres grecs
anciens et les Africains que tous les autres groupes humains.
c) Que disent les égyptologues à propos de la négrité de l’Égypte
pharaonique
La théorie de Cham tirée de la Genèse
Mais en règle générale, c’est l’hypothèse chamitique que l’on invoque,
et qui, en dépit de son caractère notoirement aberrant, s’avère
décidément bien pratique pour les falsificateurs de l’histoire
Par hypothèse ou théorie ou encore mythe chamitique, on entend la
conception qui vise à diviser les Noirs en deux catégories : d’une part,
les Noirs supérieurs, délavés, aux traits dits fins et à l’intelligence
supérieure, peut-être issus d’un métissage avec des peuples blancs,
appelés éthiopiens ou « chamites », « kamites » ou encore « hamites »,
de Cham, fils de Noé, ce sont des « blancs à peau noire » ; d’autre
part, les « Noirs proprement dits », telle est l’expression employée à
leur sujet, ou les Nègres, aux traits censément grossiers, prognathes et
brachycéphales, « négroïdes », arriérés et stupides, dénués
d’intelligence et de culture. Il est posé comme postulat que toutes les
réalisations culturelles de valeur en Afrique ne peut qu’être le fait de
Chamites, sinon de Blancs. Moyennant quoi, les ruines du Zimbabwe en
Afrique australe par exemple, serait l’œuvre de Syriens ou de Phéniciens
ou des Hébreux, envoyés par le roi Salomon. Quiconque se hasardait à
défendre une thèse contraire, celle d’une paternité endogène, sous le
régime ségrégationniste et fascisant de Ian Smith à l’époque de la
Rhodésie de l’apartheid, était passible de prison ou d’expulsion, s’il
était étranger. Aujourd’hui, concernant l’Egypte, le mythe chamitique
est en perte de vitesse, même s’il est toujours sournoisement à l’œuvre
et se dissimule sous la thèse du métissage, demi-mesure équivoque
consolante.
La distinction Chamite/Nègre n’est qu’un avatar du mythe aryen, la
transposition dans le contexte noir et africain du couple notionnel
mortifère Aryen/Sémite. L’acclimatation a été à ce point réussie, le
schème a été à ce point approprié par les Africains eux-mêmes, que le
cocktail a produit les mêmes résultats funestes qu’en Europe : le
génocide Rwandais. Hutus et Tutsis, s’étant emparé, par calculs
politiques, des théories fumeuses enseignées par les colonisateurs
européens, se conçoivent en effet comme deux races distinctes. Bel
exemple de fantasme auto-réalisateur et auto-destructeur.
Pour les tenants de la théorie chamitique, y compris Gobineau, la bible
aurait complètement ignoré les « Noirs proprement dits », et n’aurait
parlé que de Blancs, notamment dans leurs variantes chamitiques. Mais
les inférences aventurées tirées des textes saints sur Cham et sa
descendance, sont en contradiction avec les données bibliques
elles-mêmes, ou du moins avec les traditions juives, chrétiennes et
musulmanes, qui font de Cham l’ancêtre généalogique des peuples Noirs,
au nombre desquels on compte les Egyptiens. D’après le Livre de la
Genèse, les enfants de Cham sont : Canaan (Palestine), Koush (Ethiopie),
Mitsraïm (Egypte), Saba (Yémen Arabie du Sud), etc. L’interprétation
exégète de la bible, qui a permis l’essor de la linguistique moderne, en
raison de l’exactitude de la géographie humaine du récit sacré, a
également servi à l’oppression des Noirs, par l’Europe chrétienne, ainsi
qu’on l’a vu (Genèse, 9 : 20-23). La tradition judaïque et les textes
talmudiques brodent à satiété sur la faute et la punition de Cham, dont
la charge pèse sur sa descendance :
« D’autres disent que Cham émascula lui-même Noé, lequel se réveillant
de son sommeil d’homme ivre et réalisant ce qu’on lui avait fait
s’écria : « Désormais je ne peux plus engendrer les quatre fils dont
j’aurais donné l’ordre que les enfants te servent toi et tes frères ! Il
faut donc que ce soit Canaan, ton premier, qu’ils prennent pour esclave.
Et comme tu m’as rendu incapable de faire de vilaines choses au plus
noir de la nuit, les enfants de Canaan naîtront vilains et noirs ! De
plus, puisque tu t’es contorsionné pour voir ma nudité, les cheveux de
tes petits enfants s’entortilleront jusqu’à devenir crépus, et ils
auront les yeux rouges ; en outre, puisque tes lèvres ont plaisanté sur
mon infortune, les tiennent vont enfler ; et puisque tu as manqué
d’égards pour ma nudité, ils iront tous nus et leur membre viril
s’allongera ignominieusement ». Les hommes de cette race sont appelés
nègres ; leur ancêtre Canaan leur commande d’aimer la fornication, de se
liguer en haine de leurs maîtres et de ne jamais dire la vérité » (Fin
de citation) (Cf. Robert Graves et Raphaël Pataï, Les mythes hébreux,
Fayard, 1987, pp.131-132).(7)
Dans la version proposée par Louis Guinzberg (Les légendes juives, T.1,
Editions du Cerf/Institut Alain De Rothschild, 1997, p. 124.), les
propos sont quelque peu édulcorés, et, par exemple, l’allusion à la
noirceur de la peau a disparu, et l’on ne parle que de cheveux bouclés
au lieu de crépus. Les chrétientés européennes ont généralement suivi
cette lecture dénigrante, au sens propre du mot, rendre noir. Dans
l’exégèse islamique, comme celle de Tabari, Cham, blanc à l’origine, est
devenu noir, du fait de la malédiction. En dépit des incohérences et des
contradictions des différentes interprétations, y compris modernes, la
négritude de Cham demeure un invariant, une constante de l’exégèse. Et
même si l’Egypte ancienne répond difficilement à ce portrait peu
flatteur, au physique comme au moral, sa négrité n’en est en rien
affectée. L’une des conséquences de ce fait est de mettre en débat
l’identité ethnique de Moïse. Mais cela nous conduirait trop loin, et ce
n’est pas l’objet de la rencontre d’aujourd’hui.
