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La palabre africaine
intelligente :
Un instrument de sortie de crise
A la fin de l’année 2010, la Communauté internationale a choisi,
malgré elle, de mettre en avant une approche politique du "deux poids,
deux mesures" pour gérer les questions internationales, africaines et
arabes en particulier. Elle a systématiquement refusé de soutenir les
oppositions démocratiques, y compris en Arabie Saoudite, avec comme
argument majeur la garantie d’un approvisionnement en pétrole. Cette
politique, qui permet à l’imbroglio palestinien de perdurer, tend à être
remise en cause dans le monde arabe, où des Peuples longtemps privés de
liberté ont pris leurs affaires en main, avec une hargne et une audace
nouvelle. Il est aussi question de retrouver une dignité perdue,
d’imposer le respect des droits du citoyen à choisir ses dirigeants, qui
ne peuvent être remplacés par des personnalités "militaro-civiles" non
élues.
Si les transitions politiques actuellement en cours
ne débouchent pas sur un respect de la vérité des urnes issue du libre
choix des électeurs, alors il faut croire qu’une seconde révolution aura
lieu contre l’armée, ou plutôt les généraux de l’armée qui usurpent de
plus en plus les fonctions économiques. Ces derniers contribuant
d’ailleurs à la corruption et la mauvaise gouvernance, que les
institutions internationales feignent de ne pas voir, sous prétexte que
la stabilité vaut toutes les "dictatures" et "abus des droits
humains".
1. Révolution ou re-évolution de l’autodétermination dans le monde
arabe Il n’est pas étonnant qu’en 2011, la
réaction des Peuples ne se soit pas fait attendre dans des pays comme la
Tunisie, l’Egypte, la Libye, le Yémen, la Jordanie, l’Algérie, le Maroc,
le Bahreïn, etc.
Cette diplomatie à géométrie variable a fait des
dégâts collatéraux en France avec la sortie non sollicitée et précipitée
de Mme Michèle Alliot Marie, ex-Ministre d’Etat, Ministre des affaires
étrangères et européennes. Il y a manifestement une réelle volonté
spontanée des Peuples, de rejeter des régimes qui méprisent finalement
ceux qui ne récoltent de la globalisation que des contraintes au lieu
des opportunités promises. Ne pas l’avoir compris pour un Ministre
d’Etat, soit ! Mais pour un Etat industrialisé comme la France qui
affiche un taux de croissance économique autour de 0,4 % en 2010, c’est
une erreur, à moins qu’il ne s’agisse de la résultante de la langue de
bois. Lorsque Nicolas Sarkozy, Président de la France, explique qu’il
s’est laissé surprendre : "… Sans doute nous avons sous-estimé (les)
aspirations du peuple tunisien à la liberté …" [1], il verse dans un
euphémisme qui ne trompe personne.
La France dispose d’un des meilleurs réseaux
d’ambassades et de services de renseignements au monde. Cette erreur de
parallaxe de la diplomatie française est bien fortuite. Elle confirme,
quelque part, la difficulté bien réelle de lisibilité de la politique
étrangère française, qui se définissait souvent à l’Elysée et non au
ministère en charge du dossier. Le système du "bouc-émissaire" a
bien fonctionné et chacun espère que la "nouvelle" politique
étrangère de la France avec Alain Juppé, nouveau Ministre succédant à
Mme Alliot Marie, ne sera pas une simple opération "marketing" ou
de "ravalement de façade" (Window dressing en anglais) qui aurait
pour visée de changer l’image de la France, sans qu’un changement de
fond n’ait lieu. Les régimes politiques dans les pays
arabes ont pratiquement tous en commun de s’appuyer sur l’armée, visible
ou discrète, pour conserver le pouvoir. L’armée hésite régulièrement à
s’aligner automatiquement sur la "Rue" et les "jeunes". Ses principaux
Généraux qui ont servi le régime mis en cause, sont impliqués jusqu’à la
lie dans les activités locales et internationales qui rapportent des
rentes de situation, quand il ne s’agit pas tout simplement
d’organisations mafieuses reposant sur la corruption. La rente
pétrolière et son partage font que les liens de parenté, de clan et de
réseaux deviennent déterminants pour accéder à quelques miettes des
fruits de la croissance économique dans ces pays. Dans la plupart des
pays arabes, il est difficile de parler d’Etat démocratique encore moins
de République au service des populations. La Monarchie marocaine avec un
Premier ministre issu des élections et la Jamahiriya libyenne avec sa
démocratie directe au niveau local doublée d’une autocratie au niveau
central pourraient faire exception. Malheureusement, ce sont toujours
les mêmes cercles familiaux qui contrôlent les richesses de ces pays.
