Union africaine: Sommet d'Accra
Profondes divisions sur les Etats-Unis d'Afrique
Le 9e Sommet de l'Union africaine (UA) se poursuit lundi à Accra sur
de fortes divisions entre les pays membres autour du projet de création
des "Etats-Unis d'Afrique", a-t-on appris auprès des participants.
Si certains pays, comme la Libye ou le Sénégal, plaident pour la
création immédiate d'un gouvernement africain, d'autres, majoritaires,
craignent de perdre une partie de leur souveraineté et préconisent une
démarche graduelle.
Les tenant de cette thèse souhaitent que ce sommet, ouvert dimanche,
règle un ensemble de préalables, comme le renforcement des pouvoirs de
la Commission de l'UA et l'avenir des regroupements régionaux, tels
l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), la Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), la Communauté des
Etats de l'Afrique Centrale (Cemac) ou l'Union du Maghreb arabe (Uma).
Le guide de la révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, est
l'un des grands défenseurs de la proclamation à Accra de cet Etat
fédéral englobant tout le Continent.
"Un seul gouvernement africain, une seule armée africaine pour défendre
l'Afrique, une seule monnaie, un seul passeport africain. Il faut
qu'Accra entende ce message", avait-t-il lancé jeudi devant des
centaines de jeunes ivoiriens réunis à Abidjan.
Le dirigeant libyen, qui ne cesse de critiquer le fonctionnement de l'UA,
est venu au Ghana avec la ferme volonté de faire adopter ce projet.
"La Commission de l'Union africaine a échoué, le Conseil des ministres
africains a échoué, le Parlement africain est un parlement croupion",
avait-il déclaré la semaine dernière à Conakry en souhaitant que "la
voix des peuples soit enfin entendue" au Ghana.
Mais si l'idée de création des "Etats -Unis d'Afrique" est partagée au
sommet, la majorité des pays avancent que le projet est irréaliste et
veulent que l'Afrique commence d'abord par régler les nombreuses crises
qui la déchirentá: Darfour, Somalie, Cote d'Ivoire ou Comores.
Le président de la Commission de l'UA, le Malien Alpha Oumar Konaré,
tout en estimant que "la bataille pour les Etats Unis d'Afrique est la
seule qui vaille pour notre génération pour apporter des réponses aux
mille problèmes des populations africaines", appelle en effet au
renforcement des pouvoirs de la Commission de l'UA et du Parlement
africain pour conduire à bien le processus des "Etats-Unis d'Afrique".
"La Commission de l'UA, qui devrait être un moteur, n'a pas de statut
clairement défini", a-t-il déploré dimanche.
L'hôte du sommet, le président ghanéen John Kufuor considère, lui aussi,
que l'instauration de la liberté de circulation des biens et des
personnes, l'établissement d'une union douanière, la création d'une
monnaie commune, l'harmonisation des politiques de sécurité et la mise
en place d'une force africaine pour imposer la paix et la stabilité sont
les conditions nécessaires à l'intégration de l'Afrique.
"La question de l'unification n'est pas mise en doute. Nous devrions
être capables d'un accord sur la sorte de gouvernement que nous voulons
s'entendre sur une feuille de route avec des dates pour sa réalisation",
a-t-il indiqué à l'ouverture du sommet.
Le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio,
qui a mené une forte mobilisation de tous les acteurs de son pays sur le
gouvernement africain avant de venir à Accra, plaide pour une solution
de compromisáqui laisse du temps aux réticents, mais qui permet aux pays
qui sont "prêts" de créer un "Etat fédéral".
"Il faudra bien arriver à une situation de compromis pour garder la
volonté d'unité continentale. On peut mette en place un mécanisme pour
continuer le débat, mais ceux qui sont prêts à signer tout de suite et
qui ont déjà leur plume trempée, qu'on leur permette de signer un Acte
constitutif d'un Etat fédéral ou d'un gouvernement d'union", a-t-il
déclaré récemment dans une interview.
Une quarantaine de chefs d'Etat africains participent à ce Sommet, mais
le grand absent est le président soudanais, Omar Hassan El Bechir, dont
le pays est soumis à une forte pression pour le déploiement d'une force
de maintien de la paix hybride Onu-UA au Darfour.
Les organisateurs ont également invité la diaspora africaine à
contribuer au débat sur les "Etats-Unis d'Afrique", dont le révérend
Jesse Jackson qui conduit une délégation d'Afro-américains.
Lundi 02 juillet 2007
Source: Le Matin
http://www.lematin.ma
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