La Chine, le nouveau
chantage
Longtemps présentée comme une menace et un élément de chantage auprès
des différents gouvernements occidentaux, l'URSS ne fait plus recette
aujourd'hui après la disparition du grand bloc communiste. Les régimes
en crise sur le continent africain sont à la recherche de nouvelles
monnaies d'échange; la Chine semble ici toute indiquée, instrumentalisée
dans cette lutte pour un peu plus de reconnaissance... La réalité sur le
terrain est que personne ne veut d'un téléphone portable en provenance
de Dubaï, présenté comme un pis-aller. A quand la mise en place d'une
norme dans les États africains mal gérés?La présence chinoise au
Togo est peu visible, cependant, son apport à l'évolution
socio-économique de ce pays, qui traverse une crise socio-politique
d'une quinzaine d'années, se fait de plus en plus grandissant et
déterminant. Des sources concordantes,70 petites et moyennes entreprises
chinoises ont investi 20 millions de dollars dans l'établissement de
compagnies touchant quatorze industries. Leurs chiffres d'affaires a
atteint 40 millions de dollars américains, stimulant la croissance des
échanges bilatéraux entre la Chine et le Togo.
Aujourd'hui au Togo, les produits chinois, vestimentaires et
pharmaceutiques, qui avaient une audience médiocre ont terminé par
convaincre et sont devenus prisés alors que le commerce avec la Chine
devient florissant. Il est de nos jours communément acceptable dans
toutes les catégories sociales de porter un produit chinois sans un
assez grand complexe, en raison de la qualité de plus en plus bonne
reconnue à certains des tissus et autres produits.
A cet effet, le monde des consommateurs s'est en conséquence élargi avec
une population togolaise qui a vite augmenté pour atteindre 5 millions
de personnes. Pendant ce temps, le Togo est devenu un véritable
carrefour des commerçants des pays de la sous- région ouest africaine
qui en font une destination ou pays de transit.
Le commerce avec la Chine s'est précipitamment accéléré avec un intérêt
porté aux pagnes imprimés dont les qualités ne sont plus si loin des
originaux. On a toujours estimé que les produits chinois copiés sur les
modèle existants sont douteux mais au file des années les imitations se
sont révélées à perfection.
A ce commerce s'ajoute le marché des portables, au début développé avec
Dubaï. Mais la Chine reste une grande destination pour les importateurs
des appareils électroménagers. Bon nombre de Togolais se sont vite
transformés en commerçants multipliant les voyages d'affaires sur la
Chine, inondant le marché de produits à prix abordable dont raffolent
les consommateurs. Il faut rappeler que les produits en question ne
répondent à aucun standard international et sont souvent interdits d'entrée en
Europe(ndlr).
L'aspect véritablement visible du développement du commerce entre la
Chine et le Togo reste celui des motos. Presque toutes les marques
chinoises de moto sont dans les rues de Lomé où des industries de
fabrication ont visiblement des représentations commerciales ou des
sociétés qui se sont spécialisées en import- export.
Les prix des motos ont beaucoup chuté, les nouvelles marques apparues
sont accessibles entre 200.000 FCFA et 400.000 FCFA, imposant une baisse
considérable des prix des moto YAMAHA Mate dont les prix ont flambé
jusqu'à près de 700.000 FCFA après 1992.
En fait la contribution chinoise à l'économie togolaise se traduit par
la présence des industries chinoises dans la Zone franche et à travers
des prêts accordés par ce pays au Togo. Outre un Complexe sucrier à Anié
installée depuis plus d'une quinzaine d'année, on compte l'installation
de l'industrie pharmaceutique Tong Mei (TM) et autres usines dans la
zone franche. Le nombre des employés ne se compte pas par milliers, mais
on admet que ces unités contribuent à la résorption du chômage
grandissant dans ce pays à forte population jeune de plus en plus
qualifiée.
Aussi, des sources confirment que les sociétés Huawei et Bell Shanghai
négocient avec les compagnies de télécommunication et de téléphone
mobile du Togo des projets d'élargissement des réseaux de téléphone fixe
et mobile. La valeur des contrats pourrait atteindre 300 millions de
yuans, a-t-on indiqué.
Sans vraiment se rendre compte d'une présence chinoise qui s'impose avec
le temps, les Togolais reconnaissent dans leur majorité les fruits de la
coopération entre les deux pays qui a fait bénéficier à beaucoup de
ministère des dons en ordinateurs et matériels informatiques et aussi à
la Commune de Lomé des matériels d'assainissement.
