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L'éducation, élément indispensable de la démocratie en Afrique
Pretoria (Afrique du
Sud) - Le président de la Fondation pour le développement de l'Afrique (ADF),
M. Ernest Green, a déclaré lors de la Conférence de planification de
CIVITAS Afrique consacrée à la recherche de moyens de favoriser l'essor de
la démocratie dans le continent africain que l'éducation était « la clé de
l'avenir ».
« Je sais que c'est
votre mission », a ajouté M. Green dans l'allocution qu'il a prononcée
devant les éducateurs venus de 15 pays d'Afrique et les représentants
d'organisations internationales qui assistaient à l'atelier. « Je suis
également certain que de dures réalités ont appris à la plupart d'entre
vous que l'instruction civique doit faire partie intégrante du processus
d'éducation. La connaissance des droits et des responsabilités sociales
des citoyens assure une société stable et saine. »
« La conférence de
CIVITAS est extrêmement importante, a-t-il ajouté, car elle réunit des
gens venus de terres et de régimes gouvernementaux différents qui se
concertent sur les buts, les problèmes et les solutions civiques. Nous ne
pouvons plus nous permettre le luxe de l'isolationnisme. La technologie a
façonné le village mondial où nous devons tous vivre. »
Cet atelier qui a eu
lieu du 11 au 14 mai était parrainé par l'Agence d'information des
États-unis en collaboration avec l'Institut pour la démocratie en Afrique
du Sud. Trois ateliers régionaux de CIVITAS seront organisés dans le
continent africain au cours des dix-huit prochains mois.
M. Green a évoqué la
décision de la Cour suprême des Etats-Unis interdisant la ségrégation dans
les écoles publiques qui lui a permis, ainsi qu'à huit autres jeunes
Noirs, de fréquenter des établissements d'enseignement blancs à
Little-Rock (Arkansas) en 1957 ; il a également rappelé l'intervention
nécessaire des parachutistes de l'armée américaine, sur ordre du président
Eisenhower, pour ouvrir la voie aux neufs lycéens et leur permettre
d'entrer dans les locaux de la Central High School de Little-Rock.
« C'était terrifiant,
a déclaré M. Green, de passer par ces portes par lesquelles aucun lycéen
noir n'était jamais passé auparavant. » Mais, a t-il dit, ses parents et
la communauté « étaient déterminés à ce que je reçoive une éducation de
première qualité. Ils savaient que l'éducation était mon passeport pour
une vie meilleure et m'offrirait les possibilités qui leur avaient été
refusées. »
Et effectivement, a
noté M. Green, cela lui a permis de mener une vie meilleure. « Comme la
pierre tombée dans l'eau qui produit des ronds concentriques de plus en
plus grands, j'ai touché un grand nombre de gens, a-t-il déclaré ; de
manière analogue, chacun de nous aujourd'hui a le potentiel de changer sa
société pour le mieux. »
« CIVITAS, a-t-il
poursuivi, nous fournit un forum, un centre d'information où peuvent avoir
lieu des échanges significatifs. »
On trouvera
ci-dessous le texte de l'allocution de M. Green :
(Début du texte)
Monsieur le Docteur
Braxton, Messieurs Penn Kemble, Penn Agnew, membres distingués du Conseil
d'administration de CIVITAS, honorables invités, au nom du Conseil
d'administration de la Fondation pour le développement de l'Afrique, je
vous présente nos cordiales salutations. Je suis heureux et fier d'être
des vôtres aujourd'hui à CIVITAS AFRIQUE.
C'est mon huitième
voyage en Afrique du Sud. J'y suis venu à divers titres, pour le compte de
ma société, Lehman Brothers, en tant qu'entrepreneur, et pour représenter
mon pays et le président Clinton. J'ai pris plaisir à chacun de mes
voyages et je suis convaincu que je pourrai bientôt prétendre à la double
nationalité.
