Mondial 2006 : le Togo, un pays qui
s’illustre par ses FOOTaises,
pour 3 milliards de Francs CFA [1]
Vendredi 09/05/06, tard dans la nuit, la démission du sélectionneur
de l’équipe national du Togo, Les Eperviers, à la World Cup 2006,
l’allemand Otto Pfister, et de son adjoint, Piet Hamberg, fait le tour
du monde.Le lundi 12, Mr Pfister annonce son retour, à 24h du 1er
match de l’équipe togolaise. Le général Gnofame, émissaire de Mr Faure
Gnassingbé, chef de l’État par défaut du Togo, jure quant à lui que les
Eperviers du Togo ne confieraient pas leur destinée a quelqu’un qui a
démissionné de son poste. Toujours est-il que cet entraîneur
démissionnaire a retrouvé le banc lors du premier match des Eperviers
contre la Corée du Sud, et se sont même payés le luxe de marquer le 1er
but.
Finalement, à la conférence de presse du 20/06/06, Mr Markus Siegler,
directeur de la communication de la FIFA [2], suppléant les dirigeants
togolais, confirme avoir effectué un virement de 7 millions de francs
suisses à la Fédération Togolaise de Football, FTF, pour débloquer la
situation. Cette honte nationale confirme une fois de plus que le Togo,
ce petit pays de la côte ouest-africaine, ancienne possession allemande,
est une des tares de l’Afrique.
1/ Rappel historique
Petit pays ouest africain, le Togo se distingue dans l’Histoire du
continent.
Le 13 janvier 1963, le Togo s’illustre sur la scène internationale
avec l’assassinat de son 1er président, Mr Sylvanus Olympio. Pour la
première fois, un président de la république, élu au suffrage universel,
est assassiné lors d’un coup d’État par ses propres militaires. L’auteur
de ce forfait, Gnassingbé Eyadèma, dirigera le Togo durant 38 ans. Une
première au monde.
Le 05 février 2005, au décès de Mr Eyadèma, un de ses fils,
Gnassingbé Faure s’accapare le pouvoir dans un pays qui n’est pourtant
pas une Monarchie. Un autre acte qui aurait pu être inédit, si ce
n’était la re édition du précédent des Kabila en République Démocratique
du Congo.
La même année, l’équipe nationale de football du Togo, les Eperviers,
est qualifiée pour la World Cup 2006. L’ensemble du pays communie à
travers son équipe nationale, taisant pour une fois, ses divergences.
Hélas, à croire que les dieux ont définitivement maudit les togolais,
les autorités togolaises manqueront de saisir le rôle politique du
football, voire du sport, alors même que toutes les conditions en
étaient réunies. L’attaquant togolais recruté en janvier 2006 par le
Club anglais Arsenal, Sheyi Adebayor, est meilleur buteur des
éliminatoires africains de la World Cup… Miss World Cup 2006, Mlle
Badaku, est togolaise. C’est dire combien les augures étaient
favorables!
Sur le plan africain, le Togo fut un vivier de quelques exceptionnels
joueurs du continent: « Dr Kaolo », Hilaire, Anatole, Zonor Ayité dit «
Ayité Hot », Tommy Sylvestre, Tobias Aziawonou, Denke Julien alias «
Denke Oiseau » … Si aucun de ses joueurs n’a jamais reçu les hommages de
son pays, et si aucune structure fiable d’accompagnement des
footballeurs n’existe, cela n’empêche que de jeunes joueurs
inexpérimentés excellent par leur talent dans les stades européens et
africains.
Aujourd’hui, en pleine World Cup 2006, à voir les rebondissements
spectaculaires des multiples problèmes dans lesquels se dépêtrent Les
Eperviers togolais, on ne peut que se poser des questions : les joueurs
togolais sont-ils immatures, ou est-ce la FTF qui est incompétente ?
2/ De la FTF au staff des Eperviers, une illustration du mal togolais
Il n’est de secret pour personne que les Clubs de football africains
sont, pour la plupart, dirigés comme les Etats africains, avec une
conjonction d’incompétence, et de manque d’ambition. Définition que le
Togo illustre bien à propos.
