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L’Afrique: 50ans après
les indépendances
Bilans et perspectives
Beaucoup a été dit et écrit sur les performances des politiques
publiques en Afrique ces cinquante dernières années. Cette année 2010
sera celle des "inventaires du cinquantenaire". Les spécialistes en
économie du développement, les chercheurs, les enseignants, les
animateurs des ONG, les fonctionnaires africains et étrangers des
ministères et organismes en charge des questions de développement
expliqueront ce que vit au quotidien la majorité de nos populations.
Les trois questions principales que nous devons tous
nous poser sont les suivantes :
- l’Africain d’aujourd’hui vit-il mieux que celui d’avant l’indépendance, en
termes d’alimentation, de logement, d’accès aux soins de santé, à l’eau potable,
à l’énergie, à l’éducation, et aux infrastructures et équipements collectifs ?
-
Bénéficie-t-il de plus de sécurité, de justice, ainsi que de libertés
individuelles et collectives qu’en 1960 ?,
- Nos pays pris individuellement et
collectivement, répondent-ils mieux aujourd’hui qu’en 1960, aux aspirations au
bien- être de nos populations dans les domaines ci-dessus cités?
Nous tenterons d’apporter notre réponse à ces
questions dans une démarche en trois phases. Dans la première partie de
notre exposé, nous jetterons un regard critique sur les "causes du mal"
à travers les trois périodes les plus marquantes de la gestion de nos
pays : la période d’avant l’indépendance jusqu’à la fin des années 1970,
la période des ajustements structurels et enfin la période des cadres
stratégiques de lutte contre la pauvreté. Dans la seconde partie, nous examinerons la situation politique,
économique et sociale de l’Afrique aujourd’hui. Et enfin dans la troisième et dernière partie, nous partagerons notre
vision et nos propositions pour le futur.
Partie 1: Analyse rétrospective de la genèse de la situation actuelle
de l’Afrique
Nous examinerons de manière la plus objective
possible, les causes de nos maux actuels, en évitant autant que faire se
peut toute posture polémique. Notre objectif est de tenter de mieux
comprendre notre cheminement commun, afin qu’aujourd’hui et demain, nous
puissions mieux agir. Nous le ferons à travers les trois périodes
historiques annoncées ci-haut.
1.1 La première période: De l'indépendance à la fin
1970 - Période d'euphorie collective
A la veille de l’indépendance, le ciel de nos pays
était "gros" de promesses, comme le disait Ahmadou KOUROUMA, dans son
célèbre livre "Le soleil des indépendances": les pères de
l’indépendance, en lutte contre l’ordre colonial, mobilisaient aisément
de très larges couches de nos populations autour du mot d’ordre -
fétiche d’ "indépendance", comparé au soleil qui apparaîtra dans la nuit
coloniale. L’indépendance, pour nos populations, signifiait d’abord et
avant tout l’accès le plus rapide possible à un niveau de vie comparable
à celui du colon. Le rêve collectif était celui de la promesse d’un
bonheur immédiat pour tous, et cela presque sans effort.
Pourtant, ni les capacités locales en matière de
gouvernance autonome, ni encore moins l’état de nos économies à cette
époque ne pouvaient autoriser de tels rêves, dans la plupart des
territoires appelés à devenir individuellement des États indépendants :
- En effet, l’élite locale à l’indépendance n’avait pas réellement expérimenté
de manière "autonome" la gestion des territoires, puisque le modèle colonial
français était assimilationniste. Certes le système colonial a permis la mise en
place d’embryons d’Etats, et d’une
administration généralement bien structurée, mais ses principaux
animateurs étaient non autochtones, y compris dans la gestion des plus
petites collectivités locales. L’élite autochtone, quoique plutôt bien
formée aux subtilités du parlementarisme et de la politique françaises,
n’avait pas en général une expérience directe de la gestion des
territoires nationaux appelés à devenir des États indépendants.
-
L’économie des colonies était d’abord orientée vers la satisfaction des besoins
de la métropole. Ainsi, aux côtés d’une agriculture de subsistance
traditionnelle, était introduite une agriculture commerciale, quasi-entièrement
vouée à l’exportation (coton, café, cacao, hévéa, etc.). Dans les colonies
disposant de minerais et d’hydrocarbures, le tableau était plus diversifié : des
unités industrielles ont été implantées pour extraire ces minerais et les
exporter en l’état vers des centres de transformation situées en métropole.
-
Dans un cas comme dans l’autre, les élites précoloniales étaient habituées à
voir les déficits budgétaires de leurs territoires directement et régulièrement
subventionnés par le Trésor Public métropolitain.
Ce déficit en management des espaces territoriaux et cette extraversion
de l’économie n’ont évidemment pas favorisé la structuration rapide, dès
l’accession à l’indépendance, de capacités locales de management de
politiques publiques favorisant un développement endogène et profitant
au plus grand nombre.
Il me semble qu’il s’agit là, du malentendu initial entre les
populations africaines et les élites à l’indépendance : comment
pouvaient-elles réaliser très rapidement le rêve du mieux-être pour tous
et très rapidement, alors même que les moyens financiers et
infrastructurels nécessaires faisaient défaut ? Était-il responsable de
faire l’impasse sur les efforts importants et continus à consentir pour
briser les différentes entraves au développement ?
La conséquence de ce double handicap initial a été la prise en mains de
nos politiques de développement, dès après les indépendances, par divers
intervenants extérieurs. L’objectif global était d’aller au
développement à marches forcées, et de rattraper le fossé existant entre
nous et les pays développés par une espèce de "grand bond en avant"
africain. Le "développement" se résumait à "l’industrialisation" à
laquelle étaient assignés les objectifs suivants : satisfaction des
besoins essentiels des populations, mise en valeur des ressources
naturelles locales ; création d'emplois, formation d'une base de
développement des autres secteurs économiques, création d'un cadre
d'assimilation et de promotion de progrès technologique et modernisation
de la société.
Pour atteindre ces objectifs dans l’urgence, des structures de
planification du développement et d’encadrement des économies nationales
ont été mises en place, comme les Commissariats au Plan sur le modèle
gaullien d’après-guerre et des Ministères du Plan. Cette marche normée
vers le développement était sous-tendue, dès le début des indépendances,
par deux visions du monde diamétralement opposées: la démarche libérale
et la démarche socialiste.
