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KATOUCHA Dans ma chair.
Paris: Michel Lafon 2007. 325p.
Alors que le monde entier célébrait la Journée de la "Tolérance Zéro
contre les Mutilations Génitales Féminines", le 6 février, les médias
francophones titraient à la une la disparition de Katoucha de son vrai
nom, Kadidiatou Niane, fille de l’historien de renom Djibril Tamsir
Niane, auteur de Soundjata l’épopée mandingue*. Elle serait tombée á
l’eau, à la suite d’une soirée arrosée entre amis, en essayant de
regagner sa péniche amarrée au bord de la Seine et qui lui sert de
domicile selon "Le Figaro". Le propriétaire du bateau a retrouvé son
sac, son portable et sa carte bancaire ainsi que ses lunettes de myope
dans la péniche. Depuis le 1er février 2008, Katoucha n’a plus donné
signe de vie. Accident par noyade, suicide, meurtre ou enlèvement,
les spéculations vont bon train sur celle qui a écrit dans son ouvrage:
"Je préfère tirer ma révérence en pleine gloire et réussir ma sortie"
(p.176). Son livre "Dans ma chair" est dédié à ses parents et à ses
enfants et "à toutes les petites filles d’Afrique", symbole digne du
combat qu’elle mène aujourd’hui. Il s’achève par une dédicace de
remerciements aux nombreuses amitiés qu’elle a nouées au cours de son
parcours de femme du monde. Née en 1960 à Conakry, Guinée Katoucha
révèle dans son autobiographie qui a valeur de confession qu’elle a été
excisée à l’âge de neuf ans dans sa ville natale par une femme médecin.
Cette opération traumatisante va déterminer le cours de sa vie selon le
principe que "Les blessures de l’enfance restent des plaies
ouvertes." (p.38) Se remémorant la scène, elle la décrit comme suit:
"On dirait qu’on m’arrache les jambes, le ventre, ça monte jusqu’aux
bras, la douleur, au cou, à la tête, je hurle, je saigne, mon corps se
tord dans tous les sens, je suis morte." (p.10)
Bien qu’issue d’une famille d’intellectuels, sa mère a préféré la
"mettre aux normes" (p.13) devançant ainsi les allégations de la famille
qui n’aurait pas hésité à la soumettre á ce rituel à l’insu de ses
propres parents. "Mais en Afrique ‘l’autre âge’, la tradition,
l’héritage des Anciens, doit être respecté, quelque soit votre
condition. Vous pouvez être un bourgeois nanti ou un professeur bardé de
diplômes, si vous ne vous pliez pas aux coutumes des aïeux, vous et
votre descendance serez mis au ban de la société." (p.12) Katoucha
raconte ses dix premières années passées en Guinée sous le régime
dictatorial de Sékou Touré. Son père, recteur de l’université de
Conakry, tombe dans la ligne de mire du président avec ses complots tous
azimuts et finalement la fuite organisée par les parents pour sauver
leur progéniture. C’est ainsi que Katoucha se retrouve seule d’abord au
Mali, emportée dans les bagages d’une tante venue en Guinée sous
prétexte de soutenir l’équipe nationale du Mali. Une nouvelle ère
commence au sein de la famille élargie dans la "grande concession" où
vit toute une ruche familiale. La loi du silence prévaut sur les
offenses que son "oncle"lui fait subir quotidiennement. Quatre ans plus
tard, après une véritable odyssée, la famille Niane, d’origine
sénégalaise débarque à Dakar et habite chez Tante Marie, belle-sœur de
son père.
