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Abdoulaye Wade - Un destin pour
l'Afrique.
Paris : ed.Michel Lafon 2006, 262p.
Maître Abdoulaye Wade est docteur en droit, agrégé en sciences
économiques, fondateur du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Le 19
mars 2000, il accède à la magistrature suprême et devient le Président
de la République du Sénégal. Il a été réélu le 25 février 2007 pour un
mandat de cinq ans.
La réédition de l'ouvrage de Me Abdoulaye Wade donne suite aux demandes
pressantes d'un lectorat avide de découvrir le message, mais surtout la
réflexion théorique et la réponse de l'auteur face aux angoisses d'une
Afrique ballottée par les remous d'une globalisation tous azimuts.
L'ouvrage publié pour la première fois, lors d'une retraite politique,
en 1989, avait séduit l'intelligentsia africaine. Depuis lors, l'Afrique
a été le théâtre de grands changements politiques. L'événement marquant
de la décennie passée a été la libération de Nelson Mandela, après 27
ans de détention politique à Robben Island. (p.20)
Durant un quart de siècle, Me Abdoulaye Wade a été de tous les combats
politiques. Il s'est intéressé aux grandes questions qui préoccupent le
continent africain : la désertification, la sécheresse, la famine, le
Sida, la dette, etc…(p. 30 et suivante)
Au Sénégal, le «Sopi» ou Alternance a ouvert la voie à une révolution
démocratique et pacifique, le 19 mars 2000. (1)
En janvier 2001, Le Président de la République, Me Abdoulaye Wade, fait
adopter une nouvelle constitution qui a été élaborée de concert avec les
juristes et les membres de la société civile. Elle confère certains
droits aux femmes, notamment: le droit à la propriété foncière (Art.19).
De plus, elle interdit les mutilations corporelles et garantit
l'intégrité physique (Art.7). Elle interdit également les mariages
forcés (Art.18).
Comme il le prône dans son livre, son action politique englobe également
la promotion des femmes et de la jeunesse.
"J'ai fait d'un jeune de mon parti le plus jeune député du
Sénégal et de l'Afrique" (p. 48)
Toute l’Afrique a salué sa décision de nommer une femme comme Premier
Ministre à la tête de son gouvernement, car cela démontre une volonté
réelle de participer à la promotion des femmes (p.19).
L'auteur préconise des solutions visant le développement durable par le
biais de l’agriculture et la formation des paysans, afin de relever les
défis écologiques, économiques et démographiques qui minent le
continent.
"L'Afrique ne s'en sortira pas sans une agriculture moderne,
autrement dit si elle n'a pas d'agriculteurs. Ce qui signifie que nous
devons substituer progressivement l'agriculteur au paysan traditionnel".
(p. 33)
En juillet 2002, la mise en place de l'Union Africaine à Durban, prélude
aux Etats-Unis d'Afrique, et l'élaboration du NEPAD* concrétisent l'un
des rêves de l'homme politique.
Dans le chapitre III, intitulé Problématique de l'idéologie et de la
doctrine,
L’auteur dissèque le terme idéologie et en fait la genèse. Il démontre
que toute idéologie renferme ses mythes. Pour le Marxisme, il s'agit de
la dictature du prolétariat et de la solidarité prolétarienne, tandis
que l'idée de l'État-patron sous-tend l'idéologie socialiste et le
libéralisme met en exergue l'harmonie des intérêts.
Partant de ces idéologies qui se sont développées dans des sociétés
occidentales, le critique s'interroge sur la place de l'Afrique qui
cherche sa voie dans ce dédale politique. Déjà, dans le document de
travail qu'il utilisait lors du colloque de Berlin, l'auteur traçait une
nette ligne de démarcation entre idéologie et doctrine. Les
intellectuels Africains ont, pour la plupart, épousé la théorie
marxiste, alléchante et réconfortante. Ce fut notamment le cas des
premiers théoriciens qui ont pour noms, par exemple: Lamine Senghor et
Tiémoko Garan Kouyaté. Avec Léopold Sédar Senghor, la notion de
socialisme prend une nouvelle dimension et devient le « socialisme
africain».
Me Wade prône l'idée du panafricanisme libéral:
"La construction d'une grande Afrique unie, développée, respectée"
(p.52)
qui, en bâtissant de grands ensembles géopolitiques, guidera le
continent vers le développement. Dans le chapitre consacré aux jeunes,
Il fait l'apologie de la jeunesse généreuse, porteuse d'espoir et apte
aux plus grands sacrifices pour l’intérêt de la nation. La disponibilité
de notre jeunesse a plus de valeur que les milliards de l'étranger" (p.
21)
Le gouvernement du Sénégal consacre 40% de son budget à l'enseignement
et, selon l’UNESCO, avec son taux de scolarisation de 80%, il fait
figure de leader mondial (p.50). C'est dans ce domaine que l'on constate
une innovation originale. Sur le plan pédagogique, la création de la
case des « Tout-petits » allie le système moderne au système
traditionnel. Les enfants de 2 à 6 ans sont pris en charge. On les
initie aux jeux éducatifs et, afin de ne pas les couper de leurs
racines, un grand-père ou une grand-mère joue le rôle de mémoire vivante
en leur racontant les hauts faits du passé ou des contes à valeur
didactique.