La démarche libérale:
Beaucoup de pays africains ont conservé la vision libérale de
l’économie, en cours avant l’indépendance. Leurs plans directifs de
développement étaient centrés sur les grands paramètres de l'économie
classique ou néoclassique : croissance du Produit Intérieur Brut (PIB)
par le développement des cultures d’exportation et des matières
premières minérales et minières, expansion de l'investissement et
mobilisation de l'épargne locale et étrangère à cette fin, mise en place
d'infrastructures économiques et sociales , développement des services
sociaux, recours massif à l’aide étrangère et à l’endettement, et
adoption des mesures d'incitation pour attirer les investissements
privés étrangers. Ces plans qui avalisaient, au moins implicitement, les
politiques et stratégies héritées du colonialisme et avaient pour
principale conséquence une aggravation de la dépendance économique à
l'égard de l'étranger.
De plus, les pays libéraux conservèrent leurs liens avec la France dans
le cadre d'une zone monétaire commune en se dotant, par des accords
signés avec la France, d'une monnaie commune garantie par le Trésor
français. Ce choix politique "souverain" qui continue de susciter des
débats passionnés, souligne si besoin en était cette volonté ou cette
crainte, c’est selon, d’avoir à gérer seul une politique monétaire
autonome comme complément naturel d’une politique économique endogène.
La démarche socialiste:
Un certain nombre de pays africains ont souhaité prendre le contre-pied
du libéralisme économique. Ils se sont lancés, immédiatement ou peu
après l'indépendance, dans des politiques et des programmes censés
décoloniser l'économie, avec l’objectif de relever le niveau de vie de
leur population par une transformation radicale de structure même de
leur société et de leur économie. Cette politique "socialiste" s’est
principalement caractérisée par l’étatisation de leur économie, par une
volonté de transformation locale de leurs produits et de création d’un
tissu industriel pour substituer des produits finis locaux aux
importations.
Les gouvernements de ces pays se disaient soucieux de créer des
capacités de contrôle des richesses nationales, pour jeter plus tard les
bases de satisfaction des besoins de la population, dans un rêve global
de socialisme. Il fallait donc contrôler, à tout prix, la plus-value
tirée de l’économie nationale.
Les différentes variantes "africaines" du socialisme se proposaient
naturellement de multiples objectifs : la décolonisation économique,
l'intervention soutenue de l'État dans le développement et son contrôle
sur l'économie, l'égalisation des chances sur le plan économique et
social, la limitation du rôle du secteur privé, ainsi que des
investissements et la propriété privée. Sur ce dernier point, toutefois,
l'attitude de certains gouvernements fut quelque peu ambivalente.
Beaucoup ne souhaitaient pas abolir la propriété et l'investissement
privés, mais cherchaient plutôt à les contrôler et à les faire
contribuer, par une concertation avec le secteur public, à la
réalisation de leurs objectifs économiques et sociaux.
Dans leur majorité, ces pays ont créé leurs propres institutions
monétaires, pour maîtriser leur politique économique et monétaire. Quid de la gouvernance politique pendant cette période de grandes
transformations ?
Ces deux types de politiques économiques libérale et socialiste se sont
déployés dans un environnement politique quasi-similaire. En effet, dès
après l’indépendance, les nouveaux chefs d’État ont tous, l’un après
l’autre, déstructuré la gouvernance politique de leur pays, passant de
la démocratie ouverte prévalant avant l’indépendance à des pouvoirs
personnels sous des habillages institutionnels consacrant la primauté et
l’infaillibilité du chef. Ce fut la floraison des partis uniques à la
soviétique. Ce choix partagé a construit progressivement un monolithisme
politique qui ne pouvait se dénouer que par des coups d’État militaires.
Dans un cadre politique devenu instable du fait des changements violents
à la tête de nos États, ce sont développés des phénomènes de mal
gouvernance globale qui ont abouti à un blocage général. Les différents
pouvoirs ne tiraient plus leur légitimité de la volonté populaire. La
violence politique, accompagnée d’une déresponsabilisation des
contre-pouvoirs et d’un affaiblissement de l’expression et de la
représentativité populaires, était de venue la règle.
Les résultats de ces politiques ne se sont pas fait
attendre...
A- Sur le plan économique
Les structures de l’économie agricole, qui font vivre la majorité de
nos populations, ont continué à conserver et même à renforcer leurs
caractéristiques coloniales. La production pour l'exportation,
principale source de devises et de recettes publiques, ne représente pas
moins de 80% des rentrées de devises et des recettes publiques dans les
pays qui n'exportent ni pétrole ni minerais. En revanche, les
producteurs de cultures vivrières étaient progressivement obligés de se
passer de fournitures agricoles et de tout appui technique. La
quasi-totalité de la production du secteur moderne qui était
commercialisée par l'intermédiaire des offices de commercialisation ou
des caisses de stabilisation, jouissant d'un monopole d'achat et
d'exportation et fixaient à chaque saison les prix payés aux
producteurs, était en situation difficile.
Les ressources extrêmement limitées disponibles pour les
investissements agricoles ont été invariablement dépensées de façon mal
avisée. Trop souvent, on s'en est remis à des investissements massifs en
biens d'équipement et à une mécanisation à grande échelle génératrice de
surcapitalisation. Alors que 80 à 90 % des producteurs agricoles sont de
petits paysans - dont une majorité de femmes, surtout dans le secteur
alimentaire- les fournitures agricoles, les services de vulgarisation et
le réseau routier et les autres infrastructures étaient insuffisants.
L’absence de structures rationnelles et efficaces pour le stockage et la
préservation des céréales, l'acheminement aléatoire des produits
alimentaires des campagnes vers les centres urbains ou entre différentes
régions rurales ont causé la perte de 20 à 45 % de la production
alimentaire ne pouvant avoir accès aux marchés. Enfin, la politique
consistant à maintenir de faibles prix à la production, ce qui réduit
les revenus des paysans, a des effets négatifs sur la productivité
agricole.
Sur le plan industriel, nous avons dit plus haut que les jeunes états
africains avaient considéré l'industrialisation comme un instrument
essentiel de la décolonisation économique et de la sortie "accélérée" du
sous-développement. Aucun des objectifs n'a malheureusement été atteint
au cours de cette période. Au contraire, du fait de la nature disparate
des industries manufacturières africaines, de leur insatiable besoin de
subventions de toutes sortes, de la très forte dépendance de beaucoup
d'entre elles à l'égard de l'étranger pour l'acquisition des facteurs de
production et de leur impuissance générale à atténuer le chômage ou à
donner une impulsion dynamique à l'économie africaine, le secteur
industriel est entré en crise, et a stagné. Par ailleurs, les moyens de
production et les matières premières étant en quasi-totalité importés,
l'industrialisation de l'Afrique ouvrit la voie à une nouvelle forme de
dépendance : au lieu de générer des économies, voire des profits, dans
les échanges extérieurs, l'industrie devint la principale source de
pertes en ce domaine. Certes, la croissance du secteur manufacturier a
été soutenue dans les années 60 et s'est poursuivie à un rythme
légèrement supérieur à celui du PIB dans les années 70, mais l'industrie
reste aujourd'hui encore une enclave, à la fois étrangère et urbaine
dans l'immensité des campagnes économiquement attardées. C'est sans
doute cet échec de la stratégie d'industrialisation qui, venant
s'ajouter à des années d'abandon de l'agriculture, est responsable de
l'aggravation de la dépendance économique de l'Afrique.
