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Roman congolais :
Tendances thématiques et esthétiques d’A.N. Malonga
L’année 2007 vient d’ouvrir les portes de la
littérature congolaise avec une œuvre critique d’Alpha Noël Malonga
intitulé Roman congolais : Tendances thématiques et esthétiques°, une
sorte de suite du Panorama de la littérature congolaise d’expression
française d’Arlette et Roger Chemain qui date de plus de deux décennies.
Actualités littéraires obligent, surtout au cours de ces dernières
années avec la fécondité qu’a connue la littérature congolaise et plus
particulièrement le roman, il fallait éclairer de nouveau le panorama
littéraire au Congo. Et Alpha Noël Malonga a contribué à cet éclairage
qu’avait déjà relancé Ange-Séverin Malanda (1) depuis les années quatre
vingts.
"Roman congolais : Tendances thématiques et esthétiques", un livre qui
peut se lire sur deux principales dimensions que précise lui-même
l’auteur quand il affirme que son étude s’organise en deux parties (…)
: "De la génération à la maturité" et "Nouveau roman : nouvelle
génération, nouveaux sujets, nouvelles écritures" (2)
De Jean Malonga à Sony Labou Tansi : la re-découverte d’un réalisme
critique
Déjà révélé par Arlette et Roger Chemain, le réalisme
critique qui est manifeste à travers les rapports
colonisés/colonisateurs apparaissent de nouveau dans l’étude d’Alpha
Noël Malonga. Et la société congolaise se reflète presque dans l’analyse
des textes, laissant au second plan l’étude formelle sur fond de
critique moderne que défend Dominique Matanga dans son célèbre article «
L’aroman négro-africain » (3). Et ce réalisme que les romanciers
congolais s’efforcent de cultiver dans la majorité de leurs ouvrages
apparaît comme une sorte de tautologie condamnant le lecteur et même
certains universitaires à être accrochés à l’idéologie dominante, celle
de l’euphorie « sociale » et « politique » du récit. L’effort fait par
Alpha Noël Malonga à nous relire les thématiques tels le matswanisme, le
colonialisme et la société congolaise des années 60 aux années 2000 dans
le roman, est louable. Il donne aux lecteurs une vraie interprétation
plus ou moins socio-littéraire du vécu quotidien congolais. Car, comme
nous l’avions affirmé, « l’analyse des œuvres des Congolais par un
compatriote s’avère originale et leur donne une autre dimension » (4).
Mais la révolution qu’a subie le texte de roman à partir des années 80
avec Sony Labou Tansi et Henri Lopes est encore timidement interprétée
scripturalement par la critique. On continue à fouiller dans le social,
l’économie et le politique sur fond de réalisme critique chez ces deux
écrivains dont l’écriture a divorcé d’avec la tradition pour se pencher
plus du côté de l’écriture comme matériau.
Migritude et nouvelle génération de romanciers
Comme l’affirme Alpha Noël Malonga, le roman congolais
continue à vivre grâce à la nouvelle génération des écrivains qui, à
quelques exceptions près, est définie par la diaspora et qui lie «
migritude » et écriture. Le roman étant un miroir que l’on promène le
long d’une route, nous ne sommes pas surpris que les aventures dans les
pays de migration constituent la thématique principale de ces romans en
la dosant avec quelques « tropicalités » du terroir. Et Alpha Noël
Malonga le découvre bien chez Daniel Biyaoula et Alain Mabanckou dont
les textes baissent parfois la tension diégétique pour laisser la place
au scriptural qui rappellent au lecteur à certains moments qu’il se
trouve devant l’écriture d’un texte malgré le récit d’aventures qui
défile dans son imagination. Le roman étant le reflet de la société de
l’auteur, on constate la naissance des « textes de guerre » après les
tristes événements qu’a connus le Congo avec des titres révélateurs
qu’Alpha Noël Malonga a su judicieusement rappeler aux pages 137 et 138
de son livre… Et, de la nouvelle génération, le romancier qui a su
agréablement travailler dans le domaine de la littéralité du texte
d’aventures est Philippe Makita dans Le Pacte des contes. Aussi, il
n’est étonnant quand Alpha Noël Malonga réalise que « la structure du
roman de Makita révèle un polyroman comme le Congo n’en avait jamais
connu, ni goûté. Toutefois, la structure – complexe – de ce roman exige
au lecteur beaucoup d’efforts pour parvenir à en suivre la trame du
récit » (5). Et cette remarque fait écho à la nôtre quand, pour lui
rendre hommage l’année passée après sa triste disparition, nous
affirmions à propos de ce déroutant livre que, « de la nouvelle
génération, Philippe Makita (…) soulève une nouvelle problématique du
roman dans la littérature congolaise en inaugurant un autre point de vue
de la narration (…) . Et la difficulté qu’il « impose » aux lecteurs
pour suivre linéairement les événements rapportés peut être considérée
comme un thème au cœur de ses métafictions » (6).