"Dis-moi quelle jeunesse tu as,
Je te dirai quel peuple tu seras" (p. 52)
Afin de relever le défi numérique, moteur de la globalisation, Me Wade a
lancé l'idée de créer un Fonds de solidarité numérique qui a vu le jour
à Genève, en 2003 (p.54). Ce fonds devrait permettre de réduire l'écart
«le gap» (sic p.54) entre les pays industriels et les pays en
développement. L'accès au Web, cette nouvelle technologie, permet à tout
un chacun de se connecter avec le monde entier.
L’auteur développe la doctrine du travail qui constitue la charpente de
son projet de société, une idée qui s'accorde avec ses convictions
religieuses, d’où sa sentence :
"Plus tu travailles,
Plus vite tu vas
Sur le chemin du Paradis". (p.93)
Cette doctrine du travail va de pair avec celle d'un État libéral
interventionniste (p.99)
qui concilierait libéralisme économique et économie socialiste. En un
mot, L'État jouerait un rôle régulateur en créant les conditions pour
une économie florissante où la concurrence et l'initiative auraient la
place qui leur revient de droit. L'auteur conclut que la faillite du
socialisme d'État en Afrique provient de la gestion défectueuse des
entreprises d'État:
«Gabegie, pléthore de personnel, incompétence dues aux interventions
politiques dans la nomination des cadres et dirigeants, absence d’esprit
de concurrence». (p. 99)
Dans le chapitre consacré à l'histoire des Noirs et de sa Diaspora:
Permanence de la Résistance composante essentielle du Panafricanisme,
l'auteur part du postulat suivant: L'histoire de l'Afrique repose sur sa
capacité de résistance. Il déplore que cette histoire riche en
expériences de résistance aux agressions étrangères soit entièrement
occultée.
« On m'a appris l'histoire à l'envers et j’ai dû découvrir moi-même que
L’Afrique avait ses Spartacus de l'esclavage atlantique ». (p. 105)
Une résistance quasi séculaire aux agressions a permis aux peuples
africains et peuples d'ascendance africaine de résister aux agressions
de tous genres : que ce soit l’esclavage ou la colonisation.
Parmi les Spartacus, héros de l'esclavage, les grandes figures noires de
la Diaspora afro-caribéenne jouent un rôle de premier plan à la
recherche de leur liberté et dignité humaine. La Jamaïque s'illustre
avec plusieurs héros, dont le Capitaine Cudjo, qui s'est distingué au
combat durant la guerre des Marrons* et est parvenu à un accord de paix
accordant la liberté aux esclaves ; Mme Nanny surnommée «l'invulnérable»
est entrée de plain-pied dans la légende. Ce n'est qu'en 1968, que les
autorités jamaïcaines ont pu exhumer les vestiges de Nannyville des
ruines qui avaient servi de refuge à la rébellion dirigée par Mme Nanny.
En Guyane, la révolte des «Bush Negroes» aboutit à leur indépendance du
joug hollandais. Dans toute l'Amérique latine: la Colombie, la Nouvelle
Grenade, le Venezuela, l'Equateur, le Mexique, la Bolivie et le Brésil,
les révoltes de personnes asservies et transplantées dans un univers
autre sont à l'ordre du jour. Ces pays se sont métamorphosés en de
véritables brasiers d’où a jailli l’étincelle de la liberté.
Si l'on connaît vaguement les résistances contre le commerce
transatlantique, l’histoire de la résistance à l’esclavage arabe est en
général à peine esquissée dans les manuels. Pourtant, des pays comme la
Mauritanie, le Niger, le Tchad, la Tanzanie et la Somalie subissent
encore aujourd'hui le poids de ce lourd héritage. L’instauration d’une
démocratie, indépendamment du statut social de l’individu est un défi
qu'il faudra relever.
À l’intérieur de l'Afrique même, les résistances à l’esclavage et à la
colonisation demeurent des zones d’ombres. Or, ici aussi, de grands
événements jalonnent cette période: la révolte des Yoruba dans l'actuel
Nigeria, celle des Ashanti dans le Ghana ou les expéditions de la reine
Nzinga d'Angola sont des exemples de cette volonté manifeste de ne pas
se laisser asservir, que l'oppresseur soit le frère de race ou le
conquérant étranger. Les guerres de résistance durant la période
coloniale ont toutes pour dénominateur commun le refus d’annexion ou de
conquête de territoires africains. Tous les chefs ou rois de l’époque
parlent d’une même voix, autant Henrik Witboi (Namibie) qui oppose un
refus d’allégeance aux Allemands que Lat Dior du Sénégal qui s’oppose à
la construction de la voie ferrée entre Dakar et Saint Louis ou le Moro
Naba, roi des Mossi du Burkina Faso et le chef Sanguebuno du groupe
ethnique Mangbetu (Afrique Centrale) qui a empêché la pénétration des
envahisseurs.
