Mer et écriture chez Tati Loutard
de la poésie à la prose de Noël Kodia-Ramata avec une préface de Boniface Mongo-Mboussa.

 

Par Noel Kodia

Voici pour la première fois l’œuvre du congolais J.B. Tati Loutard « décortiquée » par un compatriote. Noël Kodia-Ramata donne en partage la spécificité de l’écriture de cet auteur majeur de la littérature africaine contemporaine. Il analyse le premier volet de sa production, avant le tournant vers l’hermétisme qui marque sa production à partir de 1987.

En poésie se dévoile l’être profond de J.B Tati Loutard. S’écartant du classicisme et du surréalisme pour créer sa propre « écriture », sa poésie ne se lit pas, elle se vit, œuvre « où se marient les préoccupations de la vie publique avec les certitudes, les joies et les douleurs du monde intérieur ainsi que les mystères de l’impalpable et de l’inconnu dans une langue précise d’une richesse éblouissante ». Il cherche à rendre compte, sans ajouter de la confusion à la confusion qui sévit déjà à l’extérieur de l’espace de création.

La prose de J.B. Tati Loutard dévoile une personnalité plus tourmentée, où le lecteur découvre les thèmes de la mort et de la solitude, reflets des préoccupations de l’écrivain vis-à-vis de l’avenir politique de son pays et du continent.

Cette étude s’attache, fait encore rare aujourd’hui, à la pratique langagière de Tati Loutard, au-delà d’une critique psychosociologique du monde et des personnages créés par l’auteur. Amateurs de littérature et universitaires trouveront leur compte à travers l’analyse thématique et structurale des textes de l’écrivain, une autre façon de le lire au pluriel.

Noël Kodia-Ramata est docteur en Littérature française de l’Université Paris IV-Sorbonne. Il a enseigné les littératures française et congolaise à l’Ecole Normale Supérieure de Brazzaville. Il travaille à un Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises qui comprendra les romans, récits et recueils de nouvelles de 1954 à 2005

 


Noël Kodia-Ramata : Mer et écriture chez Tati Loutard
de la poésie à la prose

 

Après la publication de son roman ‘’les enfants de la guerre’’ Noël Kodia (1) publie un second livre qui s’intitule ‘’Mer et écriture chez Tati Loutard: de la poésie à la prose’’. Si dans le premier livre l’auteur s’intéressait à la guerre et au sort des enfants soldats, le second, comme le titre l’indique si bien est un ‘’regard’’ sur le parcours littéraire de l’écrivain congolais Jean Baptiste Tati Loutard.

À propos de l’oeuvre

Dans sa préface, Boniface Mongo-Mboussa, écrivain et critique littéraire relève un fait non négligeable : ‘’…mais le mérite de Noel Kodia-Ramata est d’étudier l’œuvre dans sa globalité’’ p13.

Par ailleurs, au sujet de l’écrivain en étude dans cette œuvre, le préfacier évoque sa ‘’sensibilité au lyrisme cérémoniel’’ de Léopold Sédard Senghor. En effet Mongo-Mboussa affirme que : ‘’Les Racines congolaise est une réponse à femme nue, femme noire’’ p12. Autre fait intéressant, dès la préface un portrait éclaire la lanterne du lecteur :

Né en 1939 au moment de la construction du tristement célèbre Chemin de fer Congo-Océan, Tati-Loutard a connu la violence coloniale, vécu l’euphorie des indépendances, puis ses désenchantements avec son cortège de guerres civiles, etc. Tout cela marque forcément un poète. À ce bruit du monde, il oppose une musique douce. Voilà pourquoi, il n’a jamais confondu, malgré son extraordinaire longévité politique, l’art et la propagande, ni fait le procès de la Négritude senghorienne au nom de l’idéologie marxiste, comme on a ou l’écrire. (2)

Il faut souligner que Tati Loutard n’est plus à présenter. Il occupe une place importante dans le paysage littéraire francophone. D’ailleurs, Kodia n’a pas manqué de donner les raisons de son choix sur cet auteur :

D’aucuns se demanderont pourquoi notre choix s’est porté sur les textes de Jean Batiste Tati Loutard. La réponse est simple : son œuvre occupe actuellement une place considérable dans la littérature francophone et ses livres, traduits en plusieurs langues, sont étudiés dans moult universités africaines, françaises et américaines. (3)

On retrouve plusieurs sujets actuels dans ce livre comme entre autres la prolifération des sectes et l’émancipation de la femme. Quelle est la place réservée à la femme?