Mais on ne peut se satisfaire d’une aussi grotesque imposture et d’un
mensonge sur les paroles du Dieu vivant. Car Dieu qui a créé ses enfants
à son image et a prêché l’amour en envoyant son fils se sacrifier pour
nous sauver du péché, ne peut jeter une malédiction sur sa propre
création.
L’homme dans sa recherche coûte que coûte du pouvoir a travesti la
vérité pour séparer les enfants de Dieu afin d’instaurer la division par
la falsification afin de mieux régner. Alors j’ai cherché la vérité.
J’ai consulté les manuscrits de la mer morte qui passent pour être en
quelque sorte, l’original de la Bible, et que dit le passage en question
tiré des textes de Qumran traduits et annotés, édition Letouzey et Ané
page 226. Je cite : L’épisode de la vigne et l’ivresse de Noé :… « et
je commençai moi et tous mes fils à cultiver la terre et je plantai une
vigne sur le mont Lubar et en la quatrième année, elle me fit du vin…
Et je commençai à boire le premier jour de la cinquième année..
j’appelai mes fils et toutes nos femmes et leurs filles et nous fîmes
une réunion de fête….
Nous avons béni le Seigneur du ciel, le Dieu Très Haut et le Grand
Saint, parce que nous avions échappé à la destruction (le déluge).
Je pose la question où est passé le passage de la malédiction de Cham ?
Aucune trace, envolé volatilisé. Comme le disait un homme politique
français PSCHIITT ! ! ! !
Que dit la science ?
La Bible affirme que Sem serait le premier fils, Japhet le second et
Cham le dernier fils de Noé (ou le second selon les cas).
La science en révélant que l’homme est né en Afrique, fait de Cham le
premier fils de façon indiscutable. Qui a raison ? Dieu qui a créé son
premier fils en Afrique ou le passage cité en référence ?
Par ailleurs Canaan ne se trouve pas en Afrique mais il s’agit de
l’actuel Israël.
Où est la vérité ?
La première monture du texte dit que Noé a voulu faire un rituel
religieux avec le vin, sous la tente, pour invoquer Dieu. Cham, intrigué
a pénétré sous la tente en plein rituel et a vu Dieu parlé à Noé. La
-dessus, son père lui a dit : « Mon fils tu as vu la vérité dans sa
nudité. Te voilà chargé de la mission de guider tes frères vers cette
vérité » (8)
d) des idées reçues et leur vulgarisation pour une hiérarchisation des
races
Il faut revenir à la formation des idées reçues, et des à priori, qui
collent à la peau de manière injuste et injustifiée.
Lorsque vous prenez n’importe quel dictionnaire le mot noir signifie :
funeste, symbole de mélancolie de pessimisme et de désespoir etc…..
Dans le même dictionnaire vous prenez le mot blanc, et vous avez pure
couleur, immaculé, innocent. Blanchir : rendre propre, être innocenté
etc…
Venons en dans les inscriptions hiéroglyphiques des pharaons, le verbe
desher en égyptien signifie être rouge, devenir rouge , mais aussi
terrifier.
Le verbe Kem en égyptien signifie noir être noir et veut dire aussi
mener à bien, s’élever à, accomplir, payer, compter, servir à, complet,
parfait, obligation, devoir, est donc tout ce qui va dans le sens de la
vérité-justice, l’équilibre cosmique c’est-à-dire la Maât dans la langue
égyptienne.
Par contre le verbe hédji en égyptien tiré du mot hedj (blanc) veut dire
être blanc, mais aussi détruire, être un peu simplet, anéantir, tuer,
abattre, périr, renverser, désobéir , annuler, endommager. Bref d’après
les textes égyptiens hédji va dans le sens du désordre c’est-à-dire
Iséfèt en Egypte et de Seth, le Dieu roux à peau claire, assassin
d’Osiris dans la ville de Nédit.
Dans les documents cités par Fontanes dans Arya il est dit ceci : « Les
pharaons nègres utilisaient ces tribus à la peau blanche dites
(libyennes) comme des mercenaires. Ces blancs, blonds aux yeux bleus, et
tatoués sur tout leur corps, formaient des hordes sauvages dans la
région occidentale du Delta où leur présence n’est reconnue
historiquement qu’à la 18è dynastie. Les Egyptiens ont toujours
considéré les Libyens comme de véritables sauvages, rebelles à la
civilisation, et avec eux ils n’avaient garde de se confondre. Ils
daignaient tout au plus en faire des mercenaires ».
Par ailleurs la description que Hérodote nous donne montre que, jusqu’à
la fin de l’histoire égyptienne, les Libyens c’est à dire les
leucodermes, sont restés au dernier degré de la civilisation et que le
terme civilisé quel que soit le sens qu’on pourrait lui appliquer ne
saurait leur être appliqué.
