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Togo
2010 : L’alternance passe par l’espérance
Les politiques dites de concorde civile ou de réconciliation
nationale reflètent en réalité un rapport de force qui aujourd'hui
permet au pouvoir togolais, de dicter les règles de la pacification et
de la normalisation. L'opposition politique ayant étant mise au pas ou
éliminée, ayant étant réduite à néant, c'est aujourd'hui la forte
demande de justice émanant de la population que les "décideurs"
cherchent à éluder.
L'heure n'est pas à la justice établissant les
responsabilités des uns et des autres car il va sans dire que des hommes
du pouvoir se sont rendus coupables de crimes, de détournements de
deniers publics pour lesquels ils doivent rendre compte lors de procès
impartiaux à venir. Nous assistons au contraire à une ultime manoeuvre
du pouvoir visant à interdire la recherche de la vérité.
Les agents de l'État continuent d'arrêter des
concitoyens arbitrairement, les détenant au secret dans des centres
opérationnels où ils subissent la torture et l'humiliation. Les milices
composées de civils n'ont toujours pas été dissoutes (Bè le 27/02/05),
répondant à des logiques inhérentes aux conflits internes d'appareils
sévissent encore, sans oublier que les défenseurs des droits de l'homme
font l'objet d'harcèlements incessants. Jusqu'à ce jour, aucun des
responsables d'exactions de la haute militaire n'a été traduit devant un
tribunal alors que des victimes, les organisations des droits humains et
les avocats ont rassemblé suffisamment d'éléments pour inculper nombre
d'entre eux. Ces faits qui contredisent l'image colportée d'un Togo
"pacifié", renouant avec la paix et s'engageant dans la voie de la
démocratie, sont occultés, ou bien rapportés comme des "accidents de
parcours. "
Quant à la réconciliation nationale, qui se veut une
politique de dépassement des années de braise et de sang, elle est
décrétée d'office alors que toute réconciliation ne peut être que
l'aboutissement d'un processus engageant les différents acteurs, parmi
lesquels les victimes et leurs familles, pour leur permettre de panser
leurs blessures mais aussi d'établir la vérité et d'obtenir justice dans
le respect de la dignité des personnes concernées. Or les victimes sont
tenues à l'écart et réduites à réagir au déni de leurs souffrances
auquel elles font sans cesse face. Ce grand mérite des familles de
disparus est d'avoir pendant des années et jusqu'à nos jours, refusé
d'ensevelir leurs douleurs dans l'abdication et le mensonge. Ce sont ces
familles qui nous rappellent le drame que vit un pays entier avec ses
torturés et ses massacrés, ce sont elles qui hantent les consciences des
pourvoyeurs de l'impunité. Il n'y a que la volonté de faire la lumière
sur ce drame et d'en établir les responsabilités qui permettra aux
victimes d'imiter le pénible chemin de la réconciliation.
En évoquant le droit à la vérité, j'engage la responsabilité de l'État.
Il y a deux sortes de responsabilités. La constitution togolaise fait
obligation à l'État d'assurer la sécurité des citoyens dans leurs
personnes et dans leurs biens. Les disparus sont des citoyens dont
l'État n'a pas assuré la sécurité, donc l'État a failli à la mission
dont il est responsable. Une responsabilité civile mais pas pénale. Il
doit reconnaître qu'il a failli à sa mission. Cette responsabilité
reconnue, il faut tenir alors une responsabilité sur un double principe.
L'État est responsable des agissements illicites de ses agents, c'est
dans le code civil, et donc l'État droit réparer matériellement le
préjudice causé aux familles, les indemniser si celles-ci le demandent.
Bien sûr, le pouvoir doit révéler la vérité au cas
par cas. Cela fait partie du droit à la vérité. Il n'y a rien de
déshonorant à reconnaître ses fautes, mais l'essentiel est de s'amender
et de ne pas recommencer. C'est ce qui est important. Présenter, s'il le
faut des excuses solennelles à l'adresse de la population qui a souffert
de ces agissements des agents de l'État et promettre que de tels
agissements ne se renouvelleront plus.
Le Togo a besoin d'une relève de son personnel
politique. Pour le pouvoir, la démocratie se conjugue au futur, le plus
éloigné de préférence. Elle est l'affaire d'une ou plusieurs
générations. Le peuple n'aurait pas atteint le niveau politique, social,
culturel, ainsi que le degré de maturité nécessaire pour aspirer à la
démocratie, qui est une création et un contrôle du pouvoir. La seule
constante de la pratique politique que le pouvoir maîtrise parfaitement
est la fraude électorale.
Les élections ont de tout temps été entachées de
fraudes massives et le suffrage universel faussé, perverti, détourné. Le
pouvoir a interféré de manière directe dans la falsification de toutes
les élections passées avec le concours de l'Administration et certains
faux observateurs étrangers (alimentaires). Aucune garantie ne peut être
donnée si la neutralité de l'Administration n'est pas assurée.
