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Les leçons de l'histoire politique en
Afrique
Note de lecture tirée de La rumeur au Zaïre de Mobutu. Radio-trottoir à
Kinshasa.
PARTIE 1
La rumeur au Zaïre de Mobutu.Radio- trottoir à Kinshasa est un ouvrage
écrit par le journaliste congolais Corneille Nlandou-Tassa, paru aux
éditions l’Harmattan en 1997.C’est un recueil d’histoires drôles, un
livre plein d’anecdotes à vous faire mourir de rire debout. Comme tel,
il nous permet de découvrir, à travers des méandres, le quotidien d’un
pays jadis dirigé par l’une des pires dictatures que l’Afrique n’ait
jamais connue. Ce pays, c’est l’ex-Zaïre de Mobutu, surnommé le léopard
ou le dévoreur de son peuple.
A l’intention du lecteur togolais, nous avons relevé quelques
passages du livre qui ont retenu notre attention. Ainsi et souvent, il
suffit, dans ce texte, d’intervertir, comme dans un jeu, le nom de Zaïre
par celui de Togo, Mobutu par Eyadema, palais présidentiel par Lomé 2,
dignitaire zaïrois par dignitaire togolais pour voir le puzzle
reconstitué. Cet exercice permet de s’apercevoir que les dictateurs
détruisent tous de la même façon leur peuple. Au Togo, au Zaïre ou dans
un autre pays d’Afrique. Le narrateur du récit précise : "Que toute
liberté, si elle existait, devait s’insérer dans le cadre des intérêts
du chef, de son entourage direct ou des autres dignitaires du régime."
page 7.
Ce fut et ça continue d’être le cas au Togo, ce qui nous conduit à nous
demander si, pour mettre fin au long règne tyrannique et despotique de
la horde des sauvages en place au Togo, nous ne sommes pas en droit,
nous peuple togolais, de recourir aussi à la recette expérimentée avec
succès par Kabila père? Devons nous continuer à penser que par le
dialogue nous viendrons un jour à bout de la monarchie tentaculaire des
Gnassingbé ? Voilà une bonne question à méditer!
En revenant au livre de Corneille Nlandou, nous dirons que nous ne
partageons pas du tout le respect avec lequel ce journaliste traite le
dictateur Mobutu en lui donnant du monsieur le président et en
l’affublant de tant d’autres épithètes comme celle de guide de la
révolution.
Voici, pour finir, ces quelques passages du livre que j’ai glanés pour
mieux illustrer le propos de l’auteur reflété dans mon analyse :
Mariez- moi ce journaliste à l’écran
Cette fois-ci, c’est une dame qui profite de sa position de proche du
Guide. C’est, en effet, la sœur de Mama Mobutu qui allume le téléviseur
du salon présidentiel. A l’écran, un jeune journaliste présente le
journal télévisé du soir. La dame est fascinée par le charme du jeune
homme. Elle appelle sa sœur, qui n’est autre que la défunte épouse du
Président.
- Je veux ce garçon. Qu’on me l’amène ici directement après le journal,
dit-elle.
Une voiture quitte illico le Mont-Ngaliéma, avec deux bérets verts qui
vont attendre à la porte du journal télévisé. La diffusion terminée,
Ngongo Kamanda est amené manu militari devant la belle sœur du
Président. Celle-ci lui propose le mariage. Plutôt, c’est un ordre,
puisque venant de la famille présidentielle.
M. Ngongo sera obligé de quitter son foyer pour s’unir à cette dame,
plus âgé que lui. Il est rapidement nommé ambassadeur du Zaïre en
Argentine comme pour le tenir éloigné de son ancienne femme. Puis,
lorsqu’on a été convaincu que le couple est soudé, il est rappelé à
Kinshasa où il est promu ministre, fonction qu’il occupera dans
plusieurs gouvernements successifs. La mort le surprend en Afrique du
Sud, en 1994, en pleine opulence. Par la suite, plusieurs Zaïrois
solliciteront la main des jeunes filles de la famille présidentielle,
avec l’assurance d’être portés à des postes de haute responsabilité. Le
plus heureux d’entre eux sera sans nul doute le premier à avoir emboîté
le pas, M. Bosekota Watshia. Celui-ci se retrouvera ministre
pratiquement dans tous les gouvernements de la 2é république, après son
mariage avec une fille du Guide. L’union est rapidement rompue pour
infidélité du conjoint. En effet, l’épouse le surprend un jour en
flagrant délit sexuel d’acte homosexuel, au cours duquel son partenaire
se livrait à la sodomie sur lui. Néanmoins, il conservera longtemps ses
acquis politiques, malgré ce scandale peu commun dans les sociétés
africaines. (Page 16)
Le Chef parle à votre épouse. Défense d’entrer.