Critique et roman congolais
En plus de quelques ouvrages collectifs que se sont «
apprivoisés » leurs initiateurs, la critique littéraire se valorise
maintenant avec la nouvelle génération des universitaires différents des
« vieux briscards », enfants des années 40 qui ont des difficultés à
marier enseignements, recherches et activités politiques et qui
paraissent allergiques aux métamorphoses du roman et la Nouvelle
critique qui privilégie la narratologie. Une nouvelle génération qui a
suivi le chemin tracé par les professeurs Jean Pierre Makouta Mboukou et
Mukala Kadima Nzuji qui, dans leur gigantesque œuvre, ont su lier
création et critique littéraires. Longtemps considérée comme le domaine
réservé des universitaires étrangers dont les travaux ont été soutenus
et indéniables (7), la critique des œuvres littéraires congolaises est
devenue, de nos jours, un fait réel avec des noms tels Ange-Séverin
Malanda, Boniface Mongo-Mboussa (8) , Anatole Mbanga (9), Alpha Noël
Malonga…
Pour conclure
Alpha Noël Malonga vient d’écrire une autre page de la
critique littéraire en ce qui concerne le roman congolais. Un travail
fouillé, louable qui donne une autre dimension à la littérature
congolaise, malgré l’absence on ne peut plus manifeste de certaines
romancières de la diaspora car il ne pas oublier que ces derniers temps,
beaucoup de Congolaises se sont remarquées dans le domaine de la
création littéraire (10) comme Emilie-Flore Faignond et Marie-Louise
Abia. Leurs romans comme Afin que tu te souviennes pour la première,
Afrique : Alerte à la bombe et Bienvenus au royaume du sida pour la
seconde se distinguent des autres par leur beauté thématique et
scripturale incontestable.
Alpha Noël Malonga a produit une belle et profonde
réflexion sur le roman congolais, surtout en ce qui concerne sa
dimension référentielle. Aux enseignants de la lire. De la soutenir
ainsi que de la diffuser largement à l’école et à l’université. Et si
possible l’enrichir car, comme l’affirme Boniface Mongo-Mboussa, « la
littérature naît de la littérature ».
° Alpha Noël Malonga, Roman congolais : Tendances thématiques et
esthétiques, Collection Critiques littéraires, L’ Harmattan, Paris,
janvier 2007, 17,50 euros.
Noël KODIA
Notes
(1) On peut affirmer que Ange-Séverin Malanda apparaît comme le critique
littéraire le plus fécond en ce qui concerne l’analyse du roman
congolais. On lui doit Henri Lopes et l’impératif romanesque, Silex,
1987, Origines de la fiction et Fiction des origines chez Emmanuel
Dongala, L’Harmattan, Paris, 2000, Lire l’œuvre de Sylvain Bemba, CIREF,
Paris, 2000, Daniel Biyaoula et le récit de l’exil, CIREF, 2000,
Différent II, Ordre et Enjeux de la narration chez Henri Lopes, CIREF,
2002, Tragédie et comédie chez Sony Labou Tansi, Paari, Paris, 2002.
(2) Alpha Noël. Malonga, Roman congolais : Tendances thématiques et
esthétiques, L’Harmattan, 2007, p.17.
(3) Lire La Semaine africaine n° 347 du 12 au18 avril 1979, Brazzaville.
Malheureusement, Dominique Matanga sera incapable de « soutenir » la
Critique moderne sur fond de narratologie, ajoutant la confusion à la
confusion dans ses cours sur le Nouveau roman et laissant l’idéologie
thématique du roman négro-africain fondée sur la critique traditionnelle
se pérenniser dans l’étude des textes littéraires.
(4) Noël Kodia-Ramata, Mer et écriture chez Tati Loutard, Connaissances
et Savoirs, Paris, 2006, p. 17.
(5) Alpha Noël Malonga, Roman congolais : Tendances thématiques et
esthétiques, op.cit, p.115
(6) Noël Kodia, « L’écrivain congolais Philippe Makita n’est plus » in
Afrique Education n° 213-214, Paris, octobre 2006.
(7) Lire Arlette et Roger Chemain, Panorama de la littérature congolaise
d’expression française, Présence africaine, Paris, 1979 ; Joël Planque,
Le Rimbaud noir : Tchicaya U Tam’Si, Moreux, Paris, 2000 et Jean
Baptiste Tati Loutard, Moreux, 2001.
(8) Auteur aux éditions Gallimard, Paris, 2002 de Désir d’Afrique
considéré comme le livre-phare des littératures africaines où sont aussi
présents la plupart des grands écrivains congolais.
(9) Lire Anatole Mbanga, Les Procédés de création dans l’œuvre de Sony
Labou Tansi, systèmes d’interaction dans l’écriture, L’Harmattan, 1996.
(10) Lire l’article « Les romancières congolaises » in http://wwww.afrology.com |
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