En résumé entre 1960-1970, en dépit de toutes les stratégies de
décolonisation économique poursuivies par les gouvernements africains,
aux niveaux macro-économique et sectoriel, l'économie africaine conserve
les structures héritées du colonialisme et les conditions d'existence de
la population du continent ne se sont pratiquement pas améliorées. Ces
stratégies n'ont pas réussi à provoquer la transformation
socio-économique espérée ; elles n'ont apporté au mieux que des
changements structurels marginaux.
Certes, entre 1960 et 1980, le PIB global des pays africains a "grosso
modo" triplé pour atteindre quelque 86 milliards de dollars des
Etats-Unis (en prix constants de 1980), ce qui représente une croissance
annuelle moyenne de 5,6 % .Leur revenu par habitant est passé d'une
moyenne de 133 dollars en 1960 à 243 dollars en 1980 (ou 740 dollars en
prix de 1983). Cependant, cette progression spectaculaire ne doit
pourtant pas faire illusion car le revenu par habitant de l'Afrique ne
représentait en 1980 que 7,6 % de celui de l'ensemble des pays
industrialisés, qui s'élevait à 9 684 dollars, ce qui met bien en
lumière l'ampleur du sous-développement africain.
B- Sur le plan social
Les États africains ont beaucoup investi dans le système éducatif au
lendemain des indépendances, parce que les besoins de main-d’œuvre
étaient importants. Des progrès importants ont été accomplis pour
développer l’éducation de base, de même que les formations
professionnelles et l’enseignement supérieur. Cependant très rapidement
des problèmes structurels apparurent : inadéquation des formations
offertes aux besoins réels de développement des pays, apparition des
cadres bien formés mais chômeurs puisque l’offre n’a pas suivi
l’explosion de cette demande, fuite des cerveaux vers les pays les plus
prometteurs ou hors d’Afrique, etc. Beaucoup de spécialistes africains,
et étrangers, se sont penchés sur la question et les médications
proposées sont nombreuses, mais globalement le schéma scolaire n’a pas
substantiellement évolué.
Dans le domaine de la santé également, des efforts importants ont été
accomplis. Cependant malgré le mot d’ordre "Santé pour tous en l’an
2000", l’état du dispositif sanitaire aussi bien dans les grandes
agglomérations que dans les campagnes s’est régulièrement dégradé. La
croissance de la population a été certes très forte, mais le rythme de
création des infrastructures sanitaire s’est grandement ralenti, au fur
et à mesure que les États connaissaient des problèmes budgétaires.
C- Les insuffisances de l'intégration de nos
économies
Les États africains ont tous choisi d’aller séparément à
l’indépendance, alors qu’il était plus qu’évident qu’ils ne pouvaient,
pris individuellement, assurer leur développement. A défaut donc de se
fédérer ou s’unir politiquement, ils ont mis en place des unions
économiques sous-régionales avec pour objectif principal un
développement partagé. Cependant, jusqu’à la fin des années 1970, la
coopération économique entre pays africains a pâti du fait que nombre
d'entre eux se montrèrent exagérément sourcilleux sur le chapitre de la
souveraineté nationale et que nombre de dirigeants hésitèrent trop
souvent à sacrifier la moindre parcelle de leur souveraineté. La
conséquence fut la multiplication d’initiatives locales dans des
secteurs cruciaux de la politique économique.
Cette faiblesse a rendu difficile le financement de la croissance
ultérieure et du remboursement des intérêts de la dette. A cela , il
faut ajouter les gaspillages dans le choix des investissements (les
fameux éléphants blancs), les charges de fonctionnements dispendieux
d’administrations surdimensionnées et de gouvernements pléthoriques ,
les coûts des conflits tribaux et inter-états jaloux de leur récente
souveraineté, l’instabilité créée par les coups d’État militaires à
répétition : tous ces facteurs ont été autant d’ handicaps pour la
mobilisation des capitaux nationaux et étrangers, pour financer le
développement. L’effet ciseau entre les besoins de mieux être et les
moyens publics date de là.
2- La période d'ajustement de nos économies (la seconde période)
A la fin des années 1970, les Institutions
Financières Internationales (IFI) ont initié une nouvelle approche de
prêts aux pays africains, qui faisaient face à de sérieuses crises
économiques et financières. Jusqu’à cette période en effet, les prêts octroyés par la Banque
Mondiale étaient destinés à financer des projets (barrages, centrales
électriques etc.). La crise étant globale et multiforme, la Banque
Mondiale a substitué aux prêts- projets, des prêts orientés vers les
Programmes d'Ajustement Structurel (PAS). Ces PAS avaient pour objectif principal de restructurer soit
l’ensemble de l’économie soit un secteur spécifique tel que l’énergie ou
l’éducation. Afin de bénéficier de ces prêts, les gouvernements devaient
en contrepartie réaliser des changements importants, structurels, dans
leurs politiques et leurs institutions, afin d’en améliorer
substantiellement les performances économiques. Ces politiques d'ajustement structurel ont pour substrat la théorie
économique libérale, qui considère que le libre marché doit présider à
la fourniture de biens et de services, la concurrence devant assurer
l'utilisation la plus efficace des ressources ainsi que des bénéfices
plus importants. Le mécanisme de ces PAS est appliqué partout selon une
"recette courante" :
- Dévaluation de la devise,
- Promotion des exportations aux dépens des cultures vivrières,
- Libéralisation du commerce,
- Réduction des restrictions imposées aux investissements étrangers,
- Privatisations des entreprises et offices publics.
Les prêts d'ajustement structurel en sont venus à englober la majeure
partie des prêts de la Banque Mondiale (jusqu'à 53 % en 1999) alors que
la nature et les modalités d'exécution des réformes d'ajustement
structurel encouragées par les Institutions Financières Internationales
(IFI) ont été controversées quasi dès leur début.