« Les étrangers nous ont toujours trompés...Je ne veux pas être le sujet
de qui que ce soit et je me battrai» (p.132)
Ces résistances ont parfois duré de longues années, comme ce fut le cas
de Samory Touré qui a lutté durant plus de dix ans contre la présence
française et Chaka, chef des Zoulous. Luttes armées, révoltes et
finalement contestation ont finalement eu raison d’eux.
«Tirant ses racines de la résistance séculaire des peuples africains du
continent et de la diaspora, le panafricanisme est le creuset dans
lequel nous forgerons notre commun destin » (p145)
L'histoire du panafricanisme est aussi une réminiscence de pionniers
comme le Dr. William E. Burckhardt Du Bois des États-Unis, Henry
Sylvester William de Trinidad, Peter Mac Donald Milliard, Marcus Garvey
de la Jamaïque auxquels se son joints plus tard Kwamé Nkrumah et les
pères fondateurs des indépendances d’Afrique comme Jomo Kenyatta. De
nombreux congrès et conférences parsèment le chemin des protagonistes du
panafricanisme entre 1919 et 1958. Leurs revendications sont encore
d'actualité.
Le projet d'avenir que l'auteur esquisse repose également sur une
recherche approfondie des sources historiques, une réécriture des hauts
faits des Africains et leur vulgarisation dans le cadre scolaire et
extra-scolaire, selon une vision panafricaniste.
Ces chapitres sont sans conteste les plus intéressants pour les
non-initiés au langage économique. Ils ouvrent la voie à de nombreuses
recherches dans le domaine de l’Histoire, afin que la dignité de l'Homme
Noir soit rétablie. L’impact de l’esclavage sur l’Afrique, par exemple,
a fait l’objet de très peu d’études. La reconnaissance de la dette de
sang ne peut pas éponger tout ce passé douloureux, même si elle
contribue à l’établissement de rapports plus harmonieux entre le Nord et
le Sud.
Dans le chapitre intitulé « La stratégie des Etats-Unis d'Afrique »,
partant des citations de Kwame Nkrumah et de Julius Nyerere, pères
fondateurs de nation
africaine, l'auteur propose des stratégies de création d’un espace
geópolitique et économique qui inclurait la Diaspora comme sixième
région, avec un gouvernement à l'échelle continentale composé de 9
ministères, d’une monnaie unique et de voies de communication reliant le
Nord au Sud et l’Est à l’Ouest de l’Afrique. Il fait également appel à «
la fuite des cerveaux» qui peuplent les centres de recherche du Nord.
Pour cela, il préconise tout un programme qui prévoit des garde-fous qui
garantiraient une réinsertion des Nationaux qui apporteraient leur
expertise à l’Afrique dans le cadre de projets nationaux.
Dans le dernier chapitre l'auteur esquisse les volets principaux de la
coopération internationale: la coopération arabo-africaine et celle avec
le G8 soit avec les pays européens et les Etats-Unis. Cette coopération
a pour base principale « le respect de l'indépendance et de la
souveraineté de chaque partie» (p. 235). L'auteur lance également un
appel à l'intelligentsia Africaine:
«Ambassadeurs d'un grand et respectable continent, les intellectuels
Africains doivent imposer l'image d'une Afrique partenaire et non d'une
Afrique sous assistance » (p.235)
Un destin pour l'Afrique est le plaidoyer d'un homme politique qui a
choisi le livre comme moyen de communication pour transmettre son
message aux générations futures. L’auteur plaide pour un projet d’avenir
visant une Afrique unifiée et capable de relever les défis d’ordre
écologique, comme la lutte contre la sécheresse, ou économique, comme le
développement durable, ou même culturel. Il préconise des stratégies
conciliant modernisme et tradition. Cet ouvrage est une véritable
profession de foi en un avenir libéré des démons du passé. La prise de
conscience des femmes et des hommes de leur propre histoire doit être le
levain qui les poussera à se mobiliser autour d'objectifs permettant de
parvenir à créer un continent riche de l'apport fécond de ses filles et
de ses fils.
Contrainte de prendre le train en marche de la mondialisation, l'Afrique
doit briser les entraves qui l'empêchent de jouer pleinement sa
partition dans le concert des
nations.
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana, M.A
Professeur. ConseillèreMunicipale
Drherzbergerfofana@hotmail.com.
Remarque
1 : Pierrette Herzberger-Fofana «Sénégal : une révolution Démocratique »
in Nuances. Bruxelles Mai 2000 p. 29.
2 : «marrons»le nom vient de l'espagnol «cimarron » et signifie sauvage.
Il viendrait également du nom d'une peuplade située entre Nombre-de –Dios
et Panama et qui s'étant révoltée contre les Espagnols, fut réduite par
eux en esclavage. On appela «marrons» les esclaves insoumis qui pour
échapper à la servitude ou aux mauvais traitements s'enfuyaient de lî
habitation de leur maître et allaient chercher refuge dans la forêt ou
la montagne.
3: Le NEPAD, Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique est
l'acronyme de l'anglais “New Partnership for Africa’s Development», est
la fusion du Plan Oméga et du MAP, Millenium African Plan, des
présidents Thabo Mbéki de l'Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria
et Abdelaziz Bouteflika de l' Algérie (p. 20). |
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