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L’Affaire des
disparus du Beach de Brazzaville
Mises au point pour l’Histoire
Des ouvrages sur l’analyse de la politique congolaise évoquent
souvent le problème des disparus du Beach de Brazzaville, surtout quand
ils ont fait allusion aux différntes confrontations interethniques
connues par le Congo-Brazzaville après le retour à la démocratie
plurielle consécutive à la Conférence nationale. Voici un livre qui
traite uniquement de ce problème. Un livre qui pousse à la réflexion
après tout ce qui a été dit à propos de ce triste événement. Un livre
qui développe "juridiquement" le problème, écrit par des universitaires
et qui interpelle le Congolais lambda car se fondant sur une série
d’enquêtes qu’auront réalisées les auteurs de ce document en RDC et au
pays.
Le problème des disparus du Beach de Brazzaville a fait couler beaucoup
d’encre. Des plaintes qui ont abouti à l’interpellation du Directeur
général de la Police congolaise sur le territoire française. Sauvé de
justesse par son passeport diplomatique, il sera plus tard jugé avec
certains officiers de l’armée nationale congolaise par le Tribunal de
Brazzaville. Un procès qui, jusqu’aujourd’hui, pose problème car ayant
court-circuité celui du Tribunal de Meaux en France.
L’affaire des disparus du beach de Brazzaville : Un fait concret
révélé par quelques chercheurs congolais
Le livre d’Anatole Collinet Makosso et ses
collègues semble traiter à fond le problème. Mais malheureusement ses
auteurs n’arrivent pas à se laisser guider uniquement par les faits
décrits, marquant à un certain moment leur subjectivité. Dans ce genre
de travail, seul l’objectivité et les statistiques doivent parler et non
le cœur des chercheurs. Et pourtant Makosso commence bien cette
réflexion en se posant des questions pertinentes : "Y a-t-il eu
réellement des disparus ? Quelles seraient en toute vérité ces personnes
disparues ? Comment auraient-elles disparu ? Combien sont-elles Certes,
le nombre n’a pas de véritable importance. Car, pour des actes de cette
nature, le meurtre même d’un seul homme doit être remorqué par
l’intention des auteurs d’exterminer tout un groupe. Mais il nous
semblait opportun d’éloigner le propos de la rumeur médiatique, de la
surenchère politique et judiciaire. Jusqu’à ce jour, aucune étude n’a
réussi, de manière factuelle, à livrer des indications objectives,
précises et fiables" (1)
La mise au point de Makosso et ses collègues
s’est fondée sur l’analyse des documents de quelques organisations des
Droits de l’Homme tant africaines qu’internationales. Des statistiques
avec noms sont citées dans cet ouvrage, ce qui montre le travail de
recherche intéressant effectué par les auteurs de cette mise au point.
Mais quand on se réfère à tous les documents sur ce problème, force est
de constater qu’il y a eu disparition et mort d’homme dans ce fameux
problème du Beach de Brazzaville. Dans "La guerre civile du Congo
Brazzaville", Patrice Yengo écrit : "Au mois de mai 1999, après le
discours d’apaisement du président de la République invitant le gens au
retour, de nombreux réfugiés à Kinshasa reprennent le chemin de
Brazzaville. (…) Le 8 mai, les premiers réfugiés sont débarqués à
Brazzaville, accueillis officiellement par les autorités. Mais sitôt
après, ils sont séparés en deux groupes : les jeunes sont déshabillés,
jetés dans des camions et dirigés vers l’état-major de Brazzaville. En
deux semaines 353 personnes ont été arrêtées par les unités de la garde
présidentielle et n’ont plus reparu". (2) .
De son côté, l’universitaire Albert Mpaka dans un
travail fouillé sur le Congo-Brazzaville intitulé "Démocratie et vie
politique au Congo-Brazzaville" revient sur ce sujet qui interpelle
maintenant les intellectuels et chercheurs congolais qui réfléchissent
sur la politique du pays. Se fondant sur le verdict du procès de
Brazzaville, il réalise que "la Cour criminelle a reconnu qu’un tri
des réfugiés en RDC avait eu lieu au Beach de Brazzaville" (3)
L’imbroglio sur le nombre exact des disparus
Tout le monde est unanime pour dire qu’il s’était
produit quelque chose de fâcheux au beach de Brazzaville en mai 1999.
Comment en sommes-nous arrivés au nombre 353 ? Pourquoi pas 352 ou 354 ?
La question reste et restera encore posée. Et ce livre le spécifie bien
quand on lit : "Le nombre exact des « disparus du beach » continue de
faire l’objet des comptabilités macabres contradictoires, au point de
s’interroger sur la nature réelle des disparitions" (4)
Dans leur livre, Makosso et ses amis semblent
révéler au public leurs connaissances en droit en essayant de "réécrire"
ce problème avec des statistiques (objectifs ou subjectifs ?) que l’on
ne peut confronter à celles d’autres chercheurs car de la confrontation
jaillit la lumière. Le problème des disparus du beach se définit comme
une énigme exploitée politiquement par certaines personnes. Et il est
difficile que la justice fasse un bon travail car "l’affaire est
tellement émotive que plane sur l’humanité et sur le Congo, le spectre
d’une erreur ou d’un fiasco judiciaire à l’instar des erreurs que la
France a connues (avec Dreyfus, Calas, Outreau, etc.)". Or, l’erreur
judiciaire est le spectre qui hante tous les professionnels de la
justice. (5)
Une mise au point de quatre universitaires « au conditionnel » ?