Mieux, les responsables de la FTF, sont le prototype de dirigeants
incompétents qui font la honte de toute l’Afrique [3]. Mr Rock
Gnassingbé, président de la fédération, est un des fils de l’ancien Chef
de l’Etat, feu Gnassingbé Eyadèma et frère de l’actuel. Officier de
l’Armée togolaise, fana de foot, devenu adulte, M. Gnassingbé a voulu
réaliser une ambition. Il s’oriente alors vers le foot, et, grâce à
diverses complicités, débarque au sein de la FTF et en ravit la prime
fonction de Président. C’est à croire que les fils de la lignée
Gnassingbé ne peuvent « servir » la nation qu’en faisant un hold-up
systématique sur la plupart des postes de direction du pays.
Autre figure de proue de cette bande, Mr Espoir Komlan Assogbavi, alias
« Aspro », pour les intimes, Secrétaire général de la FTF. La présidence
et le secrétariat ont adoubé un trésorier Général, Mr Tino Adjete qui ne
connaît pas les mouvements financiers de la FTF, tout simplement parce
qu’il n’y en a que très peu : la gestion particulière de la FTF est de
notoriété publique. Les comptes de cette fédération sont gérés par le
Président, et non le Trésorier, les mouvements de fonds s’effectuant
entre ses comptes personnels à ECOBANK, et ceux de la FTF, quand ces
derniers ne sont pas vides [4].
Dès la qualification des Eperviers pour la World Cup 2006, certains au
sein de la FTF ont flairé le filon que constituait cette qualification.
Des structures parallèles vont se mettre en place, créées et animées par
les membres de la FTF. Avec leurs sbires, ils ont œuvré pour acquérir
des billets à leurs proches. Le reste est vendu à prix d’or. Auparavant,
les droits d’adhésion aux associations de supporters ont été multipliés
par 10 voire 50 dans certains cas. Par contre, concernant les 640 000 €
d’indemnités de préparation du Mondial, ainsi que les quelques 5000
billets mis à disposition de chaque fédération nationale par la FIFA,
aucune information ne filtre. L’équipement offert gratuitement par le
sponsor officiel, PUMA, aux Eperviers disparaît. « On » finira par en
retrouver une partie.
Quant au staff des Eperviers, il était composé de personnes « qui n’y
ont rien à y faire », à la place de spécialistes de football, de
médecins, de kinésithérapeutes, et autres. Ce qui a inspiré la réflexion
suivante à l’entraîneur : «Il y a 45 personnes dans la délégation et
tout le monde doit servir l'équipe. Ce n'était pas l'impression que
j'avais, au contraire, je devais tout faire tout seul. S'il y a une
leçon à tirer, c'est qu'il ne faut envoyer à la Coupe du monde que des
gens qui ont un rôle précis, et qui sont prêts à travailler 24 heures
sur 24 pour le bien de l'équipe. On ne peut réussir que comme cela à un
tel niveau»[5].
Certains, tant au sein de la FTF, que du staff tenteront de soutirer de
l’argent aux joueurs, en leur faisant comprendre qu’ils leur devaient
leur sélection dans les Eperviers. Autrement dit, ils réclamaient des
pourcentages sur les futures primes des joueurs. Tactique mafieuse de
bas étage.
Il faut aussi souligner que 9 mois avant la World Cup, la famille
Gnassingbé a tenté de faire intégrer un de ses fils, Mey Gnassingbé, au
sein des Eperviers, voire de le faire désigner capitaine. Mais le
malheureux footeux a vite mis un frein à son rêve, en prétextant des
blessures à répétition à Rennes, en France, tout en occultant les
raisons de la fin de son hypothétique carrière footbalistique au Racing
Club de Paris.
Autre acteur de la FTF, Mr Messan Atolou, ancien basketteur amateur. Cet
homme après avoir atterri comme « journaliste sportif » à la télévision
togolaise, suite aux pistons de ses amis d’Agaza, un Club sportif de
Lomé dirigé par les barons du régime togolais, met le cap sur les
Eperviers, dont il devient le porte-parole. De toute évidence, il a reçu
l’onction du président de la fédération, Rock Gnassingbé. En réalité, il
fait fonction de conseiller, de délateur, et d’homme des basses besognes
du Président.
