"Souffle : Pages d’une
jeunesse congolaise"
de Victor Nimy
Prenant pour modèle le doyen Henri Lopes, Victor Nimy vient de se
révéler nouvelliste dans « Souffle : Pages d’une jeunesse congolaise »
avec une préface épistolaire adressée à l’auteur de « Ma grand-mère
bantoue et mes ancêtres les Gaulois », texte se fondant sur deux
concepts ayant marqué la langue de Molière sur fond de littérature-monde
en français : la Francophonie et la Négritude.
Dix huit textes qui se définissent comme des
souvenirs de jeunesse où l’autobiographie semble présente dans tous les
textes car se fondant sur la technique de la narration autodiégétique.
Des récits qui mettent en exergue l’enfance et la jeunesse des héros. Le
terroir et le pays d’adoption de l’auteur comme étudiant apparaissent
dans presque tous les textes. Des récits qui rappellent la littérature
orale car se rapprochant du conte où merveilleux et fantastique se
côtoient et où les événements rapportés se déroulent en général dans les
villages, rappelant parfois le terroir de l’auteur.
Dans le premier texte, l’ami du héros brave la
nuit pour échapper à la méchanceté de son oncle en allant de l’autre
côté du village. Le village est un lieu qui rappelle aussi l’enfance du
héros ayant vécu avec sa tante cultivatrice de tabac dans « L’odeur du
tabac ». « Mbapé » révèle un homme extraordinaire qui sème l’émoi dans
tous les villages qu’il traverse après avoir rencontré un ivrogne. Le
village revient dans « Jour de repos » où le héros en vacances, se
confronte, après une partie de chasse miraculeuse, au monde des morts.
Le thème de l’enfant du village apparaît aussi dans « Kitomi » et «
Eglise » avec des histoires cocasses qui rappellent la vie du terroir.
Aussi les faits rapportés dénoncent certains faits sociaux tel le vice
des femmes dans « La prostitution ».
A certains moments, quelques textes de ce
recueil se fondent sur les réalités burkinabé. Ainsi « Un génie comme
les autres » nous plonge dans des superstitions et croyances de la
société ouest africaine. Et ces réalités burkinabé apparaissent de
nouveau dans « Mobylette », texte retraçant les mésaventures du héros
qui se fait voler sa mobylette un jour de premier avril, le vol pourtant
réel se confondant à un « poisson d’avril ». Ce thème du vol rebondit
dans « Gayima » où se réalise un cambriolage rocambolesque. Le vice est
aussi dénoncé dans la douzième nouvelle où le héros se rappelle un drôle
de pasteur qui, en complicité avec un ami fidèle, arrive à escroquer ses
adeptes par la mise en valeur de la dîme à l’église. Dans « Gaka »,
réapparaît le terroir avec ses réalités néfastes tel l’égoïsme de
l’homme vis-à-vis de sa campagne. Excédée par le caractère égocentrique
de son mari, Kissita décide de le quitter. Mais elle n’aura pas le temps
de s’échapper de son homme qui va la tuer pour son égoïsme exacerbé. Et
l‘homme immoral se découvre aussi dans « Un passé tenace ». Après avoir
semé malheur et désarroi dans plusieurs villages, un homme est rattrapé
par son passé au moment où il s’apprête à prendre femme dans un village
voisin.
Dans tous ces textes, « Exil » semble poser un
problème d’actualité. Exilé politique à cause des soubresauts politiques
dans son pays ayant entraînant violence et mort d’hommes, le héros
décide de retourner au pays après l’accalmie qui s’y est installée. Mais
il ne pourra pas le faire à cause de sa femme et ses enfants qui s’y
opposent farouchement avant de se voir « averti » par un songe
extraordinaire.
Une multitude de thèmes peut se dégager dans ce
livre comme on le remarque souvent dans les recueils de nouvelles. Dans
l’ensemble, le livre s’appuie sur une écriture qui crée un pont entre la
fantasmagorie qui rappelle le merveilleux et le fantastique du conte et
le vraisemblable traduit par l’univers romanesque tels certains villages
congolais rappelant le terroir de l’auteur et ses souvenirs du vécu
quotidien burkinabé.
Noël KODIA
(1) Victor Nimy, « Souffle : Pages d’une jeunesse congolaise »,
L’Harmattan, 2007, Paris, 171pages. 16 euros.
Notes biobibliographiques de l’auteur.
Il a étudié les sciences agronomiques au Burkina Faso où il réside et a
effectué des travaux de sauvegarde de la culture dont il se définit
comme héritier à travers ses recherches. Il a beaucoup travaillé sur la
culture et conte beembé de son terroir. On lui doit :
- « Maa Mboyo. Contes beembé du Congo », bilingue beembé-français,
L’Harmattan, 2002, Paris.
- « Kalla la noyée. Conte beembé du Congo », bilingue beembé-français,
L’Harmattan, 2002, Paris.
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