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Quelles
sont les perspectives suggérées par l’évolution de la démographie dans
les 50 prochaines années ?
Les conséquences du vieillissement et de la
dénatalité de la population sur le système de santé, sur les services
sociaux et sur les pensions inquiètent nos gouvernements depuis quelques
années. Mais quels sont les enjeux sociaux, politiques et économiques
soulevés par la perspective d'une population dont le taux de
renouvellement est décroissant?
Ainsi, à l’horizon 2050, l’Asie compterait selon
l’ONU 5,2 milliards d’habitants (soit 1,4 milliards de plus
qu’aujourd’hui); l’Afrique, 1,8 milliards (soit un accroissement de près
d’un milliard) ; l’Amérique latine, 768 millions (contre 543
aujourd’hui) ; l’Amérique u Nord, 448 millions (soit un gonflement de
122 millions d’habitants). Isolée, l’Europe perdrait près de 95 millions
d’habitants, passant de 726 millions, aujourd’hui, à 632 millions en
2050. A l’échelle continentale, seule l’Europe connaîtrait donc un
déclin démographique. L’Asie resterait le continent le plus peuplé,
puisqu’elle devrait alors compter 58 % de l’humanité, l’Inde passant
devant la Chine comme le pays le plus peuplé avec quelque 1,5 milliards
d’habitants. Paradoxalement l’accroissement significatif du poids des
retraités dans l’OCDE, consécutif de l’allongement de l’espérance de vie
et de l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom, intervient
simultanément avec l’accroissement rapide des effectifs d’actifs jeunes
dans les pays à bas revenus, résultant de leur entrée dans la transition
démographique. Cette situation, unique dans l’histoire moderne, offre
une fenêtre d’opportunité pour l’économie mondiale: les excédents
d’épargne des pays riches, accumulés par les générations précédentes
et/ou constitués dans un but de retraite, pourraient financer
l’équipement des nombreux jeunes actifs des pays en développement. Ces
complémentarités peuvent ainsi être un puissant facteur de rattrapage
des pays émergents et une alternative au manque de potentiel de
croissance dans les pays occidentaux. La bonne
nouvelle est que la planète reste suffisamment grande pour héberger
l’humanité, il est prévu que la population mondiale atteigne son maximum
en 2065 [1] avec 9 à 10 milliards d’habitants et ce,
après avoir connu une explosion sans précédent ces cents dernières
années (Figure 1) , l’autre nouvelle est qu’il va falloir que les
organisations humaines s’articulent par rapport à un modèle où la
logique de croissance illimitée ne sera plus de mise.

Figure 1: Évolution démographique
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité :
- quatre générations issues d’une même famille sont susceptibles de
se connaître. Ce phénomène ne sera pas sans conséquence sur la redéfinition de
la solidarité intergénérationnelle,
- les hommes et les femmes d’une génération, celles des baby
boomers, ont les connaissances et les moyens financiers pour vaincre la pauvreté
sur la Terre et plus encore de décider de la pérennité de l’espèce humaine à
l’horizon de la fin de ce siècle.
Les pays développés [2]
Selon des données empiriques, les baby-boomers (né entre 1946 et 1966)
ont l’intention de continuer à dépenser leur argent en vieillissant.
Nous constatons que, contrairement aux générations précédentes qui
adoptaient un train de vie plus modeste et vendaient leurs maisons à
l’approche de la retraite, de nombreux baby-boomers âgés de plus de 50
ans achètent des propriétés plus luxueuses ou des résidences secondaires
et contractent de nouveaux emprunts hypothécaires. Le niveau élevé de
leur revenu disponible entraîne en outre la création de nouveaux marchés
et l’élargissement des marchés existants. Ainsi, ils représentaient 44 %
de la clientèle en chirurgie esthétique en 2001, et ils ont fait grimper
à 10,6 millions le nombre de clients des navires de croisière en 2004,
alors qu’il n’était que de 4,5 millions en 1990. La demande en loisirs
et en produits de luxe, haut de gamme (besoin de valorisation de soi) va
progresser rapidement au fur et à mesure de l’arrivée des baby boomers
qui ont atteint 50-65 ans. Il est par ailleurs très évocateur de mettre
en perspective la pyramide des âges avec la pyramide des besoins de
Maslow afin de définir les marchés à hauts potentiels de croissance. Ces
mêmes clés d’analyses permettent de définir le profil social type des
baby-boomers qui pourrait se caractériser par les adjectifs suivants :
recherche de la sécurité, résistance au changement, corporatisme,
protectionnisme, conservatisme politique, gérontocratie, laxisme moral,
xénophobie, syndrome de peter pan, jeunisme.