Mais, Mobutu ne se limite pas toujours à une simple médiation. Un jour,
le président délégué général de la société nationale d’électricité (SNEL),
M. Kala Eber, est envoyé en mission en province pour une semaine. Très
expéditif, il parvient à épuiser l’objet de sa visite de travail en deux
jours, prend son vol le lendemain et regagne son domicile. Arrivé à
proximité de sa villa, il remarque quatre bérets verts armés jusqu’au
dent, postés à l’entrée. Les quatre sbires lui interdisent l’accès à sa
propre villa.
- Vous ne passez pas, monsieur. Le chef est à l’intérieur, en train de
parler de l’avenir du pays avec un responsable du Comité Central, Mme
Mayuma Kala (justement l’épouse du PDG).
Il comprend alors pourquoi il a été si brusquement envoyé en mission.
L’homme reste dehors, impuissant devant le muscle et les armes des
militaires. Plus d’une heure plus tard, il voit une limousine sortir de
sa maison et les bérets verts sauter dans une jeep. Il a à peine le
temps d’apercevoir la toque de léopard à travers les vitres de la grosse
voiture. Dans de pareilles circonstances, il est interdit de divorcer de
peur de s’attirer les foudres de la République !
Il intègre son foyer le plus calmement du monde, comme si rien ne s’est
produit, et ainsi il conservera son fauteuil de chef d’entreprise. (Page
18).
Coupure d’électricité à Bandal
Il est 23 heures 30. Brusquement, une panne d’électricité intervient sur
toute l’étendue de la commune de Bandalungwa .Vers 2 heures, le courant
est rétabli Le lendemain, la nouvelle fait le tour de la commune, puis
de toute la ville : Mobutu était passé voir sa femme de Bandal, la nuit.
Chaque fois que le Maréchal rend visite à cette dame, dit-on,
l’électricité est coupée dans cette partie de la ville. La jeune femme
en question avait été danseuse dans le groupe d’animation politique du
Shaba, venue à Kinshasa le temps d’un festival. Elle restera pour
toujours dans la capitale zaïroise afin de mieux "servir la république",
dit-on. (Page 19) .
L’incorrigible Bobozo
En juin- juillet 1975, des hauts dignitaires du régime, notamment le
ministre Tshomba ainsi que le gouverneur de la Banque du Zaïre, Albert
Ndele, sont impliqués dans un complot visant à renverser Mobutu.
Quelques officiers, dont les majors Mpika, Fallu et Omba, sont également
dans le coup. Et comme il faut s’y attendre, l’affaire monopolise "la
une" de tous les journaux.
Seulement voilà. Le général Bobozo qui allume son téléviseur apprend
qu’on qualifie Mpika, Fallu et compagnies de conspirateurs. Il n’en
croit pas ses oreilles. Il saute sur la première jeep militaire
disponible et s’en va, une fois de plus, protester auprès du Chef
suprême :
- Comment des petits enfants qui viennent à peine de terminer leur
formation militaire, tu les proclames déjà conspirateurs, alors que moi,
je suis toujours général ? A partir d’aujourd’hui, moi aussi tu me
nommes conspirateur, mais alors conspirateur en chef.
Il a cru qu’il s’agissait d’un nouveau grade. (Page 46) .
Sakombi et la mobutitude
En octobre 1987, Sakombi Inongo, alors ministre de l'information et de
la mobilisation, reçoit une délégation du parti unique togolais. Tableau
à l'appui, il explique à ces visiteurs ce qu'est le mobutisme. Il le
définit textuellement comme suit:
- Le mobutisme veut dire les pensées, les paroles et les actions du
Président Fondateur du M.P.R, Mobutu Sese Seko.