Le consortium de
CIVITAS est à la fois novateur et pratique. Je vous suis donc d'autant
plus reconnaissant que vous m'ayez demandé de partager mes idées et mes
expériences avec vous.
Il y a quarante ans,
le 25 septembre 1957, je suis monté avec huit autres lycéens afro-
américains dans un break précédé et suivi par des jeeps transportant des
parachutistes de l'armée américaine armés de fusils automatiques,
baïonnette au canon, qui nous ont amenés devant la grande porte de la
Central High School de Little-Rock (Arkansas).
Cet événement était
la suite longtemps retardée à la décision Brown de la Cour suprême des
Etats-Unis de 1954 interdisant la ségrégation raciale dans les
établissements d'enseignement public. Little-Rock était un site-test où
les autorités fédérales veillaient à assurer aux citoyens américains de
descendance africaine la jouissance effective de droits égaux d'accès à
l'éducation, un droit si longtemps refusé.
Pour être
parfaitement franc, c'était terrifiant de passer par ces portes par
lesquelles aucun lycéen noir n'était jamais passé auparavant. Et ce
n'était que le commencement d'une longue année, parfois dangereuse, qui
s'est terminée par l'obtention de mon diplôme.
Ma mère, diplômée de
l'université et enseignante, et d'autres membres de ma famille et de la
communauté étaient déterminés à ce que je reçoive une éducation de
première qualité. Ils savaient que l'éducation était mon passeport pour
une vie meilleure et m'offrirait les possibilités qui leur avaient été
refusées.
Ma mère m'avait laissé libre de décider de quitter mon école secondaire
pour Noirs située à trente-cinq rues de la maison, pour aller à la Central
High School qui n'était qu'à onze rues de chez nous.
Il va sans dire que
cette expérience m'a démontré, tôt dans ma vie, que l'on ne peut compter
sur l'appui que de quelques personnes lorsque l'on prend des décisions
difficiles.
J'ai également dû
considérer les dangers auxquels ma famille et moi serions exposés.
Beaucoup de Noirs dans le Sud s'étaient fait tuer pour moins que cela.
Mais l'adolescent que
j'étais savait déjà :
1. que j'avais le
droit d'être là ;
2. que mes parents
payaient des impôts pour financer cette école ; et
3. que la ségrégation
à Little-Rock n'était pas en ma faveur, et je voulais que cela change.
Seul étudiant de
dernière année du groupe, j'ai obtenu mon diplôme à la fin de l'année.
J'avais peine à croire que j'y étais parvenu, malgré les remarques
racistes des lycéens blancs, malgré le verre cassé que je trouvais sur le
sol des douches, malgré toutes les autres brimades et cruautés infligées
par mes camarades de classe blancs.
Martin Luther King
est venu à ma remise de diplôme et s'est assis ce jour-là à côté de ma
mère et de ma tante, avec mon frère et mon grand père. Ils rayonnaient de
fierté.
Bien qu'il m'ait été
refusé de participer aux activités du lycée et que je n'aie pas pu obtenir
les honneurs ou les récompenses accordées aux étudiants blancs, j'ai
ressenti un immense sentiment de satisfaction d'avoir surmonté les
obstacles et gagné la bataille.
La guerre, elle,
n'était pas terminée.
Martin Luther King et
ma famille furent les seuls à applaudir à l'appel de mon nom ce soir- là,
il y a quarante ans, mais ils m'ont fait comprendre que j'avais bien fait
mon travail.
Mesdames et
Messieurs, si j'ai pris le temps de vous raconter mon histoire
aujourd'hui, c'est parce qu'elle est au coeur du concept de CIVITAS.
L'éducation est la
clé d'un avenir individuel et l'éducation civique est la clé de toute
société civilisée.
Contrairement à ce
que pensaient des lycéens noirs mes camarades de classe et mes professeurs
de Central High, ils ont été obligés de participer à une leçon de civisme
importante. La Constitution rédigée par les pères fondateurs et le
gouvernement qu'ils avaient établi m'ont non seulement fait entrer à la
Central High School, mais ils ont également enseigné une leçon
d'instruction civique.