Les principales critiques faisaient ressortir les inconvénients
suivants : un manque de participation des pays assistés dans la
définition des problèmes à identifier et de la thérapeutique à
appliquer, un manque de transparence des modes opératoires, des effets
pernicieux sur les couches fragiles de la société, des effets très
négatifs sur les producteurs locaux, la dégradation de l'environnement,
un modèle unique de "solutions" pour tous malgré leurs spécificités , et
des résultats plus que mitigés en matière de croissance.
Pendant de longues années, la Banque Mondiale et le FMI ont développé
l’argumentaire selon lequel il s’agissait d’une "souffrance de court
terme, pour un bénéfice à long terme". Certes, ces programmes ont permis
une certaine stabilisation économique dans beaucoup de pays, mais ils
ont également entraîné une contraction drastique de ces économies qui
ont engendré diverses crises dans les secteurs de l’éducation, de la
santé, de l’agriculture, de l’énergie, et de l’eau, à cause entre autres
d’importantes réductions de moyens en personnel, créant d’énormes
problèmes socio-économiques qui ont freiné le développement. Par
conséquent, cette souffrance pronostiquée "à court terme" s’est
instaurée pour plus de 20 ans, creusant les inégalités et freinant tout
développement. 3 - La période de la lutte contre
pauvreté (la troisième période)
Devant les coûts sociaux massifs des Programmes d'Ajustement
Structurel (PAS), les chefs d’État du monde réunis à Copenhague
(Danemark) en mars 1995 au sommet mondial sur le développement social
ont adopté la Déclaration Universelle pour l’Amélioration des Conditions
Humaines et demandé à chaque pays d’élaborer des Plans Nationaux de
Lutte contre la Pauvreté, avec à la clé quatre axes prioritaires : la
santé, l’éducation, l’emploi et le développement rural.
Ces Plans de lutte contre la pauvreté ont très vite montré leurs
limites quant aux moyens à mobiliser pour financer les projets sociaux.
A cet effet, les Chefs d’État africains se sont une fois encore réunis à
Libreville en 2000, sur invitation des Institutions de Bretton-Woods
pour valider une nouvelle approche. A cette occasion la Banque mondiale
et le FMI se sont engagés dans une réforme de leurs programmes pour que
ceux-ci œuvrent réellement en faveur du développement. Il a été mis en
avant les principes suivants :
- la lutte contre la pauvreté doit être l’objectif premier de tous les
programmes de prêt des Institutions Financières Internationales (IFI) aux pays à
faibles revenus et les progrès dans ce sens doivent être mesurés par des
objectifs et des indicateurs concrets;
- la consultation et la participation
des citoyens doivent être renforcées, la Banque mondiale et FMI ne jouant
principalement que le rôle de conseillers;
- Tous les bailleurs de fonds
publics doivent coordonner leur aide et leurs programmes de prêts au travers du
Cadre Stratégique de Réduction de la Pauvreté (CSRP) élaboré par le pays
bénéficiaire. Il a été reconnu la nécessité d’une croissance économique forte et
soutenue afin de lutter efficacement contre la pauvreté.
Quatre axes stratégiques ont été retenus dans les Cadres Stratégiques
de Réduction de la Pauvreté (CSRP):
- la sécurité,
- la bonne gouvernance (assainissement des finances publiques, gestion
des recettes de l’État, code de marchés, attribution des permis miniers
et forestiers, les questions de l’économie…),
- la diversification des économies (la gestion de l’électricité, de
l’eau, de routes, des pistes rurales, des aéroports, des transports, des
constructions des infrastructures étatiques et paraétatiques, des mines,
des forêts….),
- le renforcement du capital humain (les questions de l’éducation, de la
santé, VIH-SIDA, le paludisme, la formation des cadres, la gestion
participative de la chose publique car les déficits dans ce cadre sont
source de conflits……).
D’autres initiatives en matière de stratégie de développement de
l’Afrique ont été prises, notamment par des Chefs d’Etat africains. Ces
chefs d’Etat étaient inquiets du retard de l’Afrique, marginalisée au
point de ne représenter que 1.7% du commerce international, dernier des
continents en termes de croissance et de développement et le plus
pauvre. Les Présidents Thabo MBEKI d'Afrique du Sud, Olusegun OBASANJO
du Nigeria et Abdel Aziz BOUTEFLIKA d'Algérie proposèrent le Millenium
African Plan (MAP) pendant que le Président Abdoulaye WADE du Sénégal
proposait le plan OMEGA. Ces deux plans furent fusionnés en un plan
unique : la Nouvelle Initiative Africaine (NIA) qui sera plus tard
baptisée le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique ou
NEPAD, abréviation de l'anglais New Partnership for African Development.
Ces cinq chefs d’Etat africains (Afrique du Sud, Algérie, Egypte,
Nigeria, Sénégal) ont reçu mandat de structurer le NEPAD dont l’ambition
est de combler le retard qui sépare l'Afrique des pays développés. Cette
notion de fossé à remplir (bridging gap) est le cœur même du NEPAD.
Le document du cadre stratégique du NEPAD a été officiellement adopté
lors du trente-septième sommet de l'OUA en juillet 2001. Ses principaux
objectifs sont :
- L’éradication de la pauvreté;
- L’adoption par les pays africains, individuellement et collectivement,
de politiques devant favoriser une croissance et un développement
durables;
- L’arrêt de la marginalisation de l'Afrique dans le contexte de la
mondialisation et la promotion de son intégration complète et profitable
à l'économie mondiale;
- L’accélération du renforcement des capacités des femmes afin de
promouvoir leur rôle dans le développement socio-économique.
Les actions à mettre en œuvre pouvant permettre d’atteindre ces
objectifs sont orientées vers :
- L’agriculture;
- Le développement humain axé sur la santé, l'éducation, les sciences et
technologies, et le développement des compétences;
- La construction et l’amélioration des infrastructures, y compris les
Technologies de l'Information et de la Communication (TIC), l'Energie,
les Transports, l'Eau, et l'assainissement;
- La promotion de la diversité de la production et des exportations,
plus particulièrement au niveau des agro-industries, du secteur
industriel, des mines, des minerais de qualité supérieure, et du
tourisme;
- L’accélération du commerce intra-africain et l’amélioration de l'accès
aux marchés des pays développés;
- L'environnement.