Enfin, l’inénarrable Mr Dogbatsè Winny, ancien conseiller spécial de Mr
Koffigoh, ex premier ministre, fait office de Vice président de cette
bande, et avait la charge des consultations occultes pour le compte des
Eperviers.
Le 1er de cette série de scandales dans le foot togolais éclate en
janvier 2006, à quelques jours de la Coupe Africaine des Nations, la
CAN, lorsque les joueurs menacent de boycotter les matches si leurs
primes ne sont pas versées. Ce signe avant-coureur aurait dû permettre
au staff de revoir sa méthode de gestion. Mais au Togo, les habitudes
sont tenaces.
En faisant éclater un nouveau scandale, à une semaine de l’ouverture de
la World Cup 2006, les joueurs semblent avoir décidé de porter sur la
place publique l’incurie de leurs dirigeants.
Ce qui aurait pu être un simple fait divers va provoquer un grand
étonnement dans la communauté du football, et fera du Togo, une nouvelle
fois, la risée du monde entier.
Ironie du sort, tout cela quasiment un an après que le monde entier ait
vu les militaires togolais voler des urnes pour suspendre le décompte
des votes en défaveur du régime. Le Président qui fait la honte de la
FTF est un des fils du président togolais défunt. Il est aussi le frère
de l’autre fils qui a pris le pouvoir en 2005 à la mort de leur père.
Que se passe t-il dans ce pays d’à peine 6 millions d’habitants ? La
vérité est toute simple. Le Togo est un pays dirigé par une famille, les
Gnassingbé. Le Togo est aussi un pays géré comme une propriété privée
par la famille Gnassingbé.
Le problème de primes mis sur la place publique par les joueurs
illustre nos affirmations précédentes.
Il est reconnu qu’au-delà de la question des primes, les réels problèmes
du football togolais sont : l’incompétence et la médiocrité des
dirigeants, le manque de vision à long terme, l’amateurisme, la délation
et la prévarication… Les dirigeants ne savent pas encore que le football
est devenu une profession qui nécessite une organisation, un
investissement et des personnes qualifiées et compétentes.
Quelles leçons tireront-ils de leur « aventure » à la World Cup 2006 ?
Comment va réagir le gouvernement ? Comment la FTF va gérer les 3
milliards de francs CFA alloués comme primes par la FIFA [6]?
3/ A méconnaître tous les principes élémentaires, on sombre dans la
déchéance
Les problèmes des équipes africaines à la World Cup sont légendaires.
Le Cameroun pourrait écrire un livre à ce propos. Mais le cas du Togo en
a fait la risée de toute la planète, et la honte des africains, en
confirmant les stéréotypes véhiculés sur les africains : l’indiscipline
et l’appât du gain facile.
En toute honnêteté, il faut reconnaître que le seul responsable du plus
grand « charivari » dans l’histoire de la World Cup est Rock Gnassingbé,
le président de la FTF. Mais les Gnassingbé n’ont-ils pas l’exception
politique de surprendre la Communauté internationale ?
Eriger l’incompétence en exemple est faire preuve d’irresponsabilité.
Cette irresponsabilité que nous retrouvons à plusieurs reprises dans les
propos du Secrétaire général de la FTF, Mr Assogbavi, qui au lendemain
du match Togo/Corée du sud du 13/06/2006, se félicitait de la
performance des joueurs en affirmant que ce score honorable est
attribuable à la FTF car « nous avons repris la situation en main ». Il
récidive après le match Togo/Suisse du 19 juin. Il est surprenant qu’un
père de famille félicite son enfant, qui a échoué à un examen, de
n’avoir pas été le dernier de la classe. Bel exemple !
Certes, les joueurs ont fait leur travail, jouer. Mais les dirigeants en
ont fait des joueurs sans dignité…
Comme l’affirme un togolais, "Laisser partir Pfister avant même le
premier match, comme l’ont fait nos dirigeants, c’est du jamais vu en 76
ans de Coupe du monde ! Si, comme on nous le dit, le processus de
réconciliation est un facteur de développement économique, et si, comme
on l’a vu, alors les Eperviers sont un facteur de développement
économique. Il faut donc s’en occuper. Mais les dirigeants ne font rien.
