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Itinéraires et convergences des musiques traditionnelles et modernes d'Afrique
C'est le titre des actes du Symposium organisé à Kinshasa, en août
2003, dans le cadre de la quatrième édition du Festival Panafricain de
Musique. Ceux-ci viennent d'être édités à Paris, dans un partenariat
entre le FESPAM et les éditions L'Harmattan. L'on notera, parmi la
trentaine de communications reproduites dans cet ouvrage, celles de
Simao SOUINDOULA, historien au Centre International des Civilisations
Bantu, remarquable analyse de l'évolution moderne des traditions
musicales en Afrique centrale à travers l'antologique oeuvre de Manuel
de Oliveira (1915 - 1987) et de l'irréprochable approche de Sylvère
Mbondobari, chercheur à l’Université de Bayreuth, en Allemagne, sur la
pratique discursive de l’immense Pierre-Claver Akendengué.
Scellés en 475 pages, ces actes, organisés par Mukala Kadima-Nzuji et
Alpha Noel Malonga, abordent le thème de cette réunion en deux grands
regroupements qui mettent en relief, d’une part, l’évolution des
musiques africaines dans leurs similitudes et particularités, et d’autre
part, leurs constructions poétiques et visées thématiques. Une troisième
partie restitue les travaux des ateliers tenus en marge du symposium sur
la complexe problématique des droits d’auteur sur le continent et la
lancinante question de la contrefaçon.
L’on retiendra, parmi les aspects étudiés, l’analyse stylistique et
sémantique du chant traditionnel et de la chanson contemporaine
africaine, la jeliya ou l’art griotique mandingue, la rencontre des
expressions musicales du nord et du sud du Sahara, le spectaculaire
succès des musiques religieuses d’expression locale, l’invariable
synthèse organologique constatée, les particularismes du français dans
la chanson urbaine, les incessantes migrations et l’expansion des
musiques, l’adoption musicale et l’intégration sous-régionale, la
chanson africaine et la transition démocratique, le cinéma et la
promotion musicale, la musique africaine, la world music et le marché
international. Ces différents axes d’analyse portent, dans une dizaine
de textes, et comme il fallait s’y attendre, sur la frénétique
créativité musicale dans le Bassin du Congo.
L’on retrouve, parmi les spécialistes, auteurs de contributions du
Symposium du « Palais du Peuple », le congolais de la rive droite,
Manda Tchebwa, Directeur Artistique du Marché des Arts et des Spectacles
Africains ( MASA ) d’Abidjan, Gihad Sami Daoud, Professeur au
Conservatoire de Musique du Caire, Mahaman Garba, Directeur National des
Affaires Culturelles du Niger, Charles Nyakiti Orawo de la Kenyatta
University de Nairobi, Oger Kaboré, de l’Institut des Sciences des
Sociétés de Ouagadougou, l’ethnomusicologue ivoirien Paul Dagri et
l’inévitable spécialiste française des musiques urbaines africaines,
Sylvie Clerfeuille.
S’agissant de Sylvère Mbondobari, celui-ci s’est attaché à analyser dans
une rigoureuse étude intitulée « Regard critique sur l’Afrique coloniale
et post-coloniale à partir de la chanson francophone d’Afrique. Le cas
de l’œuvre de Pierre-Claver Akendengué », la construction, par ce grand
nom de la musique gabonaise, d’une esthétique de la résistance de type
panafricaniste. Cet élan militant est minutieusement disséqué à travers
quelques chansons sélectionnées dans les trois principales productions
d’Akendengué : Nandipo/Afrika Obota, Eseringila et Carrefour Rio.
Quant à Simao Souindoula, qui a aussi une étude sur le père de « Nkéré »,
publiée par l’Université allemande de Tubingen, il a donc démontré à
travers la fabuleuse discographie de Manuel De Oliveira, musicien
angolais installé dans l’ex-Léopoldville et chef de file du groupe « San
Salvador », que la construction des nouvelles expressions artistiques
qui ont émergé du Stanley Pool, résultat d’une dynamique entre
l’héritage traditionnel et les acquisitions organologiques modernes, a
été l’œuvre de plusieurs musiciens, originaires de divers pays de
l’Afrique centrale. Et, ceux-ci ont crée l’un des foyers artistiques
parmi les plus créatifs du continent.
L’influence structurante de De Oliveira et de ses compagnons Jorge
Eduardo et Freitas, sur cet hypocentre musical peut-être appréciée par
les ré-interprétations des célèbres « Georgette Eskins » et « Chérie
Bondowé » par, respectivement, son compatriote Sam Mangwana et
l’Orchestre Ok Jazz.
L’on pourra aussi évaluer son exceptionnel talent par les adaptations
faites de certains morceaux et textes du « San Sala », par Tshala Muana
et le regretté Ntesa Dalienst.
Interrogé sur l’importance de la sortie de ces actes, Souindoula, qui
est aussi membre du Comité de Direction du FESPAM, a révélé que ceux-ci
étaient les premiers à être édités. Par ailleurs, le Directeur des
Productions Culturelles du CICIBA a aussi souhaité la parution des actes
des précédentes réunions qui avaient fait, d’une part, le bilan de la
musique africaine au XXème siècle et, d’autre part, produit de nouveaux
éclairages de type linguistique et anthropologique sur la place du
tambour dans les sociétés africaines.
Enfin, l’historien d’Awendjé s ‘est dit réconforté par cette
publication, qui marque une avancée encourageante dans l’accomplissement
des objectifs assignés par Addis Abéba à ce festival, l’une des voies de
la construction de la tant souhaitée « L’Afrique à l’unisson ».
Reçu le 12/09/05
de Souindoula Simao
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