Toute cette stratégie s’inscrit parfaitement dans la Déclaration du
Millénaire des Nations Unies en septembre 2000. Celle- ci définit huit
objectifs de développement dits Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD). Ils visent à améliorer les conditions de vie d'ici
à 2015 et se déclinent comme suit:
- Réduire l'extrême pauvreté et la faim,
- Assurer l'éducation primaire pour tous,
- Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes,
- Réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans,
- Améliorer la santé maternelle,
- Combattre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies,
- Assurer un environnement durable,
- Et enfin mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
Le NEPAD a connu de réels problèmes de structuration, et le dernier
sommet de l’Union Africaine tenu à Addis- Abeba en janvier dernier a
décidé de le transformer en une Agence de l’Union.
Partie 2: La situation de l'Afrique aujourd'hui Nous l’avons longuement expliqué, les différentes politiques de
développement n’ont pas eu suffisamment d’impact économique et social en
Afrique. L’Afrique demeure économiquement le continent le plus pauvre du
monde et les défis à relever sont toujours nombreux, devant une demande
sociale toujours très forte et une jeunesse plus éduquée, connectée à l’internet
et plus exigeante sur son cadre de vie que jamais auparavant.
Il est indéniable que des efforts importants ont été réalisés sur le
plan économique par plusieurs pays, aussi bien individuellement que
collectivement au travers d’organisations sous-régionales, dont
certaines font des efforts remarquables pour capitaliser des atouts
collectifs et réduire des handicaps communs. C’est ainsi qu’à juste
titre, le dernier rapport des Nations Unies sur la situation économique
et sociale en Afrique indique que la croissance économique de l’Afrique
en 2008 a été de 5,1 %, contre 6 % en 2007, poursuivant la tendance
observée ces cinq dernières années. Le principal moteur de croissance en Afrique a été la hausse des
cours des produits de base, notamment du pétrole. Les pays exportateurs
de pétrole ont contribué pour 61,4 % à la croissance globale du
continent et ont enregistré une croissance de 5,9 % contre 4,4 % pour
les pays non exportateurs de pétrole. En plus de l’effet vigoureux de la
hausse des prix des produits de base, il importe de noter les autres
facteurs clefs, notamment et il faut le souligner, de bonnes politiques
macroéconomiques et des réformes institutionnelles favorables à une
croissance élevée. Dans beaucoup de pays africains, l’adoption d’une
politique macroéconomique saine et soutenue a permis de renforcer la
confiance des investisseurs à la fois locaux et étrangers et de stimuler
la croissance. Par ailleurs, en renforçant la gouvernance économique et des
entreprises, notamment par l’adoption de mesures pour lutter contre la
corruption, en opérant des réformes pour améliorer l’environnement des
affaires et en consolidant la paix dans un grand nombre de régions en
conflit, le continent a attiré des flux importants de capitaux privés et
a stimulé le développement du secteur privé. L’environnement des
affaires en Afrique s’est amélioré, du fait que beaucoup de pays ont
opéré de nombreuses réformes ces dernières années.
Finalement, l’aide plus importante fournie par les donateurs et
l’allégement de la dette ont permis à de nombreux pays de libérer des
ressources à investir dans l’infrastructure, la mise en valeur du
capital humain et la réduction de la pauvreté. De nombreux pays
africains à faible revenu ont ainsi commencé à diversifier leur base de
production, à renforcer leurs capacités commerciales et à accroître la
productivité et les exportations. En volume, les exportations de biens
et de services de l’Afrique ont enregistré une croissance de 13 % entre
2006 et 2008 tandis que les importations ont augmenté de 6,6 % durant la
même période. Les termes de l’échange du continent ne se sont cependant
améliorés que de 1,4 % durant cette période. Le rôle joué par la hausse des produits de base, la stabilité
politique et des politiques macroéconomiques saines dans la performance
de croissance de l’Afrique s’est manifesté dans les performances des
divers pays. Huit des dix pays ayant obtenu les meilleurs résultats sont
des pays riches en minéraux ou exportateurs de pétrole et un pays
(Libéria) est un pays qui sort de conflit. Un bon nombre des pays ayant
réalisé les meilleures performances économiques se caractérise par une
meilleure gestion macroéconomique. En revanche, tous les pays qui ont
réalisé les moins bonnes performances (Comores, Érythrée, Guinée,
Somalie, Tchad et Zimbabwe) ont soit connu une instabilité politique
sérieuse, soit subi des chocs extérieurs ou les deux.
Les 10 pays africains qui ont obtenu les meilleurs résultats en 2008
sont les suivants :
Angola (12,9 %), Guinée équatoriale (9 %), Libéria et Éthiopie (8 %
chacun), Congo (7,8 %), République démocratique du Congo (7,2 %),
République-Unie de Tanzanie (6,8 %), Malawi (6,6 %) et Égypte et
Botswana (6,5 % chacun). Par ailleurs, la performance de la croissance
continue de varier considérablement entre les sous-régions et entre les
pays. En 2008, la croissance du PIB s’est ralentie dans trois des cinq sous-régions du continent. La croissance a été de 5,4 % et de 4,9 % en
2008 en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale respectivement contre
5,2 % et 3,9 % en 2007 respectivement. En 2008, le taux de croissance du
PIB a baissé en Afrique du Nord (5,4 %), en Afrique de l’Est (5,7 %) et
en Afrique australe (4,2 %). L’augmentation de la demande et la hausse
des prix des produits de base demeurent les principaux facteurs qui
stimulent la croissance dans l’ensemble des sous-régions africaines. Malgré le ralentissement économique, l’Afrique de l’Est a, une fois
encore, enregistré la croissance la plus forte sur le continent au cours
de la période 2006-2008. Les facteurs de croissance en Afrique de l’Est
ont été notamment l’expansion de l’agriculture, l’horticulture, et les
services notamment la finance, les télécommunications et la
construction. La sous-région a également bénéficié de flux d’aide
considérables et d’une forte croissance du tourisme. La croissance dans
certains pays africains tels que l’Ouganda a, par contre, été entravée
par des goulets au niveau des infrastructures, s’agissant spécialement
de l’énergie et des transports. L’augmentation des recettes pétrolières et des recettes touristiques a
impulsé la croissance en Afrique du Nord. L’Égypte a connu une
croissance de 6,5 %, suivie de la Jamahiriya arabe libyenne (6,2 %), du
Soudan (6 %), du Maroc (5,1 %) et de la Tunisie (4,8 %). La croissance a
fortement repris en Mauritanie (passée de 1 % en 2007 à 4,2 % en 2008),
mais a chuté en Algérie (passant de 4,6 % à 3,3 %). Outre la forte
augmentation des exportations de pétrole et de minéraux qui a stimulé la
