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Transparence et vérité
au Togo:
Entre "incidents" et opérations punitives
Le Togo traverse une période difficile depuis les élections du 4 mars
2010 entachées d'irrégularités graves. Le silence des uns et des autres
a contribué à ouvrir la voie à une situation d'insurrection larvée. Les
marches et veillées de prière qui ne sont que des expressions de
contestation dans un pays où l'on kidnappe, tue, et négocie après, pose
problème. La réalité est que ces entorses aux droits humains et à la
démocratie sont de plus en plus qualifiées d’ "incidents" et restent
impunies. On ne sait plus qui dirige l'armée à moins que comme Al
Qu'Aïda, il y ait des entités autonomes qui se chargent de faire des
opérations punitives, parfois sans en informer la hiérarchie militaire,
difficile à identifier dans une opacité institutionnalisée. Avec des
pourparlers qui se profilent pour trouver peut-être une sortie de crise
à l'avantage de ceux qui ont poussé le Togo dans cette crise, il y a
lieu, pour les mouvements citoyens indépendants de chercher à faire
émerger une partie de ce qui reste de la transparence et de la vérité au
Togo.
1. Incidents et impunité au Togo
Un officier supérieur non-Togolais, coopérant
militaire, a eu le 10 août 2010 un "comportement gênant" en plein milieu
d'une manifestation pacifique des partis politiques alternatifs togolais
pour exiger le retour de la vérité des urnes et la transparence
judiciaire au Togo. Le développement interne de cette situation dans la
vie politique mouvementée du Togo ouvre un éclairage nouveau sur une
seule question : qui dirige effectivement les forces de sécurité du Togo
? Qui sera tenu responsable un jour devant les tribunaux d'exception
pour les exactions commises ?
Le Ministère togolais de la Défense et des Anciens
Combattants vient publiquement de "déplorer une exploitation abusive
d'un incident". Il faut donc croire que le Ministère qui s'exprime au
nom du gouvernement togolais, ne voit aussi dans l'inversion des
résultats des élections du 4 mars 2010, qu'un incident sans portée
majeure. Le seul problème est que le peuple togolais ne le voit de la
même manière. En mettant l'accent sur "un incident", c'est la
minimalisation des problèmes créés par le pouvoir en place qui doit
interpeller le Peuple togolais, les humanistes et membres de la
communauté internationale.
Le fait que le Ministère de la Défense ne s'offusque
que des dégâts matériels subis par le véhicule des forces armées
togolaises, signifie que le matériel est plus important que les
individus que l'on kidnappe, comme Mrs FOLIKPO, ASSIMA et DOSSEH-AZANLEKO
et tous les prisonniers politiques détenus sans raison des les geôles
insalubres togolaises. Les Togolais et Togolaises savent maintenant que
les égratignures sur un véhicule des FAT sont plus importantes que les
mauvais traitements physiques subis par les citoyens togolais qui sont
kidnappés et que les mêmes forces armées ne se soucient nullement de
leur état de santé, de liberté et de vie.
Le Togo ressemble désormais à une postcolonie, dans
laquelle ne comptent guère la vie et l’intégrité physique des Togolais
souhaitant une alternative politique au Togo, qui le manifestent
publiquement en respectant les principes de la Constitution togolaise,
modifiée à plusieurs reprises par le pouvoir RPT, mais pourtant soutenue
par les FAT. Tous ces gens feignent d’oublier que le mépris du Peuple
est l'apanage des pouvoirs usurpés qui par ailleurs n'ont aucune
légitimité.
L'"esprit des FAT antirépublicain" prend un
relief singulier lorsque le Ministère de la défense déclare, sans se
rendre compte de son propos antidémocratique que "cet incident
malencontreux né du malentendu aurait pu être ainsi circonscrit si
malheureusement la scène de l'altercation n'avait pas été filmée par un
témoin de nationalité togolaise qui l'a mise en ligne sur le Web (…)".