Et il ajoute, en affichant un air solennel:
- Le mobutisme a tellement évolué qu’aujourd’hui, nous tendons vers la
mobutitude, qui est la perfection du mobutisme.
Eclats de rire de la part de l'assistance. (Page 52.
La téléspeakerine annonce un documentaire sur les testicules
Mobutu est tranquillement chez lui, dans l’après midi, en compagnie de
son épouse et d’une dizaine de proches. Ils bavardent devant un verre de
bière et s’adonnent à leur hobby favori, le jeu de dames. En face, le
téléviseur, qu’ils regardent d’ailleurs de façon distraite, reste
allumé. Soudain, la téléspeakerine annonce :
- Et maintenant, nous vous proposons un documentaire sur les testicules.
Les téléspectateurs du salon présidentiel se ressaisissent. Mobutu
arrange son siège bien en face du petit écran et dit à ses invités, d’un
ton de satisfaction :
-Ah bon ! La télévision de Sakombi commence à devenir intéressante. Ils
ont même un documentaire sur les testicules. Espérons au moins qu’il ne
s’agit pas des testicules de vaches, mais bien ceux des humains. Voyons
voir. La salle de séjour devient silencieuse. Tous les yeux sont rivés
sur la boîte à images. Et le documentaire est lancé. D’abord le
générique, avec tous les noms qui défilent .Ensuite, un véhicule
transportant quelque chose comme de la neige. Enfin, une usine, avec des
Africains qui s’affairent et qui manipulent justement ces drôles
d’objets ressemblant à des flocons de neige. Une voix s’élève alors
dans l’assistance présidentielle :
- Mais je reconnais cette unité de production ! Il s’agit de l’usine
textile de !Gandajika, au Kasaï !
Eclats de rires dans la salle. On se rend vite compte que la
téléspeakerine a voulu dire textiles en lieu et place de testicules.
Fâché, ou peut être déçu, le Guide décroche son combiné et compose le
numéro du ministre Sakombi. Il tonne :
- Vous ne devez pas continuer à vous moquer des gens comme ça ! Votre
téléspeakerine annonce un documentaire sur les testicules .Nous ici,
nous attendons, et c’est l’usine textile de Gandajika que vous nous
diffusez ! Soyez sérieux, quand même.
Il raccroche brusquement. Le ministre Sakombi, après avoir vérifié
l’information, va purement et simplement décider une nouvelle
affectation de la charmante téléspeakerine, qui est consignée au service
des archives. (Page 85)
Conclusion
Avis est donc lancé aux journalistes et autres écrivains togolais afin
qu’ils puissent s’inspirer des exemples d’ailleurs pour consigner aussi
dans des livres pour les générations futures la rumeur sous Eyadema et
son fils Faure. Le livre de Corneille est aussi un corpus pour les
sciences de la communication. Nous recommandons la lecture de cet
ouvrage.
Note de lecture tirée de La rumeur au Zaïre de Mobutu. Radio- trottoir à
Kinshasa.
de Corneille Nlandu-Tsasa publié aux éditions l’Harmattan. 1997.
PARTIE 2 17 mai 1997-17
mai 2008
Laurent Désiré Kabila: Toujours parmi nous
Laurent-Désiré Kabila. L’actualité d’un combat sept ans après est un
ouvrage dirigé par deux chercheurs congolais, Eddie Tambwe et Jean Marie
Dikanza Kazadi, avec comme but premier, celui de braquer les projecteurs
de l’actualité sur feu le président Laurent-Désiré Kabila alias Mzee
Kabila, ce à l’occasion du septième anniversaire de sa disparition. Le
second objectif du livre est de contribuer à la réhabilitation de
l’histoire du Congo par la collecte des idées politiques de ce grand
homme et des récits de sa vie, en vue d’alimenter les débats futurs au
profit de la mémoire collective (page 22).