consommation tant publique que privée dans la plupart des pays de
l’Afrique du Nord, cette sous-région a connu un regain de la production
agricole ainsi qu’un boom de la construction dû à la forte demande pour
le tourisme et les immeubles résidentiels. La croissance s’est ralentie
en Tunisie, en raison des coûts des produits alimentaires et du pétrole
et de la baisse de la demande de l’Union européenne pour les
exportations ainsi qu’au Soudan en raison de la chute de la production
pétrolière. En Afrique de l’Ouest, la croissance du PIB a été vigoureuse dans la
plupart des pays, grâce a une reprise accélérée au Libéria (8 %), à
l’augmentation de la production et des prix du pétrole et à la
croissance dans les secteurs hors pétrole au Nigéria (6,1 % chacun), à
l’accroissement de transferts de fonds au Cap-Vert (5,8 %) et à
l’expansion des activités minières en Sierra Leone (5,8 %), au Ghana (6
%) et au Burkina Faso (4,3 %). La croissance dans la construction et le
tourisme ainsi que d’importantes dépenses publiques ont impulsé une
forte croissance en Gambie (5,8 %). La croissance a également été forte
au Bénin (4,7 %), marquée par une reprise des activités de
réexportation, de la production de coton et de la forte croissance dans
le secteur de la construction. L’intensification des activités dans les
secteurs miniers et des services a notamment stimulé la croissance au
Sénégal (4,6 %) et au Niger (4 %) tandis que la croissance au Mali (3,9
%) a profité de la rapide expansion dans le secteur non minier. La
performance économique a été relativement faible dans d’autres pays de
la sous-région. La Guinée-Bissau a enregistré une croissance de 3,3 %
grâce à la reprise de la production agricole et à l’accroissement du
soutien des donateurs, le Togo de 2,9 % en raison de l’augmentation de
la production de coton. La performance économique en Afrique centrale s’est accélérée, passant
de 3, 9 % en 2007 à 4,9 % en 2008, du fait de l’accroissement de
l’investissement public dans les infrastructures en Guinée équatoriale
(9 %), de l’augmentation considérable de la production pétrolière et des
activités dans le secteur hors pétrole au Congo (7,8 %) et au Gabon (3,9
%). La croissance est demeurée élevée à Sao Tomé-et-Principe (5,3 %)
malgré les retards dans le décaissement de certains fonds des donateurs
et l’impact de la forte inflation et des coûts énergétiques élevés. La
croissance s’est améliorée en République centrafricaine (4,4 %) avec la
reprise du soutien des donateurs et l’amélioration de la situation
politique ainsi qu’au Cameroun (3,9 %) à la suite de travaux
d’infrastructures et de l’exploitation des ressources naturelles. Malgré
des améliorations, le Tchad (1 %) reste le pays qui a obtenu les moins
bons résultats dans la sous-région, en raison d’un conflit politique, du
flux irrégulier des revenus pétroliers et d’une gestion peu rationnelle
de ces revenus. La performance économique de l’Afrique australe a baissé de 6,2 % en
2007 à 4,2 % en 2008 alors que la plupart des grandes économies ont
affiché des taux de croissance plus faibles. En dépit de cette baisse,
l’Angola a maintenu le taux de croissance le plus élevé de la région en
2008 (12,9 %), suivi du Malawi (6,6 %), du Botswana (6,5 %), du
Mozambique (6,2 %), de la Zambie (5,9 %), de Maurice (5,4 %), du Lesotho
(5 %) et de la Namibie (3,5 %). La croissance du PIB a fortement baissé
en Afrique du Sud (passant de 5,1 % en 2007 à 3,1 % en 2008) et est
restée faible au Swaziland (2 %) tandis que l’économie du Zimbabwe a
continué à se contracter (-4,5 %). Sur le plan social, l’Afrique a continué de réaliser des progrès
considérables en enregistrant des résultats notables dans des domaines
tels que le nombre d’élèves scolarisés dans l’enseignement primaire, la
vaccination contre la rougeole, l’utilisation de moustiquaires
imprégnées, la réduction des taux de prévalence du VIH dans certains
pays et des aspects de l’égalité entre les sexes. Très peu de progrès a
cependant été enregistré dans les domaines de la réduction de la
pauvreté, de l’élimination de la faim, de la mortalité maternelle et du
traitement des disparités fondées sur le sexe, le revenu et
l’invalidité.
Les données relatives à la pauvreté en Afrique sont incomplètes, ce
qui rend particulièrement difficiles un suivi et une évaluation de près
des progrès réalisés aux niveaux national et régional dans l’élimination
de la pauvreté. Selon des estimations récentes, le nombre de personnes
vivant dans une extrême pauvreté en Afrique subsaharienne (sur la base
du nouveau seuil de pauvreté international de 1,25 dollar des États-Unis
par jour) a pratiquement doublé, passant de 200 millions en 1981 à 380
millions en 2005. Dans le même temps, le chômage n’a reculé que de façon
marginale, baissant de 8,5 % en 1997 à 8 % en 2008, les prévisions étant
qu’il connaîtra en 2009 un net accroissement en raison de la récession
économique mondiale. Le fardeau des emplois vulnérables continue de peser lourdement sur
les femmes, qui travaillent encore principalement dans les secteurs
agricole et informel. C’est un fait que le peu de progrès en Afrique
dans le développement social concerne plus les groupes marginalisés et
vulnérables, notamment les femmes, les personnes âgées, les jeunes, les
personnes handicapées, les orphelins et enfants vulnérables, les
personnes déplacées et les populations autochtones. L’exclusion de ces
groupes de la société se traduit non seulement par de faibles revenus et
des perspectives moins favorables sur le marché de l’emploi, mais aussi
par leur niveau d’instruction plus faible, leur mauvais état de santé et
leur sous-représentation dans la vie politique et la prise des
décisions. Parmi les principaux défis à relever pour favoriser l’inclusion
sociale des groupes vulnérables, figurent le non-respect des engagements
pris et la non-exécution des politiques adoptées, l’insuffisance des
ressources financières allouées aux programmes sociaux, le déficit en
capacités techniques, le manque de données pertinentes pour appuyer les
politiques, les guerres et les conflits, etc. La nécessité d’une
inclusion sociale des groupes vulnérables et marginalisés et d’un
renforcement des systèmes de protection sociale a été rendue plus
urgente encore par les récentes crises alimentaire et énergétique et par
la récession économique mondiale. Le taux de scolarisation est resté insuffisant (en dépit de quelques
progrès réalisés) à cause du manque de ressources pour faire face aux
coûts, les travaux ménagers (en particulier pour les filles), les
mariages précoces, le travail des enfants, les grossesses précoces, la
médiocre qualité de l’enseignement et les longues distances à parcourir
pour se rendre à l’école. Il importe de veiller à ce que les enfants les
plus vulnérables et les plus marginalisés soient scolarisés et restent à
l’école, en mettant en œuvre des programmes et interventions ciblés en
faveur des ménages pauvres et des filles.