Quant à moi, cette
expérience indélébile a défini le cadre et la structure qui régissent ma
vie depuis cette époque.
Beaucoup de gens
n'ont pas eu la même chance que moi, ni le même soutien qui m'a été donné
au cours des années.
Ce que nous avons
fait ce jour là en 1957, et ce que des milliers d'autres ont fait au fil
des ans pour les droits de l'homme, illustre clairement les principes de
base de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, conçus pour fournir
un appui aux aspirations de liberté des gens et à leur désir de développer
les talents qui leur ont été donnés par le Créateur.
Si nous nous
reportons au deuxième paragraphe de la Déclaration, nous y trouvons les
phrases suivantes :
« Nous tenons pour
évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont
créés égaux ; ils sont doués par leur Créateur de certains droits
inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la
recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis par les hommes pour
garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des
gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient
destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir,
et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et
en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui
donner la sûreté et le bonheur. »
Je pense souvent à
ces « pères fondateurs » qui ont composé ce document exceptionnel et je me
demande s'ils ont bénéficié d'une intervention divine. Certes, ils ne
vivaient pas selon les principes qu'ils ont couché sur le papier, mais
pour une raison inexplicable, ils sont parvenus à faire ce qui était
juste.
En 1775, avant la
rédaction de la Constitution, Alexander Hamilton a écrit :
« (...) les droits
sacrés de l'humanité sont inscrits comme par un rayon de soleil dans tout
le volume de la nature humaine, de la main de la divinité elle-même, et ne
pourront jamais être effacés ou masqués par un pouvoir mortel. »
En d'autres termes,
certains droits ne sont pas seulement instinctifs et sacrés, ils sont
inaliénables ; personne ne peut vous les retirer ou s'en emparer ; ils ne
peuvent pas être transférés à quelqu'un d'autre.
Je ne peux pas dire
qu'en tant qu'adolescent de dix-sept ans, j'étais conscient des
répercussions que mes actions auraient, non seulement sur ma famille
immédiate et sur ma collectivité, mais sur le pays tout entier. Mais j'ai
senti que ce que nous faisions le jour où nous sommes entrés à la Central
High School était important, au moins pour les populations noires de
Little- Rock.
En y repensant, je me
rends compte maintenant que je suis devenu une leçon d'instruction civique
ambulante... ce qui est un insigne honneur mais également un fardeau et
une responsabilité énormes pour un jeune.
J'aimerais pouvoir
rapporter au public de CIVITAS aujourd'hui que les États-unis ont été
capables de reléguer la ségrégation dans le passé et qu'ils se sont
attachés à résoudre d'autres problèmes pressants relevant du domaine
social ou de la santé. Mais nous savons que ce n'est pas le cas.
Dans un rapport
publié récemment par la Faculté de l'éducation de l'université Harvard,
après avoir examiné la composition raciale des écoles publiques aux
États-unis de 1968 à 1994, les auteurs ont conclu que « (...) il existe
des signes clairs que (...) le pays opère un retour en arrière dans le
sens d'une plus grande ségrégation des étudiants noirs. Cette ségrégation
n'est pas simplement une séparation raciale. C'est également une division
par classes. »
Je suis profondément
troublé par ces statistiques et encore plus attristé de constater que
quarante ans après, les États-unis soient encore aux prises avec les mêmes
démons. Nous sommes une superpuissance, mais c'est un motif d'humilité de
savoir qu'en dépit de nos grandes richesses et de notre stabilité
politique, notre société est encore ravagée par de nombreux maux. Il nous
reste beaucoup de travail à faire.
Cette réalisation a
été une motivation puissante qui m'a fait accepter votre invitation à
participer à cette conférence de CIVITAS Afrique. Je suis toujours heureux
de revenir en Afrique du Sud, mais une chose était très claire pour moi :
(...) l'éducation est la clé de l'avenir. Et je sais que c'est aussi votre
mission.