On peut donc rester perplexe devant les tentatives qui sont faites pour
imputer aux libyens la civilisation égyptienne.
Encore à propos des libyens (blancs), Cheikh Anta Diop dit : « les
données archéologiques ne permettent pas de retenir l’hypothèse d’une
race blanche originaire au cœur de l’Afrique, car l’histoire nous
apprend qu’ils étaient des barbares vivant à la périphérie de l’Égypte,
dans la région occidentale du delta, qu’ils ont servi de mercenaires, et
réfractaires à la civilisation au moment où le monde nègre étaient déjà
civilisé » nations nègres et culture page 155.(9)
Dans les affirmations des égyptologues, il faut noter les déclarations
pertinentes de Champollion lors de la découverte des tombeaux des
Pharaons dans la vallée des rois il disait ceci :
« véritables sauvages tatoués sur diverses parties du corps…, (enfin et
j’ai honte de le dire, puisque notre race est la dernière et la plus
sauvage de la série), les européens qui, ces époques reculées, il faut
être juste, ne faisaient pas une trop belle figure dans ce monde. Il
faut entendre ici tous les peuples de race blonde à peau blanche,
habitant non seulement l’Europe, mais encore l’Asie, leur point de
départ.
Je ne m’attendais certainement pas, en arrivant à Bilan-el-Molouk, à y
trouver des sculptures qui pourront servir de vignette à l’histoire des
habitants primitifs de l’Europe, si on a jamais le courage de
l’entreprendre.
Leur vue a toutefois quelque chose de flatteur et de consolant,
puisqu’elle nous fait bien apprécier le chemin que nous avons parcouru »
(p.276-278). (Fin de citation) (10)
C’est en Nubie berceau de la civilisation et de la religion que la
culture fit l’unicité matricielle entre l’Afrique et l’Égypte
IIe partie : Unicité de matrice culturelle cultuelle entre Afrique et
Egypte
Il reste maintenant à passer dans cette partie constructive, en
apportant les différents faits culturels et cultuels prouvant l’origine
nègre de la race égyptienne.
a) Les liens cultuels entre l’Égypte des pharaons et l’Afrique noire
Il est apparut aujourd’hui avec les différentes découvertes dans les
fouilles archéologiques et des textes sacrés égyptiens, que
l’eucharistie chrétienne est d’origine africaine. Il existe bon nombre
de « mystères » dans la religion chrétienne que nous dévoilent les
pratiques religieuses Osiriennes des égyptiens anciens. L’eucharistie
est l’un d’eux. Pour ceux qui sont chrétiens comme moi, savent que
l’eucharistie est le moment fort de la messe. C’est le moment où par
l’intermédiaire du prêtre, Jésus est sensé s’incarner dans le pain et
dans le vin, qui vont respectivement correspondre à son corps et à son
sang. Pourquoi et Comment ? c’est un mystère divin nous disent les
prêtres. Par la suite, les fidèles vont recevoir le corps du Christ.
Pour beaucoup, c’est le mystère central de la religion chrétienne qui
marque son originalité par rapport à toutes les autres religions. Ce
moment spécial a été pour certain, révélé par Dieu lui-même à Jésus qui
à son tour l’a révélé aux juifs. Du moins c’est ce que nous croyons.
Cependant voilà toute une autre lecture que nous apprend les nouvelles
découvertes archéologiques. Quelle est l’origine de ce mystère ? Si nous
admettons le fait que Moïse fut un guide spirituel du peuple hébreu, et
qu’il a reçu son enseignement religieux dans le temple égyptien
d’Héliopolis nous avons déjà fait un pas. Si nous admettons que les
Grecs ont attesté que les Ethiopiens, ancêtres des égyptiens anciens,
ont les premiers rendus dans l’antiquité un culte à Dieu, nous avons
déjà fait ensemble un deuxième pas.
Entrons maintenant dans le mystère.
A l’origine, les hommes considéraient que Dieu qu’ils appelaient (Neter)
et les siens appelés (Néterou) prenaient un repas rituel qui se
différenciait des offrandes que leurs déposaient régulièrement les
fidèles dans les temples par dévotion. Pharaon qui était censé être le
« SA RA », c’est à dire le fils de Dieu sur terre, devait, après tout un
rituel de purification, prendre part à ce repas spécial avec le divin, à
travers une cérémonie religieuse.
Le repas de nature varié(fruits, viandes, boisons) était d’abord purifié
avec de l’eau et de l’encens par les prêtres initiés. Par la suite, le
roi prenait par au festin dans un lieu sacré du temple, et se laissait
pénétrer par l’essence divine de Dieu et de ses Neterou et devenait à
son tour un immortel, c’est à dire un Osiris.
Par la suite vers le moyen empire, ce repas initiateur fut remplacé par
un simple pain ou gâteau, nommé « tehnem » et à certain niveau
d’initiation « Mesi » pour les fidèles. Celui-ci représentait
symboliquement le corps d’Osiris. Rompre le pain ou le gâteau
correspondait au fait de libérer la puissance d’Osiris, qui permettait à
l’initié d’effectuer le passage de la vie terrestre, vers la vie
éternelle. D’où le fait que ce rituel était particulièrement accompli
pour les défunts et les futurs défunts.
Alors qui est Osiris ?