Sur le plan sanitaire, grâce à de vastes programmes de prévention
ciblés, le taux de prévalence du VIH a été stabilisé ou a baissé dans la
plupart des pays africains (ONUSIDA, 2008).
Le taux de prévalence du VIH chez les adultes en Afrique subsaharienne a
baissé de
5,8 % en 2001 à 5 % en 2007. Le taux de prévalence chez les adultes est
plus faible en Afrique du Nord (moins de 1 %) et plus élevé en Afrique
australe, où, en 2007, il était supérieur à 15 % dans sept pays. Le VIH/sida
reste la principale cause de morbidité et de mortalité des adultes sur
le continent. Cependant, dans de nombreux pays de la région, des signes
positifs de changement dans les comportements apparaissent, qui font
entrevoir une stabilisation de l’épidémie, en particulier parmi les
jeunes (15-24 ans). L’adoption de comportements sans risque a eu pour
résultat une diminution du nombre de nouvelles infections au Rwanda et
au Zimbabwe. Ce changement dans les comportements est particulièrement
encourageant, les jeunes ayant retardé le début de l’activité sexuelle
dans sept des pays les plus touchés (Burkina-Faso, Cameroun, Éthiopie,
Ghana, Malawi, Ouganda et Zambie).
Suite à la baisse des prix des médicaments antirétroviraux, sur 4,6
millions d’Africains vivant avec le virus et ayant besoin d’antirétroviraux,
près du tiers se trouvent sous traitement. Pris ensemble, le nombre de
personnes recevant un traitement antirétroviral en Afrique centrale, en
Afrique de l’Est, en Afrique australe et en Afrique de l’Ouest a
augmenté en passant de 100 000 en 2003 à 2,1 millions en 2007 (ONUSIDA,
2008).
Le paludisme demeure la principale cause de la mortalité
post-infantile et de l’anémie des femmes enceintes en Afrique. Même si
les données concernant les taux d’incidence du paludisme et de mortalité
due à cette maladie sont incomplètes, la couverture assurée au travers
des interventions clefs de lutte antipaludique s’est accrue dans
plusieurs pays grâce à la disponibilité de financements et à la plus
grande attention accordée dans chaque pays à la lutte antipaludique.
Deux tiers des pays africains ont adopté des politiques concernant
notamment l’utilisation de médicaments efficaces contre le paludisme.
Depuis 2007, 25 pays mettent en œuvre une politique de traitement
consistant en un traitement combiné à base d’artémisinine, 20 de ces
pays ayant procédé à un changement de politique avec l’abandon à
l’échelle nationale du recours à la chloroquine (Commission de l’Union
Africaine et OMS, 2008). Selon les données disponibles, l’utilisation de
moustiquaires imprégnées pour les enfants de moins de 5 ans s’est
améliorée dans les zones à risque de l’Afrique subsaharienne en passant
de 2,1 % en 2001 à 5 % en 2005 et 8% en 2007 (ONU, 2008a). Les maladies pouvant être évitées et la malnutrition restent les
principales causes des taux élevés de mortalité infantile et d’enfants
de moins de cinq ans. Le continent a toutefois enregistré une baisse des
taux tant de la mortalité infantile que de celle d’enfants de moins de
cinq ans. Entre 1990 et 2007, les taux respectifs de mortalité infantile
et d’enfants de moins de 5 ans ont baissé de 111 et 187 pour 1 000
naissances vivantes à 89 et 148 en Afrique subsaharienne et de 58 et 79
à 36 et 46 en Afrique du Nord. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique
centrale ont enregistré les taux de mortalité les plus élevés et le taux
de baisse le plus faible (1,2 %), par comparaison à celui de l’Afrique
de l’Est et de l’Afrique australe (1,7 %) et à celui de l’Afrique du
Nord (3,2 %). Par ailleurs, une grande variation existe à l’intérieur
des pays, des taux élevés de mortalité ayant été enregistrés pour les
familles rurales et pauvres. De même, la mortalité maternelle a été considérablement réduite en
Afrique du Nord, où elle a baissé de 250 pour 100 000 naissances
vivantes en 1990, à 160 en 2005. Mais la mortalité maternelle reste par
trop élevée dans le reste du continent.
En 2005, le taux de mortalité maternelle s’élevait à 760 (alors qu’il
était de 790 en 1990) en Afrique de l’Est et en Afrique australe, et à 1
100 (soit le même taux qu’en 1990) en Afrique de l’Ouest et en Afrique
centrale (OMS, UNICEF, FNUAP et Banque mondiale, 2007). En outre, le
risque que court une femme de mourir en couches au cours de son
existence est par trop élevé en Afrique subsaharienne, où ce risque est
de 1 sur 23, comparé à seulement 1 sur 140 pour l’Afrique du Nord, 1 sur
92 dans le monde et 1 sur 8 000 dans les pays industrialisés. De toute
évidence, les progrès réalisés dans la réduction de la mortalité
maternelle en Afrique subsaharienne ont été négligeables, même si des
disparités importantes, dues à des différences de revenus et à d’autres
facteurs, existaient d’un pays à l’autre. Un des facteurs clefs qui contribuent au taux élevé de mortalité
maternelle en Afrique est le taux élevé de grossesses des adolescentes,
qui résulte du mariage précoce et des grossesses de femmes de moins de
20 ans. Le risque de mortalité maternelle pour de très jeunes mères
(15-19 ans) est deux fois plus élevé que celui que courent les mères
âgées de plus de 20 ans. L’UNICEF (2008) estime que 70 000 très jeunes
mères (15-19 ans) meurent chaque année à la suite de complications liées
à une grossesse. Près de 80 % des cas de mortalité maternelle peuvent
être évités, si les femmes ont accès aux services de santé maternelle
essentiels et de base.
Nous pouvons conclure que la performance économique en Afrique reste
fortement tributaire de la demande et des cours mondiaux des produits de
base en raison de la transformation peu poussée des structures de
production. Elle a varié considérablement entre les pays et les
sous-régions et est toujours insuffisante pour permettre à l’Afrique
d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement.