La mort du Président Eyadéma (paix à son âme) doit
nous interpeller tous. Le pouvoir doit savoir que dans la vie l'Homme
propose, Dieu dispose. Les signes de l'Éternel sont incommensurables et
aucun Régime ne défie le Dieu des armées indéfiniment. De la manière que
la mort surprend l'individu, c'est de cette manière que le pouvoir
l'avilit. Si vos amis, vos frères, vos soeurs, vos mères, vos pères, vos
enfants peuvent vous trahir, sachez que Dieu vous recueillera, et en
principe vous pardonnera quelques soient les fautes commises, s'il y a
de la repentance. Qui n'a jamais commis un péché ou une erreur dans sa
vie, qu'il me jette la première pierre (Jean 8 verset 7). Le Dieu
bienveillant et pacifique, quelque soit la religion et les pratiques,
que nous adorons et servons, nous invite et nous exhorte, pour sa part à
éviter pour de bon les injustices politiques qui ne peuvent que
provoquer des tensions violentes, nuisibles et inutiles. A défaut, il
est urgent que l’unité des Togolais se recompose afin de permettre à ce
pays de se retrouver afin de permettre à tous les citoyens de reprendre
en main leur propre devenir.
Que cette période pré-électorale et post-électorale
nous serve de période de recueillement, de repentance, de réparation des
erreurs du passé. Que la victoire soit attribuée à celui qui
correspondra à la vérité des urnes, ce reflètera enfin la volonté du
peuple togolais. Que les sous-marins, ceux qui jouent un double jeu, se
conforme à la voix du peuple et non au son de leurs ventres. Les
Togolais sont réellement fatigués de constater que la Françafrique ne
fait pas progresser le Togo, encore moins répondre aux préoccupations
des populations. Vivre en exil n'est bon pour personne, car Dieu seul
sait ce que l'Homme endure au tréfonds de lui même. Si l'élection
reflète la volonté de la population togolaise, alors le principe de
l'amnistie et la justice devra nécessairement faire parti de la
construction de la paix au Togo.
Lorsqu'on aborde un problème aussi sérieux et crucial
que celui de l'amnistie, très important pour le présent et l'avenir du
pays, il faut aller au fond des choses avec courage et lucidité,
avancer, ne pas avoir le temps de s'asseoir, car rester immobile c'est
reculer. Les opinions sont comme les clous, plus on les frappe plus
elles s'enfoncent. La paix va-t-elle, après quatre décennies de
violence, reprendre ses droits? L'amnistie ne peut être que la suite
logique de la paix. Elle nécessite des convictions longuement élaborées,
approfondies, mûries, pour résister aux nombreux écueils qui viennent de
partout, surtout d'un marécage humain où l'essentiel fond, se dérobe,
coule, ou se décompose. La plus forte des idées force de la société est
la paix. La première des urgences est de la rétablir. Il faut peser sur
les évènements pour les faire évoluer vers la paix. L'arrêt de
l'effusion de sang, est une question stratégique. Que les armes cessent
de parler, que la violence fratricide cesse. Il y a trop de malheurs
dans notre pays, trop de sang versé, trop de larmes, trop de veuves et
d'orphelins, trop de misère, trop de destructions. Il faut y mettre fin.
Le Togo doit tourner la page pour se libérer et
affronter les vrais problèmes qui sont ceux du développement, ceux du
chômage et des problèmes sociaux connus. Tous ces problèmes-là, si nous
ne les traitons pas sérieusement, auront pour effet celui de faire
renaître la haine, car soulignons-le, les mêmes causes produisent les
mêmes effets. Il ne saurait y avoir de justification, de prescription ou
de pardon pour ceux qui ont nié à leurs semblables leur condition de
personne humaine au point de les vouer à la mort. Il faut réhabiliter le
politique. L'opposition vient de la rue, car elle ne trouve pas son
expression dans les formes normales de notre vie politique. Le pouvoir
est fermé et ceux qui ne font pas partie du sérail vivent dans le
ghetto. Il n'écoute pas la voix des humbles et la règle est: "encaisse
et tais-toi!". Seules les relations bien placées constituent le "sésame,
ouvre-toi" des carrières de responsabilité. C'est à l'État de refléter
la volonté du peuple et non au peuple de se plier à la volonté de
l'État.
Il faut préparer l'avenir, la réconciliation
nationale par l'assainissement du passé et du présent, par la justice,
sans céder à la tentation de justicier. Faut-il croire que la société a
la justice qu'elle mérite ? Mais il appartient à la justice de se mettre
à l'heure de l'État de droit et de mériter le respect des citoyens. Là
où il n'y a pas de magistrats indépendants, il n'y a que des délégués du
pouvoir qui ont des réflexes et des comportements en harmonie avec le
pouvoir qui les a désignés. Faut-il tronquer la justice pour la paix,
faut-il choisir entre le droit et le pardon, faut-il lutter contre
l'oubli et préserver la mémoire agressée? Tel est le dilemme.
"L'avenir appartient à ceux et celles qui sauront
donner aux générations d'aujourd'hui et de demain, de réelles raisons de
vivre libre et d'espérer."
PARIS le 9 juillet 2009
FRITZ FORSON |
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