"Mon père retrouve avec bonheur ce pays où il fait bon vivre, modèle de
stabilité ethnique. Je découvre pour ma part Dakar, une ville blanche et
ensoleillée et les Sénégalais, un peuple gai, gentil et aimant faire la
fête." (p.41) Tante Marie, secrétaire du président de la république,
feu Léopold Sédar Senghor est "un distributeur de bonheur et de
solutions" (p.41). Katoucha rend un vibrant hommage à cette fervente
catholique qui décide de son propre chef de faire scolariser tous ses
neveux et nièces dans les prestigieuses institutions religieuses que
sont Ste Jeanne d’Arc et la Cathédrale. Le Président-Poète créé la
fondation Senghor et offre ainsi au célèbre historien, Djibril Tamsir
Niane, la possibilité de mettre ses compétences au service de son pays
d’origine. Il déménage dans un premier temps dans la fondation qui
devient son logis et son lieu de travail. Katoucha, jeune fille délurée,
raconte avec beaucoup de franchise ses frasques et comment elle parvient
à déjouer la surveillance rigoureuse de ses parents. Elle fait une fugue
après l’autre, l’école buissonnière et recrée le monde à la mesure de
ses fantasmes. Elle se réfugie un temps sur l’île de Gorée. Avec une
bande de copains, elle va à la découverte du Sénégal profond :
"Avec Moko et Alain, un sang-mêlé franco-sénégalais, nous partons
nombreux, parfois à douze, sillonner les routes et les pistes, nous
baigner dans l’océan tumultueux de la plage Malika [,… ]"(p.55) A
dix sept ans, Katoucha se retrouve enceinte, elle se marie par
procuration au père de son enfant afin de pouvoir baptiser sa petite
fille, Amy, selon la coutume musulmane. Ce dernier poursuit ses études
en Europe. * Amoureuse d’Alain, le couple décide de quitter le Sénégal,
car Katoucha ne rêve que de devenir mannequin à Paris surtout depuis
qu’un magazine noir américain l’a photographiée pour la couverture d’
"Essence Magazine" au grand dam de ses parents.
"A nous deux Paris" (p.71) paraphrasant Rastignac, elle réussit 4
mois après son arrivée à entrer dans le temple de la mode. Le monde
féerique des paillettes, cet univers magique du glamour lui ouvre ses
portes en octobre 1980 à la suite d’un défilé de mode organisé par
Thierry Mugler. Top-model, elle devient l’égérie des grandes maisons de
couture célèbres comme Azzedine Alaïa, Christian Lacroix, Givenchy,
Chanel, Dior. Paco Rabanne, son premier mécène, l’encourage à poursuivre
sa carrière auprès du "number one" qu’est Yves Saint-Laurent "Monsieur"
dont elle sera l’icône en défilant sur des podiums internationaux. De
Paris à New York, de Singapour à Marrakech, de Tokyo à Niamey, de galas
en galas pour des causes humanitaires, ou de grands événements
internationaux, comme le défilé de clôture du Mondial du football en
1998 à Paris, sa carrière prend une dimension internationale."Je suis
fière d’exporter au-delà des frontières l’image d’une nouvelle femme
noire." (p.90) Sa vie est ponctuée par la naissance de ses deux autres
enfants, Alexandre et Aïden des mariages et des divorces, une suite de
délires, de liaisons, de trahisons, des drames personnels comme
l’assassinat de son associé commercial par la mafia russe lui font
chercher refuge auprès de Bacchus, dieu de la vigne. "A force de boire
des petits coups, on se laisse envahir, dépasser par ces breuvages
réconfortants. J’ai fini par tomber dedans, basculant dans le piège de
la démesure, dans l’ère des excès. Mais tout cela, c’est fini" (p.179)
Cette vie trépidante et artificielle engendre chez l’auteur un sentiment
d’autodestruction. Avec la Somalienne Iman, La Jamaïcaine Naomi
Campbell, la Soudanaise Alec Wek, et la Burundaise princesse Esther
Kamatari, son amie, "Katoucha, la princesse peule" inaugurent l’ère du
"black is beautiful" ou la "garde noire". Les premiers mannequins noirs
et métis sont très recherchés par les grands créateurs de mode. "La
princesse d’Ebène" côtoie les célébrités qui fraient dans cet univers de
la création comme Alphadi, Karl Lagerfeld, Carla Bruni etc… mais aussi
le Paris by night avec ses nuits chaudes où le champagne coule à flots
et les drogues circulent allègrement.
"Les grands mannequins vivent comme des divas, voyagent en première
classe ou en jet privé, se déplacent en berline ou en limousine, logent
dans des endroits de rêve…Un aréopage de chauffeurs, d’habilleuses et de
coiffeurs virevolte autour de nous. On nous met dans la main un verre
que nous n’avons même pas eu besoin de demander" (p.143) Ses actions
caritatives reflètent sa beauté physique. Lors d’une récente interview,
Katoucha a évoqué le vœu de créer des villages d’enfants destinés à
recueillir et prendre en charge les orphelins et les enfants de la rue.
