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La neutralité coupable
Un livre de Yves Ekoué Amaïzo (sous la direction de)
La force du ceux qui militent pour la perpétuation d’une gouvernance
de l’alignement, outre la quête de la ventrologie primaire, réside
principalement dans l’usurpation du pouvoir. Le faire par la force
revient à opter pour des formes modernes de la dictature. Le faire par
les urnes fait partie intégrante des subtilités de la démocratie à
l’africaine où s’opposent des dirigeants ouverts à la transparence et
ceux qui s’y opposent. La pauvreté, les allégeances et la dépendance
font alors le lit de l’autocensure en Afrique, ce qui a pour conséquence
de freiner les alternatives et la construction de la modernité.
Le rayonnement de nombreux dirigeants se mesure souvent à l’aune de leur
capacité à faire des compromis dont les frontières avec les
compromissions sont parfois étanches en Afrique. Du non-alignement
d’antan, on est passé à une sorte de gouvernance de la neutralité.
Celle-ci facilite justement lesdits compromis. Dans les faits, la
différence entre compromis et compromissions reste très floue. Certains
s’évertuent à renforcer cette nébuleuse en usant et abusant des
dysfonctionnements tolérés en Afrique et rejetés ailleurs.
A l’autocensure viennent alors se greffer l’irresponsabilité et le refus
de certains dirigeants africains de rendre compte de leurs actes aux
citoyens de manière transparente. Les alternatives sont alors bloquées,
les alternances politiques aussi. Certains médias peu scrupuleux sur la
déontologie et l’éthique contribuent alors à banaliser le phénomène au
point de réussir à faire passer l’autocensure comme une "bonne
pratique", accélératrice de carrières et servant de passe-droits là où
la transparence et la démocratie veulent se frayer un chemin. Ne pas
remettre en cause cette trajectoire qu’empruntent beaucoup d’Africains
du dedans comme du dehors revient à s’exclure de la construction d’une
société de confiance et de paix.
La pression des pouvoirs exogènes et endogènes conduit aussi au
développement de l’autocensure pour faire "avancer" les dossiers. Le
masque de la neutralité permet ainsi une gestion opportuniste des
affaires africaines, laissant souvent sur les bas-côtés du développement
le bien-être des Africains. Le peuple-citoyen est de fait pris en otage,
ce qui en fait une proie facile pour les prédateurs de tout bord. Le
défi est alors d’identifier et de promouvoir des Africains y compris
ceux de la Diaspora qui ont le courage de prendre des décisions
favorables aux Africains sans trop bousculer les intérêts
géostratégiques, peu favorables au sort des populations. Cette
quadrature du cercle ne relève pourtant pas de la fatalité mais des
actions conjuguées et organisées des intérêts bien compris des agents
économiques. Pour retrouver les chemins des alternatives et des
alternances pacifiques, il devient indispensable de prendre en compte
une neutralité négative, une neutralité coupable qui freine l’unité des
Africains, retarde l’intégration régionale et ralentit la refondation de
l’interdépendance africaine.
Avec la participation de :
Abel Goumba "Préface - La Diaspora éclairée : vecteur de la
renaissance africaine"
Yves Ekoué Amaïzo "En guise d’introduction : la
déresponsabilisation comme "éthique minimaliste" en Afrique ?"
Abel Goumba "L’autocensure : un frein à l’unité africaine ?"
Gustav A. Ahadji et Roger K. Hounnou "Dieu comme alibi
dans la gouvernance africaine : entre autocensure et mystification"
Philippe Lavodrama "L’Unité africaine au péril du syndrome de la
haine de soi"
Louis Sangaré "Les défis de la renaissance africaine au 21e
siècle : du pouvoir patrimonial à la souveraineté collective"
Célestin Bédzigui "Les chemins minés de l’intégration régionale :
l’impossible opérationnalité en Afrique centrale"
Samba Diop "La Diaspora intellectuelle africaine : réflexions sur
la contribution à l’unité des Africains ?"
Mamoudou Gazibo et Christina Raneburger "Elites
dirigeantes et intégration africaine : les avatars de l’autocensure et
du déficit de leadership"
Yves Ekoué Amaïzo "La pression des "Pairs" et de la Communauté
internationale : un succédané à l’impossible démocratie en Afrique ?"
Yves Ekoué Amaïzo "Après Cancun : organiser le
"multi-régionalisme" sur la base de réseaux de "chaînes de valeur""
Sanou Mbaye "Les Etats-Unis et l’unité des Africains : de
l’intérêt supérieur à la priorité seconde"
Yves Ekoué Amaïzo "En guise de conclusion : dépasser la
neutralité coupable"
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo "Postface - La renaissance africaine
: de nouveaux combattants se lèvent !"
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