Mais, c’est avant-tout la crise sociale et les conséquences à
retardement de la crise financière de 2008 - qui ont sérieusement érodé
le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, en n’offrant
aucune perspective d’avenir aux jeunes - qui ont servi de détonateur. Il
y a lieu de s’interroger sur les capacités et la volonté réelles de
changement, d’un système bien huilé qui risque de générer de nouvelles
formes d’organisation pour "continuer" les pratiques du passé.
Trop de responsables africains au pouvoir ont choisi l’accaparement des
structures productives du pays en défendant principalement les intérêts
étrangers et de leur "clan", ceci aux dépens d’une population, souvent
jeune à plus de 50 %, qu’ils méprisent allègrement. De nombreuses
entreprises africaines ayant des fonds libyens de Mouammar Kadhafi dans
leur capital pourraient d’ailleurs rencontrer d’énormes difficultés du
fait d’une mauvaise gestion avec des pertes financières importantes
renflouées par la Libye [2].
Lorsqu’en face de ces lames de fond, les seules
réponses demeurent la répression, la ruse, l’hypocrisie ou encore la
politique des militaires du "céder pour mieux tout reprendre plus tard",
en contrôlant les futures élections, alors ces révolutions populaires
pourraient n’être que des épiphénomènes. Il s’agit de pays dans lesquels
l’ingérence étrangère et le contrôle de l’armée par des influences
extérieures, finissent par nuire à la cause des populations, ce qui
remet en cause la souveraineté de l’Etat, mais aussi les chances de
retrouver par les urnes une autodétermination des Peuples.
Les évolutions souhaitées par les Peuples tardent
singulièrement à prendre forme, selon le rôle équivoque des armées dites
"républicaines", qui ne font certes pas de coup d’Etat mais peuvent se
retrouver, d’une manière ou d’une autre, dans le rôle de "garants" d’une
"re-évolution" vers la démocratie. Toutefois, l’armée n’est pas neutre
dans le processus d’émergence de la démocratie dans ces pays. L’armée a
souvent été jusque-là un acteur "parasite" dans le contrôle des
capacités productives et prend sa part, tant dans le niveau élevé de la
corruption que dans les affaires "juteuses" du pays, notamment au niveau
des régies financières - administration des douanes et des impôts -
génératrices d’importantes recettes financières. Ce n’est un secret pour
personne, en particulier pour les Institutions financières
internationales. L’armée est encore celle qui peut faire échouer une
"révolution de la vérité des urnes" comme une "révolution de la Rue".
Néanmoins, elle peut contribuer à la réussite de ces révolutions en
octroyant une sorte de "non-objection" pour :
- préserver un statu quo afin de limiter, si possible au minimum, les demandes
de changement et d’alternance au régime en place : cas du Maroc et de l’Algérie
;
- permettre à un système ancien de se transfigurer en un nouveau, avec
une nouvelle légitimité éventuelle : cas de la Tunisie ;
- verrouiller, les chances de modification non sollicitées du pouvoir
afin de "contrôler" le processus de changement tout en ménageant les
intérêts importants des pays ayant massivement investi dans le pays : cas de
l’Egypte et de la Jordanie ;
- recomposer sa hiérarchie interne, qui peut conduire paradoxalement à
relégitimer l’ancien régime, non sans incitations financières importantes : cas
de la Libye…
Aussi le jeu de la diplomatie à géométrie variable
des pays occidentaux dépend fondamentalement de leur capacité à
contrôler indirectement et à influencer les hauts cadres de l’armée,
lors des transitions imposées par la population. Si cette dernière
relâche sa vigilance, la révolution du Peuple peut conduire à des formes
de démocratie où l’armée et les militaires peuvent conserver le pouvoir
sous des apparences de démocratie, quand l’un d’entre eux ne prend pas
carrément le pouvoir après avoir échangé l’uniforme contre l’habit
civil. Aussi, le point positif de l’initiative populaire dans tous ces
pays n’est pas une révolution, mais bien la résultante d’une indignation
collective des classes populaires et moyennes qui demandent en fait :
- une re-évolution d’un processus démocratique qui doit faire table rase des
dignitaires de l’ancien régime ;
- et un meilleur processus pour rendre compte de la gouvernance
économique et sociale qui doit se faire au profit des couches défavorisées et
privées d’espérance.
L’armée peut facilement, si elle le souhaite, faire
preuve d’une éthique supérieure pour soutenir la "Rue". Il n’est pas sûr
- si ses intérêts sont menacés, notamment quant à la transparence
indispensable sur le contrôle des capacités productives et des richesses
du pays - que cette même armée ne devienne un frein à l’impulsion
démocratique et éthique demandée par les populations. La défense des
intérêts des pays industrialisés occidentaux peut aussi brouiller les
cartes et favoriser des hésitations, qui transforment ceux que les
médias "politiquement corrects" en Occident, appelaient, lorsqu’ils
avaient le vent en poupe, les "révolutionnaires" et qui se sont renommés
"rebelles", dès lors que la contre-attaque gagnante de l’ancien régime
se met en place… Cette approche contradictoire s’explique par :
- la dépendance importante de certains pays occidentaux pour leur
approvisionnement en pétrole et gaz, de Libye par exemple, et
- le besoin de continuer à vendre par des circuits détournés des armes
et munitions aux deux camps en conflit.