Elle a soutenu Miss France 2000, Sonia Rolland, originaire du Rwanda
pour la création de villages d’enfants, victimes du génocide de 1994
dans le cadre du projet "Maisha Africa". Au mois de décembre 2007, elle
a été l’actrice principale dans le film "Ramata" adapté du best-seller
d’Abbas Dione. Le tournage a eu lieu à Dakar et s’est achevé en fin
décembre 2007. Toute sa vie, Katoucha a mis en pratique un proverbe
africain:
"J’ai les mains longues pour prendre l’argent, mais les phalanges
espacées pour le laisser partir."(p.103)
Dévouée, elle donne sans compter. Elle fait preuve de générosité, non
seulement à l’égard de sa famille dont elle prend en charge les études
de ses frères et de sa sœur en France mais de nombreux membres de la
communauté noire à Paris. Elle devient ainsi marraine de tous les futurs
mannequins qui débarquent en France. Ces dernières par respect la
nomment "Mam" (p.102). Katoucha a essayé de promouvoir le respect de la
dignité et de la liberté des femmes Noires en formant la relève des
mannequins. Elle a fait défiler ses "anciennes consœurs Noires" à Paris
en 2003 dont son amie intime Esther Kamathari. Elle a associé de jeunes
débutantes en organisant des défilés en Afrique qui avaient pour but de
créer des hôpitaux dans des régions démunies. Katoucha se réconcilie
avec elle-même et envisage son retour en Afrique à la recherche de son
moi profond, bien qu’à Paris, elle affirme vivre "à la sénégalaise".
"Au Sénégal, elle va retrouver ses racines car, si on oublie d’où on
vient, on n’est rien." (p.181). En 2005, elle est l’une des stars et
membre du jury de l’émission-phare de la chaîne M6 "Top Model", Katoucha
a pour fonction de guider et conseiller les nouvelles recrues,
candidates au mannequinat. Elle leur inculque le travail, la rigueur
qu’exige une telle profession à toutes celles qui rêvent de lui emboîter
le pas. A la suite de cette émission, elle fonde à Dakar "Ebene Top
Model" qui a pour but d’offrir aux jeunes filles noires et métisses qui
veulent embrasser une carrière de Top Model, l’occasion de bien s’y
préparer.
Le travail de mannequin n’est pas synonyme de commerce horizontal et
n’a rien à voir avec la prostitution, c’est encore ce qu’elle martelait
à Ouagadougou lors d’une interview. Il exige outre la passion pour ce
métier une discipline et une force de caractère pour ne pas tomber dans
l’excès que procurent les nombreuses soirées avec ses virées nocturnes,
ses éblouissements et ses paradis artificiels. Reines du podium
international, les mannequins noirs et métis sont les ambassadrices du
Continent et de la Diaspora. En ces heures d’inquiétude où la
disparition mystérieuse de la "Princesse Peule" fait la une des médias,
nous partageons l’angoisse de sa famille, de ses proches et de tous ceux
qui l’ont connue et aimée. Katoucha s’est engagée à assurer la relève
des mannequins Noirs et à combattre l’excision, ce fléau qui cause
aujourd’hui encore des ravages dans les populations féminines d’Afrique.
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana
Professeur. Conseillère Municipale.Allemagne
Drherzbergerfofana@hotmail.com
Remarques Katoucha Dans ma chair. Avec la collaboration de
Sylvia Deutsch. Paris : Editions Michel Lafon 7-13, Boulevard Paul-Emile
–Victor- Ile de Jatte. F- 92521Neuilly. www.michel-lafon.com. L’auteur a
créé une organisation sa propre association: Kplce (Katoucha pour la
lutte contre l’excision). Le but de cette organisation non
gouvernemental ngo c’est de lutter contre l’excision.
• Djibril Tamsir. Soundjata ou l’épopée mandingue. Paris : Présence
Africaine 1961
• “Djibril Tamsir Niane ou le récit historique".in Ecrivains Africains
et Identités culturelles. Entretiens. Tuebingen: Editions Stauffenburg
Verlag
• Ici pp.94-102.
• Pierrette Herzberger-Fofana Ecrivains Africains et Identités
Culturelles. Entretiens. Tuebingen: Editions Stauffenburg Verlag 1989,
128p.
• "Distinction : “Kwanzaa Award” d’Africa Network. Evanston. USA.compte
rendu de lecture d’Ecrivains Africains et Identités Culturelles sur
www.africultures.com, www.minorites.org www.renaf.org/RDC
www.afrology.com
Pierrette Herzberger-Fofana. "Les Mutilations Génitales Féminines MGF"
in www.afrology.com rubrique société, www.arts.uwa.edu.au/AFLIT/MGF1.html
université de Perth.Australie
* huit ans plus tard Me Mame Bassine Niang , avocate et actuel Ministre
aux Droits de l’Homme du Sénégal parviendra à entamer sa procédure de
divorce. (p.113)
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