Je suis également
certain que de dures réalités ont appris à la plupart d'entre vous que
l'instruction civique doit faire partie intégrante du processus
d'éducation. La connaissance des droits et des responsabilités sociales
des citoyens assure une société stable et saine.
La conférence de
CIVITAS est extrêmement importante, a-t-il ajouté, car elle réunit des
gens venus de terres et de régimes gouvernementaux différents qui se
concertent sur les buts, les problèmes et solutions civiques. Nous ne
pouvons plus nous permettre le luxe de l'isolationnisme. La technologie a
façonné le village mondial où nous devons tous vivre.
L'éducation civique
est une science sociale dynamique. À mesure que le monde change, nos
relations changent aussi et nous devons apprendre de nouvelles manières de
nous entendre les uns avec les autres au-delà des frontières.
Une discussion
honnête des idées qui ont amené nos gouvernements et nos communautés à
fonctionner de manière plus efficace est utile. Nous devons parler des
succès et des échecs.
Dans un de ses
récents discours, M. Frederico Mayor, directeur général de l'UNESCO, a
déclaré :
« (...) les
disparités en matière de connaissances et de richesse entre les pays et au
sein des pays sont un sujet de graves préoccupations. L'esprit de CIVITAS
consiste à travailler pour inclure les exclus et pour atteindre les
inaccessibles. »
Comme la pierre
tombée dans l'eau qui produit des ronds concentriques de plus en plus
grands, j'ai touché un grand nombre de gens ; de manière analogue, chacun
de nous aujourd'hui a le potentiel de changer sa société pour le mieux.
CIVITAS nous fournit
un forum, un centre d'échange d'information où peuvent avoir lieu des
échanges significatifs.
Mesdames et
Messieurs, il reste encore beaucoup à faire. Comme je l'ai dit plus tôt,
les Etats-Unis qui sont la superpuissance du monde s'efforcent encore de
résoudre leurs problèmes raciaux et de classe.
La division des
classes a un long contexte historique, que tous les membres de
l'assistance connaissent bien.
Nombre d'entre nous
aiment à penser que nous vivons actuellement « les meilleurs des temps »,
mais vous savez comme moi que ce sont aussi des temps dangereux. Selon
certains futuristes, la mondialisation du commerce et de l'économie nous
rapproche dangereusement de la situation qui existait à la fin du XIXème
siècle, où riches et pauvres étaient séparés par un abîme dévastateur.
Il serait sans doute
vain de vouloir arrêter la mondialisation de l'économie et l'âge de
l'information, mais nous devons comprendre que ces deux phénomènes
établissent des conditions qui méritent notre plus grande attention. Il y
a toujours eu des riches et des pauvres mais le fossé qui les sépare s'est
élargi à un rythme alarmant. Et ce sont non seulement des gens, mais des
pays entiers qui s'appauvrissent.
La richesse est
aujourd'hui concentrée dans les mains de quelques milliardaires qui
contrôlent à eux seuls des fortunes équivalentes aux avoirs de 45 % de la
population mondiale. Nous avons gravement porté atteinte à l'environnement
et aux créatures qui y vivent.
La plupart d'entre
nous qui sommes réunis dans cette salle savent que certains des pays les
plus pauvres du monde se trouvent ici en Afrique. Ils savent également
qu'un grand nombre de ces pays et leurs populations se dégagent
progressivement de l'emprise de la pauvreté. Les taux de croissance du PIB
s'améliorent et vingt pays ont aujourd'hui un gouvernement démocratique.
Mais ces pays, comme
d'autres pays du monde entier, sont encore loin de devenir membres du
village mondial, tout au moins de ce quartier du village mondial qui
possède les aménagements et les agréments auxquels nous, qui sommes ici
présents, sommes habitués.