Les tergiversations de la Communauté internationale
après plus de trois semaines d'insurrection n’est pas un signe de
faiblesse mais de défense d’intérêts contradictoires des membres du G20.
Le silence coupable relatif à l’absence de décision sur l’intervention
préalable, sous forme d’interdiction de vol des avions sur l’espace
libyen, permet en fait à des tractations sordides (ventes d’armes) de
continuer. Les morts et blessés sont surtout des jeunes libyens qui ont
peut-être été infiltrés par des groupuscules d’Al Qu’Aïda. Mais rien
n’empêche que ces groupes terroristes d’Al Qu’Aïda non identifiés, se
mêlant d’ailleurs à des mercenaires [3] venant des pays africains, donnent
l’impression d’une force entraînée. En réalité, il a lieu de remettre en
cause des "accords (souvent secrets) de formation d’étudiants africains"
qui finissent, pour les meilleurs, à être recrutés comme des mercenaires
ou des agents secrets, voire des agents doubles infiltrant d’ailleurs
les gouvernements africains qui les ont envoyés. Bref,
la seule urgence aujourd’hui est de demander un cessez-le-feu pour
permettre à la palabre africaine d’amener à la raison chaque camp des
protagonistes. Paradoxalement, la palabre africaine redéfinie dans un
contexte de technique de sortie de crise, pourrait peut-être ramener le
"Guide libyen" à une compréhension du niveau d’indignation et
d’exaspération d’une grande partie de sa population envers ses 42 ans de
pouvoir sans partage. La palabre africaine intelligente pourrait
conduire à l’instauration d’un processus de transition, menant à une
démocratie directe non plus uniquement au niveau des comités populaires,
mais aussi au niveau du centre décisionnel libyen. Le Guide devra alors
accepter d’être élu dans le cadre d’une transparence totale qui ne peut
plus reposer sur la prise en otage ou la dépendance des fils ou parents
des responsables des comités populaires.
2. Entre guerre civile et palabre africaine : le cas de la Libye
L’Union africaine et la Communauté internationale
doivent soutenir l’appel pacifique de palabre africaine intelligente
lancée par Djadallah Azouz Al Talhi, un ex-Premier ministre du Guide
libyen. Le représentant du Conseil national à Benghazi devrait réfléchir
à deux fois avant de "rejeter" tout appel au dialogue en le
fondant sur le préalable du départ du dirigeant libyen. Cela ne sert à
rien d’emmener à la boucherie des jeunes libyens et quelques
mercenaires, que les prétendus agents d’Al Qu’Aida ne manqueront pas de
lâcher, compte tenu du rapport de forces défavorable tant en termes
d’argent que d’armement. A moins que les marchands d’armes à la solde de
quelques Etats membres du G20 n’attisent le feu, pour améliorer
indirectement leur déficit budgétaire en vendant des armes et en faisant
durer une guerre civile en émergence, qui risque de déboucher sur une
division du pays. Le silence sur l’opération échouée des agents des
services secrets britanniques, au début du mois de mars 2011, auprès du
Conseil national de transition (CNT) [4] des
"révolutionnaires-rebelles"
à Benghazi, pourrait confirmer cette tendance. Entrés sur le territoire
libyen sans autorisation, leur présence "officielle" auprès du
CNT risque d’attiser les relents "anti-occidentaux", assez
vivaces dans les mentalités libyennes et arabes en général. Il faut
toutefois noter le courage de la France le premier pays soutenant
officiellement le Conseil national de transition [5]. Il ne faudrait pas
que certains de ces agents-doubles portent le masque d’Al Qu’Aida,
surtout que certains pays, rois de la désinformation, ont choisi de
mener aussi des opérations secrètes pour la sauvegarde de leurs intérêts
(ici le pétrole) et sont passés maîtres dans l’utilisation
d’agents-doubles.
