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Bénin : l'ethnie, un ascenseur politique et administratif


(Syfia Bénin) Au Bénin, aujourd’hui, seuls les originaires de la région peuvent accéder aux postes de responsabilité de leur zone. L’équilibre inter-régional est aussi devenu le principal critère de recrutement dans la Fonction publique...

En juillet 2001, le gouvernement béninois a limogé le directeur général de la Sonapra, la société cotonnière nationale. Claude d'Almeida, natif du Sud-Bénin a été remplacé par un cadre originaire du Nord. Commentaire d'un député ressortissant du septentrion : "Le passage de Claude d'Almeida à la tête de la Sonapra est un accident qui ne risque plus de se reproduire. Ce poste stratégique revient naturellement au Nord, puisque c'est nous qui produisons l'essentiel du coton béninois". Ces propos révèlent le rôle de plus en plus important de l'ethnie ou de la région dans la conquête des postes politiques et administratifs au Bénin. Les exemples foisonnent. Avant la formation du gouvernement en mai 2001, l'Association des jeunes pour la réhabilitation de Djougou (Nord-Ouest) est allée voir le chef de l'Etat afin de réclamer deux postes ministériels pour leur localité. Après sa mise en place, un mouvement dénommé "Bloc Itcha-Ifè pour la réélection de Kérékou" (Blirk) a fait publier, dans les quotidiens de la place, une lettre pour exprimer le mécontentement des populations Itcha et Ifè de Bantè (Centre du pays) de ne pas voir un de leurs fils dans la nouvelle équipe gouvernementale. Actuellement, face aux rumeurs annonçant le redéploiement imminent du personnel de commandement, les cadres d'Adjohoun (Sud-est) organisent des réunions pour élaborer des stratégies visant à exiger le maintien à son poste du préfet de l'Ouémé/Plateau, Félix Zanfongnon, un fils de leur localité… "L'instrumentalisation de l'ethnie à des fins d'ascension politique est une donnée constante de la vie politique béninoise depuis les indépendances", analyse Albert Tingbé Azalou, professeur de sociologie à l'Université nationale du Bénin. Mais, pendant la période révolutionnaire marxiste-léniniste (1972 à 1990) "le rôle du terroir d'origine était beaucoup plus officieux. C'était le chef de l'Etat ou le parti unique qui, tenant compte du poids démographique et de l'importance de l'intelligentsia de tels groupes ethniques ou de telles régions, organisait le dosage des terroirs dans les instances de direction ou de gestion du parti et de l'Etat", souligne le socio-anthropologue Nassirou Arifari Bako.

Equilibre inter-régional et politique des quotas.

Avec le retour du Bénin à la démocratie en 1990, cette règle officieuse du jeu politique a été officialisée par le Premier ministre d'alors, Nicéphore Soglo, qui a soutenu publiquement que l'un des critères de formation du gouvernement de transition était celui de l'équilibre inter-régional : les principales ethnies et régions du pays doivent être représentées. Toute dérogation à cette règle est vivement dénoncée. En réaction au remaniement ministériel de juin 1999, Albert Sina Toko, président du Parti politique Car-Dunya, s'est plaint devant les caméras de la Télévision nationale de l'absence d'un cadre de son ethnie d'origine. "Comment peut-on former un gouvernement dans ce pays sans nommer un Baatonu ?", s'est-il interrogé. "La démocratie est venue légitimer l'ethnocentrisme et le régionalisme", conclut Martin Assogba, président de l'Ong Alcreer. L’administration territoriale est aussi touchée. Les préfets et sous-préfets sont nommés dans leurs régions ou localités d'origine. Si, par exception, cette règle n'est pas respectée, les populations organisent des soulèvements pour chasser "l'intrus". C'est ce qui est arrivé à Eugène Dossoumou renvoyé de Savalou (Centre du Bénin), actuellement sous-préfet dans son Savè natal qu'il dirige sans turbulences. En outre, un quota est affecté à chaque département du pays pour les recrutements au sein de la Fonction publique. Le principe a même été élargi à l'attribution des bourses à l'Université. Pour le professeur Albert Tingbé Azalou, "les revendications politiques fondées sur l'ethnie participent de stratégies élaborées par les groupes socioculturels pour se garantir une représentation politique adéquate". Selon le politologue Victor Topanou, le développement des réflexes identitaires à base ethnique s'explique par la disparition des débats idéologiques, suite à l'effondrement du bloc de l'Est. "La réduction du marché mondial de l'idéologie, précise-t-il, fait qu'à défaut de mener des débats fondés sur les idéaux politiques, les gens se réfugient derrière leurs ethnies. Et comme, ils ne croient pas en la capacité de l'Etat d'assurer la sécurité de tous, ils se contentent d'instrumentaliser l'ethnie pour leurs intérêts personnels".

Emmanuel Adjovi

Source : www.syfia.info



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