Dans un discours
prononcé pour reconnaître la Décennie internationale pour l'élimination de
la pauvreté proclamée par les Nations Unies, le président Nelson Mandela a
déclaré :
« Les droits inscrits
dans notre nouvelle constitution seront vides et notre démocratie restera
fragile s'ils n'apportent pas avec eux des améliorations de la vie des
gens, en particulier de ceux qui portent le fardeau de la pauvreté et
l'inégalité. »
Mais ventre affamé
n'a pas d'oreilles : on ne saurait nourrir les gens qui ont faim et les
malades de paroles ou d'informations. Si discret que l'on se soit fait sur
cette réalité, quand les gens voient leur pouvoir d'achat augmenter un
peu, ce n'est pas à l'Internet qu'ils s'intéressent ; ce qu'ils veulent,
c'est de la nourriture sur leur table, une jolie maison, une voiture.
La pauvreté et le
manque de débouchés sont de grands obstacles auxquels se heurtent les
communautés pauvres d'Amérique et les communautés pauvres d'Afrique.
La Fondation pour le
développement de l'Afrique, dont je suis le président, est un petit
organisme indépendant des Etats-Unis qui octroie une aide en faveur du
développement économique des collectivités pauvres d'Afrique.
Depuis treize ans, la
Fondation s'attache à répondre aux besoins des pauvres. Nous avons accordé
plus de six cents subventions à des organisations et à des chercheurs
africains dans trente-quatre pays, d'un montant total de soixante millions
de dollars. Les projets sont intégralement conçus, exécutés et gérés par
des Africains, parce que nous estimons que les Africains savent ce dont
ils ont besoin (...) il suffit de les appuyer pour leur permettre de s'en
doter.
Je suis très fier des
travaux de la Fondation parce que je crois sincèrement que le fait
d'apporter des ressources directement aux gens leur offre des possibilités
d'améliorer eux-mêmes leurs conditions de vie.
J'ai souvent senti
ces dernières années que l'expérience de ma jeunesse à Little- Rock
établissait pour moi un rapport important avec les communautés rurales des
pays en développement. Le villageois en milieu rural est très semblable à
l'Afro- américain pauvre et marginalisé. Nous aussi, nous cherchions la
liberté et l'accès à des possibilités de vie meilleure longtemps refusées.
La clé de la
réalisation de ces rêves de promotion sociale, d'élimination de la
pauvreté et de possibilités (...) est l'éducation et la formation.
Je gage, Mesdames et
Messieurs, qu'il n'y aurait aucun d'entre nous assis dans cette salle
aujourd'hui si nous n'avions pas eu accès aux possibilités offertes par
l'éducation.
De plus, notre
éducation se poursuit chaque jour, à cette Conférence et après que nous
aurons quitté cette ville, parce que nous sommes des membres favorisés de
la société. Nous avons eu le droit et le privilège de recevoir une
éducation, d'acquérir des instruments qui nous apportent la joie de
l'éducation, mais également des avantages financiers. Nous devons mettre
ces possibilités et ces instruments à la disposition de gens plus
nombreux.
Nous devrons
également absorber tout ce que nous pouvons de cette Conférence de manière
à pouvoir rapporter dans nos pays respectifs les idées et les solutions
découvertes ici.
Il y a beaucoup à
faire dans le monde entier, et dans de multiples domaines. Si les
atteintes aux droits de l'homme diminuent dans certains pays, elles
augmentent dans d'autres. Souvent, préoccupés par la survie économique,
les pays nouvellement indépendants ne font pas respecter les droits
fondamentaux de leurs populations. Et les populations opprimées ne
tolèrent pas l'injustice pendant très longtemps.
L'éducation a
profondément changé ma vie et la vie d'autres Afro américains de ma
génération, et j'ai appris que l'éducation est un chemin que l'on suit
tout au long de sa vie.
Le défi que doit
relever la société est de transformer un idéal abstrait en des droits et
en des actions concrètes pour ses citoyens. Les idéaux doivent être
visibles, réels, tangibles, pour que les gens y trouvent une certaine
utilité.