Pour Anders Forgh Rasmusen, Secrétaire général de
l'Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), toute intervention
des forces du Traité de l'Atlantique Nord en Libye ou ailleurs devrait
avoir un mandat des Nations unies. Surtout dans un contexte ou la
Russie, la Chine et vraisemblablement l’Inde ne sont pas favorables à
des ingérences militaires étrangères dans un pays souverain. Si une
résolution de l’Organisation des Nations Unies (ONU) portant sur une
zone d’interdiction aérienne peut intervenir rapidement pour neutraliser
l’aviation du Colonel Kadhafi, cela peut sauver des vies humaines et
donner l’occasion d’imposer un cessez-le-feu. Il est d’ailleurs assez
paradoxal, que trop peu d’importance soit donnée au cessez-le-feu. De
nombreux Chefs d’Etats africains sont bien dans l’embarras pour demander
à leur généreux "bienfaiteur" de revenir à la raison et
d’accepter, dans le cadre d’une palabre africaine intelligente, d’opter
pour des alternatives fondée sur retour à la paix. La
réalité de la Libye est que le Guide libyen doit prendre en compte le
fait que plus de 30 % au moins de sa population ne souhaite plus le voir
comme un "Guide". A ce titre, si l’absence de liberté d’expression et
les menaces et kidnapping ne conduisaient pas de nombreuses
personnalités à opter pour le silence, le nombre réel des mécontents
serait bien plus nombreux. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des
nostalgiques de la politique du Guide, à commencer par les membres de
son clan, ses fils et sa tribu. En réalité, en présentant indirectement
l’un de ses fils dans les médias d’Etat, Seïf Al-Islam Kadhafi [6], le
Guide fait directement obstruction à la démocratie directe qu’il a
lui-même mise en place. En promettant un "fleuve de sang comme seule
solution de sortie de crise", ce fils de Mouammar Kadhafi ne semble pas
considérer sa propre légitimité comme étant liée à des élections même au
sein des clans ou des tribus. La Communauté
internationale doit cesser de n’offrir comme solution que la voie
militaire, sauf si celle-ci consiste à mettre en place une zone tampon.
Il faut aussi noter que son comportement actuel semble présenter des
lacunes puisque malgré l'embargo des Nations Unies sur les avoirs
libyens à l’étranger, des entreprises américaines comme européennes ont
du mal à respecter cette résolution [7]. Cela renforce les positions du
Guide libyen qui joue sur l'interdépendance de son économie avec le
monde du secteur privé. Les "révolutionnaires-rebelles" libyens,
doivent vérifier et infirmer qu’ils ont été infiltrés par des forces
secrètes de l’Islam radical dont Al Qu’Aida. Il n’est d’ailleurs pas
impossible que des groupuscules d’Al Qu’Aida aient été instrumentalisés
y compris par l’extérieur. Le refus actuel de "palabrer" ira en
s’amenuisant de part et d’autre suivant le degré de contrôle des puits
de pétrole, de la capacité de résistance des
"révolutionnaires-rebelles", et de la volonté réelle des pays
occidentaux, sur mandat de l’ONU d’intervenir d’une manière ou d’une
autre. Dans cet imbroglio complexe, la palabre
africaine intelligente doit "imposer" l’arrêt des combats, le retour à
la raison du Guide libyen et un vrai débat sur la place de chacun en
Libye, car l’opposition de Benghazi ne date pas d’aujourd’hui. L’absence
de véritable démocratie et de liberté de parole et des médias a empêché
les différences de s’exprimer. Il existe donc bien une pensée unique en
Libye et le livre vert n’est plus la référence, pour un pays et sa
population qui aspirent à du respect, de la considération, et un espace
de liberté et de démocratie. Ceux qui peuvent
approcher le "Guide libyen" au niveau de l’Union africaine ou des
chefs d’Etat, comme Jacob Zuma, peuvent se permettre de lui dire
quelques vérités qu’il doit nécessairement entendre pour prétendre
encore au titre de "rois des rois d’Afrique". Une délégation des
"rois et sultans" d’Afrique pourrait fortement aider à le
convaincre d’opter pour un cessez-le-feu pour engager une palabre
africaine intelligente et accepter le verdict réel de la vérité des
urnes selon un schéma à déterminer. Car, l’absence de
"palabre africaine intelligente" et une succession de crimes
contre la population délégitime n’importe quel Roi africain et conduit à
son abdication, de force s’il le faut… Une fois le cessez-le-feu obtenu,
l’Union africaine et les représentations des "rois et sultans
d’Afrique" pourront demander aux 16 principaux responsables à la
tête des regroupements de comités populaires couvrant les grandes
régions de Libye de "voter" pour savoir s’ils veulent encore maintenir
au pouvoir le Guide libyen… Le lieu pose problème et ne peut être Addis
Abéba pour une question de souveraineté. Il est donc proposé que deux
votes aient lieu, une fois à Tripoli et une fois à Benghazi ou dans un
troisième pôle libéré, ceci en présence de représentants de Chefs d’Etat
africains représentant les six régions africaines y compris la Diaspora
africaine. Celui qui aura obtenu la majorité à la sortie de ces deux
votes sera déclaré le Guide de la Transition Démocratique avec pour
mission de mettre en place une Constitution et des élections
démocratiques en Libye.