De son vrai nom « wosiré » qui signifie celui qui veille sur le trône
divin, Osiris était pour les Africains anciens, un envoyé de Dieu dont
la mission fut de révéler aux hommes les us et coutumes de la vie
sédentaire (agriculture) et l’existence du divin.
Dans les textes sacrés des pyramides, il est rappelé à juste titre à
propos d’Osiris ceci : « L’être divin perpétuellement bon ». Il est
celui qui détient les secrets de la germination éternelle du corps de
Geb (Geb c’est la terre nourricière). C’est Osiris qui a introduit les
lois divines de Râ (Dieu), et régit l’univers entier : le Maât (la
vérité -justice).
Osiris symbolise donc la justice et l’amour du divin. Répondant à
l’appelle divin de parcourir la terre habitée avec divers spécialistes
(agriculteurs, architectes, musiciens, prêtres, etc…), pour enseigner à
l’humanité les us et attitudes humaines ainsi que les rituels religieux,
il eut une renommée internationale selon les dires même des Grecs
anciens (ex. Diodore de Sicile).
Dans les textes sacrets de Kemet il est appelé Kem Wour ce qui signifie
le « Grand Nègre ». Le professeur Assiouty dans son livre intitulé : les
origines égyptiennes du Christianisme et de l’Islam, édition Letouzet et
Anet 1989 dit ceci : « Le teint des hommes, en haute Egypte, brûlé par
le soleil, varie du brun jusqu’au noirâtre, au fur et à mesure que l’on
s’enfonce de plus en plus dans le sud. C’est ce teint noirâtre qui
distingue Osiris dans les textes des Pyramides et dans les anciens
monuments et papyrus d’Égypte et qui restera sa couleur jusqu’aux
premiers siècles chrétiens »
Par essence, le corps d’Osiris était associé à ce gâteau ou pain pour
les raisons suivantes. Tué par la mal (Seth), il ressuscita d’entre les
morts grâce à l’action de Dieu invoqué pieusement par sa femme Isis. Il
descendit par la suite dans la « Douat » c’est à dire le monde
souterrain pour y juger les âmes des défunts désireux de rejoindre Dieu
dans son paradis divin appelé le Sekhet Arou. Cela ne vous rappelle
rien ? «…..Il est mort, il ressuscita le troisième jour, il est assis à
la droite du père, d’où il reviendra pour juger les vivants et les morts
et son règne n’aura pas de fin…..».
Et bien cette expérience divine, Osiris l’avait déjà vécu 3000 ans avant
Jésus (11). Mais l’image d’Osiris restera fortement associée aux fruits
de la terre notamment blé, céréales, orges, et leur transformation en
nourriture pain ou gâteau. L’esprit d’Osiris résidait ainsi pour les
Egyptiens dans le blé.
Le pain ou gâteau appelé « Mesi » symbolise donc Osiris et le rompre en
plusieurs morceaux représente symboliquement sa passion, son dépècement
par Seth. On libère ainsi l’esprit d’Osiris qui par cet acte qui devient
une lumière céleste, solaire, spirituelle et divine. Vous l’avez
compris, les morceaux sont donc donnés aux fidèles. Cette action est un
symbole fort pour le Pharaon, car en mangeant la divinité il se fortifie
et s’assure la vie éternelle tout comme Osiris. Ainsi dans un hymne des
textes sacrés des Pyramides (formule 273-27 n°397), il est dit à propos
d’Osiris :
« Tu es le père et la mère des hommes,
ils vivent en ton souffle,
ils mangent la chaire de ton corps »
Par ailleurs Isis sœur et épouse d’Osiris est l’archétype de la figure
de la vierge et l’enfant, comme l’atteste le culte si répandu des
vierges noires en Europe continentale et méditerranéenne.
Pourquoi l’Europe a évangélisé l’Afrique ?
Il est communément admis par tout le monde y compris en Afrique que
l’Europe a évangélisé les nègres d’Afrique. Je vous livre en intégralité
le discours de bienvenu prononcé par Monsieur Jules RENQUIN, Ministre
des colonies de Belgique au Congo Belge en 1920 aux missionnaires
arrivés en Afrique :
Révérends pères et chers compatriotes, soyez les bienvenus dans notre
seconde patrie, le Congo - Belge. La tâche que vous êtes conviés à y
prendre part est très délicate et demande beaucoup de tact. Prêtres,
vous venez certes pour évangéliser. Mais cette évangélisation doit
s’inspirer de notre grand principe : Tout avant tout pour les intérêts
de la Métropole la Belgique.
Le but essentiel de votre mission n’est donc point d’apprendre aux noirs
à connaître Dieu. Ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent
à un Nzambé ou un Nvindi-Mukulu, et que sais-je encore. Ils se savent
que tuer, voler, calomnier, injurier est mauvais.
Ayez le courage de le reconnaître, vous ne venez donc pas leur apprendre
ce qu’ils savent déjà. Votre rôle consiste, essentiellement, à faciliter
la tâche aux administratifs et aux industriels. C’est donc dire que vous
interpréterez l’évangile de la façon qui sert le mieux nos intérêts dans
cette partie du monde.
Pour ce faire, vous veillerez entre autres à :
Désintéresser nos sauvages des richesses matérielles dont leur sol et
sous-sol regorgent, pour éviter que s’intéressant, ils ne nous fassent
une concurrence meurtrière et rêvent un jour de nous y déloger.