Figure 2: Pyramide des âges
D’un point de vue organisation des sociétés, il est probable et
souhaitable qu’un modèle de gestion d’entreprise basé sur le pilotage
par les clients se substitue à l’actuel fondé sur la satisfaction de
l’actionnaire et surtout de ses intermédiaires. L’écoute et la
réactivité face à la demande, haut de gamme, du client implique un
service personnalisé en temps réel, le respect de ces exigences n’est
pas compatible avec un modèle directif opérant du haut vers le bas. Ce
nouveau modèle pourra amener à considérer le profit comme un moyen et
non comme une finalité, à défaut de cette approche l’économie de marché
pourrait développer des tendances suicidaires.
En
terme d’emploi les secteurs porteurs seront : les services de proximités
[conseillers en gestion patrimoniale, infirmiers, aides soignants,
personnels d’entretiens, techniciens de maintenance, personnels de
maison de retraite…], les services nécessitant une expertises de plus en
plus pointues [informaticiens, cadres commerciaux multiculturels,
légistes international, chercheurs …] et enfin des nouveaux métiers
issus des recherches en nanotechnologie, robotique, biotechnologie,
cybernétique, physique/chimie quantique et moléculaire. En revanche,
certains métiers devraient continuer à décliner comme celui d’ouvriers
non qualifiés de la mécanique, du textile du cuir et du bois.
Le monde agricole Européen devrait lui aussi être
touché d’autant plus que les récents accords de l’OMC ont planifié
d’abolir les subsides de la communauté à l’horizon 2013. L’avenir des
baby-boomers, généralement radieux, est assombri à deux égards :
l’incertitude quant à la pérennité des pensions de l’État, et la
croissance des coûts des soins de santé. En 2040, les soins de santé
devraient monopoliser 40 % de toutes les recettes fiscales. Le tableau
se complique en outre par le fait que, à mesure que les rangs des
baby-boomers à la retraite grossiront, le nombre de travailleurs
contribuables diminuera. Cette situation laisse les gouvernements devant
des choix difficiles : couper dans les investissements, augmenter les
impôts ou enregistrer des déficits. Macroéconomiquement il faut
s’attendre à une inflation faible, voire proche de la désinflation car
la structure "amphorique" (figure 2) de nos pyramides d’ages
invite à conclure qu’il n’y aura probablement pas d’excès de demande par
rapport à la capacité de l’offre, au contraire la déferlante des
produits discounts, venu des pays émergents, continuera à orienter vers
le bas l’indice des prix.
Toutefois, ce raisonnement doit être pondéré par le
risque d’augmentation qui subsiste quant à l’évolution des prix des
matières premières et par l’accroissement sournois des dépenses forcées
des ménages (loyer, services financiers, téléphone, emprunts, eau,
électricité, chauffage, taxes). Ces paramètres associés à celui de
l’évolution du prix de l’immobilier justifieront probablement les
prochaines remontées des taux directeurs qui pèseront sur le budget des
ménages ayant souscrit un emprunt à taux révisable. Enfin, en termes
d’allocation d’actif, une stratégie d’investissement sans risque
pourrait consister à surpondérer les obligations d’entreprises de haute
qualité, les titres à revenu fixe et miser sur les nouveaux producteurs
dans les pays avec une croissance à 2 chiffres, d’autre part en matière
d’immobilier de rapport il s’avérerait judicieux de vendre l’essentiel
de ceux-ci avant que la pénurie de demande et la baisse des loyers ne
surviennent dans un horizon de 4 à 8 ans.
Les pays en développements Le vieillissement de
la population ainsi que les perspectives économiques des pays
occidentaux vont de pair avec un autre phénomène: l’émergence de
nouveaux partenaires (et rivaux) économiques puissants comme l’Inde, la
Chine et le Brésil. Leur essor a déjà provoqué de profonds
bouleversements. La quantité de produits de consommation fabriqués à bon
marché en Chine puis exportés en occident est telle qu’ils contribuent à
contenir l’inflation causée par l’augmentation des matières premières et
des dépenses forcées.