Une grande conférence d’explication et de
conciliation devra avoir lieu pour panser les blessures importantes.
Auparavant, il y a lieu de s’assurer que les enfants ou parents des
dignitaires des comités populaires, véritables émanations du peuple
libyen, n’ont pas été "kidnappés" ou "subissent des menaces sur
leur vie ou leur santé" pendant que ce vote a lieu.
3. Entre guerre civile et palabre africaine : le cas de la Côte
d’Ivoire et du Togo La Côte d’Ivoire est en crise
depuis qu’il y a une forte dissension sur la vérité des urnes,
lesquelles n’ont pu clairement dire qui, de Laurent Gbagbo (président
sortant) et Alassane Ouattara (ancien premier ministre), est
véritablement sorti vainqueur du premier et du second tour de l’élection
présidentielle. L’approche choisie par l’Organisation des Nations Unies
pour la Côte d’Ivoire (ONUCI) n’a pas été acceptée par l’une des
parties, ce qui d’ailleurs a discrédité l’ONU, la faisant passer pour
une organisation qui a perdu de sa neutralité et de sa légitimité pour
proposer des solutions de sortie de crise. Lorsque deux candidats
revendiquent une même victoire, il y a lieu de s’assurer que l’on
recompte les bulletins de vote en toute transparence et en présence des
populations, ou alors que l’on accepte pacifiquement de refaire les
élections.
Dans le principe de l’ordre de l’harmonie en Afrique
ancestrale, les deux protagonistes ne devraient plus participer
directement à une deuxième élection même s’ils en acceptent le principe.
La priorité est d’assurer que le pays reste en paix, la cohésion sociale
soit préservée et que des éléments étrangers défendant des intérêts
autres que ceux des populations ivoiriennes, ne viennent attiser le feu
pour lancer une deuxième guerre civile visant à scinder le pays en deux.
L’Union africaine l’a bien compris et a opté pour une stratégie de paix
et non une stratégie de guerre et de destruction des acquis ivoiriens.
La politique des "deux poids, deux mesures",
pratiquée trop longtemps par des puissances occidentales en Afrique,
produisent trop régulièrement des élections sans vérité des urnes. Cela
antagonise les ressortissants d’une même nation et produit deux
Présidents incapables de se parler sereinement. Selon la manière dont
les médias mettent ou pas l’accent sur le phénomène, les populations
occidentales sont informées ou désinformées, partiellement ou
partialement.
Le cas du Togo, qui lui aussi a "Deux" présidents
depuis près de 12 mois, reste encore très mal connu des contribuables de
l’Union européenne qui continuent à croire que leur impôts ont servi à
organiser des élections démocratiques alors que depuis un an au Togo, se
déroule un vaste mouvement de contestation des résultats électoraux
dictés par le Gouvernement de Faure Gnassingbé. Laisser pourrir cette
situation sans réagir est une forme de mépris des populations
togolaises. Personne dans la pratique au sein de l’Union européenne,
sauf peut-être la France, ne prend en compte les 61 % des bulletins non
identifiés qui ont servi pour déclarer Faure Gnassingbé gagnant au Togo.
Ce doute a conduit la plupart des pays européens et à ne plus budgétiser
une enveloppe d’aide bilatérale pour le Togo et au mieux à faire
transiter les fonds par les structures multilatérales ou des
organisations non gouvernementales. Bref, personne ne peut le dire tout
haut mais il n’est plus question de faire de l’aide budgétaire compte
tenu du manque de transparence et de lisibilité du budget du Togo. Cette
sanction déguisée ne peut être levée qu’avec le retour de la vérité des
urnes et des comptes. Il y a donc lieu de revenir sur
les "formules et instruments" de sortie de crise choisis par les
institutions qui tentent de trouver une solution éclairée. En Côte
d’Ivoire, l’option de la guerre ne peut venir que de ceux qui croient
organiser la cohésion sociale de demain, sur une succession de revanches
interminables. Cette construction de l’insécurité future de la Côte
d’Ivoire, est notamment contenue dans les propositions irresponsables du
Président actuel du Nigeria. Ce dernier tente d’entraîner la communauté
économique et de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),
sous influence, vers des positions extrémistes de guerre. Mais l’option
de la guerre n’est pas une position consensuelle entre les dirigeants
africains. La guerre est contraire aux principes de la Maât [8] et du Peuple
Kamite [9], peuples fondant la société sur des valeurs pacifistes et
l’harmonie entre ses populations. Il y a donc urgence de poursuivre la
palabre africaine avec beaucoup d’intelligence, en s’assurant de faire
la distinction entre les formes de la palabre au niveau local, et celles
de la palabre au niveau panafricain ou international.
