Charles Debbasch - Un
Intellectuel Organique [1]
Avec mon courage que je prends à deux mains, saurai-je, moi, Togolais
ordinaire et désireux de voir survenir le vrai changement dans mon pays,
commenter La succession d'Eyadema. Le perroquet de Kara, ouvrage du si
éminent et savant professeur Charles Debbasch ?
J’introduirai ce commentaire en rappelant l’adage qui dit "Science sans
conscience n'est que ruine de l'âme".
En effet, en parcourant le livre du professeur Charles Debbasch, je
retrouve la parfaite démonstration de la mise de la science au service
des intérêts financiers personnels et maffieux. Comment comprendre que
ce grand constitutionaliste français et accessoirement togolais puisse
justifier la succession d’un fils (Faure Gnassingbe) à son défunt père
(Eyadema) au Togo qui est une république et non une monarchie?
Le contenu sémantique du mot « République » varie-t-il selon que l’on
est en France ou en Afrique ?
Lorsque meurt un chef d’Etat français, est-il succédé par son fils
comme si la France était encore une monarchie ? La réponse est
évidemment non car, dans ce cas de figure, la Constitution française qui
a tout prévu dit qu’en cas de vacances, le pouvoir revient de droit au
président de l'Assemblée nationale. Comme par hasard, la Loi
fondamentale togolaise le prévoyait. On peut le mentionner même si on
sait que c’était un régime dictatorial avec lequel on n’était pas du
tout d’accord. Or cette disposition constitutionnelle n’a pas été
retenue et, à la place, on a imposé aux Togolais le fils de son père
comme encore une fois le Togo était une monarchie. Voilà le schéma que
défend savamment l’excellent professeur Debbasch. C’est pourquoi cet
ouvrage, un vile panégyrique, suscite l’étonnement et l’incompréhension
du lecteur.
Intéressons -nous au contenu.
M. Charles Debbasch se trompe sur la nature du régime en place au Togo.
Loin d'être une démocratie, le Togo est une dictature vieille de 40 ans.
Donc on ne peut parler de ce pays qu' en ayant à l’esprit cette tragique
réalité. Aussi on peut déplorer la légèreté de l’analyse de l’éminent
savant sur les graves évènements qui ont émaillé ces 15 dernières années
la vie politique togolaise. Dans le cadre de sa lutte implacable contre
la dictature du clan des Gnassingbé, notre peuple a beaucoup souffert
dans la voie du cheminement vers la démocratisation. Cela nous autorise
à contester l'affirmation debbaschienne selon laquelle c'était le feu
président Mitterrand, qui, en 1990, avait sonné l'heure de la
démocratisation de l'Afrique. Car, en effet, les remous observés ça et
là en Afrique dans les années 90 étaient les premiers fruits de
l'aboutissement de luttes de nos peuples longtemps étouffées.
Au Togo, le mouvement insurrectionnel du 05 octobre 90 fait partie de
ces remous. La jonction de la lutte menée de l'extérieur par les
patriotes contre la dictature et le travail des démocrates sur le front
intérieur a permis à la jeunesse togolaise d'exprimer son ras- le- bol
dans le cadre d' un vaste mouvement sans précédent dans toute l'Afrique.
C’est cela la vérité sur les origines de la démocratisation de
l'Afrique en général et du Togo en particulier. Ce sont les peuples
togolais qui ont arraché le pluralisme et non pas Eyadéma qui leur en a
fait cadeau. L'exemple béninois, en décembre 89, est une preuve de
l'antériorité de la conscience politique africaine par rapport au
discours de La Baule. Rappelons-nous la fuite de Kérékou dans les rues
de Cotonou devant plus de 100.000 Béninois, sous la direction du PCD
(Parti Communiste du Dahomey).
En d'autres termes, c'est plutôt Mitterrand qui voulait canaliser les
mouvements populaires africains dans le but de leur enlever tout
caractère révolutionnaire. D'où l'idée des Conférences Nationales qui
ont eu pour résultat le maintien des dictateurs un peu partout en
Afrique.
Je mets au défi le professeur Debbasch de démentir cette vérité
historique. Pour justifier l'échec du processus démocratique au Togo,
l’auteur écrit à la page 88 que les élections sont un processus lent et
laborieux, ce en oubliant que nous sommes à l'époque de la
mondialisation et de l'accélération de l’histoire et que, pour se
démocratiser, l'Afrique ne doit pas nécessairement passer par toutes les
étapes franchies par la France par exemple. Au lieu d'encourager, en
homme de science, une véritable alternative dans notre pays, le
professeur Debbasch soutient une succession monarchique dans une
République.
Par ailleurs, écrire un livre est un exercice louable, mais lorsqu'on le
fait, il est bon de penser à la postérité et surtout aux concernés, en
particulier aux Togolais.
En faisant l'apologie de l'action politique d’Eyadéma, l’auteur commet
un outrage contre les Togolais encore vivants et salit la mémoire de
leurs martyrs. On ne peut qu’être ébahi devant la manière dont ce
Monsieur instrumentalise sa plume au profit d’une cause indéfendable et,
en particulier, lorsqu’il déclare à la page 9: "Eyadéma a un sens
aigu de l'Etat et est un être exceptionnel, un homme sincère et
travailleur".
Ce disant, ce professeur ignore superbement les assassinats politiques
et les détournements commis par le criminel Eyadéma. Est-ce cela le sens
aigu de l’Etat togolais que ce éminent et savant professeur Charles
Debbasch sert en sa qualité de ministre et de conseiller spécial du
jeune desposte Faure Gnassingbé? Je lui conseille de lire La
Françafrique ou le scandale de la République de François-Xavier
Verschave et De l'esclavage au libéralisme maffieux.
Où sont la sagesse et la bonne gestion de l'Etat par Eyadéma comme le
prétend l’auteur à la page 17 ?
Prend-il en compte les milliers de vies humaines détruites ? Combien
d'hôpitaux, d'écoles, d'universités Eyadema a créées en 40 ans ? Le Togo
est en crise. L’auteur aurait mieux fait de le reconnaître. Nous ne
sommes pas d'accord avec son analyse de la crise lorsque il attribue son
origine à l'antagonisme entre le nord et le sud. Par exemple, en
décembre 91, lorsqu'il y eut attaque de la primature, ce n'était pas un
problème ethnique ni une querelle intestine mais c'est l'armée tribale
et ethnique au service du clan qui s'en était pris aux institutions nées
de la CNS et qui a perpétré un coup de force.
Il est scandaleux de réduire la lutte démocratique des Togolais à un
simple problème ethnique. Ce faisant, l’auteur montre sa partialité et
se positionne comme un simple un partisan d’Eyadéma.Il n'est pas sincère
lorsqu'il affirme le contraire. Dans son livre, Charles Debbasch
apparaît au yeux du monde comme un serpent venimeux qui a toujours
cheminé avec le criminel Eyadéma - et depuis le 05 février 2005 -avec
son fils- auquel il a insufflé méthodes et autres artifices juridiques
pour étouffer les aspirations légitimes du peuple togolais.
Les lecteurs de ce livre La succession d'Eyadema. Le perroquet de Kara
auront l'impression que c'est l'auteur lui même Charles Dubbasch qui est
le perroquet, car comme le perroquet, il est la voix de son maître et
répète tout ce qu’il dit.
Maurice Mouta Wakilou Gligli
Bruxelles, le 1er novembre 2006
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[1] Note de lecture de La succession d'Eyadema. Le perroquet de Kara
publié chez L’Harmattan par Charles Debbasch en 2006
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