L'éducation montre ce
que sont ces droits et ces possibilités ; elle indique également comment
on peut avoir accès à ces débouchés.
Les gens doivent
s'appréhender par rapport aux idéaux et aux valeurs, en une relation qui
ne compromet pas radicalement leur propre esprit de survie. C'est souvent
l'éducation civique qui nous apporte les instruments de la compréhension,
qui nous fait connaître nos lois et les recours légaux dont nous
disposons.
Les tribunaux peuvent
interpréter et lever les obstacles, mais c'est en dernière analyse aux
individus qu'il appartient d'assurer le bon fonctionnement des lois.
Les gouvernements des pays nouvellement indépendants doivent donner à
leurs administrés des possibilités adéquates de prendre des décisions et
de participer activement à la gestion des affaires publiques. C'est
l'éducation civique qui montre aux gens comment cela peut se faire. Il est
important que tous les gouvernements comprennent le mécanisme des
principes et des valeurs de la démocratie, même si le régime en place
n'est pas un régime démocratique au sens strict du terme.
W.E.B. Dubois a pu
écrire : « Il n'existe pas au monde de force telle que celle d'un être
humain déterminé à progresser. L'âme humaine ne peut pas être
perpétuellement enchaînée. »
L'histoire nous a
démontré que les gens qui recherchent la liberté et l'égalité prennent un
jour ce qui leur était refusé. En dernier ressort, c'est l'individu qui
doit décider à quelles actions il est disposé pour remporter « la palme ».
De même que les
Américains ont dû prendre des risques pour accéder à l'indépendance, les
habitants de l'Europe de l'Est, de l'ex-Union soviétique, et de l'Afrique
ont dû tout risquer pour améliorer leur condition par le changement.
Citoyens et dirigeants se sont vu poser des questions difficiles telles
que :
-
Qui décidera de
l'avenir ?
-
Qui participera à
l'exercice du gouvernement ?
-
Jusqu'où faut-il «
jeter le filet » ?
Une chose est
certaine : ils devront s'efforcer de s'instruire, pour eux-mêmes et pour
leurs populations, s'ils souhaitent favoriser la croissance économique et
pratiquer une bonne gestion de l'Etat.
L'éducation est la
clé du royaume et le facilitateur des solutions.
En tant que nation,
les Etats-Unis doivent encore trouver les solutions à un grand nombre de
leurs problèmes sociaux pressants. Les Etats-Unis, qui se sont battus avec
acharnement pour s'élever à leur rang actuel de superpuissance, doivent à
présent s'attacher avec la même vigueur à améliorer leur système
d'éducation. Nous savons que notre population doit savoir lire et compter
afin de faire face à la concurrence dans le marché mondial.
L'élément clé,
l'histoire nous l'enseigne, est l'éducation.
Les entreprises
américaines se sont mises à importer des gens instruits d'autres pays,
tels que l'Inde, la Chine et la Russie, pour combler le fossé creusé par
la demande accrue de personnel spécialisé. Elles ont trouvé ce personnel
spécialisé à l'étranger de même qu'elles y ont trouvé la main-d'oeuvre
nécessaire à la production des biens manufacturés.
Mais en dernière
analyse, si les Etats-Unis tiennent véritablement à conserver leur «
avantage », ils devront relever le défi de l'éducation de leurs propres
citoyens.
Les gouvernements du
monde entier doivent élargir l'accès à l'éducation. Ils doivent être
persuadés que l'éducation est un droit. L'éducation est l'instrument le
plus efficace dont dispose l'humanité pour le développement. Aucun
gouvernement ne conservera le pouvoir bien longtemps si sa population en
est privée. C'est aussi vrai pour les Etats-Unis que pour le Zaïre ou pour
la Bosnie.
L'éducation est la
clé stratégique et le pont de l'avenir pour l'humanité. A nous de nous
assurer que le pont que nous construisons ne nous ramène pas en arrière
vers le XIXème siècle.
(Allocution du président de l'ADF à
l'atelier de CIVITAS)
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