"L’Affaire des disparus du Beach de Brazzaville :
Mises au point pour l’Histoire" apparaît comme une des mises au point de
ce problème qui va sûrement susciter d’autres analyses car l’histoire de
la justice nous a montré que de contradictions en contradictions, la
vérité finit toujours par se réveiller. Une chose est certaine, ce livre
de Makosso et ses collègues nous révèle une démarche scientifique qui se
fonde sur des documents vérifiables dont ils ont proposé quelques
photocopies en annexe du livre. Soit. Mais quelques subjectivités dans
la façon de relater les faits diminuent la scientificité du document car
ramenant à la surface du texte un élan de subjectivité. Subjectivité qui
vient un peu attiédir cette analyse pourtant remarquable et bien menée.
Makosso parle des disparus du beach au conditionnel comme si on se
posait encore des questions sur cette triste réalité dont l’analyse
reconnaît les faits : "Pour mémoire, l’affaire du Beach de
Brazzaville désigne des réfugiés originaires de la République du Congo
(Brazzaville) qui auraient disparu à leur retour au pays. (…) Revenus
par le port fluvial de Brazzaville (…) les réfugiés auraient été
conduits à des destinations inconnues (…)"(6)
Dans l’ensemble, ce livre se définit comme une
contribution à la recherche de la lumière d’un problème sociopolitique
sur fond de douleur des familles qui ont vu disparaître les leurs, comme
certaines affirmations l’ont démontré pendant le procès de Brazzaville.
Quand on voit comment le peuple congolais a vécu dans l’union à travers
un melting-pot consécutif à la maturité politique issue de la Révolution
des Trois glorieuses et aux mariages interethniques, on est en droit
d’interpeller le politique congolais quand Eddie Tambwé pense que
"l’affaire des disparus [du Beach] est également une illustration de
l’impréparation (ou l’inexpérience) de nos Etats à gérer des dossiers
aux implications internationales. Les responsables congolais montreront
en effet leurs limites dans la gestion du dossier, tant au plan
médiatique, politique qu’à celui de la justice". (7)
La page de ce triste événement qui a bouleversé l’histoire politique du
Congo, par ces mises au point de Makosso et autres, est encore ouverte
et est loin de se fermer dans la mesure où d’autres chercheurs
travailleraient dans l’ombre et nous donneraient d’autres informations.
L’Histoire d’un pays est l’ensemble des histoires écrites par ses
propres fils en se fondant sur les heurs et malheurs du vécu quotidien.
Et les tristes événements des années 90, quand on se réfère aux
massacres de Mfilou et aux bombardements à l’arme lourde des quartiers
de Bacongo et Makélékélé, en font partie. Car tout est parti
paradoxalement à partir de ces dérapages du premier président élu
démocratiquement.
Aussi les acteurs politiques congolais, plus
précisément ceux qui avaient gagné les élections de 1992 et qui, pour
avoir inauguré les conflits armés en 1993, sont aussi plus ou moins
responsables indirects des "disparus du beach de Brazzaville". Ils
doivent méditer sur cette révélation de Patrice Yengo dans son analyse
sur les conflits armés dans son pays : "Plus de 30 000 morts, près de
200 000 blessés, 4 000 habitations détruites, 800 000 déplacés [parmi
lesquels on pourrait nommer les disparus du beach], près de 100 000
femmes violées… tel serait le bilan d’une guerre civile qui aura duré de
1993 à 2002 mais dont les conséquences sont loin d’avoir été totalement
évaluées. Pour une population d’à peine trois millions d’habitants, le
tribut payé est très lourd" (8).
Auteurs: Anatole Collinet Makosso, Emile Bosuku, Omer Kande et Eddie
Tambwe
Noël KODIA
Notes bibliographiques
(1)A. C. Makosso, E. Bosuku, O. Kande et E. Tambwe, « L’Affaire des
disparus du Beach de Brazzaville », L’Harmattan, 2007, p.p. 9-10,
Collection « Comptes Rendus », 16,50 euros.
(2) Patrice Yengo, « La Guerre du Congo-brazzaville », Karthala, 2006,
p.375.
(3) Albert Mpaka, « Démocratie et vie politique au Congo-Brazzaville »,
L’Harmattan, 2007, p. 252, 31,50 euros.
(4) A. Makosso et autres, « L’Affaire des disparus du Beach de
Brazzaville », op. cit. p. 7
(5) ibidem, p.11.
(6) ibidem p.7
(7) ibidem p.170
(8) Patrice Yengo, la Guerre du Congo-Brazzaville, op.cit. p.387
Présentation des auteurs
? Anatole
Collinet Makosso est magistrat, diplômé de 3è cycle et enseigne à
l’Université Libre de Brazzaville. Ses recherches se fondent
particulièrement sur les Relations internationales et sur la
Géopolitique. Doctorant en droit international, il est aussi directeur
exécutif de Géo- Ecostral.
? Emile Bosuku est diplômé en Informatique de gestion et membre de l’ «
Association nationale pour les droits, la défense des migrants et de la
femme » (Anaddem-F) depuis 1996. Il est aussi Coordonnateur chargé des
Investigations de cette Association.
? Omer Kande est Maître en Sciences économiques de l’Université de Reims
en France, Inspecteur général des finances à la Cour des comptes en
République Démocratique du Congo de 1992 à 1995. Il a participé à
Bruxelles en 1996 à la création de l’Anaddem. Préside cette association
depuis novembre 1997.
? Eddie Tambwe est professeur de Communication sociale et de Sociologie
politique, directeur de la collection « Comptes Rendus » chez
L’Harmattan et responsable de la cellule « Conception, Etudes et
Publications » du cabinet Géo-Ecostrapol.
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