Les concepts de "palabre", comme au demeurant le verbe
"palabrer", ne peuvent plus être limités aux explications négatives
de "discussion oiseuse sans fin" ou de "discussions interminables"
[10], dans
lesquelles les marchandages mettent en lumière les positions
contradictoires tenues par les mêmes chefs d’Etat africains, pris
collectivement ou individuellement. La palabre africaine ancestrale
était constituée d’une assemblée restreinte limitée généralement au
village pour trouver des solutions, exposer et prendre des décisions qui
engagent la collectivité. Généralement, ces palabres étaient ouvertes au
public et avaient lieu sous un arbre à palabre pour se protéger du
soleil. Il arrivait souvent que la solution ne soit
pas trouvée et que la décision ne tombe pas. Alors, la complexité du
problème conduit à mettre en valeur les attributs positifs du concept de
palabre. La "palabre africaine sage" consiste alors à
:
- laisser du temps au temps pour que les discussions, négociations et
conciliabules aient lieu en vue de parvenir à un résultat acceptable et accepté
par les deux parties ;
- à exclure toutes formes de pièges, d’entêtement, d’appui de forces
"extérieures", afin de faciliter une convergence de vue directe entre les
protagonistes ;
- à s’assurer que la pression est équitable sur les deux parties pour
avancer vers une prise de décision. Cela ne peut se faire sous la pression et le
non-dit d’un des protagonistes même le poids de la communauté africaine peut y
conduire ;
- à insister pour que les protagonistes se parlent "nez dans nez"
[11] comme
on dit en Côte d’Ivoire ; compte tenu de la charge explosive, cela pourra se
faire par vidéo mais sans pression d’aucune sorte avec des agendas de discussion
précis desquels des réponses précises doivent émerger, ce qui évite d’ailleurs
les "va-et-vient" incessants des émissaires de l’Union africaine.
Dans la palabre locale [12], le "roi ou le chef" n’est en
fait que le témoin d’un consensus savamment négocié et accepté par tous.
Par contre, il est le garant qui transforme une décision populaire en un
projet ayant force de loi. C’est aussi ce "pouvoir central" qui ordonne
et veille sur l’exécution du projet. C’est souvent le principe de la
majorité qui l’emporte avec un pouvoir central qui insiste pour que la
décision soit acceptée par la minorité. Dans le cadre d’une palabre
panafricaine, il convient de s’assurer de l’absence de collusion entre
les chefs d’Etat qui pourrait étouffer toute expression démocratique.
Les influences extérieures doivent être neutralisées
afin de faciliter le processus de construction du consensus, si les deux
protagonistes ont comme objectif de satisfaire les intérêts de la Côte
d’Ivoire et ceux des Ivoiriens et Ivoiriennes. Mais une palabre
africaine fondée sur des approches polycentriques doit reposer sur les
principes kamites hérités de l’Egypte ancestrale. Ce principe provenant
de la Maât, suppose que la légitimité de chacun des protagonistes soit
liée au fait qu’aucun d’entre eux n’ait contribué directement ou
indirectement à gêner l’ordre de l’harmonie du Dieu-créateur. En
conséquence, en raison des nombreux morts déjà enregistrés sur le
terrain, dans cette guerre civile rampante qui s’accélère, la palabre
africaine dans toute sa sagesse doit recommander que l’avenir de la Côte
d’Ivoire passe par les étapes suivantes:
- acception des deux protagonistes, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara de
s’éclipser pendant un période transitoire où de nouvelles élections seront
organisées une fois le pays pacifié ;
- les deux protagonistes doivent alors demander pardon officiellement au
peuple ivoirien pour les souffrances endurées et s’engager à ne pas gêner la
transition et l’organisation de la transparence nécessaire pour mener à la
vérité des urnes ;
- la communauté panafricaine sera témoin de cette décision commune qui
sauve l’honneur de chacun des protagonistes et remet la Côte d’Ivoire sur le
chemin de la renaissance ;
- la transition sera composée d’un collège d’expertises provenant des
trois grands partis de Côte d’Ivoire, à savoir le Rassemblement des
Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti regroupant le Parti
démocratique de Côte d’ivoire (PDCI)), le Front populaire ivoirien (FPI) et
Rassemblement des Républicains (RDR) avec son partenaire des Forces nouvelles
(FN). La répartition des sièges se fera par consensus ou à défaut par un vote
sur des personnalités y compris des femmes et devra intervenir avec la
participation des quatre formations afin de légitimer le Gouvernement de
transition qui aura moins de un an pour organiser les nouvelles élections
crédibles et acceptées par tous ;
- les organisations internationales doivent obtenir l’aval des trois
formations participantes à ce gouvernement de transition pour opérer dans le
pays des activités d’appui que le Gouvernement voudra bien leur confier.