Cependant, la relation démographique entre l’Occident
et les marchés émergents ne se limite pas aux activités de fabrication.
Comme le taux de fécondité dans la plupart des pays occidentaux est
maintenant inférieur au seuil de renouvellement des générations, à
savoir 2,1 enfants par femme, il faut accueillir davantage d’immigrants
qualifiés. Par exemple, déjà 22 % de tous les Indiens diplômés en
sciences infirmières se trouvent un emploi à l’étranger. Pendant ce
temps, des sociétés occidentales donnent certaines activités en
infogérance dans des pays comme l’Inde, où le secteur de la haute
technologie s’enrichit de 70 000 emplois par an. Aux portes de l'Europe,
des réservoirs de populations très jeunes se pressent et atteindront
dans vingt ans, 100 millions pour la Turquie, 100 millions pour le
Maghreb et 100 millions pour l'Égypte, sans parler de l’Europe de l'Est
et du continent asiatique aux réserves inépuisables. L’efficacité de
leurs intégrations sera directement corrélée à notre volonté de les
aider à accroître leur niveau de formation et d’employabilité. Enfin il
serait indécent de passer sous silence que près de 20% de la population
des pays en développement, dont un africain sur trois, souffrent de
sous-alimentation et, si toute chose restent égales, ce désastre
s’amplifiera.
Par ailleurs, parallèlement à la masse importante de
population, l’explosion économique de la Chine et bientôt de l’Inde
auront pour conséquence un accroissement phénoménal de la consommation
de ces pays-continent dès lors que se passera-t-il s’ils se mettent à
consommer autant que les américains aujourd’hui ? La réponse est simple
: la planète ne pourra soutenir le rythme et s’étouffera. Heureusement,
à peu près tout ce dont nous avons besoin pour construire une économie
compatible avec ce progrès est déjà fait dans plusieurs pays. Par
exemple les fermes éoliennes en Europe, les toits solaires au Japon, la
reforestation en Corée du Sud, les moyens de transports non-polluants.
Ne manque qu'un ingrédient de taille : la volonté politique. Reste à
espérer que les décideurs de Davos entendront l'urgence. Il est
important de comprendre qu’une économie d’abondance et de gaspillage
basée sur l’utilisation de l’énergie fossile comme carburant, la voiture
comme moyen de locomotion personnelle et des consommateurs du
prêt-à-jeter ne pourra plus continuer si nous voulons assurer la
pérennité de l’espèce.
Quelles conclusions en tirer? Le caractère
inéluctable de l’évolution démographique influera sur le marché dans
plusieurs secteurs, notamment ceux, des services financiers, de
l’immobilier, des soins de santé et de l’exploitation et transformation
des matières premières.
En matière d’immobilier de rapport l’effet conjoint
d’un retournement de l’équilibre de l’offre et de la demande en faveur
de la demande et de la baisse du pouvoir d’achat des générations plus
jeunes, le marché de la location subira des pressions importantes à la
baisse.
L’un des secteurs clés est celui de la mise au point de nouveaux
médicaments qui réduiront l’incidence de maladies communes, notamment
les maladies cardiaques. Ainsi, la Grande-Bretagne a récemment autorisé
la vente sans ordonnance d’un nouveau groupe de médicaments
hypocholestérolémiants, dans l’espoir d’économiser des fonds publics en
réduisant la fréquence des crises cardiaques parmi la population.
La technologie jouera également un rôle clé, étant donné que les
gouvernements et les entreprises font davantage appel à celle-ci pour
accroître la productivité malgré le vieillissement de la main-d’œuvre.
Rien d’étonnant à ce que le Japon, dont la population est l’une des plus
âgées du monde, soit le pays qui a installé le plus de robots en usine.