Ceci en dit long sur le respect des libertés au Togo, notamment les
libertés d’information et de communication. Le Ministère de la Défense
fait ainsi l'aveu qu'à l'avenir tout sera fait pour que les dits
"incidents" se passent à l’abri des regards indiscrets de la presse et
des médias libres, ne soient plus filmés et diffusés sur l'Internet...
Si le peuple togolais pouvait diffuser sur l'Internet
la manière dont les prisonniers politiques togolais sont kidnappés,
torturés, privés de liberté, dégradés, piqués contre leur volonté avec
des produits de destruction intellectuelle massive, peut-être les Forces
Armées Togolaises pourraient enfin se déterminer en regardant du côté de
la vérité des urnes. Car les objectifs d'une armée républicaine digne de
ce nom, ne consistent pas à faire taire la transparence et à piétiner
les principes fondamentaux de l’Etat de droit. A défaut, il y a lieu de
changer leur statut pour leur permettre d'accéder à celui d'anciens
combattants contre le Peuple togolais.
Le Ministère de la Défense et des Anciens Combattants
peut toujours présenter ses factures à ceux qui ont financé ses
équipements pour tirer sur le véhicule de Jean Pierre Fabre, à moins
qu'il ne s'agisse uniquement là aussi d'un incident... ! Cette vision
togolaise très manichéenne concluant à un simple incident au Togo alors
qu’il s’agit d’une atteinte aux droits humains élémentaires, rappelle
étrangement les frasques d’un certain politicien d'extrême droite
français, Jean Marie LE PEN qui avait osé affirmer à une certaine époque
que les "camps de concentration nazis ne sont qu'un détail de
l'histoire".
L'armée togolaise et le Ministère de la Défense
devraient s'interroger sur les causes des évènements au Togo et avoir le
courage d’annoncer au Peuple togolais qui, au sein de cette armée, est
du côté de la contre-vérité des urnes et qui se range dans le camp de la
vérité des urnes. L'avenir du Togo en dépend, car le retour de la
confiance entre les Togolais, et l’instauration de la confiance entre
les Forces armées togolaises et le Peuple togolais sont à ce prix !
L’ensemble des événements du mois d’août ne sont donc pas considérés par
le peuple togolais comme un simple incident, mais agissent au contraire
comme un révélateur de pratiques inacceptables et encouragent la
renaissance de la conscience du nationalisme togolais.
L’"incident" que l’on cherche à minimiser, ramène sur
le devant de la scène politique un débat que des mouvements citoyens
comme le Collectif pour la vérité des urnes (CVU) ont posé avec
solennité au moment de la formation du nouveau gouvernement, à propos du
"vrai-faux" Ministère de la Défense au Togo. Pour éclairer complètement
l’opinion nationale et internationale, il faut rappeler que depuis le 28
mai 2010, jour de proclamation du Gouvernement HOUNGBO II, les Togolais
ont constaté qu’il n’y a plus de Ministère de la Défense et des Anciens
Combattants au Togo. Nulle part sur la liste officielle des nouveaux
Ministres publiée par le Journal Officiel de la République togolaise, on
ne trouve de titulaire d’un tel département, bien qu’il y ait une armée
chargée de la défense du Territoire.
La grande question est de savoir qui est aujourd’hui
ce Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, invisible et tapi
dans l’ombre ? Surtout dans un contexte où chacun sait dorénavant au
Togo que l'armée est coupée en deux : d’un côté des Républicains qui
méritent le respect et le soutien du Peuple togolais, de l’autre ceux
qui ne font pas honneur aux principes appris dans les écoles militaires,
s'éloignent de l'éthique pour satisfaire des intérêts personnels ou
groupes d'intérêt qui travaillent contre l’ intérêt supérieur du peuple
togolais. La question est de savoir également qui a imaginé et conçu un
tel texte signé tout simplement de la dénomination d’un Ministère
fictif.