La publication d’un tel livre prend tout son sens dans la mesure où
il est à la fois une tentative et une initiative pour donner la parole à
des personnalités issues de différents milieux : universités, société
civile et classe politique. Ils sont en tout trente personnalités dont
cinq anciens ministres. Fait aussi partie de ces personnalités Lambert
Mende, actuel Ministre des hydrocarbures en RDC, lui-même ancien
responsable de la jeunesse du MPR (Mouvement Populaire de la
Révolution), l'homme qui a combattu Laurent-Désiré dans les rangs de la
rébellion aux côtés du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie).
Car on doit dire et reconnaître que l’expérience de Kabila a une
signification historique et symbolique non seulement pour le Congo, mais
plus largement pour la recomposition géostratégique du continent
africain dans son ensemble. Comme vous le constatez, Laurent Désiré
Kabila. L’actualité d’un combat sept ans après est un livre composé de
témoignages exaltants, divers et diversifiés sur les facettes de Kabila,
arrivé à la tête du Congo un certain 17 mai 1997, et assassiné le 16
janvier 2001.
A la lecture de presque toutes les contributions contenues dans ce
livre, un leitmotiv revient: "Mzee nous a appris l’auto-prise en
charge. Prenez vous en charge", ne cessait-il de répéter. Loin
d’être un simple slogan, ce qu’il disait et répétait était une véritable
praxis. Ainsi par exemple, en peu de temps, le pays a su décoller sans
le moindre prêt de la haute finance internationale.
Ce décollage s’est concrétisé entre autres dans la réforme monétaire qui
a réussi sans un apport étranger. L’amélioration de la production
résorbait déjà progressivement le chômage des illettrés et des moins
lettrés. Une autre preuve de la renaissance congolaise fut la résistance
militaire que Kabila opposa aux agresseurs et envahisseurs de son pays
alors que ce dernier était sous embargo et donc ne pouvait se procurer
des armes. Homme remarquable, le président Kabila fut une source
extraordinaire d’inspiration et un exemple pour beaucoup de jeunes épris
de révolution et ayant la volonté de se battre pour leur pays. Kabila
s’est battu envers et contre tous, surtout contre les impérialistes qui
lui ont mis des bâtons dans les roues. C’est pourquoi, pour de nombreux
autres citoyens congolais et panafricains, il reste un symbole. Il est
perçu comme un président qui, une fois au pouvoir, n’a pas voulu céder
et qui avait comme slogan de ne jamais trahir le Congo jusqu’au
sacrifice suprême. Kabila a payé de sa propre vie la détermination du
peuple congolais à combattre l’oppression et la dictature. Quel bel
exemple que ce Mzee que nous pouvons comparer à un lion qui a réussi
l’exploit de débarrasser le Congo de l’encombrant Mobutu, dit le
léopard. William Albert, responsable syndical, nous dit de Kabila qu’il
avait une très haute idée de son pays, un amour profond pour son peuple.
Il pouvait en parler des heures durant, sans s’arrêter (page 46).
Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement pour quelqu’un qui croyait
et qui savait que le facteur décisif était le facteur interne,
c’est-à-dire la prise de conscience patriotique, la mobilisation et
l’organisation des masses à la base et dans tous les compartiments pour
un développement véritable de la nation.
Finalement qu’est-ce que le kabilisme ? Selon l’ingénieur civil,
Augustin Katumba, le kabilisme ressemble à un reliquat du lumumbisme
recontextualisé contre l’impérialisme… Cependant, contrairement au
lumumbisme, l’approche de Kabila recourut à la lutte armée pour casser
les chaînes de l’impérialisme afin d’être maître de tout ce qui se
trouve sur la terre congolaise. Pour le Congo, Kabila avait trois
projets : le libérer, le démocratiser et le reconstruire. Hélas, il n’a
pu aller jusqu’au bout de son rêve faute d’un véritable parti politique
sur lequel il eut pu s’appuyer!
Note de lecture tirée de
Laurent-Désiré Kabila. L’actualité d’un combat sept ans après
Sous la direction de Eddie Tambwe et Jean Marie Dikanza Kazadi,
Editions L’Harmattan. Janvier 2008.
Maurice Mouta Wakilou Gligli
Bruxelles, le 23 avril 2008 & 14 mai 2008 |
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