Afrique: Des pays africains
affrontent l'UE
La préoccupation selon laquelle elles obtiendront en retour très peu
de choses pour ce qu'on leur demande d'abandonner a amené certaines
nations africaines à dire "non" à certaines propositions concernant les
nouvelles relations commerciales avec l'Europe l'année prochaine.
Plusieurs nations d'Afrique orientale et australe ont annoncé qu'elles
signeront uniquement les parties des Accords de partenariat économique
(APE) qui concernent l'accès au marché et le développement. Les APE ont
été proposés pour succéder à l'Accord de Cotonou, lequel expire à la fin
de décembre 2007.
L'Accord de Cotonou donne à 77 pays d'Afrique, des Caraïbes et du
Pacifique (ACP) un accès préférentiel aux marchés de l'Union européenne
(UE). Signé en juin 2000 à Cotonou, la capitale du Bénin, l'accord a
remplacé la Convention de Lomé âgée de 25 ans (signée dans la capitale
du Togo).
L'Accord de Cotonou était plus large en champ que son prédécesseur, et
s'est fixé comme objectifs "l'éradication de la pauvreté, le
développement durable et l'intégration progressive des pays ACP dans
l'économie mondiale".
Lors d'un forum régional de négociations du 3 au 5 août à Port Louis, à
l'Ile Maurice, 16 pays du 'Common Market for Eastern and Southern Africa'
(Marché commun pour l'Afrique orientale et australe, COMESA) ont adopté
une stratégie qui sera présentée à leur prochaine série de négociations
en septembre.
Les 16 nations du COMESA, représentées par pas moins de cinq groupes
économiques séparés qui se chevauchent et se concurrencent
occasionnellement, ne peuvent que signer les aspects liés au marché de
ce nouveau pacte dans le but de maintenir l'accès préférentiel aux
marchés de l'UE et de se conformer aux règles d'accès de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC).
Actuellement, les membres ACP ne jouissent pas de la réciprocité des
avantages commerciaux avec l'UE -- tels que l'accès aux marchés de l'UE
dont les nations de l'UE ne jouissent pas auprès des pays ACP -- mais
ces avantages sont incompatibles avec les normes de l'OMC.
De nouveaux termes de l'échange sont en train d'être renégociés à
travers la création des Accords de partenariat économiques conformes à
l'OMC qui sont prévus pour entrer en vigueur à la fin de 2007. Mais les
négociations sur l'APE se sont avérées difficiles, avec certains pays
qui craignent que leurs économies ne soient pas en mesure de résister à
la concurrence des produits européens dans les années à venir.
Lors d'une rencontre à Bruxelles en février de cette année, les
négociateurs du COMESA ont déclaré que la perte probable de recettes
pour plusieurs Etats africains à travers le continent, fortement
dépendants des tarifs, pourrait les amener à exiger de l'UE une aide
supplémentaire de deux milliards d'euros d'ici à 2010 s'ils devaient
accorder aux Européens l'accès libre. Les membres du COMESA veulent
également que l'UE s'engage à accorder plus de fonds au développement en
échange de la baisse des taxes douanières.
"Ce dont l'Afrique manque est un marché pour ses biens, et il y a
beaucoup de barrières au milieu desquelles nos biens sont produits et
vendus à l'UE", déclare Tiberius Barasa, chercheur assistant au
programme de gouvernance et de développement au Centre de recherche pour
le développement international (IPAR) à Nairobi, au Kenya.
L'UE a été accusée par certains analystes de la politique alimentaire et
commerciale dans le monde en développement d'appliquer les politiques de
"tolérance zéro" à l'importation de vivres dont ils disent qu'elles
visent plus à protéger des industries agricoles et de pêche fortement
subventionnées qu'à assurer la sécurité du public.
Une autre erreur, estiment certains observateurs en Afrique, est une
insistance de la part de Bruxelles à faire de l'Afrique du Sud la norme
pour évaluer la capacité de tout le continent à résister à la perte de
recettes prévue dans le cadre des APE.
"Ceci apparaît comme un choc fondamental de paradigmes, et il est
très difficile de voir comment nous allons surmonter cela", déclare
Brendan Vickers, chercheur principal sur le commerce multilatéral à
'South Africa's Institute for Global Dialogue' (Institut sud-africain
pour le dialogue mondial). "La Commission (européenne) ne voit pas
juste la plus grande image, et il y a une incapacité à comprendre que ce
n'est pas uniquement le marché sud-africain, ce sont les marchés
d'autres pays et des pays moins développés".
L'Afrique du Sud, qui possède des ressources naturelles et des
infrastructures commerciales et de communications hautement développées,
a maintenu son produit intérieur brut (PIB) par habitant à 13.300
dollars l'année dernière, malgré le chômage qui tourne toujours autour
de 25 pour cent. Le Bureau pour la recherche économique en Afrique du
Sud a rapporté le mois dernier que la croissance du PIB de l'Afrique du
Sud se maintenait à 5 pour cent.
Par opposition, le Mozambique a maintenu un PIB par habitant de 1.500
dollars au cours de la même période. Au Kenya, c'était 1.200 dollars et
en Tanzanie, 800 dollars.
Malgré l'offre d'une période transitoire pour baisser les barrières
douanières, il y a des inquiétudes selon lesquelles tout accord qui
n'aborde pas les questions telles que la production et l'offre à
l'intérieur de chaque économie individuelle ferait plus de mal que de
bien au commerce bilatéral.
"Si vous regardez les études d'impact national qui ont été faites, vous
verrez que ces accords de libre-échange réciproques vont être
dévastateurs pour la capacité industrielle, pour les recettes
douanières", ajoute Vickers. "On a besoin d'une coopération de
développement beaucoup plus large pour aborder ces questions.
Inter Press Service (Johannesburg)
6 Septembre 2007
Michael Deibert |
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