De surcroît, des sociétés comme Microsoft ont instauré des programmes
visant à mettre au point de nouveaux produits informatiques qui aideront
les employés vieillissants à continuer à travailler efficacement. Les
Baby Boomers vont travailler jusqu'à un âge avancé, soit jusqu'à 65 et
70 ans, tout simplement parce qu'ils ne sont pas toujours prêts
financièrement à prendre leur retraite mais aussi parce qu'ils aiment
travailler. La conjoncture démographique fera en sorte qu'ils seront
recherchés par les employeurs mais ils exigeront en contrepartie une
grande flexibilité dans leur travail. Leurs enfants "la génération
des enfants Roi" en demandent déjà. Allons-nous bientôt vivre dans
une société de loisir où le travail devient lui aussi un loisir?
Les innovations technologiques vont également bouleverser notre vie
quotidienne comme par exemple : vivre jusqu'à 120 ans grâce à la DHEA,
regarder la télévision sur un écran fin comme du papier et s'éclairer
sans le moindre fil électrique, bénéficier d'une transfusion de sang
artificiel, dormir les fenêtres ouvertes sans bruit grâce aux inverseurs
de fréquence, faire le plein de carburant d'hydrogène liquide. Recourir
à une greffe de cerveau pour augmenter ses connaissances, prendre ses
vacances dans le cosmos, se faire opérer à distance, avoir sa pharmacie
dans le corps, utiliser le clonage thérapeutique, se faire assister par
un robot "humanoïde". Non, ces innovations ne relèvent pas de la
science-fiction ! Nombre d'entre elles sont déjà au point, sur le plan
théorique tout au moins.
De part le conflit d’intérêt du à la structure de la
pyramide des âges, le modèle des pensions par répartition et la
solidarité mutualiste et syndicale intergénérationnelle va être mise à
rude épreuve dans les prochaines années pour faire place à des formes
d’engagements plus corporatiste, associatif et/ou intrafamilial.
La démographie fait présager également des
changements majeurs dans nos habitudes de vie confortables et ce à
l’horizon 2010 . Ces ajustements pourraient s’apparenter à ceux que nos
aïeux ont du consentir lors de la grande récession, à la différence
contemporaine majeure de l’existence des phénomènes conjoints de
libéralisation et de mondialisation de l’économie qui traduisent l’unité
fondamentale de la société humaine et qui pourront nous permettre
d’intégrer un réseau mondial gagnant/gagnant, assurant la prospérité du
plus grand nombre cette intuition étant d’autant plus probable que
l’humanité aura atteint sa vitesse de croisière d’ici 50 ans, ce qui
laisse envisager un équilibre durable de l’organisation sociale et
politique qui gouvernera ,espérons le démocratiquement, la planète
mondialisée et arrivée à son maximum de population humaine. Si l’avenir
de la population mondiale pose donc de nombreuses questions, il reste
une certitude : les hommes sont en voie de maîtriser la croissance de
leur population. Mais pour vivre convenablement à 10 milliards nos élus
politiques doivent avoir le courage de prendre, dès maintenant, des
décisions veillant à mieux gérer les ressources de la planète et à les
partager de façon plus équitable. Il est irresponsable voire suicidaire
de croire que seules les vertus rééquilibrantes du marché pourront
redonner un sens durable à une croissance mieux répartie et plus
respectueuses de l’environnement. À long terme, la survie de l’espèce
humaine dépend autant sinon plus de la façon dont les hommes vivront que
de leur nombre. Et bien que "à long terme nous serons tous morts",
comme l’ironisait le célèbre économiste John Maynard Keynes, l’analyse
de l’évolution démographique, tel un radar, nous permet d’ébaucher une
carte de l’avenir, sachons en faire bon usage afin de manoeuvrer
proactivement le paquebot "Terre" pour éviter les écueils et
emprunter une route viable pour l’humanité. Il appartient à notre
génération, celle des "Baby Boomer", d’évaluer la gravité de
situation et de l’urgence des réponses à y apporter pour faire en sorte
que la vie puisse continuer sur la planète dans un horizon de 100 ans au
plus.
01/01/2006
Luigi Chiavarini [3]
1. Source : Investor’s Business Daily, 22/4/2004,
recherche : Nations Unies.
2. Pays ayant un indice de développement humain
supérieur ou égal à 0,8 : cela concerne 53 pays.
3. Professeur d’économie et de finance auprès d’INVESTA
et International Account Director GETRONICS, luigi.chiavarini@gmail.com
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Luigi Chiavarini
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