La place de la femme
On la découvre dans différents rôles.
Kodia, a relevé la place de la femme et s’est arrêté sur d’innombrables sentiers qui présentent les multiples visages de la femme.
Comme on peut le constater, la femme devient le résumé de la vie avec ses multiples problèmes : C’est elle qui est en même temps source d’amour, de tristesse et de protection. (4)

S’enchaînant l’un après l’autre, des portraits différents de la femme se profilent. Un reflet de la vie. La femme est représentée sous divers ‘’angles’’.
D’ailleurs, ne dit-on pas que l’écrivain est un observation sensible au monde qui l’entoure? Il faut dire que le sujet de la femme peint, repeint et exploité sous toutes ses coutures continue de retenir l’attention.
Tati Loutard exprime ses émotions en ces termes :

J’ai voulu t’aimer comme au temps moderne,
Te bâtir comme une église
Avec des vitraux donnant des couleurs
A ma vie délavée
(…)
J’ai voulu vivre à l’abri de ton cou
Pour que ton visage soit mon clocher
Et qu’il sonne chaque jour mon désir
(5)

Toutefois, l’amour c’est un tout. Il peut à la fois être un épanouissement et une destruction.
Kodia souligne :

La beauté initiale n’est plus qu’un triste souvenir, marqué par un mariage éprouvant. Et le sourire féminin qui est en général symbole de séduction est devenu, dans cette situation, le reflet pitoyable d’une vie conjugal ratée. J. B. Tati Loutard étudie la femme sous tous les angles avec tous les sentiments qui la définissent.(6)

En effet, la vie de la femme est mise en exergue dans plusieurs situations. De sa beauté à sa vie de couple en passant par son émancipation à travers la participation à des activités intellectuelles.

Le personnage de Madame Pangala est l’illustration de deux thèmes : l’émancipation de la femme et son implication en politique. Notons que Madame Pangala est une militante du Conseil National du Mouvement des Femmes. Elle est en fait le reflet de la femme ‘’émancipée’’ qui concilie sa vie de famille et son épanouissement.

Elle partage ses journées entre la maison, le dispensaire (son lieu de travail) et l’arrondissement ou se tiennent les réunions du Mouvement des Femmes. Elle aime la discussion et la lecture qui sont pour elle deux armes qui favorisent l’émancipation intellectuelle d’une personne, à plus forte raison d’une femme. Elle n’est pas complexée devant l’homme qu’elle considère avant tout comme un être humain, à l’instar de la femme. (7)


Noel Kodia dans son roman lançait déjà une réflexion sur les maux de la société. C’est à juste titre que dans sa préface, Yves Ekoué Amaïzo constatait :
Une des résultantes en Afrique et ailleurs étant que des milliers de personnes sont forcées de quitter leur lieu de résidence sous peine de faire l’objet de tirs croisés de milices chichement dotés en armes par les non-moins discrets vendeurs d’armes légères et lourdes. Ainsi, il n’est pas surprenant que de longues files humaines en voie de dévaluation s’activent autour de ces camions qui continuent à jeter à même le sol, les stocks excédentaires de productivité arrogante de l’occident (8)

Outre la perspective sociologique, ce roman soulevait la question de la guerre et de ses conséquences dramatiques.
Ce regard sur l’écrivain Tati Loutard permet assurément de mieux connaître l’auteur. Lequel au juste ? Pardon… J’allais dire ces auteurs.
En somme, ce livre est un ‘’deux en un’’ qui souligne les travaux de deux auteurs : Tati Loutard qui occupe une place importante sur la scène littéraire Francophone. Mais aussi ce livre permet également découvrir les analyses pertinentes de Noel Kodia.

Une fois la lecture terminée, on a l’impression d’avoir pris une bonne bouffée d’oxygène et on veut poursuivre la réflexion. Alors qu’une grande révolution s’opère sur la place des femmes dans la société en général et particulièrement en politique, Madame Pangala, fait pousser la réflexion au-delà du livre.
 

Ghislaine Sathoud


Note
(1) Noël KODIA-RAMATA, Les enfants de la guerre, Paris, Éditions Menaibuc, 2005

(2) Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose, Paris, Éditions
Connaissances et Savoir, 2006, p11


(3) Idem p 17

(4) Idem p29

(5)Idem p30

(6)Idem p33

(7)Idem p84

(8) Op. Cit.p13




Date de parution : 19/10/2006
15 euros
118 pages
ISBN 2-7539-0091-4
EAN 9782753900912
Pésentation : Broché – 176 – 14cm/21cm
Editions Connaissances et Savoirs
147-149, rue Saint-Honoré 75001 Paris
contact@connaissances-savoirs.com
www.connaissances-savoirs.com
 



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