De grandes réalisations sont à l'actif de cette coopération Sud- Sud,
notamment la construction du nouveau palais de la présidence en
finition, la construction du seul grand stade du pays à Kégué dans la
banlieue nord de la capitale, la construction du palais des Congrès de
Kara et de centre hospitalier dans le nord.
Et en décembre 2005 la société financière ZHONG JIA International, basée
à Hong Kong, a signé avec la Communauté électrique du Bénin(CEB), une
compagnie de production d'électricité commune au Togo et à la République
du Bénin, une convention de financement de 187 milliards de francs CFA,
soit 300 millions d'euros, pour l'extension du réseau des installation
et la construction d'un barrage. Superpuissance émergente et
duperie
La Chine se fiche des notions de "droits de l'homme" et
"démocratie". L'Afrique est devenue l'un des tremplins de la
"superpuissance émergente", avec ses deux ressorts obsessionnels :
l'affirmation de l'autorité chinoise sur Taïwan et la fierté de poser en
contrepoids aux Etats-Unis.
Pour le régime et sa propagande, la partie d'échecs diplomatique avec
Taïwan compte autant que les barils de brut. L'Afrique est un terrain
idéal pour compter les points. Au Liberia, pays qui a renvoyé
l'ambassadeur de l'île rebelle pour reconnaître la République populaire
en 2003, Li Zhaoxing trouvera une tribune de choix. Il assistera lundi à
la cérémonie d'investiture de Mme Ellen Johnson-Sirleaf, première
Africaine devenue présidente par les urnes.
L'arrivée du ministre Li aujourd'hui au Sénégal sera plus souriante
encore : c'est la meilleure prise en attendant, un jour, le Vatican.
Dakar a rompu avec Taïwan en octobre, afin de mettre ses ambitions
diplomatiques «en accord avec la nouvelle donne géopolitique». La
formule doit remplir d'aise le chef de la diplomatie chinoise. A ce
jour, il ne reste plus que six pays africains de moindre importance pour
entretenir des relations avec l'île : le Burkina, la Gambie, le Malawi,
le Swaziland, le Tchad ainsi que Sao Tomé et Principe.
Avec les États-unis et les anciennes puissances coloniales que sont la
France et la Grande-Bretagne, la partie africaine reste encore feutrée.
Mais le conflit d'intérêts est tangible.
Importations
La Chine tire déjà du continent quelque 30% de son pétrole importé,
Soudan, Angola, Congo surtout et Nigeria bientôt. Les États-unis, au
même moment, se tournent vers le sud du Sahara pour diversifier leurs
ressources, c'est-à-dire vers l'Angola, le Nigeria ou la Guinée
équatoriale. Dans dix ans, le golfe de Guinée devrait fournir 25% du
pétrole américain importé, contre 15% aujourd'hui.
Entre les deux grands consommateurs d'énergie, c'est déjà la guerre des
mots. A Washington, une commission du Congrès a reproché cet été à Pékin
«d'investir à pieds joints» dans l'industrie pétrolière du Soudan, en
fermant les yeux sur les excès du régime islamiste. De fait, la Chine
s'est abstenue l'an dernier de voter au Conseil de sécurité un texte qui
aurait permis à la Cour pénale internationale de se saisir enfin des
violences meurtrières au Darfour.
Avec Khartoum ou Abuja, comme avec Téhéran ou Pyongyang, les entreprises
chinoises et la direction communiste sont sans état d'âme. Même s'il est
un peu trouble, le prisme Nord-Sud reste à Pékin le meilleur moyen pour
nouer des alliances profitables et damer le pion aux Occidentaux.
Conclusion Le pouvoir togolais, en mal de bonne-gouvernance, est le
seul à se laisser duper et à utiliser l'argument chinois pour tenter de
rallier la cause des métropoles perdues. Une histoire de l'arroseur
arrosé. Ce qui reste inquiétant par contre, c'est le soutien aveugle de
cette nouvelle puissance aux autorités militaires du continent africain.
Qui a parlé de poudrière? La Chine semble donc faire fi de tout
prncipe humanitaire; elle fait des affaires. Les retombées pour la
population civile reste à démontrer. Pour des travaux de génie civil,
elle importe jusqu'aux employés sans qualification; elle ne cherche pas
à s'appuyer sur les compétences locales. Dans un pays producteur de
béton comme le Togo (avec CIMTOGO), les travaux sont effectués du ciment
directement importé de Chine. Inutile ici de rechercher les élites
africaines au sein de leurs équipes. Le titre aurait pu être: La
Chine: le grand miroir aux alouettes.
2006-01-10
Source: Xinuanet et Le Figaro
Commentaires: Gustav Ahadji |
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