L’utopie d’Albert Jacquard


"J'atteins l'âge où proposer une utopie est un devoir; l'âge où les époques à venir semblent toutes également éloignées : qu'elles appartiennent à des siècles lointains ou à de prochaines décennies, elles sont toutes tapies dans un domaine temporel que je ne parcourrai pas." Albert Jacquard débute ainsi son nouveau livre mais l’utopie qu’il propose n’a rien à voir avec un rêve irréalisable et inaccessible. C’est au contraire un appel à agir pour construire une société plus apte que la nôtre à favoriser l’épanouissement des humains.


Albert Jacquard, généticien des populations, polytechnicien, s’est investi depuis longtemps maintenant dans le combat en faveur des exclus et des déshérités, début septembre à Cachan lors de la manifestation de soutien aux expulsés, mais aussi plus largement le combat contre tout ce qui nuit à l’humanité. La semaine dernière, il est venu apporter son soutien aux militants anti-OGM rassemblés à Carcassonne pour le procès de l'ancien et de l'actuel PDG d'une filiale de la multinationale américaine Monsanto. Il a justifié sa présence ainsi dans les colonnes de Midi Libre : "Je suis ici parce qu'on m'y a invité, en m'expliquant ce qui était en train de se passer. Je ne pouvais pas dire non ! C'est une façon de lutter contre l'emprise des multinationales, au nom de la démocratie. La finalité de Monsanto, c'est de gagner de l'argent, pas de faire le bien de l'humanité. C'est pour cela que les multinationales doivent être contrôlées."

Dans les premiers chapitres de son nouveau livre, il explique ce qui selon lui constitue la singularité de l’humain à savoir sa capacité à tisser des liens avec ses semblables et à se projeter dans l’avenir. De là, il développe l’idée d’une "Cité où tout serait école", où le travail aliénant serait réduit au minimum, où personne ne se soucierait du déficit de la Sécurité sociale parce que les soins seraient considérés comme un droit imprescriptible, comme le serait le droit au logement, où la compétition serait abolie, où l’accumulation des richesses céderait le pas à l’organisation des rencontres... Il remet en cause les fondements de l’économie telle que nous la connaissons, s’interroge sur le droit à la propriété et plaide pour une réhabilitation de la politique, organisation de l’attribution du pouvoir. En fait c’est un programme volontariste auquel il nous convie, prenons notre destin en main.

Si certaines propositions emportent immédiatement l’adhésion, d’autres bousculent nos certitudes et nous obligent à repenser notre manière d’organiser la société. Voilà un livre stimulant pour l’esprit et qui peut nous amener loin pour peu que nous acceptions de remettre en question certains postulats que nous avons tendance à prendre pour des vérités éternelles. Voulons-nous que le monde change ou non ?

Mon utopie d’Albert Jacquard – 195 pages – Ed Stock – 16€
 




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