La palabre internationale est donc bien un processus
de résolution pacifique des conflits de pouvoir et repose sur les
principes kamites de régulation de la vie en société mais aussi du
retour de l’harmonie de l’ordre inscrit dans la Maât. C’est en
respectant à la lettre le "vrai" principe de l’Egypte ancestrale
négro-pharaonique que les Africains, l’Union africaine, la Côte d’Ivoire
et bien d’autres zones en désharmonie avec leurs populations respectives
pourront retrouver la dynamique de la souveraineté et
l’autodétermination que la vérité des urnes aurait du proposer.
Tout compromis est réducteur et fait appel à l’esprit
de conciliation des uns et des autres. Mais il rappelle aussi la
suprématie de l’intérêt supérieur de la collectivité sur les intérêts
individuels et à fortiori la suprématie de la collectivité nationale sur
les intérêts des Etats étrangers en Côte d’Ivoire. Il importe donc de
cesser d’attiser les animosités d’un camp contre un autre, de proposer
des solutions "jusqu’auboutistes" et surtout se passer des deux
protagonistes par lesquels la guerre a été introduite et réintroduite en
terre ivoirienne. Les représentants légitimes d’un Peuple ne sont pas
toujours ceux que l’on croit, encore moins ceux qui sont au pouvoir. Si
les deux protagonistes ne peuvent se rencontrer pour parler "nez dans
nez", alors les nouvelles élections sans ces deux candidats
assorties d’une période transitoire seraient une résultante honorable et
sage de la palabre africaine.
Le panel des cinq chefs d’Etat n’est pas crédible en
termes de légitimité. Sur cinq chefs d’Etat, seuls deux d’entre eux
pourraient passer le test de la vérité des urnes, ce qui délégitime le
panel de Chefs d’Etat au regard des principes de la palabre africaine.
Ceci d’autant plus que le mois de "préparation de leur décision" risque
d’accoucher d’une solution sans un mode opératoire. En
réalité, c’est l’image du "Syndicat des chefs d’Etat africain" qui
réapparaît dans la composition du panel. A ce titre, ce panel n’a pas de
légitimité pour trouver une solution, dès lors que plusieurs membres ne
sont pas des modèles de démocratie représentative, n’ont pas été élus
démocratiquement, ou ne sont pas issus de la vérité des urnes.
Il est indispensable de distinguer les formes que peuvent prendre la
palabre africaine pour conduire à des résultats tangibles et pacifiques.
4. Conclusion : Palabrer uniquement sur la vérité des urnes
La reproduction de modèles importés en Afrique, notamment en Afrique
francophone a montré ses limites, à commencer par un Etat centralisateur
qui doit céder la place à des communautés fédérales permettant une
meilleure répartition des pouvoirs et des légitimités régionales.
Celles-ci étant fondées sur des élections de proximité dans lesquelles
les ordinateurs des organisations internationales ne peuvent donner des
résultats différents de la vérité des urnes. La faillite du système
électoral électronique en Afrique est patente. Les lendemains
d’élections disputées tournant en guerre civile, ne permettent plus de
faire confiance à des expertises étrangères qui finissent souvent par
provoquer la division des pays.
Tous ces systèmes importés qui empêchent l’émergence
de la vérité des urnes aux temps opportuns, poussent en fait les
populations à des révolutions réclamant une refondation de leur
autodétermination. Ces révoltes, doublées de revendications sociales et
de justice sociale, mettent les peuples en effervescence dans les pays
sans vérité des urnes pour trouver les nouvelles bases de construction
collective d’un bien-être commun. Les armées non républicaines et les
réseaux travaillant uniquement pour leur cercle "d’initiés", ne
peuvent continuer à opérer contre les intérêts vitaux des populations
sans un effet boomerang d'assainissement salutaire.
Les solutions pacifiques de sortie de crise se
trouvent souvent dans les vertus du modèle choisi. Ce modèle ne peut
venir de l’extérieur de l’Afrique. Il ne peut s’affranchir des règles
fondamentales de la Maât reposant sur la recherche d’un équilibre entre
la vérité, la justice, l’équité et la paix. La Libye, la Côte d’Ivoire,
le Togo, et de manière générale l’ensemble des pays qui se sont
affranchis de la vérité des urnes, n’y feront pas exception. Le rythme y
sera différent selon les ingérences extérieures et la position de chefs
d’Etat mal élus qui veulent appliquer les principes de sagesse de la
palabre africaine intelligente.