De nombreux pays africains sont toujours confrontés à des pénuries
alimentaires et à l’insécurité alimentaire du fait de la sécheresse, de
conflits et de conditions rigides de l’offre, notamment.
Les gouvernements de nombreux pays africains ont de réels problèmes
d’efficacité dans l’exécution des politiques publiques. Nos économies
sont en perpétuelle situation difficile et l’annulation de la dette est
régulièrement nécessaire pour que les finances publiques soient
équilibrées. Le cadre institutionnel (État de droit, marchés
financiers…) nécessaire au développement économique est instable ou tout
simplement inexistant dans plusieurs pays d’Afrique
Partie 3 : Que faire pour les 50 années à venir ?
En raison de la crise financière et de la récession mondiales, les
chances de reprise d’une croissance soutenue en Afrique à court terme
sont minces. Celles-ci dépendront de la capacité des plans de relance
des gouvernements dans les pays développés à augmenter non seulement
aussi bien leur demande intérieure que la demande de produits de base
d’origine africaine. Il n’en demeure pas moins que des réformes
économiques soutenues, le ralentissement de l’inflation, la dépréciation
des monnaies locales et des efforts visant à relancer la demande
intérieure, contribueront à une croissance positive.
Des mesures d’urgence à court terme et des mesures à long terme doivent
être prises pour que l’Afrique relève les défis de la crise alimentaire
et financière, de la volatilité de la croissance et du développement
social.
Dans le court terme, les gouvernements ont impérativement besoin d’agir
dans les directions suivantes :
- C’est dans le domaine des IDE que l’Asie qui était au même niveau de
développement que l’Afrique en 1960 nous a battus. Pour obtenir une croissance
soutenue et durable, afin de rompre le cycle de la pauvreté, il nous faut
accroître à tout prix les investissements intérieurs et extérieurs dans nos
économies, en créant et surtout en maintenant un environnement favorable aux
affaires. Dans les classements de la revue Doingbusiness de la Banque mondiale de ces deux dernières années, les
pays africains sont en queue de liste, même si nous retrouvons deux pays
africains parmi les dix pays plus réformateurs en 2008-2009 selon ce
même classement.
- Dans cette démarche, nous devons veiller à une répartition optimale
des investissements aussi bien entre les secteurs et les projets, que sur le
plan territorial, dans un souci d’aménagement équilibré des territoires et de
fixation des populations pour éviter une urbanisation anarchique, facteur
aggravant de la pauvreté. Il est donc évident que c’est la création
d’entreprises aussi bien par des nationaux que par des intervenants extérieurs
qui favorisera la croissance et l’emploi, au profit des couches aujourd’hui
défavorisées de nos populations (jeunes scolarisées et déscolarisées, femmes,
etc.).
- Il faut massivement investir dans l’agriculture vivrière, pour rendre
l’accès à l’alimentation moins onéreuse pour la majorité de la population dont
le pouvoir d’achat est déjà faible. Nous avons tous en mémoire les émeutes de la
faim d’il y a deux ans dans de nombreux pays
africains. C’est la réponse du peuple face à des politiques agricoles
inadaptées.
- Il faut développer une politique énergétique réaliste : l’Afrique est
le continent du soleil et du vent, mais le dernier dans le domaine des énergies
nouvelles. Un important chantier s’ouvre devant nos pays dans ce domaine, car il
est désormais connu qu’il n’y aura pas de développement sans maîtrise de
l’énergie.
- Il faut prendre à bras le corps la question des diasporas africaines,
y compris la fuite des cerveaux. L’Afrique a besoin de l’expérience que ses
enfants accumulent à l’extérieur dans tous les domaines, et leur implication
dans les domaines d’expertise dont l’Afrique a besoin est une impérieuse
nécessité.
Dans le long terme, les gouvernements devraient investir davantage dans
:
- L’agriculture- toujours l’agriculture- pour stimuler la productivité de ce
secteur. Le système agricole doit être fondamentalement modifié afin de
promouvoir les cultures qui peuvent contribuer à l’autosuffisance alimentaire et
celles qui s’exportent mieux (légumes, fruits tropicaux etc.)
- Les infrastructures - notamment l’énergie y compris toujours l’énergie
solaire comme dit plus haut- les communications et les routes ;
- les prestations de services publics dans les domaines de l’éducation
et de la santé ;
- Le développement d’un secteur financier (banques, micro-finance,
micro-assurance, etc.) solide et favorisant l’accès du plus grand
nombre, et notamment certaines catégories de la population (les femmes,
le secteur informel, les petits exploitants agricoles etc.) au crédit.
Le rôle de ces "fourmis" dans la création de la richesse et la survie
des plus pauvres est inestimable.
- La poursuite des efforts pour une véritable intégration monétaire africaine,
ce qui nécessite une convergence effective des politiques économiques au sein
des unions sous-régionales;
- Une meilleure mobilisation des ressources intérieures et
l’augmentation des apports de capitaux extérieurs non générateurs de dette sont
essentielles pour que l’Afrique maintienne la croissance dans un environnement
économique mondial agité par des turbulences.
Les pays africains riches en ressources devraient
utiliser les recettes tirées des produits de base et les réserves
accumulées à la suite de la forte augmentation des cours des produits de
base, pour diversifier davantage leurs structures de production et
renforcer la compétitivité internationale. Il faut à cet effet des
investissements publics visant à augmenter la productivité, tout
particulièrement dans l’infrastructure, la technologie et la formation
du capital humain. Les mécanismes d’octroi de prêts
devraient viser à promouvoir la capacité productive et à stimuler la
croissance économique dans les pays à faible revenu, afin de permettre à
ces derniers de faire face sur le long terme aux défis de la croissance.
Ces mesures, couplées à une gestion macroéconomique et à des réformes
institutionnelles efficaces, permettront de stimuler le développement du
secteur privé et l’investissement, d’accélérer la création d’emplois et
de réduire la pauvreté. "L’Afrique devrait continuer à mettre l’accent dans ses stratégies de
développement sur le développement social en accordant une attention
particulière au sort des groupes vulnérables. Les politiques mises en
œuvre devraient être notamment orientées vers la lutte contre la
pauvreté et la faim, la création d’emplois décents, l’amélioration de
l’accès à l’éducation et aux services de santé, la promotion de
l’égalité des sexes, l’insertion effective des groupes vulnérables,
l’adoption de mesures efficaces de redistribution et le renforcement des
systèmes de protection sociale".
Martin ZIGUELE
Ancien Premier Ministre
Président du MLPC
Bamako 16 février 2010 |
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Martin Ziguele
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