Histoire du Togo : La longue nuit de
terreur
(1963-2003) par Tété Godwin
Dans sa série sur l’histoire de notre pays, Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo
vient de publier son troisième livre intitulé « Histoire du Togo - La
longue nuit de terreur (1963-2003) ». Ainsi après « Histoire du Togo -
La palpitante quête de l’Ablodé (1940-1960) » et « Histoire du Togo - Le
régime et l’assassinat de Sylvanus Olympio (1960-1963) », tous deux
parus aux éditions NM7, Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo vient de boucler la
boucle. Avec une préface du Pr. Anani André Kuévidjen, un témoin de
l’histoire de notre pays, ancien ministre, Professeur de mathématiques
et poète de son état, ce troisième ouvrage sur le passé récent de notre
pays retrace les grandes étapes et les péripéties connues par le Togo
depuis les lendemains de l’assassinat de Sylvanus Olympio jusqu’à
l’accession de Eyadéma au pouvoir, avec toutes les pratiques qui ont
finalement ruiné et détruit un pays qui, au moment de son indépendance,
était parti pour être une référence en Afrique.
Contrairement aux précédents ouvrages publiés en volumes uniques, le
présent livre est édité aux Editions A.J. Presse en deux volumes, le
premier de 532 pages étant consacré à la relation des faits historiques
et le second, de 804 pages, constituant les annexes.
Le volume 1 se subdivise en quatre parties plus un addemdum, à savoir :
1 - Le retour de Nicolas Grünitzky et la deuxième République togolaise
(1963-1967).
2 - L’avènement d’Etienne Eyadéma, la monarchie absolue et la tombée de
la nuit de terreur, (1967-1980).
3 - Au bord du gouffre, la Conférence Nationale Souveraine et la
quatrième République (1980-1991).
4 - La systématisation de la stratégie de la terreur et la chute au fond
du gouffre (1992-2000).
5 - Addendum : Gnassingbé Eyadéma : Toujours la fuite en avant
(2000-2003).
Dans le style de narration simple, digeste et direct, qu’on lui connaît,
l’auteur conduit le lecteur à travers quarante bonnes années de
l’histoire de notre pays, avec des illustrations expressives. « Ainsi
donc, le 13 janvier 1963, à l’heure où le coq annonce aux êtres humains
qu’il est temps de se préparer en vue de leurs occupations habituelles,
un commando d’une vingtaine de « demi-soldes » rentrés des expéditions
coloniales françaises au Vietnam et en Algérie, assassine froidement le
premier Président de la République togolaise : Sylvanus Kwami Epiphanio
Olympio.
Quels auront été les véritables tenants et aboutissants de ce meurtre
terriblement préjudiciable au Togo, à l’Afrique ? Il s’avère difficile,
presque quatre décennies après, de répondre définitivement à cette
angoissante problématique. Toutefois, dans notre livre « Le régime et
l’assassinat de Sylvanus Olympio », nous avons, à cet égard, au moins
pris le risque de poser certaines hypothèses de travail … D’indiquer des
pistes de recherche. Et ce, pour ne pas dire : nous nous sommes permis
quelques affirmations … ».
C’est en ces termes que Têtêvi Godwin Tété Adjalogo annonce la couleur
de ce livre qui, dès les premières lignes emporte le lecteur à travers
les nombreux événements ayant marqué la vie de notre pays.
Les assassins de Sylvanus Olympio sans aucune culture politique et
n’ayant aucune expérience de l’administration n’avaient pas trouvé
d’autre solution que de faire revenir au pays, le progressiste Nicolas
Ador Grunitzky, beau-frère mais opposant farouche du Président assassiné
à qui fut remis le pouvoir. Pour le marquer à la culotte, on lui avait
adjoint un vice-Président Idrissou Antoine Méatchi dont les attributions
étaient clairement définies par la Constitution du 11 mai 1963 en son
article 21 : « le Président de la République est assisté d’un
vice-Président de la République. Le vice-Président de la République
exerce à titre temporaire ou permanent et par délégation du chef de
l’État, les attributions qui lui sont dévolues. Il reçoit en outre un
poste ministériel ».Mais très vite, un conflit de compétence et une
lutte d’hégémonie va s’installer à la tête de l’État où le
vice-Président qui n’avait jamais caché ses ambitions ne laissait pas
les coudées franches au Président. Comme l’écrira l’auteur, cette
République était mal née. « Née avec trop de tares congénitales pour
vivre longtemps. Elle ne vivra que quatre ans, jour pour jour :
l’instant d’une rose au regard de l’histoire d’une nation. Elle n’aura
été qu’un intermède avant la tombée de la longue nuit de terreur ».
En effet, profitant du temps où Grunitzky était aux affaires pour se
familiariser un tant soit peu avec l’administration, les militaires qui
n’avaient pas en réalité abandonné le pouvoir étaient revenus à la
charge et tirant argument d’un blocage et d’une mésintelligence entre
les « deux têtes » de la République, obtiennent la démission du
Président Grunitzky. C’était le 13 janvier 1967. L’armée venait, une
fois de plus, de prendre le pouvoir. C’est la nuit qui venait de tomber
sur le Togo.
La narration se poursuit avec l’avènement d’Etienne Eyadéma au pouvoir
appuyé par la Françafrique, soutien du totalitarisme absolu qui conduira
le peuple togolais à la dérive. Le règne du Général Président selon
l’auteur, aura été caractérisé par un certain nombre de projets peu ou
pas du tout rentables, le pillage des ressources et des deniers publics,
la perte des valeurs morales avec l’animation politique, l’érection de
la délation en règle, la répression, les faux complots dont on se
servait pour mythyfier Eyadéma, les purges et la terreur implacable
qu’on faisait régner sur le pays.
L’ouvrage s’intéresse aussi aux combattants de la liberté qui, face à la
dérive monarchiste du pouvoir, n’étaient pas restés bras croisés. Des
patriotes accusés de complots vrais ou faux ont connu des fortunes
diverses : les prisons, la torture et la mort. Vinrent ensuite les
moments de la conférence nationale souveraine, qui finiront par
l’inauguration d’une transition, une légère embellie avant le retour de
la force brute et de la terreur.
La richesse de la documentation ayant permis la réalisation de l’ouvrage
témoigne de la grande capacité de recherche de l’auteur. Les faits dans
leur présentation donnent l’envie d’aller au bout de la lecture d’une
seule traite. « Histoire du Togo - La longue nuit de terreur (1963-2003)
». Quarante années de l’histoire du Togo à consommer sans modération.
Par Yao Assou
Article publié dans Le Regard, n° 479 du 28 février 2006
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