Continuer à vouloir pratiquer la palabre africaine
sans prendre des mesures pour stopper les violences meurtrières qui
déshonorent les dirigeants africains relève d’un manque de lucidité
chronique. La solution doit passer par la vérité des urnes même si :
- en Libye, ce sont les comités populaires libres qui doivent faire émerger
cette vérité des urnes ;
- en Côte d’Ivoire, ce serait la rencontre directe entre Laurent Gbagbo
et Alassane Ouattara, qui apparaitrait comme une grande victoire pour la palabre
africaine et pourrait déboucher sur une refondation du futur de la Côte d’ivoire
sans eux en tant qu’individus, mais en tant que parti politique ;
- au Togo, il faut déplorer que Faure Gnassingbé à la tête de l’Etat,
confonde la palabre africaine intelligente avec le "dialogue inclusif" en
s’arrogeant unilatéralement le rôle de celui qui détermine un agenda, inconnu
pour le moment, et qui semble contribuer à rediviser les forces de l’alternance,
une technique éprouvée et utilisée depuis 43 ans par le système du Rassemblement
du Peuple Togolais (RPT).
En définitive, tout le monde doit pouvoir être
d’accord avec une affirmation, prononcée en privé par le Président de la
Commission de l’Union africaine, Jean Ping, qui rappelait certainement à
l’intention de ceux qui ne maîtrisent pas encore la palabre africaine
intelligente qu’il n’est : "Pas question d’envoyer une armée africaine
aller massacrer d’autres Africains" [13].
Dr Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence « Afrology »
10 mars 2011
1. Nicolas Sarkozy, Président de la République
Française : "G20-G8 - Conférence de presse portant aussi sur : Politique
internationale, Diplomatie, Tunisie, Liban, Terrorisme, Syrie,
Proche-Orient, Côte d'Ivoire, Taxe bancaire, Régulation, Gouvernance
mondiale, Marchés agricoles, Développement", Palais de l'Elysée,
www.elysee.fr, 24 janvier 2011, voir <http://www.dailymotion.com/video/xgpbzp_g20-g8-conference-de-presse-de-m-nicolas-sarkozy_news
> accédé le 2 mars 2011.
2. Julius Barigaba, "La crise libyenne fatale aux entreprises africaines
?", in The East African, repris dans Courrier International, 4 mars
2011.
3. Giampaolo Cadalanu, "Libye. Kadhafi joue les prolongations avec ses
mercenaires", in La Repubblica, repris dans Courrier International,
Hebdo, no 1060,
1060, 23 février 2011, voir <
http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/23/kadhafi-joue-les-prolongations-avec-ses-mercenaires
>, accédé le 25 février 2011.
4. Il ne s’agit toujours pas d’un conseil unifié puisque seule la France
l’a reconnu et que le Royaume Uni estimerait qu’il y aurait d’autres
"centres" à considérer. Pourtant sur 27 pays de l’Union européenne,
seuls la France et le Royaume Uni sont favorables à l'instauration d'une
zone d'exclusion aérienne. RFI, op. cit.
5. RFI, "Crise libyenne : l'Europe joue sa crédibilité", 10 mars 2011,
voir <http://www.rfi.fr/afrique/20110310-crise-libyenne-europe-joue-credibilite>,
accédé le 10 mars 2011.
6. Seïf Al-Islam Kadhafi, "Un fils de Kadhafi brandit la menace de la
guerre civile", voir :
<http://fr.euronews.net/2011/02/21/libye-les-opposants-gagnent-du-terrain/
> , accédé le 2 mars 2011.
7. Federico Fubini, "Libye : Kadhafi impose sa loi grâce au fric", in
Corriere della Sera, repris dans Courrier International, 8 mars 2011,
voir <http://www.courrierinternational.com/article/2011/03/08/kadhafi-impose-sa-loi-grace-au-fric>,
accédé le 9 mars 2011.
8. Symbole de la vérité, de la justice, de l’harmonie et de la paix en
Egypte ancienne et lois éthiques reposant sur ces principes.
9. Nom que les Africains se sont données eux-mêmes dans l’Egypte
ancestrale.
10. Voir les définitions données par le Centre national de ressources
textuelles et lexicales, voir :
<http://www.cnrtl.fr/definition/palabre>, accédé le 3 mars 2011.
11. Ce qui est plus puissant que le "yeux dans yeux" ailleurs en Afrique
ou le "face à face" commun.
11. Emmanuel Okamba, "Le processus d’acculturation en Afrique : les
vertus de la palabre locale au service de l’entreprise", in Cahiers des
Sciences humaines, numéro 30, (4), 1994, pp. 731-748, voir :
<http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_4/sci_hum/41401.pdf>,
accédé le 2 mars 2011
13. Francis Laloupo, "Côte d’Ivoire, Impossible miracle", in Blog de
Francis Laloupo, 27 février 2011 voir :
<
http://francislaloupo.wordpress.com/2011/02/27/cote-d%E2%80%99ivoire-impossible-miracle/
> accédé le 2 mars 2011.
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Ekoué Amaïzo
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