Servez-vous de l’évangile comme « Heureux sont les pauvres, car le
royaume des cieux est à eux », ou « il est plus difficile à un riche
d’entrer au ciel qu’à un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille »
Les contenir pour éviter qu’ils ne se révoltent. Pour cela enseignez
leur de tout supporter. Vous commenterez et les inviter à suivre
l’exemple de tous les saints qui ont tendu la deuxième joue, qui ont
pardonné les offenses, qui ont reçu sans tressaillir les crachats et les
insultes.
Les détacher et les faire mépriser tout ce qui pourrait leur donner le
courge de nous affronter. Je songe à leurs fétiches de guerre qui
prétendent les rendre invulnérables. Etant donné que les vieux
n’entendraient point les abandonner, concentrer vos actions sur les
jeunes, car les vieux vont bientôt disparaître.
Insister particulièrement sur la soumission et l’obéissance aveugles.
Cette vertu se pratique mieux quand il y a absence d’esprit critique.
Evitez donc de développer l’esprit critique dans vos écoles. Apprenez-
leur à croire et non à raisonner. Instituez pour eux un système de
confession qui fera de vous de bons détectives pour dénoncer tout noir
ayant une prise de conscience et qui revendiquerait l’indépendance
nationale.
Dites-leur que leurs statuettes sont les œuvres de SATAN. Confisquez-les
et remplissez nos musées. Faites oubliez aux noirs leur ancêtres. (il
fut un temps où mes aînés affirmaient sans rire que nos ancêtres étaient
des gaulois)
Ne présentez jamais une chaise à un noir qui vient vous voir, ne
l’invitez jamais à manger à la même table, ni dans la même salle que
vous, et ne dites jamais « vous » à un noir, il se croirait l’égal de
l’homme blanc
Considérer tous noirs comme des petits enfants et exiger qu’ils vous
appellent « mon père ».
Ce sont là, chers compatriotes quelques-uns uns des principes que vous
appliquerez sans faille. Vous en trouverez beaucoup d’autres dans des
livres et textes qui vous seront remis à la fin de la séance. Le roi
attache une importance particulière à votre mission.
Vous jouirez de la très grande protection des administratifs. Vous aurez
de l’argent pour vos œuvres évangéliques et vos déplacements. Tout est
dit : Jules RENQUIN, Ministre des colonies de Belgique au Congo-Belge.
Ainsi l’africain, après être le premier à découvrir Dieu et l’a enseigné
à tous ses descendants blancs, sémites jaunes ou rouges, cet
enseignement mal compris, ou adapté à d’autres réalités et habillé
d’intentions malsaines, lui est revenu dénaturé, falsifié, travesti,
édulcoré, vidé de tout son sens initial.
b) Les liens culturels entre l’Égypte ancien et l’Afrique
De cette digression nécessaire à la compréhension de notre exposé,
permettez-moi de revenir aux arguments de la parenté culturelle de
l’Égypte des pharaons et de l’Afrique.
La linguistique offre l’un des meilleurs, l’un des plus féconds champs
d’investigation et de comparaison entre Egypte et Afrique. Les travaux
menés dans ce cadre et les résultats qui en ont découlé n’ont pas été
épargnés par les considérations idéologiques. La technicité de la
matière et du débat ainsi que mon ignorance m’interdisent de m’y engager
davantage. Mais une chose est sûre, n’importe quel profane, locuteur
d’une langue africaine ne peut qu’être frappé par la similitude
aveuglante du lexique et de la syntaxe entre langues africaines et la
langue pharaonique. La parenté génétique des langues africaines et
égyptiennes a fait l’objet de multiples travaux et de thèses soutenues,
qui ont souvent permis de dégager près de 80 à 90% de racines communes
sur des noms des parties du corps, de la flore et de la faune, qui ne
s’empruntent quasiment pas.
Outre la prévalence du mode initiatique de transmission du savoir,
nombre de faits et de traits, d’us et coutumes, viennent témoigner de la
communauté d’origine des cultures égyptienne et africaine. Le fameux
administrateur ethnologue Maurice Delafosse se disait surpris de noter
que les mythes de la plupart des populations africaines les faisaient
venir de l’Est voire de la vallée du Nil. L’une des conclusions
positives du colloque du Caire, auxquelles, par ailleurs, ne
s’intéressent que les historiens et égyptologues africains, se trouve
résumée dans les notations suivantes : « Le professeur Vercoutter a
déclaré que, pour lui, l’Egypte était africaine dans son écriture, dans
sa culture et dans sa manière de penser.
Le professeur Leclant a reconnu ce même caractère africain dans le
tempérament et la manière de penser » (Fin de citation) («Cf. Le
peuplement de l’Egypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture
Méroïtique », p. 87). Serge Sauneron l’avait déjà noté au sujet de la
religion, quand il était frappé par les similitudes entre la cosmogonie
égyptienne et la cosmogonie Dogon.
Commençons par les plus évidents. Les coiffures féminines sont les plus
flagrantes. Les fameuses tresses, dites parfois à tort rasta ou
chevelure nattée, par le rajout éventuel de mèches artificielles en
matières végétales, que les femmes noires sont les seules à pratiquer,
sont faciles à remarquer. La coiffure à l’égyptienne des hommes se
retrouve encore chez certaines populations près du lac Tana en Ethiopie
et chez les Massaïs en Afrique orientale, les Soninké en Afrique
occidentale, par exemple.