Encore une fois, on a honte d’être togolais"[7].
Alors mettre la FTF sous tutelle ? Le feuilleton togolais aura inspiré
Mr Winfried Schaëfer, ex coach du Cameroun, qui propose qu’« on
pourrait imaginer que la FIFA désigne un manager qui s’assure notamment
que l’argent ne parte pas dans toutes les directions »[8] .
Quoiqu’il en soit, à croire l’agence Reuters, la Commission de
discipline de la FIFA a ouvert un dossier sur le cas togolais, et
demandera des comptes à la FTF [9]. Dans tous les cas, le Togo est
désormais dans le collimateur de la FIFA.
Mais nous osons aller plus loin. Entre un Président de la République qui
emprisonne ses compagnons de lutte, un autre qui au mépris des principes
élémentaires de la gouvernance politique confie les rennes du pouvoir à
son fils, on comprend plus facilement la raison pour laquelle la FTF n’a
pas eu d’état d’âme à « se débarrasser » de l’entraîneur qui a qualifié
l’équipe nationale du Togo à la World Cup 2006, le nigérian Stephen
Keshi. Heureusement, les lois de la nature sont immuables. En remerciant
en monnaie de singe l’homme qui a fait des miracles pour le Togo, ce
pays se ridiculisera.
En perdant tous leurs matches, les Eperviers ont donné raison à leur
détracteurs qui les prenaient pour une bande d’incompétents obéissant
plus au gain facile, qu’au mérite. Mais sur le plan individuel, certains
joueurs ont fait un parcours honorable.
Quant aux autorités togolaises, ils ont confirmé que le Togo vit et se
complait dans ses contradictions, une des clés de ses déboires
politiques, socio-économiques, et… sportifs.
Houmey Noviti Raymondo S.,
Juriste-Journaliste (Center for Foreign Journlists – Reston)
1. à notre confrère, John Zodzi, rédacteur en chef au défunt
hebdomadaire satirique togolais, Kpakpa Désenchanté (1991-1995).
2. FIFA : Fédération Internationale de Football Association
3. Norman Hubbard , “A disservice to African football?”, http://soccernet.espn.go.com
, June 20, 2006
“…They may have also set back the cause of African football by 20 years.
Because this is a Togo team that only serves to reinforce every
dangerous stereotype of African football; speedy and talented but
undisciplined and racked by in-fighting”.
4. Selon le témoignage de Mr K…, le Président de la Fédération, Mr Rock
Gnassingbé, faisait transiter les fonds de la FTF sur ses comptes
bancaires gérés à ECOBANK par la fille d’un des dignitaires du régime.
Aux joueurs, il faisait croire que c’est avec ses propres deniers qu’il
faisait fonctionner la Fédération. Les autres dirigeants, ne faisant pas
partir du « club de soutien au Président », préféraient se taire.
5. Mr Otto Pfister, cité dans l’article, « Suisse-Togo, réactions
d’après match », www.rfi.fr, 19/06/2006
6. La FTF a reçu 7 millions de francs suisses, soit environ 3 milliards
de francs CFA de la FIFA, au titre de : 1 million de franc suisse pour
la préparation, et les 2 millions par match joué.
7. Laurent Coadic, « A Lomé, chez Kader le buteur », Equipe Magazine,
N°1251, 17/06/2006
8. Gérard Dreyfus, « Corée du Sud -Togo: les Eperviers ont agréablement
surpris », www.rfi.fr, 13/06/2006
9. Sous le titre “Disciplinary body to open Togo case after finals”, le
site internet américain espn.com citant l’agence Reuters, le 23/06/2006,
sur http://soccernet.espn.go.com/news/, nous informe que la “FIFA's
Disciplinary Committee will examine how the Togolese FA conducted itself
at the World Cup finals after a chaotic two week involvement in the
tournament, FIFA president Sepp Blatter said on Friday”.
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Noviti S. Houmey
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