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Abdoulaye Wade menace la FAO
Crise alimentaire sur fond de business de la faim



Le chef de l’Etat sénégalais Abdoulaye Wade a menacé à Dakar de traduire la FAO devant la justice si elle continue de "prélever 20 pour cent" de l’aide collectée au nom des pays en proie à la crise alimentaire. En réponse, Jacques Diouf avance que "Wade doit savoir que le développement économique et social d’un pays incombe à son peuple et à ses dirigeants, mais pas à la Fao, aux Ong, ni à la Banque mondiale encore moins au Fmi".

Abdoulaye Wade déclare sa volonté de traduire les responsables de la FAO devant la justice. "Il faut rembourser les 20 pour cent de l’argent collecté en notre nom", a-t-il à la Télévision nationale. "Ils prélèvent 20 pour cent de l’argent collecté au nom de l’Afrique pour le fonctionnement de la FAO. Je leur ai dit que ceux qui ont créé l’institution doivent lui donner les moyens de son fonctionnement", a ajouté M. Wade dans une interview en langue wolof.

"En dépit de tous les mérites de son directeur général que j’ai largement contribué à faire élire et réélire à la tête de la FAO, en considération de ses capacités et de son dévouement, c’est l’institution FAO qui doit être mise en cause", avance le président Abdoulaye Wade. Selon lui, la FAO "est un gouffre d’argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d’opérations efficaces sur le terrain".

Interrogé sur la réaction du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon qui a exprimé son soutien au directeur général de la FAO, Jacques Diouf, Abdoulaye Wade a dit qu’Il (Ban Ki-moon) est "libre d’exprimer son avis".

L'institution
Un gouffre d'argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d'opérations efficaces sur le terrain..

"L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO : Food and Agriculture Organisation) a été créée en octobre 1945 dans le but d'améliorer l'état nutritionnel, le niveau de vie, la productivité agricole et le sort des populations rurales en général. Aujourd'hui, l'OAA est la plus grande institution spécialisée du système des Nations Unies, chef de file dans les domaines de l'agriculture, des forêts, des pêches et du développement rural. Organisation intergouvernementale, l'OAA regroupe 180 Etats Membres, auxquels s'ajoute la Communauté européenne. Depuis sa création, l'OAA lutte contre la faim et la pauvreté en oeuvrant en faveur du développement agricole, de l'amélioration nutritionnelle et la sécurité alimentaire - à savoir l'accès de tous, à tout moment, à la nourriture nécessaire à une vie active et saine.(...) L'Organisation privilégie la promotion du développement rural et de l'agriculture durable, stratégie d'amélioration à long terme de la production vivrière et de la sécurité alimentaire permettant de conserver et de gérer les ressources naturelles. Son objectif est de satisfaire les besoins des générations présentes et futures en suscitant un développement qui ne dégrade pas l'environnement, tout en étant techniquement approprié, économiquement viable et socialement acceptable." Source: http://www.sommetjohannesburg.org/institutions/frame-fao.html. Il a son siège à Rome, en Italie.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) est une institution coûteuse et inefficace qui devrait s'effacer au profit d'aides et d'investissements innovants permettant à l'Afrique de parvenir à l'autosuffisance alimentaire, estime le président sénégalais Abdoulaye Wade.  Source: Diadié Bâ Reuters - Lundi 5 mai, 20h24DAKAR (Reuters)

Selon Wade, les activités de la FAO sont dupliquées par d’autres, apparemment plus efficaces, PAM, OXFAM, FIDA", a-t-il dit, et de souligner : "le seul fait de réclamer USD$ 1 ,5 million là où le FIDA, Fonds International pour le Développement agricole, pose sur la table USD$ 200 millions montre la marginalisation progressive de cette institution" qu’est la FAO.

Abdoulaye Wade a alors réclamé la suppression de la FAO et le transfert de son actif au FIDA qui, a-t-il préconisé, s’appellerait "Fonds mondial d’assistance à l’agriculture" et aurait un "siège obligatoire" en Afrique. En effet, a expliqué le chef de l’Etat dans une déclaration radiotélévisée, "la situation actuelle (la crise alimentaire qui frappe les pays en voie de développement) est largement" l’échec de la FAO "et les cris d’orfraie n’y changeront rien". Il a déclaré souhaiter une politique nouvelle fondée sur l'autosuffisance, de préférence à la charité, pour s'attaquer la crise alimentaire mondiale qui menace des millions de gens dans le monde, notamment en Afrique, le continent le moins développé.

Les observations
Remplacer l'aumône par des investissements innovants

Tout en se félicitant de la vague de solidarité internationale provoquée par cette flambée, Wade estime que le monde a mis trop longtemps à prendre conscience du problème et qu'il faut le repenser à fond. "Il faut qu'on arrête ce scénario d'exploitation de la fibre altruiste des populations du Nord et du thème de la misère de celles du Sud, où des distributeurs attitrés de l'aide, ou improvisés pour les besoins de la cause, ont réussi, par un intense lobbying de haut niveau, à s'intercaler entre les ressources et les destinataires et commencent d'abord par se servir largement", a souligné Wade.

Il est assez étrange en effet de constater, plus de 60 ans après la création de la FAO, la succession des crises alimentaires dans les pays où son action a été la plus significative. Aujourd'hui, en plein débat sur les subventions occidentales à l'agriculture, les OGM et l'ouverture des frontières dans les APE, la FAO peine à justifier sa présence. On constate à l'analyse beaucoup de double emploi (entre le bilatéral, le multilatéral, les ONG, le privé, l'Etat) et des pratiques contradictoires ou sans effet sur le terrain. Les déclarations de Wade, même si excessives, méritent de provoquer enfin (nous l'espérons) un véritable débat sur le sujet.

"Tant qu’on était dans les généralités, on n’allait pas avancer. Mais dès qu’on dit que cela ne vas pas, on va s’asseoir pour revoir les choses et chacun va apporter des preuves", dit le président Wade, avant d'ajouter : "une chose est sûre, le fonctionnement va changer. Ça a déjà changé, parce que ça ne peut pas continuer". Wade est un critique habituel de ce qu'il a appelle la "vaste escroquerie" de l'aide alimentaire internationale traditionnelle qui, selon lui, est gaspillée à entretenir des hauts fonctionnaires internationaux au lieu de bénéficier aux plus pauvres.

Nous nous interrogeons en effet depuis plusieurs années sur l'efficacité réelle de ces politiques développées à l'extérieur du continent africain par ces fonctionnaires pour lui être ensuite appliquées. Les classes politiques locales africaines refusent à une "diaspora" africaine (pourtant fille du continent) l'aptitude à comprendre et maitriser les situations sociopolitiques sur le terrain, mais sont plus laxistes face aux dictats d'une certaine organisation internationale encore plus en déphasage. Nous avons déjà cité le cas de l'ONUDI (une institution basée à Vienne, en Autriche) censé faire du développement de la capacité productive, et dont les résultats se font toujours attendre. Le programme approuvé par l'Union Africaine en 2004 n'a jamais trouvé un début d'application par les Etats...

Aujourd'hui, face à la crise de la FAO, nous espérons voir enfin les voiles tomber. On nous apprend en classe d'économie rurale à systématiser les évaluations des programmes sur le terrain; nous pensons qu'il est grand temps de procéder à un audit en profondeur (par un organe externe) de ces institutions et de leurs actions en Afrique et dans les pays en développement. Quel est le résultat de toutes ces décennies d'actions en faveur du développement? Y'a-t-il une réelle volonté de développer?

Il ya nécessité de repenser la coopération internationale.


08 mai 2008
Gustav Ahadji



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