Les rites d’exécration, exemple de verbe efficace, par le fait de
proférer de formules incantatoires et imprécatoires d’anathème à
l’encontre d’ennemis réels ou supposés, font partie des us et coutumes
des Africains et des Egyptiens. Les Hébreux, si l’on considère
l’abondance de ces formules, l’ont emprunté aux Egyptiens. Les pratiques
magiques, par la manipulation de poupées supposées représenter la
personne visée, si typiques du vaudou haïtien ou béninois, font
également partie des mœurs égyptiennes. Il en est de même des cérémonies
d’ordalie, épreuve consistant, par le fait d’ingérer une décoction
liquide, à établir la culpabilité ou l’innocence d’un accusé.
On connaît comme autre rituel commun aux deux peuples, la croyance en la
vertu conjuratoire du crachat, sur l’urine notamment. En Egypte, comme
dans le reste de l’Afrique, l’urine d’une personne peut faire l’objet de
menées cabalistiques. Et le fait de cracher sur les traces conjure tout
mauvais sort éventuel.
Les attributs royaux, comme le chasse-mouche, généralement pris en
Occident pour un fouet, est typique de toutes les monarchies africaines,
tandis que l’uræus, le symbole du serpent cobra, que les pharaons
portent sur leur couronne, se retrouve tel quel chez les rois Yorouba d’Ifé.
Et les rites funéraires royaux, constitutifs de la royauté magique,
décrite par l’ethnologue Frazer, sont assez similaires.
En ce qui concerne la pratique de la circoncision, elle est commune aux
égyptiens et aux autres Africains, et ce dès la préhistoire. Ce sont les
égyptiens qui l’ont transmise au monde sémitique en général (juifs et
arabes). L’explication de cette pratique la plus répandue et la plus
plausible est fournie par la cosmogonie dogon. Dans la conception
africaine du monde, l’homme naît androgyne. Or l’indifférenciation est
considérée comme source de désordre, d’infécondité et d’impureté. A son
adolescence, chaque sujet se doit de basculer dans un genre et choisir
son sexe. Aussi, on enlève à l’homme l’élément féminin. C’est donc un
rite de passage, d’initiation et de purification en même temps qu’un
rite propitiatoire. C’est une croyance religieuse qui s’est cristallisée
en tradition en se perpétuant à travers les âges, même s’il faut
déplorer et condamner aussi énergiquement que possible l’excision des
femmes.
Si la pratique de l’excision n’est pas générale en Afrique et tombe en
désuétude ou réprimée, tous les enfants africains de sexe masculin sont
circoncis, et se doivent de l’être ; à l’exception notable des Zoulous,
le roi guerrier Chaka ayant supprimé la pratique à des fins militaires.
De la même façon, les Ethiopiens actuels sont les seuls chrétiens à
encore pratiquer la circoncision, en dépit des prescriptions de
Saint-Paul, qui a aboli le rite, initialement institué comme le signe de
l’Alliance de Dieu avec son peuple. Leur christianisme judaïsant combiné
aux traditions africaines pré-chrétiennes expliquent la conservation de
cette coutume. La circoncision n’a donc rien de judaïque ni d’islamique
au départ. Elle est authentiquement négro-africaine. On comprend
qu’Hérodote insiste tant sur le sujet.
Les voies nouvelles de l’égyptologie se sont ouvertes dans la diasporas
africaine et Caraïbéenne, mais également peu à peu dans le monde
scientifique occidental, et y prospèrent, sur un terreau prometteur,
avec le support d’une revue comme ANKH, symbole de la vie en Egypte.
L’égyptologique n’est pas pour les Africains qu’un simple exercice
d’érudition, encore moins une conduite d’évasion ni une illusion
dérisoire, et compensatoire. Elle est source et acte de réarmement
intellectuel et moral. Hegel, qui, au demeurant, se faisait de l’Egypte
une idée fort condescendante et de l’Afrique une opinion encore moins
flatteuse, disait que l’Histoire est toujours écrite par les Vainqueurs.
Et Sartre de lui rétorquer, qu’à plus long terme elle l’est par les
vaincus.
c) Comment expliquer la régression de l’Afrique alors ?
Mais question récurrente qui est souvent posée est sur la régression
culturelle de l’Afrique :
Si ce sont les nègres qui ont crée la civilisation égyptienne, comment
expliquer leur régression actuelle ? Sans rentrer dans les détails on
peut résumer la réponse ainsi :
Quand les nègres du Nil, par suite de surpeuplement de la vallée et des
bouleversements sociaux, pénétrèrent de plus en plus profondément à
l’intérieur du continent, ils rencontrèrent des conditions physiques et
géographiques différentes. Telle pratique, tel instrument, telle
technique, telle science, naguère indispensable sur les bords du Nil
n’est plus d’essence vitale à la boucle du Niger, sur les rives du Congo
et du Zambèze.
On comprend que certains éléments de civilisation nègre de la vallée du
Nil aient disparu à l’intérieur du continent, tandis que d’autres et non
les moins fondamentaux soient demeurés jusqu’à nos jours.