Ainsi, le "vrai-faux" Ministère de la Défense et des
Anciens Combattants, est donc mal, très inspiré et surtout très
maladroit lorsqu’il pense se dédouaner à bon compte en déclarant :
"tout en ne cautionnant pas les propos de l'officier français qui sont
de nature à discréditer les forces de l'ordre togolaises, s'élève contre
toutes les manipulations intervenues dans cette affaire et condamne
fermement les actes de violence exercés sur l'officier français et les
dégâts importants occasionnés sur le véhicule appartenant aux forces
armées togolaises".
A moins qu’il soit déjà programmé demain que la
partie de l'armée togolaise non-républicaine ne soit instrumentalisée
contre le Peuple togolais !
2. Insécurité: mission punitive dans le village de Kpadapé
Il importe de rappeler à la communauté internationale que pendant que le
ministère togolais considère qu'il y a eu incident sur le dossier avec
le militaire français, des militaires identifiés comme des Bérets rouges
ont perpétré des violences inouïes dans le village de KPADAPE à quelques
km de Lomé, le 21 août 2010, ceci pendant trois jours sans que les
médias n'aient pu en informer les populations. Cette forme d'incident
qui demeure souvent serti dans un silence imposé aux médias, n'arrive
que rarement aux oreilles des chancelleries occidentales. Il ne faut
donc absolument pas faire l'amalgame entre les militaires républicains
et les militaires antirépublicains au Togo.
L'absence d'un ministre de la défense et le flou au sommet de l'Etat sur
le vrai commanditaire de ces violences perpétrées par des militaires
togolais contre les populations pose un grave problème de sécurité dans
un Etat de plus en plus défaillant. La communauté internationale a
intérêt à prendre ses dispositions et augmenter le niveau de sécurité en
informant les éventuels visiteurs et touristes téméraires souhaitant se
rendre au Togo.
La vraie raison de cette violence de militaires anti-républicains ne
peut qu'être liée au fait que cette localité a massivement voté pour les
partis de l'alternance et que la jeunesse contrainte au chômage souhaite
faire confiance à des équipes de responsables politiques qui peuvent
aider à la création d'emplois et à la réduction de la pauvreté. C'est
ainsi qu'une grande majorité de la population de cette localité et plus
particulièrement les jeunes présents dans les bureaux de vote ont refusé
et refusent à ce jour l'inversion et la transfiguration des résultats
électoraux des dernières élections présidentielles dans leur localité.
Ne pouvant faire violence à tous les jeunes et à toute la population de
cette localité, les militaires s’en sont pris au premier responsable du
village. Aussi, sans preuve et sur la base de l'arbitraire qui est
devenu le droit commun au Togo depuis l'annonce unilatérale de Faure
Gnassingbé comme Président, le Chef du Village a été destitué au motif
qu'il aurait monté la population à refuser de porter ses suffrages sur
Faure Gnassingbé. La chasse aux sorcières se fait bien au Togo et la
communauté internationale reste coupablement silencieuse.
Il y a lieu de constater un exode massif des populations de cette
localité, vers le Ghana et les préfectures voisines. Les mouvements
citoyens togolais de la Diaspora et du Togo espèrent que cette situation
ne sera pas prise à la légère par le Haut-commissariat des Nations Unies
pour les réfugiés (UNHCR).
Les mouvements citoyens togolais demande aux autorités ghanéennes et
béninoises d'accueillir avec dignité la population de KPADAPE et
d'accorder, si nécessaire, un droit d'asile au Chef du village
Les mouvements citoyens togolais exhortent la Communauté internationale
de faire remonter les informations auprès de leurs services secrets et
de procéder aux vérifications y compris en utilisant leurs satellites
d'observation.
A force de voir un silence des cimetières s'installer au Togo, la
communauté internationale semble de plus en plus se faire complice de
l'émergence d'une situation pré-insurrectionnelle qui pourrait
rapidement devenir incontrôlable, surtout que de nombreux autres
villages commencent à signaler les mêmes mésaventures et procédés que
certainement les ministères en charge de la sécurité publique vont
qualifier "d'incidents mineurs".
Le 27 août 2010
©www.afrology.com
Dr Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur du Think Tank "Afrology"
avec
François FABREGAT
Conseiller à la Communication "Afrology" |