Par ailleurs, l’autre raison est du reste, pour évoquer le rapport à
l’Afrique, la disparition de l’Egypte comme Etat indépendant et comme
civilisation africaine originale, submergée par la vague successive de
populations leucodermes, depuis les invasions assyrienne, perse,
grecque, romaine, arabe et turque, qui a coupé et privé le reste de
l’Afrique intérieure de la sève fécondante et vivifiante de la culture
des pharaons, qui aurait dû alimenter l’éclosion d’une civilisation
consolidée ayant pour corollaire un développement sociétal certain. Car
l’Egypte aurait pu et du être pour le continent ce que la Grèce et Rome
ont été pour l’Europe, à savoir la matrice, la quintessence et le
classicisme. Ni Méroé ni l’Abyssinie par la suite n’ont réussi à assurer
la relève de l’Egypte décadente et acculturée.
d) Pourtant il y a toutes les raisons d’espérer
Un proverbe ivoirien dit : « quelque soit la longueur de la nuit, le
jour finit toujours par apparaître ».
Aujourd’hui, il se prépare un choc titanesque entre l’occident et
l’Asie. Oh ! non ce ne serait pas une guerre atomique, mais une guerre
économique et commerciale. L’Europe n’en sortira vainqueur que si elle
réhabilite l’Afrique en traitant d’égale à égale, en reconnaissant les
mêmes valeurs de liberté et de démocratie en Afrique que celles qui
régissent le monde occidental. Et surtout faire acte de repentance et de
pardon à l’égard de l’Afrique. Jean-Paul II, cet homme admirable que
l’église Catholique ait jamais connu, l’a fait en demandant pardon aux
africains au nom de l’église tout entière pour tous les crimes que
l’église commis envers l’Afrique notamment en ce qui concerne
l’esclavage.
Le parlement français l’a fait à sa manière il y a quelques années en
votant la loi de Christiane TOBIRA, reconnaissant l’esclavage comme
crime contre l’Humanité.
Au demeurant, l’enjeu est l’édification d’une civilisation planétaire,
pour nous éviter de tomber une fois encore dans la barbarie. Ce projet
suppose la réaffirmation de l’unité biologique de l’espèce humaine,
fondement d’une nouvelle éducation qui récuse toute inégalité et
hiérarchisation raciale. Alors et alors seulement une conscience
historique verra le jour, restaurée par l’esquisse d’un cadre de
réflexion approprié pour poser en termes exactes, l’ensemble des
problèmes culturels, éducatifs, politiques, économiques, scientifiques,
techniques, industriels auxquels sont confrontés les africains,
aujourd’hui, et pour y apporter de vraies solutions.
Après avoir tant apporté à l’humanité entière, l’Afrique telle une mère,
regarde ses enfants et baisse la tête à force de pouvoir plus supporter
les regards dédaigneux des siens.
Le testament de Jean Devisse, spécialiste de l’histoire ancienne,
naguère l’un des plus fervents partisans de la théorie chamitique,
délivré quelque temps avant sa disparition, à l’occasion d’un colloque
au Cameroun, en forme de confession et d’hommage à Cheikh Anta Diop,
le père de l’égyptologie africaine, parti avant lui, peuvent valablement
nous servir de conclusions.
Après avoir fait état et amende honorable des préjugés que son éducation
européenne, il invitait, à la réconciliation des esprits et des peuples,
sur la base de l’universalisme et de l’humanisme : « Il ne s’agit pas
d’une guerre ou d’une capitulation, ce qui serait de vous et de nous. Il
ne s’agit pas de cal et je remercie beaucoup le professeur Cheikh Anta
Diop de m’avoir si clairement montré l’autre voie. Il ne s’agit pas d’un
affrontement entre Blancs et Noirs, Jaunes et Blancs, ce n’est pas du
tout de cela qu’il s’agit. On est en présence de la même humanité et il
s’agit de rétablir la chronologie des événements. Je tiens à dire au
professeur Cheikh Anta Diop, et je suis heureux de le faire ici à
Yaoundé à l’occasion de ce colloque, que je lui suis profondément
reconnaissant, par sa ténacité, par son acharnement de chercheur,
contraint à modifier plus d’un de mes points de vue, à abandonner
nombres mes préjugés que m’avait inculqués l’éducation que j’ai reçue.
C’est un phénomène énorme, et, pour la première fois aujourd’hui, nous
nous trouvons devant la nécessité de reconsidérer toutes les cultures
dans toutes leurs racines, donc les cultures du continent noir qui sont
les premières, en essayant de bâtir une société universelle qui ne soit
pas une société d’affrontement comme cela a été dans le passé mais qui
soit une société de collaboration, en séparant les deux mots, qui est
une société de construction d’une culture éventuellement universelle »
(Fin de citation).(12)
En 1951 Cheik Anta Diop déclarait à la presse après sa soutenance de sa
thèse de doctorat : « au moment où l’impérialisme atteint son apogée,
dans les temps modernes, en tout cas au 19è siècle, l’occident découvre
que c’est l’Egypte et une Egypte noire, qui a apporté tous les éléments
de la civilisation à l’Europe, et cette vérité, il n’était pas possible
de l’exprimer, voilà la réalité ! l’occident, qui se croyait chargé
d’une mission civilisatrice en direction de l’Afrique, découvre en
fouillant dans le passé, que c’est précisément cette Afrique noire qui
lui a donné tous les éléments de la civilisation aussi extraordinaire
que cela puisse paraître. Et cette vérité là tout le monde n’est pas
prêt à l’entendre »
Conclusion
L’écriture de l’histoire, en raison des enjeux de mémoire, s’effectue
rarement sous le sceau d’une stricte neutralité idéologique et
axiologique. Le passé est toujours convoqué au service du présent. Il
suffit de relever les passions que soulève, en France, l’histoire
respective de la Révolution française, de la Seconde guerre, de la
guerre d’Algérie et, tout récemment, celle de la traite esclavagiste,
pour prendre la mesure du phénomène. Les apparences sont à ce point
contre l’Afrique et les Africains, qu’elles fertilisent le terreau des
préjugés racistes, dont ils sont les victimes par essence et par
excellence, et qui ne sauraient être combattus efficacement qu’avec des
arguments d’ordre historique entre autres. Les négrophobes l’ont bien
compris, et jouent insidieusement sur ce ressort pour délégitimer voire
ridiculiser l’hypothèse d’une Egypte noire. S’interroger sur
l’appartenance ethnique ou raciale des anciens égyptiens ne procèdent
nullement d’une posture raciste mais du souci légitime de clarifier un
point d’histoire, de trancher une question de fait, rendue précisément
obscure par les considérations idéologiques et racistes qui président à
la démarche égyptologique. Des hommes pleins de bonne volonté, des
scientifiques au-dessus de tout soupçon récusent le concept de race,
sans que pour autant le racisme ne s’estompe dans les sociétés
occidentales. Loin s’en faut.
La notion de race, expurgée de ses postulats essentiels et de ses
connotations idéologiques et normatives, peut servir la cause
antiraciste. Sans chercher à confondre culture et biologie et en se
conformant au réquisits de la méthode historienne, établir la négrité de
la civilisation égyptienne antique ne va certainement pas résoudre les
problèmes actuels de l’Afrique, mais en modifierait certainement la
représentation, et inciterait à rechercher d’autres causalités ailleurs
que dans les gênes. Tel est l’enjeu de ce débat.
Tout le long de mes recherches pour cet exposé, j’ai puisé ma motivation
et mon courage dans cette citation de Frantz FANON : « Chaque génération
doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la
trahir ».
Moi j’ai choisi de la remplir.
Le but de cette bataille s’inscrit dans une reécriture seine et
objective de l’histoire de l’humanité ayant pour corollaire la
réunification et la réconciliation des hommes et des femmes de bonne
volonté désireux de bâtir un monde débarrassé des idées xénophobes et
racistes, en démontrant que les hommes jouissent tous des mêmes
capacités intellectuelles.
Toutefois il est important de rappeler que le débat ne doit pas être
racialisé, bien au contraire car nous appartenons à une seule race la
race humaine. Il est simplement à déplorer que depuis la traite
négrière, toutes les questions relatives à l’intelligence humaine et aux
variétés humaines ont été systématiquement racialisées.
Je cite encore le professeur Cheikh Anta « Tant mieux pour les racistes
s’ils trouvent qu’ils sont les plus intelligents ; mais alors de quoi
s’inquiètent-ils ? ».
Le problème le plus important est de rééduquer notre perception de
l’être humain, pour qu’elle se détache de l’apparence raciale et se
polarise sur l’humain débarrassé de toutes coordonnées ethniques
Dans les saintes écritures, il est dit ceci « Jésus arriva sur les
lieux, et dit au paralytique : « lève-toi et marche » et le paralytique
se leva et marcha. » Mathieu 2/10
Je voudrais que nous accomplissions ensemble ce miracle de Jésus en
disant tous ensemble au peuple africain :
« lève-toi et marche ».
Aurélien GNAHOUI
Spécialiste de l’histoire africaine
Il s’exprime ici à titre personnel
Notes :
(1)-Jean-Philippe OMONTUNDE, L’origine négro-africaine du savoir grec,
édition Ménaibuc, Paris, 2004
(2)-Jean Vercoutter, « l’image du noir dans l’art égyptien », in L’image
du Noir dans l’art occidental, volume 1 Tome 1 : des Pharaons à la chute
de l’empire romain, Paris, Bibliothèque des Arts, 1976, pages 33 à 88
-Jean Vercoutter, « le peuplement de l’Egypte ancienne et le
déchiffrement de l’écriture Méroïtique » Histoire générale de l’Afrique,
Etudes et documents I, Paris, Unesco, 1978, pages 15 à 36
(3)-Léo Frobenius, La civilisation africaine, Gallimard 1952/ Le Rocher
1987
(4)-Emile Amélineau, Professeur au Collège de France égyptologue, « la
découverte du tombeau d’Osiris »
(5)-Eric Crubézy, Professeur d’anthropologie à l’université de Toulouse.
Article intitulé :Les surprises de l’A.D.N. ancien - Une technique à
manipuler avec précaution. Revue La Recherche N° 353 du mois de mai 2002
page 44 à 47.
(6)-Gilbert Charles de l’hebdomadaire français Express du 5 décembre
1991 page 104 à 106.
(7)-Robert Graves et Raphaël Pataï, Les mythes hébreux, Fayard, 1987,
p.131-132).
(8)-Sylvia M’BOCKÉ, Malédiction de Cham : l’escroquerie spirituelle de
l’église.
(9)-Check Anta Diop, Nations Nègres et Culture
(10)-Jean-François Champollion, L’Egypte de Jean-François Champollion :
Lettres et journaux de voyage (1828-1829), Editions Suresnes, Collection
Image Magie, Préface Christiane Ziegler, 1989
(11)-Cf. Jean-Philippe OMONTUNDE, L’origine négro-africaine du savoir
grec, op. cit.
(12)-Jean DEVISSE, « Apport de l’archéologie à l’historien de
l’Afrique », in L’archéologie du Cameroun, actes du premier colloque
international de Yaoundé (6-9 janvier 1986)
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